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La Ville de Liège







Par "Ville de Liège" entendez les administrations communales de la ville de Liège. Elles ont mauvaise réputation... Elles ne font rien ou elles font mal leur travail, les fonctionnaires qui essayent de bien faire leur travail sont persécutés... On me dit même carrément qu'elles sont "mafieuses". Plutôt que de refléter le découragement de la population et risquer de voir mes propos traités de racontars et d'on-dits, je vais raconter ma propre expérience, en matière de logement.

J'avais un logement correct ; un grand local dans une vieille bâtisse, que le propriétaire me laissait occuper pour un loyer dérisoire, qui couvrait à peine les charges. C'était vétuste mais habitable.

En 2005, un scandale embrase la ville : un ancien juge louait des taudis à des étrangers, pour des loyers exorbitants. C'est un marchand de sommeil. Les administrations sont secouées comme volières et une chasse aux marchands de sommeil est ordonnée. Mon logement est contrôlé et il apparait qu'il n'est pas conforme : il manque des cloisons, le chauffage est à remplacer... Admettons. Ce qui n'est pas admissible, est la façon dont le propriétaire est humilié par les fonctionnaires de l'urbanisme. Ils le traitent de tous les noms, comme s'il était un marchand de sommeil. Ce n'est pas du tout le cas... Par exemple en ce qui concerne les cloisons, c'est moi qui avais demandé qu'il n'en place pas.

Je subis aussi ma dose d'humiliations : ils poussent des cris à propos des fils électriques qui jonchent le sol chez moi. Ces fils sont les mêmes que ceux derrière le bureau de toute personne équipée d'une installation informatique un peu importante...

Ces fonctionnaires sont incompétents mais on les a forcés à faire semblant de faire leur travail.

Les choses vont devenir plus pointues avec le fonctionnaire de la sécurité-salubrité publique :
Après quelques mois, quand le brave propriétaire a fait tous les travaux demandés, ce qui lui a demandé beaucoup d'efforts et d'argent, un capitaine des pompiers passe pour examiner le bâtiment. Je crois que c'est le seul fonctionnaire à s'être comporté correctement. Hélas, il signale qu'un élément de mon logement n'est pas conforme aux normes : il faudrait que certaines cloisons aient 2 centimètres d'épaisseur de plâtre et elles ont un peu moins que cela.

C'est une réglementation qui a été instaurée pour les kots d'étudiants. Mon logement n'est pas un kot d'étudiant... mais il lui manque quelques m2 pour être classé comme un appartement, auquel cas la norme ne s'appliquerait pas. Ce logement se trouve presque au rez-de-chaussée et je n'ai pas de voisins immédiats, donc aucune des raisons de sécurité pour lesquelles cette norme a été instaurée, n'est présente. En principe, en pareil cas, on accorde une dérogation. Hé bien non... pas à Liège, du moins pas pour moi ni pour mon propriétaire.

Le propriétaire baisse les bras. Pour placer ces plaques de 2 cm, il faudrait tout redémonter et puis tout réinstaller. Il n'en peut plus. Je dois donc quitter ce logement. J'introduis un dossier de demande de logement social. Cela peut prendre des années, sauf quand on est expulsé d'un logement pour raison d'insalubrité ou d'inhabitabilité. Je m'attends à recevoir un tel document attestant de l'inhabitabilité... mais rien n'arrive. Je me dis que ce n'est pas bien grave, que je vais donc rester encore de nombreux mois dans ce logement, qui est parfaitement salubre, habitable, et même fraichement rénové.

Trois mois plus tard, je reçois la visite de l'inspecteur de la sécurité-salubrité publique et d'une assistante sociale de la Ville de Liège. "Cela commence à bien faire ! Si vous n'êtes pas parti dans un mois, on viendra vous chercher de force pour vous placer dans un logement temporaire."

Aucun document ne m'est délivré pour signifier la chose.

Je m'affole. Je prends un avocat pro deo, j'écris au bourgmestre... Je reçois des accusés de réception et puis c'est tout. L'avocat m'explique les sommes d'argent que je suis en droit de réclamer de mon propriétaire. Comme si j'avais envie de saigner ce brave vieux monsieur qui m'héberge depuis dix ans...

Je vais voir l'assistante sociale à la Cité Administrative et je lui demande le document qui signifie l'inhabitabilité du logement, pour pouvoir obtenir rapidement un logement social. Elle me montre toute la fatigue et l'ennui que je lui inspire, ouvre quelques dossiers, ne trouve rien et conclut que "le document est à la signature chez le bourgmestre." Je sors bredouille, non sans avoir été averti que "si je continue ainsi je vais finir à la rue."

"Miracle", un logement est libre ! Ce n'est pas un logement social... C'est un logement géré par une "agence immobilière sociale", ce qui n'est pas du tout la même chose. Ce que ne savais pas, c'est que cette agence est en réalité une excroissance de la Ville de Liège. Ce qui explique... pourquoi l'assistante sociale avait longuement insisté sur cette agence quand elle m'avait donné la liste des adresses où introduire ma demande de logement. On me dit d'ailleurs que j'ai obtenu ce logement parce qu'elle est intervenue personnellement pour plaider mon cas.

Ce logement semble étonnamment correct : aspect neuf, cuisine équipée, plantureux chauffe-eau... Je décide de ne pas chercher la petite bête et je le prends. Un ami m'aide à déménager.

Oui mais... Ce logement est très beau mais il n'est pas du tout conforme aux normes acoustiques. On pourrait même avoir l'impression qu'il a été conçu pour rendre malade, comme ces cellules de torture dans la Chine antique. Il y a de grands trous sur toute la périphérie du plancher, qui laissent passer les bruits d'un logement à l'autre. Ma cuisine se trouve sur le même plancher que le salon d'un voisin, les deux pièces sont juste séparées par une cloison. Ce plancher est très mince, élastique, et constitué de plaques de bois clouées. Le moindre mouvement chez mon voisin engendre des craquements et des coups horribles chez moi. C'en est au point qu'il n'est pas possible de mener une conversation normale chez moi. Ne parlons pas d'y vivre, simplement de dormir ou de lire un livre.

L'occupant précédent de mon logement avait décampé quand un dealer avait été retrouvé abattu dans la rue. (Toutes les quelques semaines je pouvais observer des trainées de sang dans l'une ou l'autre ruelle proche.) J'ai fini par apprendre que tous les occupants précédents de mon logement avaient rapidement décampé. Un logement à coté du mien servait en réalité de boite aux lettres, ses occupants ayant renoncé à essayer d'y vivre. Plusieurs voisins souffrent, à divers degrés, de l'insalubrité acoustique. Il y a au moins deux cas de personnes devenues alcooliques.

Le problème acoustique est d'autant plus grave pour moi que j'ai un handicap neurologique dont une des conséquences est que mon cerveau n'arrive pas à trier les bruits. Pour beaucoup de personnes, quand un bruit dérangeant n'est pas trop fort, le cerveau peut filtrer ce bruit et c'est comme si on ne l'entendait plus. Je n'ai pas cette faculté. Si j'essaye de réfléchir chez moi, chaque bruit casse le fil de ma pensée et je dois recomposer ma pensée... avant qu'elle ne soit cassée par le bruit suivant. C'est de la torture... et cela a les conséquences de la torture : je finis par arriver à la conclusion que je dois me suicider, qu'il n'y avait pas d'autre solution. Plus exactement, la pensée qui s'est imposée à mon cerveau en état de détresse est que me suicider était la mission que les fonctionnaires m'avaient assignée. En bon citoyen, je devais m'exécuter... Heureusement les sécurités cognitives ont fonctionné et j'ai pris une autre décision : crever pour crever, autant crever utile, en contre-attaquant.

J'écris une lettre à la Ville de Liège, pour expliquer la situation ; l'insalubrité acoustique, mon handicap, mon état général... Et je reçois un accusé de réception.

Souvenez-vous : j'avais été expulsé de mon logement pépère parce que j'étais "en danger d'incendie", parce que des plaques de plâtre avaient moins que 2 cm d'épaisseur. Qu'est-ce qui a lieu au rez-de-chaussée de mon nouvel immeuble ? Un magnifique incendie... allumé par des cocktails Molotov au pétrole. Les pompiers mettront deux heures pour intervenir. Ils ont d'abord eu des problèmes pour localiser le lieu, les appels GSM n'étant pas très précis. Ensuite, m'explique-t-on, comme il leur faut l'aval de la Ville de Liège pour circuler dans la zone... hé bien cela a pris du temps. Je serai le dernier à quitter l'immeuble, descendant calmement les escaliers avec mon masque à gaz sur le nez.

Aucun des logements ne sera directement touché par les flammes, mais, comme il y a des trous béants dans tous les planchers, la fumée s'est infiltrée en trombe et a rendu inhabitables la moitié des logements. Leurs locataires seront expulsés, non sans avoir d'abord été priés de signer un document selon lequel ils n'avaient rien à reprocher à la Ville de Liège.

Échaudé par l'incendie, je me rends compte de certaines choses : aucun extincteur dans le bâtiment n'a de scellé, la trappe d'évacuation des fumées est en pièces... En fait, les extincteurs n'ont jamais été entretenus.

Je place un détecteur de fumée dans le cage d'escaliers. Cela déclenche des cris d'effroi à l'agence immobilière, jusqu'à ce que je leur fasse remarquer que la lettre par laquelle je les informais de la chose, n'impliquait pas que je demanderais un remboursement des frais. J'ai l'habitude...

La réfection des logements sinistrés est payée par l'assurance. Pendant la visite des experts, un voisin demande au propriétaire d'en profiter pour boucher les trous dans les plancher. C'est facile à faire et cela représente un cout dérisoire... Le propriétaire refuse : "les logements seront refaits à l'identique !"

Au bout de six mois les logements sont refaits. Et vient alors la cerise sous le gâteau de la princesse : le logement sous le mien est assigné à un brocanteur, un monsieur très sympathique mais, il se sert de ce logement comme dépôt. Il le remplit entièrement, sur presque toute sa surface et jusqu'au plafond, d'un amoncellement de cartons, papiers, rouleaux de plastique, livres, boiseries, batteries de voiture, ferrailles... Je loge à présent au dessus d'un monstrueux barbecue. Jeanne d'Arc en comparaison est un amateur.

Dans un immeuble moderne, en béton, ce barbecue serait criminel mais ne menacerait pas directement l'intégrité du bâtiment. Mais ici, le plancher qui me sépare du barbecue est en bois et tellement fin que j'ai posé des planches un peu partout, pour qu'il craque moins, pour moins déranger mes voisins.

Il n'y a pas d'issue de secours. La cage d'escaliers est mince et en bois. Si l'incendie démarre chez ce voisin et si sa porte est ouverte, les flammes et la fumée empêcheront toute évacuation des étages supérieurs. Je suppose que les occupants seront asphyxiés par les trombes de fumée bien avant l'arrivée des pompiers, à moins que quelques chanceux ne bénéficient d'un vent favorable à une fenêtre.

Pour mettre en place un piège à blaireau efficace, il faut être organisé. Le brocanteur se sert également des couloirs, de la cage d'escalier et du local électrique comme entrepôt. La photo ci-dessous montre la haie de cartons qui tapissait l'unique et étroit couloir d'entrée de l'immeuble. Largement de quoi bloquer la sortie de l'immeuble en cas d'incendie, si les cartons s'écroulent sur le passage ou, mieux, prennent feu. Le contenu du local électrique sera souvent des choses comme des bidons de pétrole vide, un grand sac poubelle ouvert contenant des lambeaux de mousse polyuréthane (cela brule très vite, c'est d'ailleurs utilisé comme carburant pour fusées, et cela libère une abondante fumée noire très toxique), etc...


caisses de brocantes


Discuter avec le brocanteur ne sert absolument à rien. Deux voisins feront cet effort plusieurs fois, sans résultat. Sa réponse est "qu'il est quelqu'un de gentil donc il faut lui fiche la paix." J'envoie des lettres et des photos à plusieurs administrations. La police transmet le dossier au service de sécurité-salubrité publique de la Ville de Liège... Et il ne se passe rien. Je ne reçois pas de réponse... On transmet mes lettres aux personnes dont j'explique qu'elles ne font rien... Un fonctionnaire de la Région Wallonne se chargera tout de même de téléphoner à l'agence de logement. On lui répond que tout est normal et qu'il n'y a pas de problème. Donc il me répond que tout est normal et qu'il n'y a pas de problème...

Au bout de deux ans il y a tout de même des progrès. L'agence de logement a fini par faire enlever les cartons de l'entrée, ce qui a découragé le brocanteur de continuer à en entreposer là. Des policiers ont réussi à lui faire comprendre qu'il doit arrêter d'entreposer dans la cage d'escaliers. Il continue à entreposer dans le local électrique...

L'agence de logement a intenté un procès à la personne pour l'expulser... mais cela dure depuis des années et rien n'est fait pour prendre en compte le danger immédiat pour les habitants : ce logement bourré jusqu'à la gueule de matériaux inflammables.

Comme le rendement de mes lettres est vraiment très faible, des locataires ont demandé que je fasse des pétitions, qu'ils ont signées. Je crois que c'est cela qui a débloqué la situation. Des visites de contrôle ont finalement eu lieu. On m'a rapporté que l'inspecteur de la sécurité-salubrité publique a roucoulé de compliments, assurant que bien sûr il clochait quelques broutilles, c'est inévitable, mais c'est certainement un des immeubles les plus en ordre qu'il lui ai été donné d'inspecter.

Beaucoup de choses dans l'immeuble ne sont pas aux normes. Le fonctionnaire de la Ville de Liège qui me l'a expliqué (j'ai plusieurs amis fonctionnaires à la Ville) a ajouté que ce n'était pas un problème parce que, comme la gestion de l'immeuble a été confiée à la Ville de Liège, et c'est la Ville de Liège qui fait les contrôles, on peut tout se permettre. Il me l'a dit simplement : si un immeuble n'est pas aux normes, il suffit d'en confier la gestion à la Ville de Liège. Le pourcentage prélevé sur les locations assure du confort à certaines personnes et en retour on a la paix.


J'ai entendu des histoires équivalentes pour des faillites d'entreprise, pour la façon dont des employés sont traités, ou dans des écoles... C'est une mentalité générale du fonctionnement de Liège et la raison du marasme économique de la région.

Note : toute administration présente à Liège n'est pas la Ville de Liège. Par exemple, les administrations de la Province de Liège ont une bonne réputation. J'entends des commentaires enchantés à leurs propos. Simplement, vous avez affaire à des personnes compétentes, qui comprennent la nature et l'importance de leurs tâches. On peut toujours trouver des choses qui pourraient être améliorées... mais quand un reproche est formulé, il est fréquent que deux ou trois ans plus tard il soit implémenté. Des administrations utiles, gérées par des personnes correctement scolarisées, cela existe.



La personne a finalement été expulsée. Quelques jours plus tard, des déménageurs sont arrivés avec un grand camion et un monte-charge. Il leur a fallu 6 heures de travail pour vider le logement de son amoncellement. Les autres locataires ne sont donc plus en danger de mort.

Les déménageurs ont été très expressifs auprès d'une des locataires, pour lui dire à quel point le danger incendie avait été important (donc je ne suis pas fou...) Ils lui ont aussi dit qu'on avait eu de la chance que le plancher ne cède pas simplement sous le poids.

Je ne comprend pas pourquoi il a fallu près de 3 ans pour vider un logement alors que le danger était grave et immédiat. Je ne comprend pas non plus pourquoi la personne a été expulsée. Il fallait intervenir immédiatement pour la sécurité. Mais expulser la personne n'était pas nécessaire... C'est une personne handicapée mentale, qu'il fallait un peu prendre en charge. Cela semble être une habitude à Liège, de traiter une personne handicapée comme si elle avait tous les moyens d'une personne normale. En particulier, on interprétera ses manquements comme une volonté manifeste de ne pas se conformer et de manquer de respect. Elle mérite donc les punitions maximum...



On me demande parfois pourquoi je n'ai pas demandé un logement social, puisque je suis handicapé et que je vis dans la misère. Je l'ai demandé... Après plusieurs années on m'a proposé un studio à Droixhe. Je l'ai refusé, parce qu'on entendait les voisins marcher sur le plafond. Un autre problème était que certes le loyer n'était que de 100 € par mois, ce qui est le tarif pour une personne de mon niveau de pauvreté, mais les charges étaient de 170 € par mois. Il n'y a pas de petits bénéfices... Quelques mois plus tard on m'a proposé un deuxième logement, cette fois-ci un appartement, à Sainte-Walburge. Il était à ce point inondé d'ondes radio, de trois sources différentes, qu'après une demi-heure je n'étais plus capable de parler correctement. Après trois quarts d'heure j'ai commencé à avoir sérieusement mal à la tête. J'ai été obligé de quitter les lieux. Comme j'ai refusé ce logement, j'ai été radié des listes d'attente.

Un ami a travaillé dans la société de logements sociaux. Il a éclaté de rire quand je lui expliqué la situation. D'après lui, comme tous les bons logements ont été distribués aux amis et connaissances du personnel de la société, forcément il n'en reste plus pour moi. Il m'a aussi parlé du directeur qui s'était octroyé un salaire de nabab (mais les autorités sont intervenues pour résorber le furoncle...)

On m'a demandé pourquoi je n'avais pas expliqué à la société de logement social que je suis handicapé, que je souffre plus du bruit qu'une personne normale, ou que je n'ai pas envie d'être exilé hors du centre comme à Sainte-Walburge... Je l'ai bien entendu fait. Alors pourquoi me propose-t-on exactement le contraire de ce dont j'aurais besoin...

J'ai fait appel de la décision de me radier des listes. J'ai donc comparu devant une petite commission à Charleroi, en même temps qu'une personne représentant la société de logement. Cela n'a pas été dit explicitement, mais essentiellement la comparution a servi à me voir expliquer que puisque je suis handicapé (fragilité au bruit, sensibilité aux ondes radio...) les logements sociaux ne sont manifestement pas pour moi. J'ai aussi compris une autre chose, qui est un certain principe selon lequel le logement social n'est pas destiné à ce que le pauvre ait un logement décent ou digne. Le pauvre doit prendre ce qu'on lui donne. Si un pauvre serait heureux dans un logement X et malheureux dans Y, et pour un autre pauvre c'est l'inverse ; c'est le logement X qui est un enfer et Y est son rêve, on n'en a rien à fiche. Quand on est pauvre, il faut en subir les conséquences.



Quand j'explique la situation à certaines personnes qui ont un lien avec la Ville de Liège, j'obtiens une réponse identique et comme préenregistrée : "oui mais les logements sont jolis..." Cela a quelque chose de magique : l'immeuble ne respecte pas des normes de sécurité de base, les locataires sont soumis à la torture par le bruit, on peut y être en danger de mort pendant des années, des travaux élémentaires ne sont jamais faits... Tout cela est oublié par la magie de "oui mais les logements sont jolis..." Ces personnes on assisté à des réunions ou à des discours et elles ont été émues par cette image du joli logement. Elles veulent y croire et rien ne pourra les en détacher...

A propos des normes. Dans mon logement précédent, il n'y avait pas de ventilateur d'aération dans les toilettes. Simplement, j'ouvrais la fenêtre qui se trouve un peu plus loin. Je n'ai jamais eu de problème d'odeurs ou d'humidité... Quand les fonctionnaires ont vu qu'il n'y avait pas de ventilateur, ils ont hurlé. Les toilettes de mon logement actuel sont conformes aux normes. Elles ont un ventilateur d'aération. Oui mais... à cause des problèmes d'acoustique je ne tire souvent pas la chasse pendant plusieurs heures, pour ne pas déranger le voisin à côté. Maintenant, j'ai des problèmes d'odeurs et d'hygiène... On ne se rend pas compte à quel point le non-respect des normes acoustiques est destructif pour les habitants. Ça détruit tout...

La télévision fait ses choux gras des vilains propriétaires qui laissent des étages entiers inhabités dans des maisons anciennes. Pendant longtemps j'ai montré ces immeubles du doigt, quand je parlais avec des personnes en rue. Un jour, une connaissance du propriétaire d'un de ces immeubles m'a expliqué *pourquoi* l'étage est inhabité. C'est à cause des normes... Le plafond est trop bas. Le propriétaire aurait le droit d'y emménager lui-même mais il ne peut pas louer à quelqu'un d'autre... Deux de mes amis ont vécu dans des logements dans le plafond était très bas, cela ne leur a causé aucun problème. Encore une norme idiote qui pourrit la vie...

Une maladie à Liège sont des propriétaires qui laissent pourrir leurs immeubles, et les locataires y contenus. Le truc, c'est que le propriétaire possède disons 5 immeubles. Ces immeubles ne lui appartiennent pas réellement... Ils appartiennent à la banque. Les loyers servent à payer les intérêts des sommes empruntées pour acheter les immeubles. Le propriétaire vit lui-même comme un pauvre. S'il ne fait pas des réparations vitales, c'est parce qu'il n'a pas un rond. Bien sûr, il pourrait renoncer à un des immeubles. Il n'en aurait plus que 4. Alors il pourrait vivre correctement et faire des frais dans ses immeubles. Mais il préfèrerait se suicider plutôt que de perdre un de ses immeubles... Alors tout le monde crève dans des logements insalubres, lui y compris, mais tant que la banque touche ses revenus tout est anesthésié.

Je n'ai rien contre les normes. J'aimerais beaucoup, que les normes d'acoustique et de sécurité-incendie soient respectées dans mon immeuble actuel. Mais quand on peut vous expulser de chez vous parce qu'une norme sans objet n'est pas respectée... Quand ceux qui enrichissent ceux qui ont pris le contrôle de la ville peuvent se permettre de ne pas respecter les normes importantes... Quand tout est arbitraire et aucun investissement n'est sûr... Quand l'insécurité qui en découle est précisément ce qui gonfle l'électorat et les portefeuilles des auteurs du système...



Une chose dont je me rend de plus en plus compte est à quel point il est nécessaire à certains politiciens que la population souffre et soit malade.

À l'école, on m'a appris qu'au 19ème siècle les salauds de richissimes industriels étaient indifférents à la misère de leurs ouvriers. Ils les pressaient toujours plus, pour s'offrir des jouets hors de prix ou acheter l'usine concurrente. Une question : supposons qu'une civilisation extraterrestre aurait débarqué et se serait mise à fournir des soins de santé et de la nourriture de qualité aux ouvriers, tout en ne cherchant pas à les empêcher de travailler pour les industriels... Quelle aurait été la réaction des industriels ?

On parle parfois des problèmes des logements sociaux à la télévision. L'impression qui s'en dégage est qu'on n'a pas les moyens pour offrir mieux aux pauvres. On aimerait bien... mais c'est la crise pour tout le monde... J'ai proposé des choses et des travaux qui auraient sensiblement amélioré la situation acoustique de mon immeuble actuel mais qui n'auraient presque rien couté. Cela a toujours été refusé... J'ai même proposé de faire des choses moi-même, gratuitement et à mes frais... On ne m'a jamais permis de les faire. Donc, ce n'est pas une question d'argent ou de moyens.

Des ouvriers qui sont intervenus dans le bâtiment ont essayé d'obtenir certaines choses pour les locataires. Par exemple que la minuterie électrique de l'éclairage dans l'escalier soit réparée... Comme la demande ne vient pas de ces pleurnichards de locataires, on aurait pu espérer que quelque chose serait fait. On leur a répondu au téléphone qu'on allait le faire... et puis il ne se passe rien, comme d'habitude. J'ai réglé le problème, toujours à mes frais, en plaçant une lampe économique de faible puissance à chaque étage. J'ai calé l'interrupteur de la minuterie déficiente sur allumé en permanence. Cela éclaire peu mais suffisamment pour ne pas ne pas risquer de tomber dans l'escalier et cela ne coute virtuellement rien en consommation électrique. Quelques années plus tard j'ai lu par hasard dans le règlement de l'immeuble qu'il est interdit de toucher à la minuterie sous peine d'être expulsé. Je l'ai échappée belle...

Il y a peut-être une sorte d'ordre social, qui veut que *on ne peut pas* laisser le pauvre s'en sortir par lui-même. *On ne peut pas* tolérer la moindre initiative parce que sinon cela se reproduirait et on ne s'en sortirait plus. Par exemple, la boite aux lettres d'un voisin avait été défoncée à coups de pieds. Il a perdu des courriers importants à cause de cela et a eu des ennuis. Il a demandé à l'agence de lui placer une nouvelle boite aux lettres... C'est un exemple de quelque chose qui est important mais dont le cout est dérisoire. On lui a toujours répondu qu'on allait le faire et on ne l'a jamais fait. Excédé, il a fini par aller dans un quincaillerie acheter une boite aux lettres et je l'ai aidé à la placer. L'agence de logement a *hurlé* quand elle l'a appris. Il y a eu des coups de téléphone, des aller-retours... Il ne leur a jamais demandé de rembourser le cout de la nouvelle boite aux lettres... Mais finalement ils lui ont proposé ceci : ils remboursaient la boite aux lettres *à condition* qu'il promette de ne pas dire aux autres voisins qu'il l'avait fait de sa propre initiative. Il a accepté. Tout de suite après, d'autres voisins dont la boite était défoncée lui ont demandé comment il avait fait. Il leur a répondu qu'il faut s'adresser à l'agence. Ils l'ont fait... et il ne s'est jamais rien passé. Il a fallu attendre plusieurs années avant que finalement les boites endommagées soient remplacées par des neuves.

Mettons que je gagne au Loto et que dans les premiers instants de folie je paye la mise aux normes de l'immeuble. Le propriétaire perdrait alors la seule raison pour laquelle il est obligé de confier la gestion de son immeuble aux élus de la Ville... Donc il n'est *pas du tout* dans l'avantage des élus de la Ville que l'immeuble soit mis aux normes ou amélioré d'une quelconque façon. Ils perdraient les revenus des loyers mais surtout leur poids dans les jeux de balance du pouvoir s'allégerait. Il leur est *nécessaire* que les habitants des immeubles souffrent le plus possible mais sans que cela déborde. Il y a donc tout un équilibre à assurer, où il faut maintenir les victimes dans la misère et ses conséquences, mais sans que cela fasse jamais le moindre bruit. Tant qu'ils payent leurs loyers et que l'état fédéral paye leurs allocations de chômage pour qu'ils puissent payer leurs loyers... et les soins de santé pour qu'ils supportent plus longtemps l'insalubrité acoustique, à coups de calmants et d'anxiolytiques... Cela fait marcher le petit commerce local des pharmacies...



Une des raisons pour lesquelles j'avais accepté ce logement et arrêté de broncher est que la Région Wallonne allait me payer la différence de loyer.

À priori c'est une institution remarquable : si vous êtes pauvre, si vous quittez un logement reconnu insalubre ou inhabitable et si vous emménagez dans un logement conforme aux normes, la Région Wallonne vous paye *à vie* la différence de loyer, avec un maximum de 100 € par mois, tant que vous restez dans les conditions. Elle vous donne même une somme d'argent supplémentaire pour couvir les frais de déménagement !

Donc un fonctionnaire de la Région Wallonne est passé dans mon nouveau logement et a vérifié que les pièces avaient la taille minimum requise, qu'il y avait une aération dans les toilettes... Et six mois plus tard j'ai commencé à recevoir l'allocation de logement tous les mois.

C'est merveilleux. À ceci près que :
Pour être précis : je peux déménager et continuer à toucher l'allocation mais à condition que mon déménagement soit un cas de force majeure. Donc, j'ai écrit à l'administration et j'ai décrit ma situation, en posant la question : "est-ce que vous considérez bien ceci comme un cas de force majeure ?" Réponse : "déménagez d'abord, on verra ensuite." Si je me réfère à mes expériences passées, cela se passerait de la façon suivante : ils vont téléphoner à mon agence de logement actuelle et demander s'il y a un problème dans mon logement. L'agence va leur répondre que non. Parce que, la raison d'être de cette agence est justement de prétendre que les logements sont corrects. C'est la nature de leur activité et presque leur seule activité, avec la collecte des loyers...

Comme on m'a rayé des listes pour un logement social, je dois prendre un logement dans le privé. Cela va me couter de l'ordre de 100 € de plus en loyer... tout en perdant les 100 € de l'allocation de déménagement de la Région Wallonne. Je ne réussis déjà pas vraiment à manger correctement dans la situation actuelle. Je ne peux pas me chauffer l'hiver. Alors avec encore 200 € en moins dans le budget...

Résultat : cela a contribué à me faire partir d'un logement correct et maintenant cela contribue à me forcer à rester dans un logement inhabitable. Et... ce sont 100 € tous les mois qui passent dans les caisses des élus socialistes de la ville. Avant, je ne leur rapportais rien...



En empilant ses cartons jusqu'au plafond, l'occupant précédent du logement sous le mien a déboité beaucoup de dalles dans le faux plafond :


dalles de plafond


Problème : le son passe par là. Un des rôles du faux plafond est de contribuer à l'isolation phonique mais pour cela il faut que les dalles soient bien en place. J'ai expliqué le problème à l'agence et j'ai précisé que je ne demandais pas mieux que de m'en charger. Il suffit de me donner accès au logement et de me prêter une échelle...

Chez mon ancien propriétaire, de tels problèmes étaient rapidement réglés. J'aurais demandé où se trouve l'échelle et deux heures plus tard c'était fait. Face à une administration il en va tout autrement. Et les réactions sont très variables suivant la position de votre interlocuteur dans la hiérarchie :
Le cinquième larron est la personne qui n'a simplement aucun pouvoir. Elle vous répondra placidement "oui mais les logements sont jolis..."

Il est également intéressant d'observer le comportement des locataires. J'ai expliqué à certains d'entre eux qu'ils peuvent par exemple boucher les trous dans leurs planchers. Il ne faut même pas d'échelle... Un peu de mastic et hop... La réponse est toujours la même : "ce n'est pas à moi de faire ça !" Il est assez curieux de comparer cette réponse avec la souffrance manifeste et fréquente que leur cause l'insalubrité acoustique. On dirait qu'ils se prennent pour des châtelains avec des domestiques à leur service. Dans certains cas, je me suis rendu compte qu'en faisant le travail à leur place, je leur donnais l'impression d'être un domestique en manque de maitre. Ils en arrivent à essayer de me persuader de faire des travaux, juste parce que c'est trop drôle de me voir passer à l'action. Sous cet angle, je peux comprendre que les fonctionnaires qui doivent les subir n'ont pas forcément toujours envie de leur donner ce qu'ils demandent... J'ai assisté à une dérive : un locataire qui se met à parler à un de ces fonctionnaires comme à un chien, qui lui donne presque des ordres... et le fonctionnaire obéit  ! J'ai même vu cela chez des clochards qui mendient dans la rue. Ils ont comme un psyché de grand bourgeois ou de seigneur médiéval. Ils ont des revendications et des exigences... En réalité, les fonctionnaires sont pareils, mais ils ont su contrôler leurs pulsions. Au dessus d'eux, il y a les élus et les hauts fonctionnaires, qui eux ont les moyens de se comporter comme des emplumés. Le truc du fonctionnaire, c'est de se montrer humble, reconnaissant et fidèle. Alors on lui dispense position et salaire. Le problème des "cas sociaux" est qu'ils n'arrivent ni à conquérir une place en vue, ni à faire preuve de la servilité nécessaire pour bénéficier des mânes des personnes en vue. Mais du clochard au sénateur, ils ont tous la même daube dans la tête. Tout le pays semble être comme une vaste cour de Louis XIV. Même des sociétés dites primitives ne fonctionnent pas de façon aussi stupide. Il faut voir dans les sociétés de singes dans les forêts, pour trouver des équivalents. Le propre de ces sociétés de singes est qu'elles ne produisent rien. Elles consomment ce que la forêt produit. Il y a là une grande schizophrénie. On impose à ces personnes les règles d'une société moderne, où chacun a une capacité de jugement et participe à produire quelque chose, mais elles en sont incapables... Elles doivent afficher un comportement de personnes adultes, tout en vivant en réalité dans la cour de Louis XIV. Elles envoient leurs enfants à l'école, où ils sont sensés devenir des individus modernes et responsables... en réalité on ne leur fait que la seule chose utile pour réussir dans la vie : on les casse psychologiquement pour qu'ils deviennent de bons courtisans serviles, à mêmes de vénérer leurs maitres et d'en bénéficier des avantages. Inévitablement, il subsiste des individus capables de travailler et de produire des choses utiles... mais ils sont minoritaires et priés de ne pas se faire remarquer. Ils sont tolérés... (C'est peut-être une des raisons de l'immigration continue : contrairement à ce qu'en dit le cliché, la majorité des immigrés sont de grands travailleurs, mais, ils n'ont pas de droit politique et acceptent une position sociale plus faible.)



Depuis quelques temps j'ai les oreilles qui saignent. En général c'est plutôt du plasma sanguin, qui forme des croutes jaunes. Parfois il y a comme des écailles blanches... Et il y a des petites blessures rouges. C'est à cause des mousses que je suis obligé de mettre presque en permanence dans les oreilles. Je n'ai pas compris si ce sont des mycoses, une réaction aux désinfectants que j'utilise pour nettoyer les mousses ou un effet mécanique d'abrasion. On dirait un avant-bras de toxicomane mais c'est réellement comparable à cela. Le toxicomane est *obligé* de s'enfoncer l'aiguille dans les croutes purulentes de la peau, pour arrêter la douleur que lui causent le manque ou le harcellement social. Je suis également obligé de continuer à enfoncer ces mousses dans mes oreilles, pour ne pas souffrir. C'est un indice de plus qu'il s'agit bien de faits de torture. Un voisin a résolu le problème en devenant alcoolique (on en revient à la toxicomanie...)

J'ai toujours été étonné, quand j'essaye d'expliquer cela à des connaissances ou à des fonctionnaires, de m'entendre répondre que tous les logements sont bruyants. Je rend visite à des amis... Chez la moitié d'entre eux, le silence est complet. On n'entend rien du tout du voisinage, hormis un vague bruit toutes les deux heures peut-être. Un de ces logements est un logement social. Chez mes amis où on entend des bruits, il s'agit par exemple du chambard d'une personne qui descend les escaliers. Cela résonne dans les murs. Mais c'est un bruit isolé et peu fréquent, dont on sait qu'il va s'arrêter. J'avais pire que cela dans mon logement précédent mais je ne l'assimilais pas à une toture même si je m'en serais passé. Dans une minorité de cas, le bruit vient de voisins qui ne respectent pas les règles de savoir-vivre. Madame marche avec des hauts-talons sur le carrelage toute la journée... On met la sono à fond... On fait des scènes de ménage... Mais ce n'est pas ce qui se passe dans mon logement. Chez moi, même si des voisins bougent ou parlent de façon normale, cela engendre des coups dans les planchers et les murs et un harcellement auditif continu. Il y a transmission directe des mouvements d'un plancher à l'autre et il y a des trous qui communiquent directement d'un logement à l'autre !

En fait, souvent ces personnes aimeraient bien avoir une solution à me proposer mais il n'y en a pas. Alors la seule chose qui leur reste est de me motiver à accepter mon sort. Cela semble être le réflexe général face à la dégradation physique ou mentale : accepter, courber l'échine autant qu'il s'avèrera nécessaire. Au besoin on devient alcoolique, on développe un cancer, on demande des calmants à son médecin ou on apprend à maltraiter sa famille. N'importe quoi qui soit dégradant, plutôt que de résoudre les problèmes.

Une autre réaction consiste à me reprocher d'avoir manqué de débrouillardise. Les gens entendent bien que je n'aurais pas pu habiter dans ce logement qui m'a été proposé, à cause de la pollution radio. Ils entendent également bien qu'il n'est pas possible d'obtenir un certificat médical de sensibilité aux ondes radio. Mais pourquoi n'ai-je pas demandé à un médecin un certificat de n'importe quoi d'autre ? On me donne tout de suite des adresses de médecins du quartier qui font cela sans problème. Quand je rechigne, on me fait remarquer que où serait le mal, puisque de toute façon il était justifié que j'aie un certificat médical, donc peu importe de quoi. Tout le monde demande des certificats médicaux, souvent sans qu'il y ait une raison médicale. Alors dans un cas comme le mien, où il y a une nécessité réelle, un médecin aurait tout de suite trouvé quelque chose. L'idée ne m'avait même pas traversé la tête... Mais ce n'est pas la première fois qu'on se paye ma tête parce que je ne magouille pas. On ne me comprend pas, quand j'explique qu'il est impossible de démarrer une activité dans ce pays... Et puis on finit par comprendre que je veux dire qu'il est impossible de démarrer une activité *sans magouiller*. Et dans l'esprit de ces personnes, la magouille est en soi la source de revenus. Elles n'ont pas d'idée qu'une activité pourrait devoir avoir une utilité pour la société. Elles ne comprennent pas le concept. Pour elles la vie consiste à se greffer quelque part dans le système pour téter et se faire maltraiter par un supérieur hiérarchique. Certains réussissent à téter plus gros... Certains réussissent à devenir un supérieur hiérarchique... En particulier, elles ne comprennent pas que mentir à propos de la raison réelle pour laquelle je refuse ce logement, c'est condamner plusieurs autres personnes à subir la même chose.



Au fil du temps, j'ai rencontré plusieurs personnes qui ont demandé un logement social. À toutes, on a proposé quelque chose d'inhabitable. Moisissures, souris, taudis, coupe-gorge... Il n'y a simplement plus de logements sociaux corrects pour les nécessiteux. Mais, dans au moins une partie de ces cas, il aurait suffit de peu de travaux pour arranger les choses. On ne le fait pas... Le plus curieux est que quand les personnes proposent ou essayent d'arranger le logement elles-mêmes, elles sont très mal reçues. Ça, j'en ai fait longuement l'expérience... Je crois d'ailleurs que si j'ai été radié des listes, c'est en partie parce que j'avais fait des suggestions pour améliorer l'état de l'immeuble. Les administrations qui gèrent les logements sociaux *ne veulent pas* que les locataires touchent à quoi que ce soit. Quand il s'agit de travaux dangereux, on peut comprendre... Mais la réaction est la même dans tous les cas. Et en même temps, ces administrations ne font pas faire des travaux pourtant indispensables... Cela commence à me donner une impression générale de ce qui se passe dans leurs têtes. Ces gens vivent encore dans les années 1960 ou 1970, à l'époque du fantasme du presse-bouton. Leur idée des choses est qu'elles doivent disposer d'un budget illimité et elles se contentent d'appeler au téléphone les entrepreneurs et les ouvriers pour faire faire les travaux. Elles tiennent viscéralement au fait que c'est leur rôle de tenir le cornet de téléphone. C'est un job facile et bien payé, qu'on leur a obtenu par relations, avec logement de fonction à la clé, prélevé dans le meilleur du catalogue. Elles ne veulent *surtout pas* que le locataire se mêle de faire leur boulot archi-simple. "Kss kss, couché sale bête, toi tu es un assisté de base, laisse faire l'assisté de luxe !" Le problème est que l'époque des budgets virtuellement illimités est terminée. Les entrepreneurs n'obtempèrent plus non plus aux administrations. Les procédures deviennent aussi de plus en plus complexes, dans le but de freiner les abus. Cela devient simplement trop compliqué pour les assistés de luxe... Mais pas question que l'assisté de base tente quelque chose de son côté !

Cette situation va sans doute finir par péter à la figure mais ce ne sont pas ceux qui en sont responsables qui payeront les pots cassés. C'est l'assisté de base, qui payera. Il paye déjà... Et on commencera par ceux qui avaient essayé d'être de bonne volonté. Le vrai parasite, celui qui est malhonnête, sera protégé, parce qu'il est une matière première précieuse du système.



Même en supposant qu'on ne peut pas améliorer l'acoustique des logements, il y a une chose simple à faire : instaurer une discipline. S'il n'y a pas de logement habitable disponible, on vous explique que vous pouvez prendre un logement dangereux mais à condition de suivre les règles et procédures nécessaires pour ne pas blesser vos voisins. Par exemple, ne pas claquer les portes... Il faudrait aussi instaurer un système permettant de surveiller le bon respect des règles et si nécessaire de rappeler les enjeux aux personnes. Mais... pour cela il faudrait que le système reconnaisse que ces logements sont inhabitables. Comme les revenus des bénéficiaires du système découlent précisément de la possibilité d'affirmer que des logements inhabitables sont habitables...



J'ai eu des nouvelles de mon précédent logement. Il est inoccupé depuis plusieurs années maintenant. Le nouveau propriétaire a des projets pour l'aménager en quelque chose d'autre... et il n'a pas besoin des revenus d'un loyer.



Je viens encore de me faire traiter comme un domestique... Cela m'a fait penser au discours de certains indépendantistes congolais. Comme il ne leur était pas vraiment possible de faire comprendre aux Congolais ce qu'est l'indépendance, ils l'ont résumée ainsi : "l'indépendance, cela veut dire que chacun aura une maison de blanc, une voiture de blanc et une femme de blanc". C'était raconté avec humour par les coloniaux mais j'ai l'impression qu'en Wallonie on a promis à chacun qu'il serait nabab. Cela veut dire avoir des domestiques et un train de vie comme un chef d'entreprise. Se faire servir... On n'a expliqué à personne qu'un véritable chef entreprise a certes des assistants mais il n'est pas un assisté. Il a besoin de ses assistants pour assurer un rendement en tant que capitaine du navire. Il est responsable envers ses assistants comme envers le reste de l'équipage, les passagers, l'armateur... Il existe certes quelques rentiers qui ne font réellement que se faire servir... mais leur santé physique et mentale n'est pas forcément au beau fixe. Avant, on réduisait les ouvriers à l'esclavage par le travail. Maintenant, on les réduit à l'esclavage par l'assistanat. Comme ce système consomme des fonds énormes, il n'est plus viable en temps de crise, d'autant que l'assistanat généralisé, direct et indirect, a détruit le système d'éducation. Alors, on parle de repasser au système précédent, en augmentant l'esclavage par le travail. Il semble qu'il n'y a personne pour faire remarquer qu'aucun système d'esclavage n'est le bon.

Voici un article fort intéressant :

http://www.lalibre.be/societe/planete/article/692017/jean-ziegler-l-ordre-cannibale-du-monde.html

Il explique en substance que des populations paysannes vivaient correctement sur des terres. On pouvait améliorer... mais elles se débrouillaient. Alors débarquent les multinationales et les banques mondiales, qui expliquent qu'elles peuvent fortement augmenter les rendements agricoles. On rase tout et on chasse les populations. Quand on les retrouve un peu plus tard en situation de détresse et au bord de la famine, on explique que c'est bien malheureux pour elles mais elles n'avaient qu'à s'adapter. C'est de leur faute...

L'être humain est l'animal le plus adaptatif de la planète. Il se débrouille pour survivre dans les circonstances les plus invraisemblables, du désert à la calotte glacière. Il peut même survivre un peu plus d'une journée sur la Lune. Mais il y a des conditions. Il faut lui laisser le temps de s'organiser... Il faut lui accorder du temps, parfois deux ou trois générations, avant de bien s'adapter à un système complètement différent... Il faut respecter le long apprentissage nécessaire à chaque type de survie... En particulier, l'humain est grégaire. Cela implique des mécanismes de solidarité au sein des groupes, des règles de vie en société...

Un élément clé de la folie des américains au Vietnam est qu'ils ont rêvé que des paysans qui avaient un mode de survie tribal et communautaire, allaient en un claquement de doigts devenir des citadins comblés à l'américaine. Dès qu'ils y auraient gouté, ils ne pourraient plus s'en passer... Cela allait être la preuve de la suprématie du modèle américain. En réalité les paysans déportés dans les villes n'ont rencontré que la destruction. Même pour ceux qui ont essayé de s'adapter, l'avilissement était au bout du chemin.

L'esclavage, la dictature... c'est quand une personne ou une groupe vous impose son idée de la façon dont il faut vivre. Vous ne vous y reconnaitrez pas, vous n'y connaitrez pas le succès, vous ne pourrez pas protéger les vôtres... En particulier, votre rendement sera très faible, même si vous êtes de bonne volonté. C'est une des raisons pour lesquelles l'esclavage a été aboli : cela n'a pas un bon rendement. Mais partout, actuellement, on cherche à imposer de nouvelles formes d'esclavage. Elles prennent même en compte le fait que vous n'aurez aucun rendement. Elles veillent à saquer les formes de solidarité entre les individus et à diminuer autant que possible les niveaux d'éducation et de formation professionnelle.

Quand la gauche vous contraint à vivre comme un assisté, y compris un assisté qui est prétendu avoir un emploi, elle est une forme d'esclavage. Cette forme déviée de socialisme saque l'enseignement en prétendant que le génie est intrinsèque à tout être. Le diplôme que vous convoitez, on vous le donne tout de suite ! Votre génie intrinsèque fera que vous brillerez dans votre profession...

La droite déviante va par définition dans le sens opposé : vous devez être contraint à travailler, par un patron et pour un patron. Pour votre diplôme, il faudra travailler dur et payer cher, de toute façon vous n'en êtes le plus probablement pas digne ou capable. Seul le dicateur est clairvoyant !

La réalité belge est un mélange de ces deux extrêmes, sans passer par la case équilibre. Vous êtes un assisté qui doit travailler comme un âne... Vous avez dû travailler comme une bête pour votre diplôme mais vous n'avez rien appris...

En principe, dans le système belge, c'est le rôle du parti chrétien de veiller à ce que les choses se fassent de façon humaniste. C'est lui, la case équilibre. Mais il ne semble pas au rendez-vous... On dirait parfois même qu'il cherche encore sa propre façon d'exploiter la population.

Au lieu du système des humains, nous avons le système des metteurs en esclavage. Ils sont en concurrence entre eux et le peuple paye les pots cassés de leurs échecs permanents et toujours téléphonés.

Le succès des micro-prêts, par exemple, réside dans le fait qu'il permet aux gens de faire ce qu'ils savent faire. Il leur permet de le faire un peu plus vite, en un peu plus grande quantité... Il leur permet de facilité l'adaptation de leurs enfants à des systèmes différents... Il permet d'essayer et d'inventer de nouveaux systèmes, qui sont viables, et non des fantasmes creux de nombrilistes imposés par le meurtre.

Un ami ethnologue m'a raconté que quand les belges débarquaient pour exercer leurs exactions sur un village congolais, les villageois se réfugiaient dans la forêt, où ils survivaient en mangeant des racines, en piégeant des petits animaux... La survie en forêt n'était pas possible plus de quelques mois. Trop de personnes finissaient par mourir. Pour bien vivre et se développer, les humains ont besoin du village. Pour des raisons sociales bien sûr, mais aussi simplement parce qu'on peut entourer le village d'une barrière pour écarter les animaux dangereux, insectes ou prédateurs. Une société moderne humaine, se devrait de reproduire la forêt et de reproduire la possibilité de créer des villages. L'allocation universelle, par exemple, permettrait à chacun de survivre quelles que soient les circonstances. Pour qu'elle soit adaptée aux plus fragiles, il faudrait même qu'elle soit un petit versement journalier, sur un compte sur lequel il est possible de prélever l'argent même quand on s'est fait voler sa carte de banque. Ensuite, il faut accepter les façons très diverses dont des personnes formeront leurs villages ou communautés. Certaines seront peu rentables pour l'économie du pays... D'autres seront axées sur la rentabilité professionnelle... Il faut offrir une base commune dans l'éducation scolaire des enfants qui facilite les passages entre communautés et empêche qu'une communauté ne soit considérée comme non-humaine par une autre. Il faut beaucoup débattre des systèmes de communautés... et leur donner les outils nécessaires pour se protéger des prédateur qui chercheront à recréer des pyramides d'esclavage. Le premier outil étant la solidarité entre les communautés. Alors, si chacun est à même de faire quelque chose pour ses proches, ou pour l'humanité, cela se fera, parce que c'est le réflexe de base de l'être humain. On pourra construire des logements insonorisés. Et pour les logements qui ne le sont pas, on pourra y loger des personnes qui comprennent les règles à suivre pour ne pas torturer leurs voisins... Il ne sera pas forcément nécessaire que des logements soient insonorisés ou aient une aération dans les toilettes... et l'activité du pouvoir en place ne devra pas forcément être d'affirmer que tout va bien, qu'il n'y a aucun problème, pendant que des personnes sont en train de crever. On ne sera plus obligé de persuader les mères d'arrêter de câliner leurs enfants et de plutôt donner de l'argent pour leur acheter des peluches. Un parent n'a de valeur que pour les sommes d'argent qu'il peut dépenser en peluches, c'est bien connu. Un enfant n'a pas besoin de l'attention de ses parents. Il a besoin des peluches fabriquées par des machines ! (Ou, mieux : par des enfants esclaves...)



Le problème avec le déséquilibre est qu'il est stable et même se renforce lui-même. Plus on distribue des diplômes et des postes à des incompétents, plus ils ont besoin de maintenir le pouvoir en place pour garder leur statut, moins il y a autour d'eux de personnes à même de se plaindre de la supercherie et pire encore devient l'enseignement. Ce faisant, la société s'écroule lentement et les souffrances augmentent. La consommation de stupéfiants légaux et illégaux devient anormale.

Cela peut finir par craquer. Il peut y avoir une révolte populaire ou une reprise en main par des puissants. Mais, cela ne créera jamais une situation d'équilibre. S'il y a révolution, ce sera pour établir un régime basé sur l'autre extrême. On ira de l'extrême gauche à l'extrême droite. Les cartes seront redistribuées, mais cela consistera toujours à jouer sur l'incompétence et la dépendance des individus, donc sur l'esclavage.

En réalité, l'extrême gauche et l'extrême droite sont très proches. Cela permet de créer une situation mi-chèvre, mi-chou, où les exactions des deux systèmes sont mises à profit pour dégrader la population mais en veillant à utiliser chaque technique là où on ne l'attend pas. La Belgique se prétend "civilisée" parce qu'elle réalise un tel compromis, où la révolution devient difficile puisque qu'il n'y a même plus d'alternative, hormis devenir réellement civilisés mais cela demande un effort.

Un mythe dans lequel on baigne les enfants est que Hitler avait redressé l'Allemagne. Et c'est grâce à cette vigueur nouvelle, que, malheureusement, il a déclaré la guerre au monde. On explique aux enfants qu'il a certes fait deux-trois erreurs mais essentiellement sa politique a donné de bons résultats. Cela prouve la nécessité d'un pouvoir fort et de la soumission de l'individu à ses enseignants puis à ses patrons. La réalité est inverse. Le gestion de l'Allemagne par les nazis s'est avérée désastreuse. On ne peut pas, espérer qu'un pays fleurisse quand les décisions essentielles à tous les niveaux sont confiées à des crétins galonnés. La propagande a donné le change, donnant l'image d'un pays en essor. Mais c'est parce que tout s'effondrait sous eux, que la bande à Hitler a commencé à envahir d'autres pays. Ils ont appliqué le réflexe standard de l'escroc : pour donner le change aux premières victimes, pour qu'elles ne s'aperçoivent pas de la supercherie, il faut alpaguer de nouvelles victimes, toujours plus de nouvelles victimes. Cela finit par s'écrouler un jour mais on peut retarder l'échec de quelques années... Si Hitler n'avait pas commencé la Deuxième Guerre Mondiale, il perdait le pouvoir.

Le génocide des juifs doit aussi être analysé sous cet angle. Les responsables provinciaux du parti nazi ont exercé une pression énorme sur le régime, pour qu'on leur donne ce qui avait été promis  : la possibilité de saisir les biens des juifs, pour disposer de cash-flow et pouvoir continuer les frasques. Dans un premier temps, le projet était d'établir les juifs dans des camps loin de l'Allemagne, dans des terres sans intérêt. Cela c'est mal passé. Il n'était pas possible de gérer et de soutenir ces camps. C'est alors seulement qu'il a été décidé de "simplement" les éliminer. L'antisémitisme extrême est une invention de la bande à Hitler, dès le début de leur parcours. Mais le génocide en lui-même découle du fait que le nazisme ne fonctionnait pas et il fallait assassiner des gens compétents pour prendre leurs biens. On doit toujours se poser la question de savoir combien de personnes un système va devoir sacrifier, en les tuant ou en les torturant, et s'il s'agira de nationaux ou de personnes dans des pays plus faibles.

Il est également faux de penser que ces systèmes permettent à une "élite" de vivre bien, au détriment hélas d'une majorité populaire mais on ne fait d'omelette sans casser des œufs n'est-ce pas. Certes, les privilégiés du socialisme en Wallonie ont un meilleur salaire et des places en vue. Mais ils n'ont pas de dignité. Et ils en souffrent. Et quand vous leur dites que vous allez vous contenter d'un revenus de subsistance mais que vous conserverez votre dignité, ils ne le supportent pas. Il est donc une fois de plus nécessaire que le peuple crève, que toute dignité lui soit enlevée par le harcellement administratif voire la torture directe comme dans mon cas, pour que le système garde un sens.



L'actionnariat est une excellente chose, en particulier quand il permet à des employés d'être copropriétaires de leur usine. Mais pourquoi transformer cette admirable institution en un outil permettant à des psychopathes qui jouent au casino de vendre nos maisons et l'avenir de nos enfants ? C'est pareil pour la sécurité sociale : il n'existe pas de pays civilisé sans l'une ou l'autre forme de sécurité sociale universelle. Mais pourquoi transformer cela en source de revenus pour des médecins incompétents et une industrie pharmaceutique qui arrête de produire les médicaments éprouvés dont les brevets ne rapportent plus ?



Cet article dans La Libre Belgique décrit la détresse de réfugiés afghans arrivant en Belgique. C'est officiel, nous ne sommes plus un pays civilisé :

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/695434/la-cruelle-aventure-d-une-famille-afghane.html

Des militants socialistes m'ont mentionné ce genre de choses pour me convaincre que je n'étais proprotionnellement pas à plaindre même étant torturé. Ce dont personne ne semble se rendre compte, c'est que les afghans dont il est question dans l'article sont très débrouillards. Ils construisent leurs propres maisons... En admettant qu'on n'avait pas de structure officielle à leur proposer, il suffisait de leur fournir des locaux inoccupés, même dans un immeuble insalubre tant qu'il ne menace pas de s'écrouler, et leur donner quelques matières premières comme des planches, des clous, un peu d'électricité et un petit poile à pétrole. Ils se seraient très bien débrouillés, surtout avec l'accompagnement de personnes arrivées avant elles et déjà installées de la sorte... Faites passer régulièrement la police est les assistants sociaux et tout est au poil. Mais on n'a pas le droit de faire cela... Pourquoi ? Parce qu'il n'est plus admissible que des personnes se débrouillent par elles-mêmes ? On ne peut exister que par sa dépendance ? Si on ne peut être dépendant, on doit être éliminé ?

Notre civilisation agro-alimentaire était sensée assurer notre bien-être. À présent elle régule notre mal-être...

http://www.lalibre.be/economie/actualite/article/695142/les-mesures-d-austerite-sont-une-supercherie.html



Le miracle de l'après-guerre aux USA, c'est que tout le monde pouvait prendre un job pépère. Vous alliez quelques heures par jour faire le serveur dans une buvette, tranquillement, et vous aviez de quoi payer votre loyer et emmener votre neveu au cinéma. Les héros du système étaient ceux qui faisaient plus : qui faisaient des études, qui travaillaient d'arrache-pied, qui avaient des idées... Mais tout le monde avait la possibilité de vivre et de s'occuper de sa famille. Les USA tout entiers se considéraient comme une grande famille. En quelque sorte, comme dans les tribus primitives, on vous demandait de participer au moins un peu aux travaux de la journée et vous aviez droit comme tout le monde à participer au repas du soir.

La situation actuelle consiste à éliminer la vie de famille, parce que les super-riches n'en voient pas l'utilité. Les travailleurs sont obligés de travailler comme des ânes. Quand bien-même il leur resterait un peu de temps, ils sont trop fatigués pour s'occuper de leurs enfants. Les autres, sont exclus du système et se retrouvent à la rue, où il n'y a pas de vie de famille non plus. Tout cela, pour produire des objets dans lesquels on a programmé qu'ils cesseront de fonctionner rapidement. On a fait en sorte qu'il soit nécessaire d'en fabriquer beaucoup plus qu'il n'en faudrait, parce que cela permet de prélever plus d'argent, plus vite. Et la fabrication, autant que le rejet, de tous ces objets constitue une catastrophe écologique qui menace de détruire la planète...

En Belgique, cela se manifeste par exemple par le fait qu'il m'est impossible de faire un travail pour une entreprise. Si je veux pouvoir être payé pour un travail que je ferais, je dois prendre un registre de commerce. Dans ce cas, je n'ai plus droit à l'aide sociale... Certaines entreprises arrivent à se débrouiller pour payer une personne dans mon cas de façon légale, en passant par exemple par des agences d'interim, mais c'est très compliqué et beaucoup d'argent est perdu dans le processus. Soit vous êtes employé et fiché chez une employeur, soit vous êtes assisté social et fiché au syndicat. Il n'y a rien entre les deux... On dépense des trésors d'efforts en incitants au travail, en incitants à embaucher... mais il ne semble venir à l'idée de personne de simplement *autoriser* les gens à travailler. Faire en sorte que ce soit légalement possible... C'est pourtant dans la Déclaration des Droits de l'Homme, que la Belgique a ratifiée : le droit au travail. Mais la Belgique fait tant pour les Droits de l'Homme dans le monde, qu'elle peut bien se permettre quelques entorses...



Un de mes voisins fait la fête tous les quelques jours. Jusqu'à une heure du matin, il hurle, il donne des coups dans les murs, il met la musique à fond... Le reste du temps, il n'est pas beaucoup moins bruyant, sauf quand il se repose ou quand il est absent. Le logement sous le sien est vide. Pendant quelques mois son occupant a régulièrement rouspété pour le vacarme, puis les plaintes se sont tues, il est parti habiter ailleurs. C'est principalement à cause de lui que j'ai du sang qui me coule des oreilles.

Le plus étonnant est que lui-même est très sensible au bruit du voisinage. Je l'ai trouvé presque en sanglots après que j'aie passé une heure dans ma cuisine. J'avais fait très attention à ne pas faire de bruit... mais les simples petits clics et clacs d'objets déposés l'avaient rendu chèvre. Il était également malade d'entendre une dame dans le logement sous le sien parler de vive voix pendant des heures.

Comment une personne qui souffre elle-même fortement du bruit, peut-elle en arriver à torturer ses voisins par le bruit ?

Quand il est arrivé dans cet immeuble, c'était un jeune homme très contrit. Il n'aurait pas fait de mal à une mouche. Il a eu une éducation où on ne lui a pas expliqué grand-chose mais on l'a malmené pour qu'il se range. Il est tout écrasé, tout chétif d'obligations.

Il souffre de plusieurs choses : le bruit des voisins, la solitude et le harcellement au travail. La solitude, parce qu'il ne peut inviter personne chez lui, puisque tout s'entend d'un logement à l'autre. Il découvre l'alcool. La recette est simple : pour une bonne soirée, un DVD et une demie bouteille d'alcool fort. Cela lui fait oublier le malheur de sa journée de travail, il se sent bien, il se couche sans souffrir de se sentir seul... et il est dithyrambique sur les bienfaits de l'alcool pour ne plus souffrir des bruits des voisins. "Tu les entends mais tu t'en fous !" (Les héroïnomanes disent la même chose.)

Il est honteux de devenir un alcoolique. Il a constaté les dommages physiques, dont certains sont aussi répugnants que des vers sous la peau. Il a essayé de nombreuses fois d'arrêter. Cela ne lui est même pas difficile... Mais la vie lui parait terne sans alcool. Il faudrait qu'il quitte cet immeuble... mais il n'en a pas la force.

Au fil du temps, l'alcool lui devient moins joyeux. Quand il est prostré dans son canapé, si je fais le moindre bruit cela casse sa rêverie et il en souffre très fort. Il s'opère autre chose aussi : comme tous les toxicomanes qui n'ont pas de culture, il ne fait pas, ou mal, la distinction entre les rêveries procurées par la drogue et la réalité. Cela lui permet d'arranger la réalité comme il le souhaiterait dans ses rêveries... (Chez le personnes qui ont de la culture, la drogue peut parfois servir à comprendre la réalité mais on ne fait pas de confusion.)

Il n'a donc plus à respecter les règles du bon sens, de la réciprocité ou une quelconque structure morale. Il devient agressif pour me forcer à cesser les derniers éléments de bruits que je lui assénais. Il me menace de me dénoncer à l'agence de logement, il m'envoie des SMS en série la nuit... En même temps, il apprend à bouger chez lui sans plus se gêner. Par exemple, il avait placé une petite planche comme je le lui avais conseillé, à un endroit où son plancher craque fortement. Il l'enlève... Explication : "il ne peut pas recevoir dignement sa mère dans un logement avec une planche sur le sol." J'aurais bien aimé qu'il me dise ce qui le dérange sans me menacer. Mais chaque fois que je lui posais la question il me répondait que tout allait bien ou simplement je n'arrivais pas à comprendre de quoi il parlait.

Tout cela est agrémenté de justifications très structurées. C'est là que l'alcool joue son rôle dans les neurones :
Simplement : "il a le droit".

Et puis aussi : "il a comparé". La vie sens alcool et la vie sous alcool. La vie en respectant le droit à la vie des voisins et la vie en partant du principe que les voisins n'ont aucun droit. Sa conclusion est qu'il souffre moins avec alcool et en écrasant les voisins du talon.

Il a installé son canapé contre la mince cloison qui nous sépare. Donc chaque fois qu'il bouge cela donne un coup dans la cloison ou dans le plancher, pendant des heures. Et quand il fait la fête, cela donne parfois l'impression qu'il est en train de défoncer la cloison. Comme il dort dans ce canapé, et comme ce canapé se trouve au molieu du plancher que nous avons en commun, si j'entre dans ma cuisine il monte et il descend à chacun de mes pas. Cela le réveille en sursaut et alors il m'attaque avec des menaces et ou des SMS en série. Mais *il ne peut pas* placer ce canapé à un autre endroit. Ni même l'avancer de quelques centimètres.

Ce n'est pas fondamentalement une mauvaise personne. Il a besoin qu'on l'aime. Il se sert d'ailleurs de sa "liberté" forgée à force du bras pour inviter toutes sortes de personnes à faire la fête chez lui, ce qui rend la situation d'autant plus insupportable pour les voisins. Il a "compris" une chose simple, vieille comme le monde : pour pouvoir être admiré de certains, on est bien obligé d'écraser quelques autres... Comme ces officiers dans les camps d'extermination, qui avaient par ailleurs une vie de famille fort bien rangée.

Ce sont des personnes comme lui que la Belgique a envoyé exterminer des villages au Congo parce qu'ils ne produisaient pas la quantité de caoutchouc imposée. C'est par la torture, qu'on fabrique ces personnes. Ce n'est pas naturel. Tout comme faire un chien tueur n'est pas simple : il faut le maintenir en isolement, le faire battre... Je ne prétends pas que cette personne en particulier ferait volontiers du mal à autrui. Mais, elle a acquis le mental des "tueurs" sans lesquels notre système économique actuel ne peut pas fonctionner. Les contremaitres qui harcellent les ouvriers, les liquidateurs... Cela se fabrique. Plus haut dans la hiérarchie, il faut isoler et endoctriner les enfants dès la naissance pour qu'ils deviennent des capitalistes froids qui donnent les ordres adéquats aux contremaitres. Quant aux petits actionnaires, "mentalement plus faibles", il faut éviter qu'ils soient confrontés aux conséquences de la politique d'entreprise qui garantit leurs revenus. On décrit Himmler comme le second plus grand monstre de la bande à Hitler mais je voudrais tout de même faire remarquer qu'il a pris la peine d'aller voir sur place comment se passaient les campagnes d'extermination qui demandaient à des soldats de fusiller des civils en série devant les fosses. Il a vomi. Il a compris pourquoi le rendement des soldats baissait après ça et pourquoi il fallait former des unités spécialisées avec peu de personnel. Un personnel sélectionné... Combien de boursicoteurs ont fait l'effort d'aller voir sur place les populations qui crèvent ?

C'est une institution qui se prétend socialiste, chapeautée par des élus socialistes, qui fabrique ce monstre. C'est un exemple parmi d'autres du fait que la gauche dénaturée et la droite dénaturée se donnent la main.

Le vacarme provenant de cette personne serait sensiblement réduit chez on ajoutait une porte dans mon logement. Je pourrais la calfeutrer et bloquer le principal des coups et des hurlements. J'ai bien sûr signalé le fait. Mais cette porte ne sera jamais placée. *On ne peut pas* la placer.



J'ai eu une conversation avec une amie qui habite à la campagne. Je lui ai expliqué l'inhabitabilité de mon logement, le fait qu'on m'a refusé un logement social... Elle était étonnée et m'a dit qu'elle ne comprenait pas ; "on vient justement de construire des logements sociaux pas loin de chez moi. Ils sont très bien..." Je lui ai répondu : "oui mais ça ce sont des logements pour les protégés du régime, pas pour des pauvres ou des handicapés comme moi." Elle a répondu : "ah oui tiens, ça m'avait étonné, ce sont des ménages qui ont deux voitures et des choses comme ça..."



J'ai rencontré un pompier. Il connaissait mon immeuble et m'a fait la liste des infractions aux normes de sécurité-incendie. Les extincteurs qui n'ont jamais été entretenus, la cage d'escaliers trop étroite... il connaissait tous les détail. Il y avait des choses que je ne connaissais pas... Par exemple, les portes des logements sont certes coupe-feu mais les chambranles autour des portes ne le sont pas. Donc cela ne sert à rien ; c'est du bluff. Il m'a fait remarquer qu'une partie des normes qui ne sont pas respectées ne sont pas destinées à protéger les locataires mais bien les pompiers lors des interventions...
 


La Libre Belgique a publié quelques articles sur le rififi à la Société Wallonne du Logement :

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/707345/audit-d-un-desastre-annonce-a-la-tete-du-logement-social.html

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/707573/reglement-de-comptes-a-la-tete-de-la-swl.html

http://www.lalibre.be/actu/hainaut/article/708285/la-cellule-de-jumet-enquete-sur-la-swl.html

Ce sont ces rigolos-là qui m'ont expliqué en substance que le logement social ce n'est pas pour moi *parce que* je suis pauvre et handicapé. Ce qui, est parfaitement exact, puisque le "logement social", du moins celui qui est habitable, est réservé aux "personnes méritantes" du système. Et comme il faut tout de même bien aussi donner des logements à ceux auxquels les logements sociaux sont officiellement destinés, on leur jette ce qui est inhabitable, avec des règles absurdes pour les forcer à accepter. Vu que s'ils n'acceptaient pas, les fortunes débloquées pour le logement social et qui assurent la vie de château de certains, seraient en péril.

On parle actuellement de mesures sociales drastiques, comme le recul de l'âge de la pension. Personne n'a l'air de comprendre que cela a pour seule motivation de permettre de continuer à financer cette faune invraisemblable de parasites. Et encore... les administrations comme la SWL ne sont pas ce qu'il y a de pire. Il y en a d'autres auxquels il faut fournir annuellement des sommes colossales pour qu'ils puissent les flamber en bourse et autres œuvres dites de prestige.



Comme je faisais des essais d'un bricolage pour détecter les antennes-relais GSM, un commerçant du marché du Noël a été curieux et nous avons discuté. Il me dit qu'à Cointe les logements sociaux sont hérissés d'antennes-relais GSM, parfois de véritables arbres de Noël. Il a ajouté en rigolant : "comme les locataires ne payent pas leurs loyers, cela couvre les frais !" Je me demande... dans quelle mesure cela a une influence sur le fait que la société de logements sociaux de Liège n'a jamais répondu à mes lettres à propos de la pollution radio. Et sur le fait que lors de mon recours devant la Société Wallonne du Logement, une dame représentant cette société liégeoise a dit que pour elle l'électrosensibilité n'avait pas de réalité juridique.



Les visites des logements doivent être faites avec un préavis de 2 semaines. Pour la visite des pompiers j'ai eu un préavis de 0 secondes et pour la visite de l'inspecteur de la sécurité-salubrité publique j'ai eu un préavis de 10 minutes. Ce dernier m'a reproché certaines choses, comme le fait que j'avais fixé deux sockets de lampe au fil qui pend de mon plafond.

Un autre locataire de l'immeuble a entièrement entouré son radiateur électrique d'objets inflammables. Même son lit est serré contre le radiateur. Je lui ai expliqué de nombreuses fois qu'il devait dégager son radiateur électrique, parce que c'est dangereux et parce que c'est interdit. Tout le monde est au courant du fait... mais il n'a jamais reçu la moindre visite de contrôle.



En principe, les locataires de logement sociaux ont une visite par an. Un assistant social vient voir si tout va bien. Beaucoup de propriétaires dans le privé font la même chose, sous forme d'une visite de courtoisie. Depuis deux mois nous avons jusqu'à une visite par semaine, avec souvent une préavis de moins de 24 heures. Lors d'une de ces visites des ouvriers sont même entrés dans des logements en l'absence des locataires et sans qu'ils aient donnés leur autorisation pour cela. Globalement, on se rend compte que les logements sociaux sont un peu les maisons de poupées des administrations. On fait des chichis, on suit à la lettre les nouvelles simagrées inventées par l'état... Mais les vrais problèmes des locataires n'ont que peu ou pas d'importance. Par exemple la dernière visite en date concernait l'établissement du PEB ; la propension de chaque logement à gaspiller de l'énergie de chauffage. J'en ai profité pour réexpliquer l'aberration dans laquelle vit un des locataires : on lui a interdit de poser des tentures et il y a une erreur dans son panneau électrique, qui fait que son radiateur à accumulation est alimenté en électricité sur l'horaire de jour. Il gaspille massivement de la chaleur par ses grandes fenêtres dénudées tout en payant le chauffage au double du prix. Le problème est tout simple... mais il est impossible d'obtenir la moindre réaction. Certains fonctionnaires comprennent parfaitement ce que j'explique mais n'ont aucun prise. Les autres me regardent sans vraiment comprendre. Et tant que la presse n'est pas là ni même une petite injonction de justice...



Un sujet à la mode est la violence dans les banlieues, les quartiers pauvres... J'ai essayé quelques fois de raisonner des délinquants et j'ai pu me rendre compte d'une chose : un de leurs principaux "arguments" sont les promesses non tenues. Il s'agit généralement de peu de choses, mais auxquelles ils ont droit ou qu'un autorité leur a promises. Parfois il s'agissait d'un deal. La personne, ou sa communauté, renonçait à quelque chose, en échange d'une autre chose. Mais le deal n'est pas respecté par les autorités...

Il est rare qu'un acte de délinquance soit organisé en représailles à une malhonnêteté précise des autorités. L'attitude des délinquants est plutôt : "pourquoi me tiendrais-je à des règles alors que les autorités ne se tiennent à aucune ?"

Je discute aussi avec les fonctionnaires qui représentent les institutions ainsi mises en cause. La majorité sont "hilares". Ils considèrent qu'on n'a pas à tenir une promesses "envers ces gens" ou que ces questions n'ont simplement pas d'importance. J'ai rencontré très peu de fonctionnaires qui reconnaissent l'effet délétère de ce comportement et ses conséquences. Ceux-là rendent leurs tabliers après quelques années, considérant que leur travail est impossible, parce qu'on empoisonne perpétuellement le terrain sous eux.

Le non-respect des promesses implique pour un banlieusard qu'il n'a pas d'avenir, qu'il ne pourra jamais construire quelque chose. Cela installe une amertume, qui parfois explose en révolte.

On s'étonne également de la violence des pauvres entre eux. Mais... j'ai entendu des assistants sociaux inciter à la violence. Si un démuni signale qu'il subit une violence, par exemple d'un voisin, au lieu de l'aider l'assistant social préféra se contenter de répondre "il vous embête ? Hé bien embêtez-le !" À la police, des mise en garde comme des menaces de mort voire des coups et blessures, ne sont simplement pas prises en compte.

Un raisonnement entendu est : "j'ai essayé d'être un bon garçon, ça ne m'a rien rapporté, que de l'ennui. Maintenant que j'ai décidé que j'ai le droit de faire ce que veux, je m'amuse." Le système ne valorise simplement pas les comportements constructifs. Certains officiels auraient même tendance à pouffer de rire quand ils voient quelqu'un essayer de faire ce qui est correct...

Dans ces comportements, les "banlieusards" font preuve de bêtise. Ils confondent une administration et une autre, ils les amalgament à l'état, ils revendiquent des choses déplacées ou croient que "les riches" sont la cause de leurs problèmes, ils croient que le comportement d'un fonctionnaire incompétent est représentatif de tout l'establishment, ou que ce que sait un fonctionnaire est automatiquement su d'un autre fonctionnaire, etc... Ce sont des personnes qui ont besoin d'être prises en charge, justement à cause de cette bêtise relative. Elles sont un peu le prototype de l'humain entièrement dépendant que la société "moderne" essaye de créer. Cela annonce ce que serait cette société...



Eric Brasseur  -  12 juillet 2011  au  6 mars 2012