La Ville de Liège
Par "Ville de Liège" entendez les administrations communales de la
ville de Liège. Elles ont mauvaise réputation... Elles ne font rien
ou elles font mal leur travail, les fonctionnaires qui essayent de
bien faire leur travail sont persécutés... On me dit même carrément
qu'elles sont "mafieuses". Plutôt que de refléter le découragement
de la population et risquer de voir mes propos traités de racontars
et d'on-dits, je vais raconter ma propre expérience, en matière de
logement.
J'avais un logement correct ; un grand local dans une vieille
bâtisse, que le propriétaire me laissait occuper pour un loyer
dérisoire, qui couvrait à peine les charges. C'était vétuste mais
habitable.
En 2005, un scandale embrase la ville : un ancien juge louait des
taudis à des étrangers, pour des loyers exorbitants. C'est un
marchand de sommeil. Les administrations sont secouées comme
volières et une chasse aux marchands de sommeil est ordonnée. Mon
logement est contrôlé et il apparait qu'il n'est pas conforme : il
manque des cloisons, le chauffage est à remplacer... Admettons. Ce
qui n'est pas admissible, est la façon dont le propriétaire est
humilié par les fonctionnaires de l'urbanisme. Ils le traitent de
tous les noms, comme s'il était un marchand de sommeil. Ce n'est pas
du tout le cas... Par exemple en ce qui concerne les cloisons, c'est
moi qui avais demandé qu'il n'en place pas.
Je subis aussi ma dose d'humiliations : ils poussent des cris à
propos des fils électriques qui jonchent le sol chez moi. Ces fils
sont les mêmes que ceux derrière le bureau de toute personne équipée
d'une installation informatique un peu importante...
Ces fonctionnaires sont incompétents mais on les a forcés à faire
semblant de faire leur travail.
Les choses vont devenir plus pointues avec le fonctionnaire de la
sécurité-salubrité publique :
- Il m'assigne à résidence pendant plusieurs mois. Je dois être
à sa disposition ; il doit pouvoir passer quand cela lui chante,
sans prévenir. Je dois être là pour lui ouvrir. Un jour je
n'étais pas là... peu après j'ai reçu un coup de fil fâché et il
m'a dit "à présent on ne peut plus rien pour vous !" Quelques
années plus tard, une liégeoise âgée m'expliquera qu'il
suffisait de lui graisser la patte, que je n'avais pas compris
le message.
- Il invente des problèmes. Par exemple, l'installation
électrique était relativement récente et elle avait été
homologuée. Elle était en bon état... Il était logique de
demander qu'on lui ajouté un ou deux appareils modernes, sans
plus. Le fonctionnaire regarde un fil du lustre et s'exclame
qu'il est pourri... Étonné, je saisis le fil et le plie devant
lui, pour montrer que la gaine en plastique est en parfait état.
"Non non, il faut remplacer l'installation électrique !" Le
propriétaire a été contraint de recommencer entièrement
l'installation électrique...
Après quelques mois, quand le brave propriétaire a fait tous les
travaux demandés, ce qui lui a demandé beaucoup d'efforts et
d'argent, un capitaine des pompiers passe pour examiner le bâtiment.
Je crois que c'est le seul fonctionnaire à s'être comporté
correctement. Hélas, il signale qu'un élément de mon logement n'est
pas conforme aux normes : il faudrait que certaines cloisons aient 2
centimètres d'épaisseur de plâtre et elles ont un peu moins que
cela.
C'est une réglementation qui a été instaurée pour les kots
d'étudiants. Mon logement n'est pas un kot d'étudiant... mais il lui
manque quelques m2 pour être classé comme un appartement,
auquel cas la norme ne s'appliquerait pas. Ce logement se trouve
presque au rez-de-chaussée et je n'ai pas de voisins immédiats, donc
aucune des raisons de sécurité pour lesquelles cette norme a été
instaurée, n'est présente. En principe, en pareil cas, on accorde
une dérogation. Hé bien non... pas à Liège, du moins pas pour moi ni
pour mon propriétaire.
Le propriétaire baisse les bras. Pour placer ces plaques de 2 cm, il
faudrait tout redémonter et puis tout réinstaller. Il n'en peut
plus. Je dois donc quitter ce logement. J'introduis un dossier de
demande de logement social. Cela peut prendre des années, sauf quand
on est expulsé d'un logement pour raison d'insalubrité ou
d'inhabitabilité. Je m'attends à recevoir un tel document attestant
de l'inhabitabilité... mais rien n'arrive. Je me dis que ce n'est
pas bien grave, que je vais donc rester encore de nombreux mois dans
ce logement, qui est parfaitement salubre, habitable, et même
fraichement rénové.
Trois mois plus tard, je reçois la visite de l'inspecteur de la
sécurité-salubrité publique et d'une assistante sociale de la Ville
de Liège. "Cela commence à bien faire ! Si vous n'êtes pas parti
dans un mois, on viendra vous chercher de force pour vous placer
dans un logement temporaire."
Aucun document ne m'est délivré pour signifier la chose.
Je m'affole. Je prends un avocat pro deo, j'écris au bourgmestre...
Je reçois des accusés de réception et puis c'est tout. L'avocat
m'explique les sommes d'argent que je suis en droit de réclamer de
mon propriétaire. Comme si j'avais envie de saigner ce brave vieux
monsieur qui m'héberge depuis dix ans...
Je vais voir l'assistante sociale à la Cité Administrative et je lui
demande le document qui signifie l'inhabitabilité du logement, pour
pouvoir obtenir rapidement un logement social. Elle me montre toute
la fatigue et l'ennui que je lui inspire, ouvre quelques dossiers,
ne trouve rien et conclut que "le document est à la signature chez
le bourgmestre." Je sors bredouille, non sans avoir été averti que
"si je continue ainsi je vais finir à la rue."
"Miracle", un logement est libre ! Ce n'est pas un logement
social... C'est un logement géré par une "agence immobilière
sociale", ce qui n'est pas du tout la même chose. Ce que ne savais
pas, c'est que cette agence est en réalité une excroissance de la
Ville de Liège. Ce qui explique... pourquoi l'assistante sociale
avait longuement insisté sur cette agence quand elle m'avait donné
la liste des adresses où introduire ma demande de logement. On me
dit d'ailleurs que j'ai obtenu ce logement parce qu'elle est
intervenue personnellement pour plaider mon cas.
Ce logement semble étonnamment correct : aspect neuf, cuisine
équipée, plantureux chauffe-eau... Je décide de ne pas chercher la
petite bête et je le prends. Un ami m'aide à déménager.
Oui mais... Ce logement est très beau mais il n'est pas du tout
conforme aux normes acoustiques. On pourrait même avoir l'impression
qu'il a été conçu pour rendre malade, comme ces cellules de torture
dans la Chine antique. Il y a de grands trous sur toute la
périphérie du plancher, qui laissent passer les bruits d'un logement
à l'autre. Ma cuisine se trouve sur le même plancher que le salon
d'un voisin, les deux pièces sont juste séparées par une cloison. Ce
plancher est très mince, élastique, et constitué de plaques de bois
clouées. Le moindre mouvement chez mon voisin engendre des
craquements et des coups horribles chez moi. C'en est au point qu'il
n'est pas possible de mener une conversation normale chez moi. Ne
parlons pas d'y vivre, simplement de dormir ou de lire un livre.
L'occupant précédent de mon logement avait décampé quand un dealer
avait été retrouvé abattu dans la rue. (Toutes les quelques semaines
je pouvais observer des trainées de sang dans l'une ou l'autre
ruelle proche.) J'ai fini par apprendre que tous les occupants
précédents de mon logement avaient rapidement décampé. Un logement à
coté du mien servait en réalité de boite aux lettres, ses occupants
ayant renoncé à essayer d'y vivre. Plusieurs voisins souffrent, à
divers degrés, de l'insalubrité acoustique. Il y a au moins deux cas
de personnes devenues alcooliques.
Le problème acoustique est d'autant plus grave pour moi que j'ai un
handicap neurologique dont une des conséquences est que mon cerveau
n'arrive pas à trier les bruits. Pour beaucoup de personnes, quand
un bruit dérangeant n'est pas trop fort, le cerveau peut filtrer ce
bruit et c'est comme si on ne l'entendait plus. Je n'ai pas cette
faculté. Si j'essaye de réfléchir chez moi, chaque bruit casse le
fil de ma pensée et je dois recomposer ma pensée... avant qu'elle ne
soit cassée par le bruit suivant. C'est de la torture... et cela a
les conséquences de la torture : je finis par arriver à la
conclusion que je dois me suicider, qu'il n'y avait pas d'autre
solution. Plus exactement, la pensée qui s'est imposée à mon cerveau
en état de détresse est que me suicider était la mission que les
fonctionnaires m'avaient assignée. En bon citoyen, je devais
m'exécuter... Heureusement les sécurités cognitives ont fonctionné
et j'ai pris une autre décision : crever pour crever, autant crever
utile, en contre-attaquant.
J'écris une lettre à la Ville de Liège, pour expliquer la situation
; l'insalubrité acoustique, mon handicap, mon état général... Et je
reçois un accusé de réception.
Souvenez-vous : j'avais été expulsé de mon logement pépère parce que
j'étais "en danger d'incendie", parce que des plaques de plâtre
avaient moins que 2 cm d'épaisseur. Qu'est-ce qui a lieu au
rez-de-chaussée de mon nouvel immeuble ? Un magnifique incendie...
allumé par des cocktails Molotov au pétrole. Les pompiers mettront
deux heures pour intervenir. Ils ont d'abord eu des problèmes pour
localiser le lieu, les appels GSM n'étant pas très précis. Ensuite,
m'explique-t-on, comme il leur faut l'aval de la Ville de Liège pour
circuler dans la zone... hé bien cela a pris du temps. Je serai le
dernier à quitter l'immeuble, descendant calmement les escaliers
avec mon masque à gaz sur le nez.
Aucun des logements ne sera directement touché par les flammes,
mais, comme il y a des trous béants dans tous les planchers, la
fumée s'est infiltrée en trombe et a rendu inhabitables la moitié
des logements. Leurs locataires seront expulsés, non sans avoir
d'abord été priés de signer un document selon lequel ils n'avaient
rien à reprocher à la Ville de Liège.
Échaudé par l'incendie, je me rends compte de certaines choses :
aucun extincteur dans le bâtiment n'a de scellé, la trappe
d'évacuation des fumées est en pièces... En fait, les extincteurs
n'ont jamais été entretenus.
Je place un détecteur de fumée dans le cage d'escaliers. Cela
déclenche des cris d'effroi à l'agence immobilière, jusqu'à ce que
je leur fasse remarquer que la lettre par laquelle je les informais
de la chose, n'impliquait pas que je demanderais un remboursement
des frais. J'ai l'habitude...
La réfection des logements sinistrés est payée par l'assurance.
Pendant la visite des experts, un voisin demande au propriétaire
d'en profiter pour boucher les trous dans les plancher. C'est facile
à faire et cela représente un cout dérisoire... Le propriétaire
refuse : "les logements seront refaits à l'identique !"
Au bout de six mois les logements sont refaits. Et vient alors la
cerise sous le gâteau de la princesse : le logement sous le mien est
assigné à un brocanteur, un monsieur très sympathique mais, il se
sert de ce logement comme dépôt. Il le remplit entièrement, sur
presque toute sa surface et jusqu'au plafond, d'un amoncellement de
cartons, papiers, rouleaux de plastique, livres, boiseries,
batteries de voiture, ferrailles... Je loge à présent au dessus d'un
monstrueux barbecue. Jeanne d'Arc en comparaison est un amateur.
Dans un immeuble moderne, en béton, ce barbecue serait criminel mais
ne menacerait pas directement l'intégrité du bâtiment. Mais ici, le
plancher qui me sépare du barbecue est en bois et tellement fin que
j'ai posé des planches un peu partout, pour qu'il craque moins, pour
moins déranger mes voisins.
Il n'y a pas d'issue de secours. La cage d'escaliers est mince et en
bois. Si l'incendie démarre chez ce voisin et si sa porte est
ouverte, les flammes et la fumée empêcheront toute évacuation des
étages supérieurs. Je suppose que les occupants seront asphyxiés par
les trombes de fumée bien avant l'arrivée des pompiers, à moins que
quelques chanceux ne bénéficient d'un vent favorable à une fenêtre.
Pour mettre en place un piège à blaireau efficace, il faut être
organisé. Le brocanteur se sert également des couloirs, de la cage
d'escalier et du local électrique comme entrepôt. La photo
ci-dessous montre la haie de cartons qui tapissait l'unique et
étroit couloir d'entrée de l'immeuble. Largement de quoi bloquer la
sortie de l'immeuble en cas d'incendie, si les cartons s'écroulent
sur le passage ou, mieux, prennent feu. Le contenu du local
électrique sera souvent des choses comme des bidons de pétrole vide,
un grand sac poubelle ouvert contenant des lambeaux de mousse
polyuréthane (cela brule très vite, c'est d'ailleurs utilisé comme
carburant pour fusées, et cela libère une abondante fumée noire très
toxique), etc...
Discuter avec le brocanteur ne sert absolument à rien. Deux voisins
feront cet effort plusieurs fois, sans résultat. Sa réponse est
"qu'il est quelqu'un de gentil donc il faut lui fiche la paix."
J'envoie des lettres et des photos à plusieurs administrations. La
police transmet le dossier au service de sécurité-salubrité publique
de la Ville de Liège... Et il ne se passe rien. Je ne reçois pas de
réponse... On transmet mes lettres aux personnes dont j'explique
qu'elles ne font rien... Un fonctionnaire de la Région Wallonne se
chargera tout de même de téléphoner à l'agence de logement. On lui
répond que tout est normal et qu'il n'y a pas de problème. Donc il
me répond que tout est normal et qu'il n'y a pas de problème...
Au bout de deux ans il y a tout de même des progrès. L'agence de
logement a fini par faire enlever les cartons de l'entrée, ce qui a
découragé le brocanteur de continuer à en entreposer là. Des
policiers ont réussi à lui faire comprendre qu'il doit arrêter
d'entreposer dans la cage d'escaliers. Il continue à entreposer dans
le local électrique...
L'agence de logement a intenté un procès à la personne pour
l'expulser... mais cela dure depuis des années et rien n'est fait
pour prendre en compte le danger immédiat pour les habitants : ce
logement bourré jusqu'à la gueule de matériaux inflammables.
Comme le rendement de mes lettres est vraiment très faible, des
locataires ont demandé que je fasse des pétitions, qu'ils ont
signées. Je crois que c'est cela qui a débloqué la situation. Des
visites de contrôle ont finalement eu lieu. On m'a rapporté que
l'inspecteur de la sécurité-salubrité publique a roucoulé de
compliments, assurant que bien sûr il clochait quelques broutilles,
c'est inévitable, mais c'est certainement un des immeubles les plus
en ordre qu'il lui ai été donné d'inspecter.
Beaucoup de choses dans l'immeuble ne sont pas aux normes. Le
fonctionnaire de la Ville de Liège qui me l'a expliqué (j'ai
plusieurs amis fonctionnaires à la Ville) a ajouté que ce n'était
pas un problème parce que, comme la gestion de l'immeuble a été
confiée à la Ville de Liège, et c'est la Ville de Liège qui fait les
contrôles, on peut tout se permettre. Il me l'a dit simplement : si
un immeuble n'est pas aux normes, il suffit d'en confier la gestion
à la Ville de Liège. Le pourcentage prélevé sur les locations assure
du confort à certaines personnes et en retour on a la paix.
J'ai entendu des histoires équivalentes pour des faillites
d'entreprise, pour la façon dont des employés sont traités, ou dans
des écoles... C'est une mentalité générale du fonctionnement de
Liège et la raison du marasme économique de la région.
Note : toute administration présente à Liège n'est pas la Ville de
Liège. Par exemple, les administrations de la Province de Liège ont
une bonne réputation. J'entends des commentaires enchantés à leurs
propos. Simplement, vous avez affaire à des personnes compétentes,
qui comprennent la nature et l'importance de leurs tâches. On peut
toujours trouver des choses qui pourraient être améliorées... mais
quand un reproche est formulé, il est fréquent que deux ou trois ans
plus tard il soit implémenté. Des administrations utiles, gérées par
des personnes correctement scolarisées, cela existe.
La personne a finalement été expulsée. Quelques jours plus tard, des
déménageurs sont arrivés avec un grand camion et un monte-charge. Il
leur a fallu 6 heures de travail pour vider le logement de son
amoncellement. Les autres locataires ne sont donc plus en danger de
mort.
Les déménageurs ont été très expressifs auprès d'une des locataires,
pour lui dire à quel point le danger incendie avait été important
(donc je ne suis pas fou...) Ils lui ont aussi dit qu'on avait eu de
la chance que le plancher ne cède pas simplement sous le poids.
Je ne comprend pas pourquoi il a fallu près de 3 ans pour vider un
logement alors que le danger était grave et immédiat. Je ne comprend
pas non plus pourquoi la personne a été expulsée. Il fallait
intervenir immédiatement pour la sécurité. Mais expulser la personne
n'était pas nécessaire... C'est une personne handicapée mentale,
qu'il fallait un peu prendre en charge. Cela semble être une
habitude à Liège, de traiter une personne handicapée comme si elle
avait tous les moyens d'une personne normale. En particulier, on
interprétera ses manquements comme une volonté manifeste de ne pas
se conformer et de manquer de respect. Elle mérite donc les
punitions maximum...
On me demande parfois pourquoi je n'ai pas demandé un logement
social, puisque je suis handicapé et que je vis dans la misère. Je
l'ai demandé... Après plusieurs années on m'a proposé un studio à
Droixhe. Je l'ai refusé, parce qu'on entendait les voisins marcher
sur le plafond. Un autre problème était que certes le loyer n'était
que de 100 € par mois, ce qui est le tarif pour une personne de mon
niveau de pauvreté, mais les charges étaient de 170 € par mois. Il
n'y a pas de petits bénéfices... Quelques mois plus tard on m'a
proposé un deuxième logement, cette fois-ci un appartement, à
Sainte-Walburge. Il était à ce point inondé d'ondes radio, de trois
sources différentes, qu'après une demi-heure je n'étais plus capable
de parler correctement. Après trois quarts d'heure j'ai commencé à
avoir sérieusement mal à la tête. J'ai été obligé de quitter les
lieux. Comme j'ai refusé ce logement, j'ai été radié des listes
d'attente.
Un ami a travaillé dans la société de logements sociaux. Il a éclaté
de rire quand je lui expliqué la situation. D'après lui, comme tous
les bons logements ont été distribués aux amis et connaissances du
personnel de la société, forcément il n'en reste plus pour moi. Il
m'a aussi parlé du directeur qui s'était octroyé un salaire de nabab
(mais les autorités sont intervenues pour résorber le furoncle...)
On m'a demandé pourquoi je n'avais pas expliqué à la société de
logement social que je suis handicapé, que je souffre plus du bruit
qu'une personne normale, ou que je n'ai pas envie d'être exilé hors
du centre comme à Sainte-Walburge... Je l'ai bien entendu fait.
Alors pourquoi me propose-t-on exactement le contraire de ce dont
j'aurais besoin...
J'ai fait appel de la décision de me radier des listes. J'ai donc
comparu devant une petite commission à Charleroi, en même temps
qu'une personne représentant la société de logement. Cela n'a pas
été dit explicitement, mais essentiellement la comparution a servi à
me voir expliquer que puisque je suis handicapé (fragilité au bruit,
sensibilité aux ondes radio...) les logements sociaux ne sont
manifestement pas pour moi. J'ai aussi compris une autre chose, qui
est un certain principe selon lequel le logement social n'est pas
destiné à ce que le pauvre ait un logement décent ou digne. Le
pauvre doit prendre ce qu'on lui donne. Si un pauvre serait heureux
dans un logement X et malheureux dans Y, et pour un autre pauvre
c'est l'inverse ; c'est le logement X qui est un enfer et Y est son
rêve, on n'en a rien à fiche. Quand on est pauvre, il faut en subir
les conséquences.
Quand j'explique la situation à certaines personnes qui ont un lien
avec la Ville de Liège, j'obtiens une réponse identique et comme
préenregistrée : "oui mais les logements sont jolis..." Cela a
quelque chose de magique : l'immeuble ne respecte pas des normes de
sécurité de base, les locataires sont soumis à la torture par le
bruit, on peut y être en danger de mort pendant des années, des
travaux élémentaires ne sont jamais faits... Tout cela est oublié
par la magie de "oui mais les logements sont jolis..." Ces personnes
on assisté à des réunions ou à des discours et elles ont été émues
par cette image du joli logement. Elles veulent y croire et rien ne
pourra les en détacher...
A propos des normes. Dans mon logement précédent, il n'y avait pas
de ventilateur d'aération dans les toilettes. Simplement, j'ouvrais
la fenêtre qui se trouve un peu plus loin. Je n'ai jamais eu de
problème d'odeurs ou d'humidité... Quand les fonctionnaires ont vu
qu'il n'y avait pas de ventilateur, ils ont hurlé. Les toilettes de
mon logement actuel sont conformes aux normes. Elles ont un
ventilateur d'aération. Oui mais... à cause des problèmes
d'acoustique je ne tire souvent pas la chasse pendant plusieurs
heures, pour ne pas déranger le voisin à côté. Maintenant, j'ai des
problèmes d'odeurs et d'hygiène... On ne se rend pas compte à quel
point le non-respect des normes acoustiques est destructif pour les
habitants. Ça détruit tout...
La télévision fait ses choux gras des vilains propriétaires qui
laissent des étages entiers inhabités dans des maisons anciennes.
Pendant longtemps j'ai montré ces immeubles du doigt, quand je
parlais avec des personnes en rue. Un jour, une connaissance du
propriétaire d'un de ces immeubles m'a expliqué *pourquoi* l'étage
est inhabité. C'est à cause des normes... Le plafond est trop bas.
Le propriétaire aurait le droit d'y emménager lui-même mais il ne
peut pas louer à quelqu'un d'autre... Deux de mes amis ont vécu dans
des logements dans le plafond était très bas, cela ne leur a causé
aucun problème. Encore une norme idiote qui pourrit la vie...
Une maladie à Liège sont des propriétaires qui laissent pourrir
leurs immeubles, et les locataires y contenus. Le truc, c'est que le
propriétaire possède disons 5 immeubles. Ces immeubles ne lui
appartiennent pas réellement... Ils appartiennent à la banque. Les
loyers servent à payer les intérêts des sommes empruntées pour
acheter les immeubles. Le propriétaire vit lui-même comme un pauvre.
S'il ne fait pas des réparations vitales, c'est parce qu'il n'a pas
un rond. Bien sûr, il pourrait renoncer à un des immeubles. Il n'en
aurait plus que 4. Alors il pourrait vivre correctement et faire des
frais dans ses immeubles. Mais il préfèrerait se suicider plutôt que
de perdre un de ses immeubles... Alors tout le monde crève dans des
logements insalubres, lui y compris, mais tant que la banque touche
ses revenus tout est anesthésié.
Je n'ai rien contre les normes. J'aimerais beaucoup, que les normes
d'acoustique et de sécurité-incendie soient respectées dans mon
immeuble actuel. Mais quand on peut vous expulser de chez vous parce
qu'une norme sans objet n'est pas respectée... Quand ceux qui
enrichissent ceux qui ont pris le contrôle de la ville peuvent se
permettre de ne pas respecter les normes importantes... Quand tout
est arbitraire et aucun investissement n'est sûr... Quand
l'insécurité qui en découle est précisément ce qui gonfle
l'électorat et les portefeuilles des auteurs du système...
Une chose dont je me rend de plus en plus compte est à quel point il
est nécessaire à certains politiciens que la population souffre et
soit malade.
À l'école, on m'a appris qu'au 19ème siècle les salauds de
richissimes industriels étaient indifférents à la misère de leurs
ouvriers. Ils les pressaient toujours plus, pour s'offrir des jouets
hors de prix ou acheter l'usine concurrente. Une question :
supposons qu'une civilisation extraterrestre aurait débarqué et se
serait mise à fournir des soins de santé et de la nourriture de
qualité aux ouvriers, tout en ne cherchant pas à les empêcher de
travailler pour les industriels... Quelle aurait été la réaction des
industriels ?
On parle parfois des problèmes des logements sociaux à la
télévision. L'impression qui s'en dégage est qu'on n'a pas les
moyens pour offrir mieux aux pauvres. On aimerait bien... mais c'est
la crise pour tout le monde... J'ai proposé des choses et des
travaux qui auraient sensiblement amélioré la situation acoustique
de mon immeuble actuel mais qui n'auraient presque rien couté. Cela
a toujours été refusé... J'ai même proposé de faire des choses
moi-même, gratuitement et à mes frais... On ne m'a jamais permis de
les faire. Donc, ce n'est pas une question d'argent ou de moyens.
Des ouvriers qui sont intervenus dans le bâtiment ont essayé
d'obtenir certaines choses pour les locataires. Par exemple que la
minuterie électrique de l'éclairage dans l'escalier soit réparée...
Comme la demande ne vient pas de ces pleurnichards de locataires, on
aurait pu espérer que quelque chose serait fait. On leur a répondu
au téléphone qu'on allait le faire... et puis il ne se passe rien,
comme d'habitude. J'ai réglé le problème, toujours à mes frais, en
plaçant une lampe économique de faible puissance à chaque étage.
J'ai calé l'interrupteur de la minuterie déficiente sur allumé en
permanence. Cela éclaire peu mais suffisamment pour ne pas ne pas
risquer de tomber dans l'escalier et cela ne coute virtuellement
rien en consommation électrique. Quelques années plus tard j'ai lu
par hasard dans le règlement de l'immeuble qu'il est interdit de
toucher à la minuterie sous peine d'être expulsé. Je l'ai échappée
belle...
Il y a peut-être une sorte d'ordre social, qui veut que *on ne peut
pas* laisser le pauvre s'en sortir par lui-même. *On ne peut pas*
tolérer la moindre initiative parce que sinon cela se reproduirait
et on ne s'en sortirait plus. Par exemple, la boite aux lettres d'un
voisin avait été défoncée à coups de pieds. Il a perdu des courriers
importants à cause de cela et a eu des ennuis. Il a demandé à
l'agence de lui placer une nouvelle boite aux lettres... C'est un
exemple de quelque chose qui est important mais dont le cout est
dérisoire. On lui a toujours répondu qu'on allait le faire et on ne
l'a jamais fait. Excédé, il a fini par aller dans un quincaillerie
acheter une boite aux lettres et je l'ai aidé à la placer. L'agence
de logement a *hurlé* quand elle l'a appris. Il y a eu des coups de
téléphone, des aller-retours... Il ne leur a jamais demandé de
rembourser le cout de la nouvelle boite aux lettres... Mais
finalement ils lui ont proposé ceci : ils remboursaient la boite aux
lettres *à condition* qu'il promette de ne pas dire aux autres
voisins qu'il l'avait fait de sa propre initiative. Il a accepté.
Tout de suite après, d'autres voisins dont la boite était défoncée
lui ont demandé comment il avait fait. Il leur a répondu qu'il faut
s'adresser à l'agence. Ils l'ont fait... et il ne s'est jamais rien
passé. Il a fallu attendre plusieurs années avant que finalement les
boites endommagées soient remplacées par des neuves.
Mettons que je gagne au Loto et que dans les premiers instants de
folie je paye la mise aux normes de l'immeuble. Le propriétaire
perdrait alors la seule raison pour laquelle il est obligé de
confier la gestion de son immeuble aux élus de la Ville... Donc il
n'est *pas du tout* dans l'avantage des élus de la Ville que
l'immeuble soit mis aux normes ou amélioré d'une quelconque façon.
Ils perdraient les revenus des loyers mais surtout leur poids dans
les jeux de balance du pouvoir s'allégerait. Il leur est
*nécessaire* que les habitants des immeubles souffrent le plus
possible mais sans que cela déborde. Il y a donc tout un équilibre à
assurer, où il faut maintenir les victimes dans la misère et ses
conséquences, mais sans que cela fasse jamais le moindre bruit. Tant
qu'ils payent leurs loyers et que l'état fédéral paye leurs
allocations de chômage pour qu'ils puissent payer leurs loyers... et
les soins de santé pour qu'ils supportent plus longtemps
l'insalubrité acoustique, à coups de calmants et d'anxiolytiques...
Cela fait marcher le petit commerce local des pharmacies...
Une des raisons pour lesquelles j'avais accepté ce logement et
arrêté de broncher est que la Région Wallonne allait me payer la
différence de loyer.
À priori c'est une institution remarquable : si vous êtes pauvre, si
vous quittez un logement reconnu insalubre ou inhabitable et si vous
emménagez dans un logement conforme aux normes, la Région Wallonne
vous paye *à vie* la différence de loyer, avec un maximum de 100 €
par mois, tant que vous restez dans les conditions. Elle vous donne
même une somme d'argent supplémentaire pour couvir les frais de
déménagement !
Donc un fonctionnaire de la Région Wallonne est passé dans mon
nouveau logement et a vérifié que les pièces avaient la taille
minimum requise, qu'il y avait une aération dans les toilettes... Et
six mois plus tard j'ai commencé à recevoir l'allocation de logement
tous les mois.
C'est merveilleux. À ceci près que :
- Ce logement n'est pas habitable. Il implémente une des cinq
techniques de torture reconnues, celle par le bruit. (Il
implémentait aussi la menace de mort permanente mais ça c'est
résolu.)
- Pour continuer à recevoir l'allocation, il m'est interdit de
déménager.
Pour être précis : je peux déménager et continuer à toucher
l'allocation mais à condition que mon déménagement soit un cas de
force majeure. Donc, j'ai écrit à l'administration et j'ai décrit ma
situation, en posant la question : "est-ce que vous considérez bien
ceci comme un cas de force majeure ?" Réponse : "déménagez d'abord,
on verra ensuite." Si je me réfère à mes expériences passées, cela
se passerait de la façon suivante : ils vont téléphoner à mon agence
de logement actuelle et demander s'il y a un problème dans mon
logement. L'agence va leur répondre que non. Parce que, la raison
d'être de cette agence est justement de prétendre que les logements
sont corrects. C'est la nature de leur activité et presque leur
seule activité, avec la collecte des loyers...
Comme on m'a rayé des listes pour un logement social, je dois
prendre un logement dans le privé. Cela va me couter de l'ordre de
100 € de plus en loyer... tout en perdant les 100 € de l'allocation
de déménagement de la Région Wallonne. Je ne réussis déjà pas
vraiment à manger correctement dans la situation actuelle. Je ne
peux pas me chauffer l'hiver. Alors avec encore 200 € en moins dans
le budget...
Résultat : cela a contribué à me faire partir d'un logement correct
et maintenant cela contribue à me forcer à rester dans un logement
inhabitable. Et... ce sont 100 € tous les mois qui passent dans les
caisses des élus socialistes de la ville. Avant, je ne leur
rapportais rien...
En empilant ses cartons jusqu'au plafond, l'occupant précédent du
logement sous le mien a déboité beaucoup de dalles dans le faux
plafond :
Problème : le son passe par là. Un des rôles du faux plafond est de
contribuer à l'isolation phonique mais pour cela il faut que les
dalles soient bien en place. J'ai expliqué le problème à l'agence et
j'ai précisé que je ne demandais pas mieux que de m'en charger. Il
suffit de me donner accès au logement et de me prêter une échelle...
Chez mon ancien propriétaire, de tels problèmes étaient rapidement
réglés. J'aurais demandé où se trouve l'échelle et deux heures plus
tard c'était fait. Face à une administration il en va tout
autrement. Et les réactions sont très variables suivant la position
de votre interlocuteur dans la hiérarchie :
- Tout en bas, parmi les ouvriers, la réaction est de vouloir le
faire aussitôt, puis, ne disposant pas d'une échelle, de
promettre "d'en parler aux chefs".
- Un peu plus haut, la réaction est de vous promettre de le
faire faire. Mais comme ce travail n'est pas nécessaire pour
louer le logement à la personne suivante, il reçoit une priorité
proche de zéro. Sachant que ce dont la vie des locataires dépend
reçoit une priorité telle que ce sera fait une fois sur deux...
- Quand vous arrivez chez des personnes qui ont un peu de
pouvoir, la réaction est, schématiquement, de vous expliquer que
le principe de l'agence est d'offrir de beaux logements aux
pauvres pour des loyers modérés. Comme ce que vous décrivez ne
correspond pas au cahier des charges, cela n'existe pas.
- Encore plus haut, vous arrivez chez des personnes qui ont fait
des études et qui ont des notions de politique. Schématiquement,
la personne va vous étaler sa conception philosophique de la
vie, ponctuée par des choses comme "vous savez, moi j'ai le cœur
à gauche mais la raison à droite !" Quand la personne a fini,
vous lui répondez que oui bon d'accord mais pour le faux-plafond
qu'est-ce qu'on va faire, parce que c'est vraiment très dur les
bruits qui passent, c'est de la torture. La personne vous jette
un regard désolé. Vous n'avez rien compris de ce qu'elle vous a
expliqué...
Le cinquième larron est la personne qui n'a simplement aucun
pouvoir. Elle vous répondra placidement "oui mais les logements sont
jolis..."
Il est également intéressant d'observer le comportement des
locataires. J'ai expliqué à certains d'entre eux qu'ils peuvent par
exemple boucher les trous dans leurs planchers. Il ne faut même pas
d'échelle... Un peu de mastic et hop... La réponse est toujours la
même : "ce n'est pas à moi de faire ça !" Il est assez curieux de
comparer cette réponse avec la souffrance manifeste et fréquente que
leur cause l'insalubrité acoustique. On dirait qu'ils se prennent
pour des châtelains avec des domestiques à leur service. Dans
certains cas, je me suis rendu compte qu'en faisant le travail à
leur place, je leur donnais l'impression d'être un domestique en
manque de maitre. Ils en arrivent à essayer de me persuader de faire
des travaux, juste parce que c'est trop drôle de me voir passer à
l'action. Sous cet angle, je peux comprendre que les fonctionnaires
qui doivent les subir n'ont pas forcément toujours envie de leur
donner ce qu'ils demandent... J'ai assisté à une dérive : un
locataire qui se met à parler à un de ces fonctionnaires comme à un
chien, qui lui donne presque des ordres... et le fonctionnaire obéit
! J'ai même vu cela chez des clochards qui mendient dans la rue. Ils
ont comme un psyché de grand bourgeois ou de seigneur médiéval. Ils
ont des revendications et des exigences... En réalité, les
fonctionnaires sont pareils, mais ils ont su contrôler leurs
pulsions. Au dessus d'eux, il y a les élus et les hauts
fonctionnaires, qui eux ont les moyens de se comporter comme des
emplumés. Le truc du fonctionnaire, c'est de se montrer humble,
reconnaissant et fidèle. Alors on lui dispense position et salaire.
Le problème des "cas sociaux" est qu'ils n'arrivent ni à conquérir
une place en vue, ni à faire preuve de la servilité nécessaire pour
bénéficier des mânes des personnes en vue. Mais du clochard au
sénateur, ils ont tous la même daube dans la tête. Tout le pays
semble être comme une vaste cour de Louis XIV. Même des sociétés
dites primitives ne fonctionnent pas de façon aussi stupide. Il faut
voir dans les sociétés de singes dans les forêts, pour trouver des
équivalents. Le propre de ces sociétés de singes est qu'elles ne
produisent rien. Elles consomment ce que la forêt produit. Il y a là
une grande schizophrénie. On impose à ces personnes les règles d'une
société moderne, où chacun a une capacité de jugement et participe à
produire quelque chose, mais elles en sont incapables... Elles
doivent afficher un comportement de personnes adultes, tout en
vivant en réalité dans la cour de Louis XIV. Elles envoient leurs
enfants à l'école, où ils sont sensés devenir des individus modernes
et responsables... en réalité on ne leur fait que la seule chose
utile pour réussir dans la vie : on les casse psychologiquement pour
qu'ils deviennent de bons courtisans serviles, à mêmes de vénérer
leurs maitres et d'en bénéficier des avantages. Inévitablement, il
subsiste des individus capables de travailler et de produire des
choses utiles... mais ils sont minoritaires et priés de ne pas se
faire remarquer. Ils sont tolérés... (C'est peut-être une des
raisons de l'immigration continue : contrairement à ce qu'en dit le
cliché, la majorité des immigrés sont de grands travailleurs, mais,
ils n'ont pas de droit politique et acceptent une position sociale
plus faible.)
Depuis quelques temps j'ai les oreilles qui saignent. En général
c'est plutôt du plasma sanguin, qui forme des croutes jaunes.
Parfois il y a comme des écailles blanches... Et il y a des petites
blessures rouges. C'est à cause des mousses que je suis obligé de
mettre presque en permanence dans les oreilles. Je n'ai pas compris
si ce sont des mycoses, une réaction aux désinfectants que j'utilise
pour nettoyer les mousses ou un effet mécanique d'abrasion. On
dirait un avant-bras de toxicomane mais c'est réellement comparable
à cela. Le toxicomane est *obligé* de s'enfoncer l'aiguille dans les
croutes purulentes de la peau, pour arrêter la douleur que lui
causent le manque ou le harcellement social. Je suis également
obligé de continuer à enfoncer ces mousses dans mes oreilles, pour
ne pas souffrir. C'est un indice de plus qu'il s'agit bien de faits
de torture. Un voisin a résolu le problème en devenant alcoolique
(on en revient à la toxicomanie...)
J'ai toujours été étonné, quand j'essaye d'expliquer cela à des
connaissances ou à des fonctionnaires, de m'entendre répondre que
tous les logements sont bruyants. Je rend visite à des amis... Chez
la moitié d'entre eux, le silence est complet. On n'entend rien du
tout du voisinage, hormis un vague bruit toutes les deux heures
peut-être. Un de ces logements est un logement social. Chez mes amis
où on entend des bruits, il s'agit par exemple du chambard d'une
personne qui descend les escaliers. Cela résonne dans les murs. Mais
c'est un bruit isolé et peu fréquent, dont on sait qu'il va
s'arrêter. J'avais pire que cela dans mon logement précédent mais je
ne l'assimilais pas à une toture même si je m'en serais passé. Dans
une minorité de cas, le bruit vient de voisins qui ne respectent pas
les règles de savoir-vivre. Madame marche avec des hauts-talons sur
le carrelage toute la journée... On met la sono à fond... On fait
des scènes de ménage... Mais ce n'est pas ce qui se passe dans mon
logement. Chez moi, même si des voisins bougent ou parlent de façon
normale, cela engendre des coups dans les planchers et les murs et
un harcellement auditif continu. Il y a transmission directe des
mouvements d'un plancher à l'autre et il y a des trous qui
communiquent directement d'un logement à l'autre !
En fait, souvent ces personnes aimeraient bien avoir une solution à
me proposer mais il n'y en a pas. Alors la seule chose qui leur
reste est de me motiver à accepter mon sort. Cela semble être le
réflexe général face à la dégradation physique ou mentale :
accepter, courber l'échine autant qu'il s'avèrera nécessaire. Au
besoin on devient alcoolique, on développe un cancer, on demande des
calmants à son médecin ou on apprend à maltraiter sa famille.
N'importe quoi qui soit dégradant, plutôt que de résoudre les
problèmes.
Une autre réaction consiste à me reprocher d'avoir manqué de
débrouillardise. Les gens entendent bien que je n'aurais pas pu
habiter dans ce logement qui m'a été proposé, à cause de la
pollution radio. Ils entendent également bien qu'il n'est pas
possible d'obtenir un certificat médical de sensibilité aux ondes
radio. Mais pourquoi n'ai-je pas demandé à un médecin un certificat
de n'importe quoi d'autre ? On me donne tout de suite des adresses
de médecins du quartier qui font cela sans problème. Quand je
rechigne, on me fait remarquer que où serait le mal, puisque de
toute façon il était justifié que j'aie un certificat médical, donc
peu importe de quoi. Tout le monde demande des certificats médicaux,
souvent sans qu'il y ait une raison médicale. Alors dans un cas
comme le mien, où il y a une nécessité réelle, un médecin aurait
tout de suite trouvé quelque chose. L'idée ne m'avait même pas
traversé la tête... Mais ce n'est pas la première fois qu'on se paye
ma tête parce que je ne magouille pas. On ne me comprend pas, quand
j'explique qu'il est impossible de démarrer une activité dans ce
pays... Et puis on finit par comprendre que je veux dire qu'il est
impossible de démarrer une activité *sans magouiller*. Et dans
l'esprit de ces personnes, la magouille est en soi la source de
revenus. Elles n'ont pas d'idée qu'une activité pourrait devoir
avoir une utilité pour la société. Elles ne comprennent pas le
concept. Pour elles la vie consiste à se greffer quelque part dans
le système pour téter et se faire maltraiter par un supérieur
hiérarchique. Certains réussissent à téter plus gros... Certains
réussissent à devenir un supérieur hiérarchique... En particulier,
elles ne comprennent pas que mentir à propos de la raison réelle
pour laquelle je refuse ce logement, c'est condamner plusieurs
autres personnes à subir la même chose.
Au fil du temps, j'ai rencontré plusieurs personnes qui ont demandé
un logement social. À toutes, on a proposé quelque chose
d'inhabitable. Moisissures, souris, taudis, coupe-gorge... Il n'y a
simplement plus de logements sociaux corrects pour les nécessiteux.
Mais, dans au moins une partie de ces cas, il aurait suffit de peu
de travaux pour arranger les choses. On ne le fait pas... Le plus
curieux est que quand les personnes proposent ou essayent d'arranger
le logement elles-mêmes, elles sont très mal reçues. Ça, j'en ai
fait longuement l'expérience... Je crois d'ailleurs que si j'ai été
radié des listes, c'est en partie parce que j'avais fait des
suggestions pour améliorer l'état de l'immeuble. Les administrations
qui gèrent les logements sociaux *ne veulent pas* que les locataires
touchent à quoi que ce soit. Quand il s'agit de travaux dangereux,
on peut comprendre... Mais la réaction est la même dans tous les
cas. Et en même temps, ces administrations ne font pas faire des
travaux pourtant indispensables... Cela commence à me donner une
impression générale de ce qui se passe dans leurs têtes. Ces gens
vivent encore dans les années 1960 ou 1970, à l'époque du fantasme
du presse-bouton. Leur idée des choses est qu'elles doivent disposer
d'un budget illimité et elles se contentent d'appeler au téléphone
les entrepreneurs et les ouvriers pour faire faire les travaux.
Elles tiennent viscéralement au fait que c'est leur rôle de tenir le
cornet de téléphone. C'est un job facile et bien payé, qu'on leur a
obtenu par relations, avec logement de fonction à la clé, prélevé
dans le meilleur du catalogue. Elles ne veulent *surtout pas* que le
locataire se mêle de faire leur boulot archi-simple. "Kss kss,
couché sale bête, toi tu es un assisté de base, laisse faire
l'assisté de luxe !" Le problème est que l'époque des budgets
virtuellement illimités est terminée. Les entrepreneurs
n'obtempèrent plus non plus aux administrations. Les procédures
deviennent aussi de plus en plus complexes, dans le but de freiner
les abus. Cela devient simplement trop compliqué pour les assistés
de luxe... Mais pas question que l'assisté de base tente quelque
chose de son côté !
Cette situation va sans doute finir par péter à la figure mais ce ne
sont pas ceux qui en sont responsables qui payeront les pots cassés.
C'est l'assisté de base, qui payera. Il paye déjà... Et on
commencera par ceux qui avaient essayé d'être de bonne volonté. Le
vrai parasite, celui qui est malhonnête, sera protégé, parce qu'il
est une matière première précieuse du système.
Même en supposant qu'on ne peut pas améliorer l'acoustique des
logements, il y a une chose simple à faire : instaurer une
discipline. S'il n'y a pas de logement habitable disponible, on vous
explique que vous pouvez prendre un logement dangereux mais à
condition de suivre les règles et procédures nécessaires pour ne pas
blesser vos voisins. Par exemple, ne pas claquer les portes... Il
faudrait aussi instaurer un système permettant de surveiller le bon
respect des règles et si nécessaire de rappeler les enjeux aux
personnes. Mais... pour cela il faudrait que le système reconnaisse
que ces logements sont inhabitables. Comme les revenus des
bénéficiaires du système découlent précisément de la possibilité
d'affirmer que des logements inhabitables sont habitables...
J'ai eu des nouvelles de mon précédent logement. Il est inoccupé
depuis plusieurs années maintenant. Le nouveau propriétaire a des
projets pour l'aménager en quelque chose d'autre... et il n'a pas
besoin des revenus d'un loyer.
Je viens encore de me faire traiter comme un domestique... Cela m'a
fait penser au discours de certains indépendantistes congolais.
Comme il ne leur était pas vraiment possible de faire comprendre aux
Congolais ce qu'est l'indépendance, ils l'ont résumée ainsi :
"l'indépendance, cela veut dire que chacun aura une maison de blanc,
une voiture de blanc et une femme de blanc". C'était raconté avec
humour par les coloniaux mais j'ai l'impression qu'en Wallonie on a
promis à chacun qu'il serait nabab. Cela veut dire avoir des
domestiques et un train de vie comme un chef d'entreprise. Se faire
servir... On n'a expliqué à personne qu'un véritable chef entreprise
a certes des assistants mais il n'est pas un assisté. Il a besoin de
ses assistants pour assurer un rendement en tant que capitaine du
navire. Il est responsable envers ses assistants comme envers le
reste de l'équipage, les passagers, l'armateur... Il existe certes
quelques rentiers qui ne font réellement que se faire servir... mais
leur santé physique et mentale n'est pas forcément au beau fixe.
Avant, on réduisait les ouvriers à l'esclavage par le travail.
Maintenant, on les réduit à l'esclavage par l'assistanat. Comme ce
système consomme des fonds énormes, il n'est plus viable en temps de
crise, d'autant que l'assistanat généralisé, direct et indirect, a
détruit le système d'éducation. Alors, on parle de repasser au
système précédent, en augmentant l'esclavage par le travail. Il
semble qu'il n'y a personne pour faire remarquer qu'aucun système
d'esclavage n'est le bon.
Voici un article fort intéressant :
Il explique en substance que des populations paysannes vivaient
correctement sur des terres. On pouvait améliorer... mais elles se
débrouillaient. Alors débarquent les multinationales et les banques
mondiales, qui expliquent qu'elles peuvent fortement augmenter les
rendements agricoles. On rase tout et on chasse les populations.
Quand on les retrouve un peu plus tard en situation de détresse et
au bord de la famine, on explique que c'est bien malheureux pour
elles mais elles n'avaient qu'à s'adapter. C'est de leur faute...
L'être humain est l'animal le plus adaptatif de la planète. Il se
débrouille pour survivre dans les circonstances les plus
invraisemblables, du désert à la calotte glacière. Il peut même
survivre un peu plus d'une journée sur la Lune. Mais il y a des
conditions. Il faut lui laisser le temps de s'organiser... Il faut
lui accorder du temps, parfois deux ou trois générations, avant de
bien s'adapter à un système complètement différent... Il faut
respecter le long apprentissage nécessaire à chaque type de
survie... En particulier, l'humain est grégaire. Cela implique des
mécanismes de solidarité au sein des groupes, des règles de vie en
société...
Un élément clé de la folie des américains au Vietnam est qu'ils ont
rêvé que des paysans qui avaient un mode de survie tribal et
communautaire, allaient en un claquement de doigts devenir des
citadins comblés à l'américaine. Dès qu'ils y auraient gouté, ils ne
pourraient plus s'en passer... Cela allait être la preuve de la
suprématie du modèle américain. En réalité les paysans déportés dans
les villes n'ont rencontré que la destruction. Même pour ceux qui
ont essayé de s'adapter, l'avilissement était au bout du chemin.
L'esclavage, la dictature... c'est quand une personne ou une groupe
vous impose son idée de la façon dont il faut vivre. Vous ne vous y
reconnaitrez pas, vous n'y connaitrez pas le succès, vous ne pourrez
pas protéger les vôtres... En particulier, votre rendement sera très
faible, même si vous êtes de bonne volonté. C'est une des raisons
pour lesquelles l'esclavage a été aboli : cela n'a pas un bon
rendement. Mais partout, actuellement, on cherche à imposer de
nouvelles formes d'esclavage. Elles prennent même en compte le fait
que vous n'aurez aucun rendement. Elles veillent à saquer les formes
de solidarité entre les individus et à diminuer autant que possible
les niveaux d'éducation et de formation professionnelle.
Quand la gauche vous contraint à vivre comme un assisté, y compris
un assisté qui est prétendu avoir un emploi, elle est une forme
d'esclavage. Cette forme déviée de socialisme saque l'enseignement
en prétendant que le génie est intrinsèque à tout être. Le diplôme
que vous convoitez, on vous le donne tout de suite ! Votre génie
intrinsèque fera que vous brillerez dans votre profession...
La droite déviante va par définition dans le sens opposé : vous
devez être contraint à travailler, par un patron et pour un patron.
Pour votre diplôme, il faudra travailler dur et payer cher, de toute
façon vous n'en êtes le plus probablement pas digne ou capable. Seul
le dicateur est clairvoyant !
La réalité belge est un mélange de ces deux extrêmes, sans passer
par la case équilibre. Vous êtes un assisté qui doit travailler
comme un âne... Vous avez dû travailler comme une bête pour votre
diplôme mais vous n'avez rien appris...
En principe, dans le système belge, c'est le rôle du parti chrétien
de veiller à ce que les choses se fassent de façon humaniste. C'est
lui, la case équilibre. Mais il ne semble pas au rendez-vous... On
dirait parfois même qu'il cherche encore sa propre façon d'exploiter
la population.
Au lieu du système des humains, nous avons le système des metteurs
en esclavage. Ils sont en concurrence entre eux et le peuple paye
les pots cassés de leurs échecs permanents et toujours téléphonés.
Le succès des micro-prêts, par exemple, réside dans le fait qu'il
permet aux gens de faire ce qu'ils savent faire. Il leur permet de
le faire un peu plus vite, en un peu plus grande quantité... Il leur
permet de facilité l'adaptation de leurs enfants à des systèmes
différents... Il permet d'essayer et d'inventer de nouveaux
systèmes, qui sont viables, et non des fantasmes creux de
nombrilistes imposés par le meurtre.
Un ami ethnologue m'a raconté que quand les belges débarquaient pour
exercer leurs exactions sur un village congolais, les villageois se
réfugiaient dans la forêt, où ils survivaient en mangeant des
racines, en piégeant des petits animaux... La survie en forêt
n'était pas possible plus de quelques mois. Trop de personnes
finissaient par mourir. Pour bien vivre et se développer, les
humains ont besoin du village. Pour des raisons sociales bien sûr,
mais aussi simplement parce qu'on peut entourer le village d'une
barrière pour écarter les animaux dangereux, insectes ou prédateurs.
Une société moderne humaine, se devrait de reproduire la forêt et de
reproduire la possibilité de créer des villages. L'allocation
universelle, par exemple, permettrait à chacun de survivre quelles
que soient les circonstances. Pour qu'elle soit adaptée aux plus
fragiles, il faudrait même qu'elle soit un petit versement
journalier, sur un compte sur lequel il est possible de prélever
l'argent même quand on s'est fait voler sa carte de banque. Ensuite,
il faut accepter les façons très diverses dont des personnes
formeront leurs villages ou communautés. Certaines seront peu
rentables pour l'économie du pays... D'autres seront axées sur la
rentabilité professionnelle... Il faut offrir une base commune dans
l'éducation scolaire des enfants qui facilite les passages entre
communautés et empêche qu'une communauté ne soit considérée comme
non-humaine par une autre. Il faut beaucoup débattre des systèmes de
communautés... et leur donner les outils nécessaires pour se
protéger des prédateur qui chercheront à recréer des pyramides
d'esclavage. Le premier outil étant la solidarité entre les
communautés. Alors, si chacun est à même de faire quelque chose pour
ses proches, ou pour l'humanité, cela se fera, parce que c'est le
réflexe de base de l'être humain. On pourra construire des logements
insonorisés. Et pour les logements qui ne le sont pas, on pourra y
loger des personnes qui comprennent les règles à suivre pour ne pas
torturer leurs voisins... Il ne sera pas forcément nécessaire que
des logements soient insonorisés ou aient une aération dans les
toilettes... et l'activité du pouvoir en place ne devra pas
forcément être d'affirmer que tout va bien, qu'il n'y a aucun
problème, pendant que des personnes sont en train de crever. On ne
sera plus obligé de persuader les mères d'arrêter de câliner leurs
enfants et de plutôt donner de l'argent pour leur acheter des
peluches. Un parent n'a de valeur que pour les sommes d'argent qu'il
peut dépenser en peluches, c'est bien connu. Un enfant n'a pas
besoin de l'attention de ses parents. Il a besoin des peluches
fabriquées par des machines ! (Ou, mieux : par des enfants
esclaves...)
Le problème avec le déséquilibre est qu'il est stable et même se
renforce lui-même. Plus on distribue des diplômes et des postes à
des incompétents, plus ils ont besoin de maintenir le pouvoir en
place pour garder leur statut, moins il y a autour d'eux de
personnes à même de se plaindre de la supercherie et pire encore
devient l'enseignement. Ce faisant, la société s'écroule lentement
et les souffrances augmentent. La consommation de stupéfiants légaux
et illégaux devient anormale.
Cela peut finir par craquer. Il peut y avoir une révolte populaire
ou une reprise en main par des puissants. Mais, cela ne créera
jamais une situation d'équilibre. S'il y a révolution, ce sera pour
établir un régime basé sur l'autre extrême. On ira de l'extrême
gauche à l'extrême droite. Les cartes seront redistribuées, mais
cela consistera toujours à jouer sur l'incompétence et la dépendance
des individus, donc sur l'esclavage.
En réalité, l'extrême gauche et l'extrême droite sont très proches.
Cela permet de créer une situation mi-chèvre, mi-chou, où les
exactions des deux systèmes sont mises à profit pour dégrader la
population mais en veillant à utiliser chaque technique là où on ne
l'attend pas. La Belgique se prétend "civilisée" parce qu'elle
réalise un tel compromis, où la révolution devient difficile puisque
qu'il n'y a même plus d'alternative, hormis devenir réellement
civilisés mais cela demande un effort.
Un mythe dans lequel on baigne les enfants est que Hitler avait
redressé l'Allemagne. Et c'est grâce à cette vigueur nouvelle, que,
malheureusement, il a déclaré la guerre au monde. On explique aux
enfants qu'il a certes fait deux-trois erreurs mais essentiellement
sa politique a donné de bons résultats. Cela prouve la nécessité
d'un pouvoir fort et de la soumission de l'individu à ses
enseignants puis à ses patrons. La réalité est inverse. Le gestion
de l'Allemagne par les nazis s'est avérée désastreuse. On ne peut
pas, espérer qu'un pays fleurisse quand les décisions essentielles à
tous les niveaux sont confiées à des crétins galonnés. La propagande
a donné le change, donnant l'image d'un pays en essor. Mais c'est
parce que tout s'effondrait sous eux, que la bande à Hitler a
commencé à envahir d'autres pays. Ils ont appliqué le réflexe
standard de l'escroc : pour donner le change aux premières victimes,
pour qu'elles ne s'aperçoivent pas de la supercherie, il faut
alpaguer de nouvelles victimes, toujours plus de nouvelles victimes.
Cela finit par s'écrouler un jour mais on peut retarder l'échec de
quelques années... Si Hitler n'avait pas commencé la Deuxième Guerre
Mondiale, il perdait le pouvoir.
Le génocide des juifs doit aussi être analysé sous cet angle. Les
responsables provinciaux du parti nazi ont exercé une pression
énorme sur le régime, pour qu'on leur donne ce qui avait été promis
: la possibilité de saisir les biens des juifs, pour disposer de
cash-flow et pouvoir continuer les frasques. Dans un premier temps,
le projet était d'établir les juifs dans des camps loin de
l'Allemagne, dans des terres sans intérêt. Cela c'est mal passé. Il
n'était pas possible de gérer et de soutenir ces camps. C'est alors
seulement qu'il a été décidé de "simplement" les éliminer.
L'antisémitisme extrême est une invention de la bande à Hitler, dès
le début de leur parcours. Mais le génocide en lui-même découle du
fait que le nazisme ne fonctionnait pas et il fallait assassiner des
gens compétents pour prendre leurs biens. On doit toujours se poser
la question de savoir combien de personnes un système va devoir
sacrifier, en les tuant ou en les torturant, et s'il s'agira de
nationaux ou de personnes dans des pays plus faibles.
Il est également faux de penser que ces systèmes permettent à une
"élite" de vivre bien, au détriment hélas d'une majorité populaire
mais on ne fait d'omelette sans casser des œufs n'est-ce pas.
Certes, les privilégiés du socialisme en Wallonie ont un meilleur
salaire et des places en vue. Mais ils n'ont pas de dignité. Et ils
en souffrent. Et quand vous leur dites que vous allez vous contenter
d'un revenus de subsistance mais que vous conserverez votre dignité,
ils ne le supportent pas. Il est donc une fois de plus nécessaire
que le peuple crève, que toute dignité lui soit enlevée par le
harcellement administratif voire la torture directe comme dans mon
cas, pour que le système garde un sens.
L'actionnariat est une excellente chose, en particulier quand il
permet à des employés d'être copropriétaires de leur usine. Mais
pourquoi transformer cette admirable institution en un outil
permettant à des psychopathes qui jouent au casino de vendre nos
maisons et l'avenir de nos enfants ? C'est pareil pour la sécurité
sociale : il n'existe pas de pays civilisé sans l'une ou l'autre
forme de sécurité sociale universelle. Mais pourquoi transformer
cela en source de revenus pour des médecins incompétents et une
industrie pharmaceutique qui arrête de produire les médicaments
éprouvés dont les brevets ne rapportent plus ?
Cet article dans La Libre Belgique décrit la détresse de réfugiés
afghans arrivant en Belgique. C'est officiel, nous ne sommes plus un
pays civilisé :
Des militants socialistes m'ont mentionné ce genre de choses pour me
convaincre que je n'étais proprotionnellement pas à plaindre même
étant torturé. Ce dont personne ne semble se rendre compte, c'est
que les afghans dont il est question dans l'article sont très
débrouillards. Ils construisent leurs propres maisons... En
admettant qu'on n'avait pas de structure officielle à leur proposer,
il suffisait de leur fournir des locaux inoccupés, même dans un
immeuble insalubre tant qu'il ne menace pas de s'écrouler, et leur
donner quelques matières premières comme des planches, des clous, un
peu d'électricité et un petit poile à pétrole. Ils se seraient très
bien débrouillés, surtout avec l'accompagnement de personnes
arrivées avant elles et déjà installées de la sorte... Faites passer
régulièrement la police est les assistants sociaux et tout est au
poil. Mais on n'a pas le droit de faire cela... Pourquoi ? Parce
qu'il n'est plus admissible que des personnes se débrouillent par
elles-mêmes ? On ne peut exister que par sa dépendance ? Si on ne
peut être dépendant, on doit être éliminé ?
Notre civilisation agro-alimentaire était sensée assurer notre
bien-être. À présent elle régule notre mal-être...
Le miracle de l'après-guerre aux USA, c'est que tout le monde
pouvait prendre un job pépère. Vous alliez quelques heures par jour
faire le serveur dans une buvette, tranquillement, et vous aviez de
quoi payer votre loyer et emmener votre neveu au cinéma. Les héros
du système étaient ceux qui faisaient plus : qui faisaient des
études, qui travaillaient d'arrache-pied, qui avaient des idées...
Mais tout le monde avait la possibilité de vivre et de s'occuper de
sa famille. Les USA tout entiers se considéraient comme une grande
famille. En quelque sorte, comme dans les tribus primitives, on vous
demandait de participer au moins un peu aux travaux de la journée et
vous aviez droit comme tout le monde à participer au repas du soir.
La situation actuelle consiste à éliminer la vie de famille, parce
que les super-riches n'en voient pas l'utilité. Les travailleurs
sont obligés de travailler comme des ânes. Quand bien-même il leur
resterait un peu de temps, ils sont trop fatigués pour s'occuper de
leurs enfants. Les autres, sont exclus du système et se retrouvent à
la rue, où il n'y a pas de vie de famille non plus. Tout cela, pour
produire des objets dans lesquels on a programmé qu'ils cesseront de
fonctionner rapidement. On a fait en sorte qu'il soit nécessaire
d'en fabriquer beaucoup plus qu'il n'en faudrait, parce que cela
permet de prélever plus d'argent, plus vite. Et la fabrication,
autant que le rejet, de tous ces objets constitue une catastrophe
écologique qui menace de détruire la planète...
En Belgique, cela se manifeste par exemple par le fait qu'il m'est
impossible de faire un travail pour une entreprise. Si je veux
pouvoir être payé pour un travail que je ferais, je dois prendre un
registre de commerce. Dans ce cas, je n'ai plus droit à l'aide
sociale... Certaines entreprises arrivent à se débrouiller pour
payer une personne dans mon cas de façon légale, en passant par
exemple par des agences d'interim, mais c'est très compliqué et
beaucoup d'argent est perdu dans le processus. Soit vous êtes
employé et fiché chez une employeur, soit vous êtes assisté social
et fiché au syndicat. Il n'y a rien entre les deux... On dépense des
trésors d'efforts en incitants au travail, en incitants à
embaucher... mais il ne semble venir à l'idée de personne de
simplement *autoriser* les gens à travailler. Faire en sorte que ce
soit légalement possible... C'est pourtant dans la Déclaration des
Droits de l'Homme, que la Belgique a ratifiée : le droit au travail.
Mais la Belgique fait tant pour les Droits de l'Homme dans le monde,
qu'elle peut bien se permettre quelques entorses...
Un de mes voisins fait la fête tous les quelques jours. Jusqu'à une
heure du matin, il hurle, il donne des coups dans les murs, il met
la musique à fond... Le reste du temps, il n'est pas beaucoup moins
bruyant, sauf quand il se repose ou quand il est absent. Le logement
sous le sien est vide. Pendant quelques mois son occupant a
régulièrement rouspété pour le vacarme, puis les plaintes se sont
tues, il est parti habiter ailleurs. C'est principalement à cause de
lui que j'ai du sang qui me coule des oreilles.
Le plus étonnant est que lui-même est très sensible au bruit du
voisinage. Je l'ai trouvé presque en sanglots après que j'aie passé
une heure dans ma cuisine. J'avais fait très attention à ne pas
faire de bruit... mais les simples petits clics et clacs d'objets
déposés l'avaient rendu chèvre. Il était également malade d'entendre
une dame dans le logement sous le sien parler de vive voix pendant
des heures.
Comment une personne qui souffre elle-même fortement du bruit,
peut-elle en arriver à torturer ses voisins par le bruit ?
Quand il est arrivé dans cet immeuble, c'était un jeune homme très
contrit. Il n'aurait pas fait de mal à une mouche. Il a eu une
éducation où on ne lui a pas expliqué grand-chose mais on l'a
malmené pour qu'il se range. Il est tout écrasé, tout chétif
d'obligations.
Il souffre de plusieurs choses : le bruit des voisins, la solitude
et le harcellement au travail. La solitude, parce qu'il ne peut
inviter personne chez lui, puisque tout s'entend d'un logement à
l'autre. Il découvre l'alcool. La recette est simple : pour une
bonne soirée, un DVD et une demie bouteille d'alcool fort. Cela lui
fait oublier le malheur de sa journée de travail, il se sent bien,
il se couche sans souffrir de se sentir seul... et il est
dithyrambique sur les bienfaits de l'alcool pour ne plus souffrir
des bruits des voisins. "Tu les entends mais tu t'en fous !" (Les
héroïnomanes disent la même chose.)
Il est honteux de devenir un alcoolique. Il a constaté les dommages
physiques, dont certains sont aussi répugnants que des vers sous la
peau. Il a essayé de nombreuses fois d'arrêter. Cela ne lui est même
pas difficile... Mais la vie lui parait terne sans alcool. Il
faudrait qu'il quitte cet immeuble... mais il n'en a pas la force.
Au fil du temps, l'alcool lui devient moins joyeux. Quand il est
prostré dans son canapé, si je fais le moindre bruit cela casse sa
rêverie et il en souffre très fort. Il s'opère autre chose aussi :
comme tous les toxicomanes qui n'ont pas de culture, il ne fait pas,
ou mal, la distinction entre les rêveries procurées par la drogue et
la réalité. Cela lui permet d'arranger la réalité comme il le
souhaiterait dans ses rêveries... (Chez le personnes qui ont de la
culture, la drogue peut parfois servir à comprendre la réalité mais
on ne fait pas de confusion.)
Il n'a donc plus à respecter les règles du bon sens, de la
réciprocité ou une quelconque structure morale. Il devient agressif
pour me forcer à cesser les derniers éléments de bruits que je lui
assénais. Il me menace de me dénoncer à l'agence de logement, il
m'envoie des SMS en série la nuit... En même temps, il apprend à
bouger chez lui sans plus se gêner. Par exemple, il avait placé une
petite planche comme je le lui avais conseillé, à un endroit où son
plancher craque fortement. Il l'enlève... Explication : "il ne peut
pas recevoir dignement sa mère dans un logement avec une planche sur
le sol." J'aurais bien aimé qu'il me dise ce qui le dérange sans me
menacer. Mais chaque fois que je lui posais la question il me
répondait que tout allait bien ou simplement je n'arrivais pas à
comprendre de quoi il parlait.
Tout cela est agrémenté de justifications très structurées. C'est là
que l'alcool joue son rôle dans les neurones :
- "Je suis le plus ancien locataire de cet immeuble, je peux
donc me permettre de faire ce que je veux."
- "Toi tu travailles 20 minutes par jour tandis que moi je bosse
70 heures semaines."
- "Je paye mon loyer donc j'ai le droit de faire ce que je veux
chez moi."
Simplement : "il a le droit".
Et puis aussi : "il a comparé". La vie sens alcool et la vie sous
alcool. La vie en respectant le droit à la vie des voisins et la vie
en partant du principe que les voisins n'ont aucun droit. Sa
conclusion est qu'il souffre moins avec alcool et en écrasant les
voisins du talon.
Il a installé son canapé contre la mince cloison qui nous sépare.
Donc chaque fois qu'il bouge cela donne un coup dans la cloison ou
dans le plancher, pendant des heures. Et quand il fait la fête, cela
donne parfois l'impression qu'il est en train de défoncer la
cloison. Comme il dort dans ce canapé, et comme ce canapé se trouve
au molieu du plancher que nous avons en commun, si j'entre dans ma
cuisine il monte et il descend à chacun de mes pas. Cela le réveille
en sursaut et alors il m'attaque avec des menaces et ou des SMS en
série. Mais *il ne peut pas* placer ce canapé à un autre endroit. Ni
même l'avancer de quelques centimètres.
Ce n'est pas fondamentalement une mauvaise personne. Il a besoin
qu'on l'aime. Il se sert d'ailleurs de sa "liberté" forgée à force
du bras pour inviter toutes sortes de personnes à faire la fête chez
lui, ce qui rend la situation d'autant plus insupportable pour les
voisins. Il a "compris" une chose simple, vieille comme le monde :
pour pouvoir être admiré de certains, on est bien obligé d'écraser
quelques autres... Comme ces officiers dans les camps
d'extermination, qui avaient par ailleurs une vie de famille fort
bien rangée.
Ce sont des personnes comme lui que la Belgique a envoyé exterminer
des villages au Congo parce qu'ils ne produisaient pas la quantité
de caoutchouc imposée. C'est par la torture, qu'on fabrique ces
personnes. Ce n'est pas naturel. Tout comme faire un chien tueur
n'est pas simple : il faut le maintenir en isolement, le faire
battre... Je ne prétends pas que cette personne en particulier
ferait volontiers du mal à autrui. Mais, elle a acquis le mental des
"tueurs" sans lesquels notre système économique actuel ne peut pas
fonctionner. Les contremaitres qui harcellent les ouvriers, les
liquidateurs... Cela se fabrique. Plus haut dans la hiérarchie, il
faut isoler et endoctriner les enfants dès la naissance pour qu'ils
deviennent des capitalistes froids qui donnent les ordres adéquats
aux contremaitres. Quant aux petits actionnaires, "mentalement plus
faibles", il faut éviter qu'ils soient confrontés aux conséquences
de la politique d'entreprise qui garantit leurs revenus. On décrit
Himmler comme le second plus grand monstre de la bande à Hitler mais
je voudrais tout de même faire remarquer qu'il a pris la peine
d'aller voir sur place comment se passaient les campagnes
d'extermination qui demandaient à des soldats de fusiller des civils
en série devant les fosses. Il a vomi. Il a compris pourquoi le
rendement des soldats baissait après ça et pourquoi il fallait
former des unités spécialisées avec peu de personnel. Un personnel
sélectionné... Combien de boursicoteurs ont fait l'effort d'aller
voir sur place les populations qui crèvent ?
C'est une institution qui se prétend socialiste, chapeautée par des
élus socialistes, qui fabrique ce monstre. C'est un exemple parmi
d'autres du fait que la gauche dénaturée et la droite dénaturée se
donnent la main.
Le vacarme provenant de cette personne serait sensiblement réduit
chez on ajoutait une porte dans mon logement. Je pourrais la
calfeutrer et bloquer le principal des coups et des hurlements. J'ai
bien sûr signalé le fait. Mais cette porte ne sera jamais placée.
*On ne peut pas* la placer.
J'ai eu une conversation avec une amie qui habite à la campagne. Je
lui ai expliqué l'inhabitabilité de mon logement, le fait qu'on m'a
refusé un logement social... Elle était étonnée et m'a dit qu'elle
ne comprenait pas ; "on vient justement de construire des logements
sociaux pas loin de chez moi. Ils sont très bien..." Je lui ai
répondu : "oui mais ça ce sont des logements pour les protégés du
régime, pas pour des pauvres ou des handicapés comme moi." Elle a
répondu : "ah oui tiens, ça m'avait étonné, ce sont des ménages qui
ont deux voitures et des choses comme ça..."
J'ai rencontré un pompier. Il connaissait mon immeuble et m'a fait
la liste des infractions aux normes de sécurité-incendie. Les
extincteurs qui n'ont jamais été entretenus, la cage d'escaliers
trop étroite... il connaissait tous les détail. Il y avait des
choses que je ne connaissais pas... Par exemple, les portes des
logements sont certes coupe-feu mais les chambranles autour des
portes ne le sont pas. Donc cela ne sert à rien ; c'est du bluff. Il
m'a fait remarquer qu'une partie des normes qui ne sont pas
respectées ne sont pas destinées à protéger les locataires mais bien
les pompiers lors des interventions...
La Libre Belgique a publié quelques articles sur le rififi à la
Société Wallonne du Logement :
Ce sont ces rigolos-là qui m'ont expliqué en substance que le
logement social ce n'est pas pour moi *parce que* je suis pauvre et
handicapé. Ce qui, est parfaitement exact, puisque le "logement
social", du moins celui qui est habitable, est réservé aux
"personnes méritantes" du système. Et comme il faut tout de même
bien aussi donner des logements à ceux auxquels les logements
sociaux sont officiellement destinés, on leur jette ce qui est
inhabitable, avec des règles absurdes pour les forcer à accepter. Vu
que s'ils n'acceptaient pas, les fortunes débloquées pour le
logement social et qui assurent la vie de château de certains,
seraient en péril.
On parle actuellement de mesures sociales drastiques, comme le recul
de l'âge de la pension. Personne n'a l'air de comprendre que cela a
pour seule motivation de permettre de continuer à financer cette
faune invraisemblable de parasites. Et encore... les administrations
comme la SWL ne sont pas ce qu'il y a de pire. Il y en a d'autres
auxquels il faut fournir annuellement des sommes colossales pour
qu'ils puissent les flamber en bourse et autres œuvres dites de
prestige.
Comme je faisais des essais d'un bricolage pour détecter les
antennes-relais GSM, un commerçant du marché du Noël a été curieux
et nous avons discuté. Il me dit qu'à Cointe les logements sociaux
sont hérissés d'antennes-relais GSM, parfois de véritables arbres de
Noël. Il a ajouté en rigolant : "comme les locataires ne payent pas
leurs loyers, cela couvre les frais !" Je me demande... dans quelle
mesure cela a une influence sur le fait que la société de logements
sociaux de Liège n'a jamais répondu à mes lettres à propos de la
pollution radio. Et sur le fait que lors de mon recours devant la
Société Wallonne du Logement, une dame représentant cette société
liégeoise a dit que pour elle l'électrosensibilité n'avait pas de
réalité juridique.
Les visites des logements doivent être faites avec un préavis de 2
semaines. Pour la visite des pompiers j'ai eu un préavis de 0
secondes et pour la visite de l'inspecteur de la sécurité-salubrité
publique j'ai eu un préavis de 10 minutes. Ce dernier m'a reproché
certaines choses, comme le fait que j'avais fixé deux sockets de
lampe au fil qui pend de mon plafond.
Un autre locataire de l'immeuble a entièrement entouré son radiateur
électrique d'objets inflammables. Même son lit est serré contre le
radiateur. Je lui ai expliqué de nombreuses fois qu'il devait
dégager son radiateur électrique, parce que c'est dangereux et parce
que c'est interdit. Tout le monde est au courant du fait... mais il
n'a jamais reçu la moindre visite de contrôle.
En principe, les locataires de logement sociaux ont une visite par
an. Un assistant social vient voir si tout va bien. Beaucoup de
propriétaires dans le privé font la même chose, sous forme d'une
visite de courtoisie. Depuis deux mois nous avons jusqu'à une visite
par semaine, avec souvent une préavis de moins de 24 heures. Lors
d'une de ces visites des ouvriers sont même entrés dans des
logements en l'absence des locataires et sans qu'ils aient donnés
leur autorisation pour cela. Globalement, on se rend compte que les
logements sociaux sont un peu les maisons de poupées des
administrations. On fait des chichis, on suit à la lettre les
nouvelles simagrées inventées par l'état... Mais les vrais problèmes
des locataires n'ont que peu ou pas d'importance. Par exemple la
dernière visite en date concernait l'établissement du PEB ; la
propension de chaque logement à gaspiller de l'énergie de chauffage.
J'en ai profité pour réexpliquer l'aberration dans laquelle vit un
des locataires : on lui a interdit de poser des tentures et il y a
une erreur dans son panneau électrique, qui fait que son radiateur à
accumulation est alimenté en électricité sur l'horaire de jour. Il
gaspille massivement de la chaleur par ses grandes fenêtres dénudées
tout en payant le chauffage au double du prix. Le problème est tout
simple... mais il est impossible d'obtenir la moindre réaction.
Certains fonctionnaires comprennent parfaitement ce que j'explique
mais n'ont aucun prise. Les autres me regardent sans vraiment
comprendre. Et tant que la presse n'est pas là ni même une petite
injonction de justice...
Un sujet à la mode est la violence dans les banlieues, les quartiers
pauvres... J'ai essayé quelques fois de raisonner des délinquants et
j'ai pu me rendre compte d'une chose : un de leurs principaux
"arguments" sont les promesses non tenues. Il s'agit généralement de
peu de choses, mais auxquelles ils ont droit ou qu'un autorité leur
a promises. Parfois il s'agissait d'un deal. La personne, ou sa
communauté, renonçait à quelque chose, en échange d'une autre chose.
Mais le deal n'est pas respecté par les autorités...
Il est rare qu'un acte de délinquance soit organisé en représailles
à une malhonnêteté précise des autorités. L'attitude des délinquants
est plutôt : "pourquoi me tiendrais-je à des règles alors que les
autorités ne se tiennent à aucune ?"
Je discute aussi avec les fonctionnaires qui représentent les
institutions ainsi mises en cause. La majorité sont "hilares". Ils
considèrent qu'on n'a pas à tenir une promesses "envers ces gens" ou
que ces questions n'ont simplement pas d'importance. J'ai rencontré
très peu de fonctionnaires qui reconnaissent l'effet délétère de ce
comportement et ses conséquences. Ceux-là rendent leurs tabliers
après quelques années, considérant que leur travail est impossible,
parce qu'on empoisonne perpétuellement le terrain sous eux.
Le non-respect des promesses implique pour un banlieusard qu'il n'a
pas d'avenir, qu'il ne pourra jamais construire quelque chose. Cela
installe une amertume, qui parfois explose en révolte.
On s'étonne également de la violence des pauvres entre eux. Mais...
j'ai entendu des assistants sociaux inciter à la violence. Si un
démuni signale qu'il subit une violence, par exemple d'un voisin, au
lieu de l'aider l'assistant social préféra se contenter de répondre
"il vous embête ? Hé bien embêtez-le !" À la police, des mise en
garde comme des menaces de mort voire des coups et blessures, ne
sont simplement pas prises en compte.
Un raisonnement entendu est : "j'ai essayé d'être un bon garçon, ça
ne m'a rien rapporté, que de l'ennui. Maintenant que j'ai décidé que
j'ai le droit de faire ce que veux, je m'amuse." Le système ne
valorise simplement pas les comportements constructifs. Certains
officiels auraient même tendance à pouffer de rire quand ils voient
quelqu'un essayer de faire ce qui est correct...
Dans ces comportements, les "banlieusards" font preuve de bêtise.
Ils confondent une administration et une autre, ils les amalgament à
l'état, ils revendiquent des choses déplacées ou croient que "les
riches" sont la cause de leurs problèmes, ils croient que le
comportement d'un fonctionnaire incompétent est représentatif de
tout l'establishment, ou que ce que sait un fonctionnaire est
automatiquement su d'un autre fonctionnaire, etc... Ce sont des
personnes qui ont besoin d'être prises en charge, justement à cause
de cette bêtise relative. Elles sont un peu le prototype de l'humain
entièrement dépendant que la société "moderne" essaye de créer. Cela
annonce ce que serait cette société...
Eric Brasseur - 12 juillet 2011
au 6 mars 2012