La polymérisation des crétins
"Il ne faut pas chercher de la
malice là où la bêtise suffit pour expliquer les choses."
Un peu tout le monde s'entend pour dire que l'humanité est malade,
que des groupes de diverses natures rongent tout... Je crois qu'il y
a une erreur fondamentale dans ce point de vue et qu'elle contribue
à empêcher la solution des problèmes. En diabolisant ces groupes, on
leur prête une intelligence. On croit qu'ils savent ce qu'ils font
et que leur pouvoir est grand. Rien n'est plus faux et leur pouvoir
ne tient justement qu'à cette croyance...
Un cas d'école est "l'étude de Tuskegee de la syphilis". Une
organisation a été montée en 1932 aux USA pour étudier la
progression de la syphilis dans les milieux noirs américains
pauvres. À l'époque, la syphilis était virtuellement incurable,
comme aujourd'hui le SIDA. 600 noirs américains ont été suivis, dont
les deux tiers au départ étaient atteints de la syphilis. La Seconde
Guerre Mondiale a eu lieu... et la découverte du puissant effet
antibiotique de la pénicilline. Vers la fin des années 1940, la
pénicilline était reconnue comme remède contre la syphilis. Les
personnes suivies par cette organisation auraient dû être parmi les
premières à en bénéficier, d'autant que cette organisation
comportait plusieurs médecins... Hé bien non. Ce n'est qu'en 1972,
qu'une personne s'est offusquée de la situation et a dénoncé
l'affaire à la presse. Alors seulement les personnes ont reçu le
traitement pour guérir leur syphilis. Et l'organisation a été
dissoute. Quel est le mobile ? Simplement garder son emploi, son
statut... On ne touche à rien, les choses sont bien comme elles
sont... Il y a un mépris tacite pour les victimes, qui se voit
notamment à la façon dont on leur présente les choses. Un examen
devait par exemple être pratiqué pour établir la progression de la
maladie. On leur a proposé cet examen comme étant une tentative de
remède ; "nous allons tenter tout ce que nous pouvons pour vous
guérir !"
Nous avons un enjeu ; la syphilis, et la formation d'une
organisation pour gérer cet enjeu. Ensuite, même si l'enjeu
disparaît, l'organisation va veiller à survivre, si besoin au
détriment de ceux qu'elle prétend protéger.
L'industrie du nucléaire est un exemple lourd. Elle a été fondée
dans les années 1940 par les esprits les plus brillants de leur
temps. Les promesses du nucléaire civil étaient fantastiques. On
prévoyait que les véhicules à propulsion nucléaire auraient une
autonomie illimitée. Plus besoin de pompes à essence... De grandes
organisations ont été fondées pour contrôler et promouvoir le
nucléaire... et ont rapidement dégénéré. Les vrais savants en ont
été éjectés, c'est à dire les personnes capables d'esprit critique,
d'adaptation et de recherche. Parce que, ces personnes sont une
menace directe contre ces organisations. Le nucléaire était beaucoup
plus dangereux que prévu et devait être restreint à des applications
de niche, pour lesquelles il est justifié de faire les efforts de
sécurité nécessaires. Une conséquence est que le danger des
centrales nucléaires est toujours calculé en fonction des anciennes
croyances. Donc par exemple, après des accidents comme Tchernobyl,
on va permettre à des population de regagner des zones irradiées,
sous prétexte que le niveau de radiations est acceptable. Les
conséquences sont horribles, hideuses, tout particulièrement pour
les enfants. Mais le travail des organisations *consiste* à refuser
les analyses scientifiques de la situation. Désinformation,
menaces... Des budgets marketing énormes sont investis pour
maintenir la chimère gonflée et des scientifiques sont jetés en
prison. En particulier, cela a pour conséquence que des modèles de
centrales nucléaires considérablement moins dangereuses, n'ont
jamais pu émerger. Des prototypes de telles centrales ont même été
construits et ont prouvé leurs immenses avantages sur les anciens
modèles. Par exemple les allemands ont expérimenté une centrale à
base de billes de carbone contenant de l'uranium, qui a montré
qu'elle ne divergeait pas, même en arrêt sec et sans l'action
d'aucun dispositif de sécurité. Fantastique ! Mais inadmissible pour
les organisations, parce que promouvoir ces centrales reviendrait à
admettre le danger du nucléaire ou ferait passer les dividendes dans
d'autres poches... Des vidéos sur YouTube :
Ces organisations pratiquent le sacrifice humain. Les personnes
atteinte de la syphilis qu'on ne soigne pas, les personnes que l'on
autorise à regagner des sites contaminés par des déchets
nucléaires... Ces sacrifices s'avèrent même nécessaires. Par exemple
lors de la Première Guerre Mondiale, les états-majors étaient
impuissants face à la situation des tranchées. L'opinion publique
grondait... Alors les officiers supérieurs ont lancé de grandes
opérations, dont même un stratège de l'antiquité aurait dit qu'elles
étaient ineptes. Par exemple, les officiers sur le terrain n'avaient
aucune instruction pour le cas où ils réussiraient effectivement à
enfoncer les lignes ennemies. Donc l'ennemi trouvait toujours un
moyen de les refouler... Les dizaines de milliers, puis les
centaines de milliers de morts de chacune de ces opérations, ont
servi à maintenir le train de vie de ces brillants stratèges. "Bon
Dieu, 300.000 hommes viennent de mourir à Verdun, qu'est-ce qu'il
vous faut de plus ?!" Sur le terrain, les soldats étaient
parfaitement conscients des absurdités par lesquelles on les
sacrifiait. Cela a mené aux désertions et aux révoltes. La France a
été le premier belligérant à accepter d'entendre les critiques des
soldats et c'est ce qui lui a permis de gagner la guerre (après
avoir fait fusiller ceux qui avaient les critiques les plus
construites...)
On qualifie ces organisations des noms d'oiseaux les plus durs :
salauds, crapules, ordures... Mais ce n'est pas du tout ainsi que
les membres de ces organisations voient les choses. Tout au
contraire, ils se considèrent comme des victimes. Ils se sentent
menacés et agissent par légitime défense. Un bon exemple sont les
nouvelles implantations d'antennes-relais GSM. Avant, les antennes
étaient placées là où il était logique de les mettre, c'est à dire
sur les toits d'immeubles élevés. Mais le public a réagi à la vue de
ces antennes et a agressé les opérateurs. Alors maintenant on place
les antennes à l'intérieur des immeubles, par exemple dans
appartements qui sont loués pour cela. L'antenne est placée derrière
une fenêtre, masquée par une tenture. On ne les voit plus, donc il
n'y a plus de problème... Mais comme ces antennes sont sous le
niveau des toits, elles doivent émettre avec beaucoup plus de
puissance pour une même portée. On les fait donc émettre à la
puissance maximale possible, ce qui amène tous les logements des
environs à être irradiés au maximum permis par les normes, qui
elles-mêmes sont fantaisistes. L'opérateur qui fait cela, ne se
définit pas comme une ordure mais comme une pauvre victime de
persécutions, bien obligée de faire le nécessaire.
La téléphonie mobile illustre très bien un autre aspect de la
question : la croyance selon laquelle on doit en accepter les épines
puisqu'on ne peut pas s'en passer. "Ah c'est dommage toutes ces
personnes électrosensibles qui souffrent... et oui peut-être que
cela augmente les problèmes de santé dans toute la population...
mais bon, on ne peut pas s'en passer..." Exactement la même
infrastructure de téléphonie mobile pourrait exister, avec le même
nombre de possesseurs de téléphones mobiles et téléphonant au même
rythme, tout en ayant une pollution radio 100 ou 1.000 fois
inférieure. Pour cela il faudrait placer les antennes à des endroits
différents, utiliser des antennes plus nombreuses et plus
focalisantes... Le coût de la chose serait un peu plus élevé mais
cela ne présente pas un problème. Il suffirait de le vouloir... ou
de bien vouloir l'imposer.
L'affirmation "on ne peut pas s'en passer" peut être poussée à son
extrême et devient alors "sans nous vous allez crever".
Les téléphones mobiles utilisent une technologie radio archaïque,
développée dans les années '70 et '80. Pour des personnes du métier, il a toujours
été évident qu'on ne peut pas plaquer un émetteur radio de deux Watt
contre la tête des gens. Comment est-il possible que des
institutions démocratiques acceptent ce système et de surcroît ne
demandent même pas qu'il soit implémenté d'une façon moins
polluante ? Interrogé, le public invoque souvent une corruption
massive des décideurs. L'industrie des télécommunications est
richissime, elle peut tout se permettre... Il existe aussi des
explications plus exotiques, comme une volonté délibérée d'irradier
la population pour saborder ses capacités cérébrales et prévenir
toute révolte. Mon impression des choses est beaucoup plus terre à
terre. Je crois que dans leur majorité les élus ne savent simplement
pas quoi penser de la situation. Ils entendent des avis
contradictoires... Alors ils vont se référer à l'avis qu'ils ont
*envie* d'entendre. Cet avis est tout simple : "tout va bien !"
Ouf... tout va bien ! Il y aura toujours bien un fantaisiste ou
pseudo-scientifique quelconque, mais diplômé, pour prétendre de
bonne foi que tout va bien. C'est lui qu'on va applaudir et qu'on
invitera la prochaine fois. On le nomme expert officiel. Quant aux
avis contraires... ils maintiennent une sorte de pression sur le
public qui n'est pas faite pour déplaire. Elle montre qu'on a besoin
des élus, qui veillent, qui intercèdent auprès des opérateurs... On
fait des normes, des débats, des publications... en tournant
toujours autour de "il n'y a pas de problème ! Quoique... mais ne
vous en faites pas nous surveillons tout ça !" Je crois qu'une
grande erreur est de croire que l'industrie elle-même fonctionne de
façon différente. Elle est certes encore mieux anesthésiée par le
flux massif de pognon... mais essentiellement elle carbure à la même
morphine que les politiciens : les messieurs qui disent que tout va
bien.
L'exemple qui m'a fait le plus mal sont les deux accidents des
navettes spatiales américaines. On aurait pu croire que la NASA
était à l'abri de la polymérisation... Les discours politiques ont
bien sûr clamé que la Conquête de l'Espace n'est pas sans risque et
que ces 14 astronautes ont donné leurs vies pour la Science. Sublime
sacrifice de nos plus jolies princesses... Dans la réalité,
Challenger a été lancée alors que la température était inférieure à
ce qui était permis pour les boosters.
Les ingénieurs se sont démenés comme des diables pour empêcher le
lancement mais les polymérisés l'ont emporté. Il fallait que la
navette soit en orbite quand le Président Reagan allait prononcer un
discours à la télévision... C'était donc un enjeu national. Mais
dans la tête des polymérisés, la raison pour laquelle il ne pouvait
pas y avoir d'accident, est également nationaliste. La Navette
Spatiale est un concentré de jus de bannière étoilée ! Le suc le
plus pur de l'américanisme flamboyant ne peut pas dysfonctionner !
Prétendre le contraire mérite de passer devant peloton d'exécution,
du moins d'être viré. Les polymérisés affirmaient que le risque
d'échec d'un lancement de navette était de un sur un million, autant
dire impossible. Les enquêtes ont au contraire révélé que plusieurs
lancements de navettes étaient déjà passés à deux doigts de la
catastrophe, pour des raisons chaque fois différentes. Il existe des
règles clairement définies pour qu'un lanceur spatial minimise le
risque que courent ses passagers. La Navette Spatiale est un
monument de technologie mais... a été dispensée de suivre ces
règles ! Parce qu'elle était un enjeu national, parce qu'elle a
coûté une somme immonde au contribuable américain... Parce que le
sacrifice permet le sacrifice, qui justifie le sacrifice...
Le mythe de la crapule psychopathe a la vie dure. Même la majorité
des nazis n'étaient pas des psychopathes. Mais Hitler avait réussi
dès le départ à former une organisation dont les membres allaient se
préoccuper de garantir leur train de vie. Pour les personnes
capables de percevoir les conséquences du nazisme et assez
volontaires pour le dire, le camp de torture de Kemna avait été mis
en place dès sa montée au pouvoir.
J'ai eu l'occasion de tailler le bout de gras avec des personnes
instruites qui ont choisi de vivre de l'escroquerie
institutionnalisée en Belgique. Elles aussi, sont absolument
normales... Elles ont une famille, ont fait des études et ont eu une
carrière professionnelle avant de faire leur choix. Leur parcours
est un peu toujours le même. Elles ont commencé par se rendre compte
qu'on ne peut pas travailler ou faire des affaires sans tricher.
Pour obtenir un document administratif auquel vous avez droit, il
faut corrompre un fonctionnaire... Pour obtenir le poste pour lequel
vous êtes le meilleur candidat, il faut des relations... Elles
finissent par se rendre compte du fait qu'il n'est pas nécessaire de
remplir un quelconque rôle utile dans la société. Il faut faire
semblant d'avoir une utilité... mais ce qui rapporte est le fait de
tricher et non le fait d'être utile. Mais surtout, ces personnes se
rendent compte du fait qu'être honnêtes ne leur vaudra aucune
considération ni aucun soutien de la population. Des politiciens
réputés pour leurs magouilles sont réélus avec des scores de
dictateurs sud-américain. Mes conversations avec ces personnes
finissent toujours par tourner autour de cela : le désespoir face à
la nocivité intrinsèque "de la populace". Je leur prétend que les
gens sont ainsi parce qu'il n'y a pas de véritable système
d'enseignement et parce qu'il n'y a pas de presse libre, mais qu'un
monde où les gens prennent leurs responsabilités est possible. Ils
m'écoutent un peu rêveurs mais me font remarquer que cela n'arrivera
pas avant longtemps, en tout cas pas de leur vivant ni probablement
du vivant de leurs enfants.
In fine, tout revient à la "bêtise" de la population. Elle gobe la
propagande des organisations... Par peur et par intérêt primaire,
elle accepte les situations. Les gens ne sont simplement pas
capables de réfléchir aux conséquences des choses. Par exemple une
personne m'a dit que les téléphones mobiles ne sont pas dangereux
pour les enfants *parce que* elle laisse son gosse téléphoner avec
son téléphone mobile.
Mais "les gens" que je rencontre sont souvent parfaitement capables
de raisonner. Le problème est plutôt qu'ils n'ont aucun moyen pour
s'organiser. Les organismes dits de "défense du consommateur" ou de
"défense du travailleur" sont eux-mêmes des organisations
polymérisées, où on ne fait plus que jouer à un jeu interne et
veiller à sa survie. L'enseignement lui-même est chapeauté par des
personnes beaucoup moins intellectuellement capables qu'une bonne
partie de la population.
Deux de mes amis ont, l'un un chat et l'autre un chien, qui
"parlent". Ces deux animaux sont passionnés par les êtres humains...
Ils regardent épatés ce que font leurs maîtres et ont une grande
fierté à se faire cajoler par eux. En particulier, ils mettent un
point d'honneur à "parler" comme les humains. Ils émettent une sorte
de chuintement mi-miaulé, mi-articulé "aïoumichkwioumiamichk..."
Cela correspond à ce qu'eux-mêmes perçoivent quand ils entendent un
humain parler, puisqu'ils ne décodent pas le langage. L'enseignement
procède de la même logique, en ce sens que les personnes qui
l'organisent ne sont pas capables de percevoir les finalités et les
modes de fonctionnement des choses qui sont enseignées. On force
constamment les enfants à se comporter comme des savants, en les
obligeant à répéter par cœur ce qui semble savant.
J'ai "la chance" d'habiter dans une région où l'entièreté du système
d'état est conçu sur le principe de la polymérisation. J'ai fait de
nombreux textes pour en exposer les conséquences... J'en tire à
présent la conclusion que, dans la majorité des cas, les refus de
droit, spoliations et autres découpes gratuites de parties de corps
humain, n'étaient pas le fait de l’appât du gain ou de la volonté de
nuire. Le manque d'aptitude professionnelle est cuisant... mais il
n'est pas non plus l'origine du problème, il n'en est qu'une
conséquence. La base du problème est l'immaturité. On n'apprend
simplement pas aux enfants comment fonctionne le sens des
responsabilités. Dans son ensemble, le système est conçu pour
protéger les immatures qui ont du pouvoir. La région vivote grâce à
certaines industries qui se sont installées sans se faire remarquer.
Le "système" consiste à sucer un maximum des revenus générés par ces
maigres choses et à redistribuer ce pactole de la façon la plus
abjecte possible. Par exemple tout les quelques temps on parle du
fait que la région va démarrer son miracle économique. À un moment
donné, on a dit que ce serait la micro-électronique. Un ami qui est
dans le métier m'a raconté comment cela s'est passé. Des
personnalités avaient fait un grand discours très médiatisé pour
dire que l'avenir était dans la micro-électronique. Alors des
escrocs internationaux se sont présentés à la Région Wallonne et ont
dit "bonjour, nous sommes la micro-électronique !" On leur a déroulé
le tapis rouge et débloqué des fonds. Il y en avait pour des
centaines des millions de francs belges... Un parc industriel a été
fondé. Quelques temps plus tard, n'ayant plus de nouvelles, la
Région Wallonne est allée voir ce qui se passait. Ils ont trouvé des
immeubles vides, gardés par un concierge. Toutes les machines pour
lesquelles la Région avait payé avaient simplement été revendues, en
Chine, en Russie... On ne parle jamais de cela dans les journaux. Un
ami journaliste m'a décrit pourquoi, dans le cadre d'un autre
autodafé de billets de banque : les galeries routières sous Liège.
Une somme colossale a été dépensée pour établir un réseau pour les
bus sous Liège, le nœud devant être la Place Saint-Lambert. Le jour
de l'inauguration, une armée de journalistes était présente, avec
caméras et appareils photo. En fanfare un bus a démarré et s'est
dirigé vers un tunnel du réseau... et s'est encastré, parce que le
plafond du tunnel était trop bas. L'ensemble du réseau était
inutilisable pour faire passer des bus. Aussitôt des gros bras sont
passés parmi les journalistes et ont saisi les pellicules et les
bandes vidéo...
C'est un système fait par les immatures, pour les immatures, et qui
génère des immatures. Les escrocs qui bâfrent dans ce cancer en
ébullition ne sont qu'un épiphénomène. C'est comme une infection
bactérienne qui empire les choses quand vous avez le cancer. Elle
n'est pas le problème... Et le traitement aux antibiotiques peut
vous affaiblir et favoriser encore la progression du cancer...
La maladie est auto-immune : vous ne pouvez pas la faire comprendre
aux autorités... parce qu'elles n'en ont pas les moyens
intellectuels. Si vous insistez, on en déduira que vous êtes fâché.
Si vous insistez encore, c'est peut-être que vous êtes quelqu'un de
méchant... Le système se maintient de façon active. L'enseignement
favorise ceux qui abordent un métier sans rien y comprendre tout en
excellant dans l'art théâtral d'être de ce métier. On ramène un
maximum de personnes vers cet état d'incompétence. Ceux qui ne
veulent pas jouer le jeu sont éjectés.
Plusieurs superstitions protègent le système :
- "La situation ne pourrait
être aussi catastrophique. Parce que, les gens feraient
quelque chose pour y remédier."
On ne comprend pas que "les gens"
dont on parle, ne comprennent justement rien du tout. C'est une
des choses les plus difficiles à comprendre pour une personne
intelligente : le fait que d'autres personnes ne comprennent
absolument rien.
- "Mais que vont devenir
toutes ces personnes dans ces organisations, qui ont un
travail, une famille... ?!"
On affirme par là que vivre sans
dignité est inéluctable, que le mieux qui puisse arriver à ces
personnes est de vivre dans le mensonge en broyant des vies sous
elles... J'ai plutôt l'impression de prôner qu'on arrête de les
assommer de travaux inutiles qui ravagent la planète, qu'on leur
rende le temps nécessaire pour s'occuper de leurs familles, qu'on
arrête de les manipuler pour les obliger à assumer des
responsabilités pour lesquelles elles sont incapables et qu'on
travaille à augmenter la capacité à assumer des responsabilités de
tout le monde.
- "Ah bien sûr c'est
malheureux qu'il y ait des gens qui ont du confort et pas
d'autres. Mais si on laissait tout le monde accéder au confort
ce ne serait plus possible..."
Tout d'abord, la majorité des
humains ne demandent pas à vivre dans l'opulence et l'oisiveté.
Ceux qui le font, ont *souvent* de gros problèmes : ils sont
mangés par les angoisses, se droguent, leur vie familiale est un
échec, etc... Ensuite, même en supposant qu'il faille opérer une
sélection, pourquoi la pratique-t-on en choisissant les personnes
qui seront les plus inutiles, voire nuisibles, au reste de la
population ?
- "Les études consistent à
apprendre des choses ; on devient savant en apprenant des
cours. Tout le monde peut le faire, c'est une question de
bonne volonté et de travail..."
Il me parait évident que c'est
l'étude qui construit l'homme. Mais ce qui se fait dans les écoles
n'est pas de l'étude... Et prétendre que tous les humains sont
identiques est une injure première à l'humanisme.
- "Oui, il y a des corrompus,
des travaux inutiles... mais c'est une façon comme une autre
de redistribuer les richesses !"
Techniquement c'est exact mais ce
dont on ne tient pas compte est que cette façon de redistribuer
les richesses les détruit. Les ressources qui auraient dû servir à
construire des choses utiles, sont flambées pour permettre à
quelques escrocs d'en mettre 1% dans les poches, voire beaucoup
moins. Réciproquement, là où il serait absolument nécessaire de
"gaspiller" des ressources, par exemple pour permettre aux enfants
d'apprendre en expérimentant, ce qui implique beaucoup d'erreurs
et de pertes de matériaux, on refuse de façon indignée. Il n'y a
pourtant que cela qui puisse leur permettre d'acquérir de la
maturité, d'apprendre à discuter des erreurs et à s'organiser,
pour un coût en réalité très faible.
Le travail de certains politiciens consiste exclusivement à affirmer
que tout va bien et à clamer combien ils sont fiers de ceci ou de
cela. Cela fait un grand chpouf blanc d'antalgique sur la population
et tout le monde est apaisé ; il ne faut rien changer. Un mécanisme
plus construit est : "nous avons enquêté ! Il en apparaît que tout
va bien. Enfin c'est à dire... nous avons tout de même trouvé un
petit quelque chose qui n'allait pas... mais il ne remet absolument
pas en question l'excellente sanité globale de notre édifice !"
La protection du système est de plus en plus sous-traitée à des
professionnels. C'est comme pour les opérations militaires : le sale
travail est confié à des entreprises privées. Si vous avez le
budget, une entreprise spécialisée peut vous monter une opération de
charme, vous créer une image, réaliser votre communication... Votre
activité peut presque se résumer à réunir des fonds pour payer le
marketing, qui vous permettra de vous asseoir sur encore plus de
fonds, donc de payer un marketing encore plus imposant, et ainsi de
suite. Tout est virtuel et vous n'avez plus à rendre aucun service
utile à la société. Il suffit de persuader la population que vous
êtes elle, qu'elle est vous et que vous permettez la réalisation de
ses aspirations les plus profondes. La question sous-jacente est :
combien de temps encore ces agences de sécurité et de marketing
vont-elles prendre la peine de passer par des intermédiaires pour
réunir les fonds ? Un jour elles auront les moyens de prendre le
contrôle direct de la population.
On peut aussi comparer avec ces sectes qui recrutent sur Internet.
On s'étonne qu'elles réussissent à amener des personnes à leur
donner toutes leurs économies... Leur méthode de base est pourtant
simple. Sans utiliser le moindre produit chimique, elles réussissent
à avoir le même effet qu'un rail de cocaïne. Par exemple elles vous
font passer des tests psychotechniques et vous affirment qu'il en
apparaît que vous êtes un génie, très au dessus de la moyenne. Vous
qui aviez toujours été méprisé, soudain c'est la révélation ! Les
personnes faibles vont payer toujours plus, pour passer d'autres
épreuves qui mènent les personnes de la secte à leur procurer ce
kick, cette reconnaissance, ce sentiment d'être compris et
apprécié... Le système d'état procède d'une façon similaire, en
sélectionnant les individus qui ont les personnalités appropriées et
en leur ouvrant "la voie du succès". C'en est au point que toute
critique professionnelle leur est évitée. Un notaire ou un dentiste
ne peut pas prendre son téléphone pour signaler à un confrère qu'il
a fait une bêtise. Parce que le confrère doit conserver ce sentiment
de surfer de succès en succès. Dans les cas graves, vous pouvez
déposer plainte... mais le processus de la justice a été rendu très
lent, très dur, très long... et servira essentiellement à alimenter
le sentiment de succès continu de deux avocats...
Peu ou prou, presque personne n'a une vue cohérente du système et
tout le monde le défend. Certains privilégiés sont entièrement
protégés et avalent la propagande sans broncher... D'autres peuvent
constater la stupidité de leurs chefs et les aberrations comptables
mais croient avoir eu de la malchance et que le reste du pays n'est
pas ainsi... Encore d'autres croient que le système est gouverné par
la crapule, pour la crapule. Que l'on chante les louanges du système
ou que l'on ait acquis le réflexe de se terrer à un endroit où les
coups sont moins douloureux, dans tous les cas on évitera d'y
changer quelque chose.
Le nœud de l'erreur est de croire que le système sait ce qu'il fait,
qu'il est consciemment malhonnête, voire qu'il a quelques sombres
desseins de nuire à l'humanité. Par exemple on s'étonne du nombre de
personnes dans la population américaine qui croient que le 11
septembre est un complot américain. On s'étonne du manque de
confiance des individus dans leur gouvernement... Je crois qu'il
faut en avoir la lecture inverse : les gens *préfèrent* croire que
leur gouvernement a volontairement massacré 3.000 personnes, plutôt
que d'admettre qu'il n'a même pas été capable d'écouter l'agent du
FBI qui avait explicitement prévenu de ce qui allait se passer (et
qui avait donc été viré...) Plutôt croire au diable qu'à la
bêtise... Parce que si vos gouvernants sont insondablement bêtes,
alors réellement tout est perdu. Mieux vaut les croire corrompus,
parce qu'ils veilleront aux moins à leurs propres intérêts et il y
aura toujours bien quelque chose à en grappiller... Il suffit d'être
plus médiocre qu'eux...
Un mécanisme de base des sectes est qu'elles font croire qu'elles
ont des pouvoirs. En Corée du Nord, on croit que l'humeur du
dictateur influence la météorologie. Une amie m'a fait lire un
prospectus d'une secte, qui expliquait que son leader avait
déclenché le réchauffement planétaire par la force de son esprit,
pour augmenter les rendements agricoles afin que l'on puisse
continuer à nourrir les habitants de la planète. Elle en était très
émue. Le pouvoir de ces sectes sur la météorologie est nul... mais
le pouvoir que ces croyances leur donnent sur leurs ouailles est
grand. Cela fonctionne comme les bulles financières : il vous suffit
d'avoir un million de dollars pour pouvoir prétendre en contrôler
cent millions. Il existe beaucoup d'organisations qui ont une
certaine puissance... mais la perception de cette puissance par le
public est fortement exagérée. C'est cette exagération qui est la
source réelle de leur puissance. Les personnes qui prétendent
dénoncer la trop grande puissance de ces organisations... ne font en
réalité que contribuer à l'instaurer. L'extrême est cette croyance
selon laquelle il y a un grand complot d'asservissement de l'espèce
humaine, coordonné par un petit groupe de personnes ultra-riches.
L'asservissement de l'humanité me semble être un risque concret...
mais à mon sens les croyances en sont le premier véhicule. Nous nous
inventons collectivement un Big Brother. Le pouvoir de chacun
dépendra de sa capacité à faire croire aux autres qu'il en est plus
proche.
Eric Brasseur - 28 janvier 2012