La tribu
Qu'est que la "tribu" ? C'est
ce en quoi vous avez allégeance, ce pour quoi
vous avez de l'empathie... On a souvent plusieurs tribus : sa
famille, ses amis, ses collègues de travail, son pays...
Dans la brousse en Afrique, la notion
de tribu peut atteindre des extrêmes. C'est même un moteur des
épidémies : si un membre de la tribu tombe malade, on dormira avec
lui pour le réconforter, le protéger... Même en ayant conscience
des risques, on ne supporte pas l'idée de laisser la personne seule.
Plutôt mourir que de supporter l'idée de l'inconfort de l'autre.
L'inverse parfait est peut-être la
piraterie : le pirate veut les biens de ses victimes et ne sourcille
pas à l'idée de toutes les tuer. Au minimum il les vend comme esclaves.
Extrême convoitise et destruction... Cela
aussi existe en Afrique : certaines tribus considèrent que les
membres d'autres tribus ne sont que du gibier ; que le
bien consiste à les spolier à volonté.
L'intermédiaire entre ces extrêmes
est la notion de bétail : on ne convoite pas son propre bétail
puisqu'on le possède déjà mais on n'a pas beaucoup d'empathie pour
lui. On le gère... On ne veut ni son bien ni son mal, tant qu'il
reste mangeable ou vendable.
Les extrêmes se réalisent par exemple
dans la pédophilie. Un enfant est compris par ses parents et ils sont
prêts à tout pour lui. À l'opposé, un pédophile est excité
sexuellement par un enfant, au point de prendre tous les
risques pour disposer de photos de l'enfant voire de l'enfant lui-même.
En même temps, il détruira l'enfant par tous les moyens.
Entre pédophiles, les enfants sont considérés comme
risibles et dénués du moindre droit. Si un enfant tombe entre leurs
mains, au minimum ils le détruiront psychologiquement. (Il existe une
forme intellectuelle de pédophilie : un parent peut avoir des fantasmes
très prenants sur ce que son enfant va faire ou devenir. Il va donner
beaucoup d'argent pour tout ce qui semble mener l'enfant dans la
direction de ses rêves et il va y consacrer beaucoup de temps. Chaque
fois que l'enfant fait apparaître que sa nature est différente de ce
qui est attendu, les représailles seront sanglantes. Il sera
ridiculisé, on cassera son image auprès de ses amis...)
On peut juger une société par la
façon dont elle gère ses écoles et ses prisons : considère-t-elle
ses prisonniers comme des membres de la tribu, comme du bétail ou
comme du gibier ?
Chez les humains, la notion de tribu
peut s'étendre aux animaux et même à l'univers entier. Dans
certaines tribus sauvages, même le gibier fait partie de la famille.
On ne chasse que le minimum nécessaire, on limite les souffrances du
gibier et on s'excuse pour l'avoir tué. On considère que sa mort et
le don de sa viande, sont sa contribution nécessaire à la survie de la
tribu.
Les chats et les chiens domestiques sont typiquement des membres de
la famille. On veille à leur confort, on communique avec eux et on
est prêt à dépenser de l'argent chez le vétérinaire. Réciproquement,
un chat considère les humains comme sa famille puisqu'il peut
leur ramener des souris en cadeaux et que par tendresse il leur pétrit
le ventre,
comme il le faisait sur le ventre de sa mère pour extraire plus de
lait. Le chien, quant à lui, n'a d'yeux que pour sa famille et peut
même être prêt à donner sa vie pour elle.
Certains parents inscrivent leurs enfants dans des université
prestigieuses non pas pour qu'ils aient une meilleure formation mais
pour qu'ils s'y constituent une tribu de relations plus intéressantes.
Un narcissique est une personne pour laquelle la notion de tribu se
limite à elle-même. Même ses passions amoureuses seront de la piraterie
; faites de possession, de dépendance et de violence.
Si l'on travaille pour sa tribu, on se donne à fond, on ne compte pas
ses heures et on ne demande pas forcément à être payé. Si l'on est un
gibier que l'on force à travailler, le rendement sera dérisoire. Les
esclaves ne doivent pas être payés mais ils ne travaillent pas beaucoup
non plus... C'est ce qui a tué le communisme. Les coloniaux se sont
toujours beaucoup plaints du manque d'entrain des colonisés... Dans la
société
occidentale, on vous propose de travailler comme bétail mais on vous
donne un salaire que vous pouvez ramener dans votre tribu. On prétend
ainsi trouver un compromis entre l'esclavagisme et le respect des
Droits de l'Homme.
Pour un toxicomane dur, la drogue est sa seule tribu. Elle est sa
source de réconfort et ce pour quoi il consacre toutes ses ressources.
Il est très apprécié par sa tribu, qui lui fait sentir combien il est
aimé. Mentir, voler ou frapper autrui pour se procurer de la drogue
n'est pas quelque chose de mal puisqu'il ne nuit pas à un membre de sa
tribu. Quand des villageois placent un piège pour tuer un tigre, ils ne
considèrent pas que ce qu'ils font est mal. Ils tuent un animal qui
leur fait peur et dont la fourrure représente une richesse. Ils placent
un appat pour attirer le tigre vers le piège, ils font en sorte que
tout semble normal au tigre... Le toxicomane fait pareil avec autrui et
la vente de la fourrure lui permet de rejoindre sa tribu. Certains
toxicomanes conservent malgré tout une tribu humaine. Cela se limite le
plus souvent à une personne amoureuse d'eux ou à quelques membres de
leur famille. Les contradictions entre leur fidélité à la drogue et
leur fidélité à ces quelques personnes, leur semblent insolubles.
Comme stimuler la notion de tribu ?
- Le salut au drapeau, pratiqué par
les américains, semble donner de bons résultats. Ils considèrent les
USA un peu comme une grande famille. Leur incompréhension à l'égard des
autres nationalités est proverbiale.
- La religion, peut tout faire. Le
dieu unique des monothéistes n'est pas une notion spirituellement très
élevée mais elle a l'avantage de pouvoir fédérer des inconnus autour du
concept.
- Faire des choses ensemble. Des entreprises organisent des jeux de
rôle pour leur personnel, des couples partent en promenade ensemble.
Les armées les plus performantes utilisent les entrainements pour créer
un esprit de tribu entre les soldats.
Il existe de mauvaises façons
d'essayer de créer la tribu :
- Dans certaines sociétés secrètes, on force les membres à
raconter un maximum de choses
personnelles sur eux-mêmes, les plus intimes et si possibles les plus
humiliantes possibles. Le raisonnement est qu'entre amis on n'a pas
beaucoup de secrets les uns pour les autres. On va donc "amener
l'amitié et les liens de fraternité" en faisant en sorte que chacun
sache que les autres savent tout de lui. Cela détruit les
personnalités, ce qui fait également le jeu des meneurs.
- On vous impose de vous comporter
comme si les autres faisaient partie de votre tribu. Par exemple on
impose des règles de fonctionnement et des normes aux fonctionnaires,
pour les obliger à être justes et fraternels avec le
public. Si ces fonctionnaires ont obtenu leurs places par
piston et recommandation politique, leur tribu sont leurs pistons et
leurs relations. Le public ne sera qu'un gibier, au mieux un bétail,
envers lequel il se permettront un peu n'importe quoi.
- On vous explique qu'il faut laisser faire les multinationales et
les banques,
parce que votre bonheur ira de pair avec la croissance de leurs
bénéfices. C'est très étrange, parce que les directeurs de ces
multinationales et de ces banques sont élevés depuis la prime enfance
avec un endoctrinement très strict selon lequel vous êtes un gibier, au
mieux un bétail.
Une erreur gravissime consiste à confier l'enseignement de vos enfants
à des personnes et des organismes qui ne se considèrent pas comme votre
tribu.
Eric Brasseur
- 17 décembre 2008 au 14 janvier 2009