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La polymérisation des crétins





"Il ne faut pas chercher de la malice là où la bêtise suffit pour expliquer les choses."


Un peu tout le monde s'entend pour dire que l'humanité est malade, que des groupes de diverses natures rongent tout... Je crois qu'il y a une erreur fondamentale dans ce point de vue et qu'elle contribue à empêcher la solution des problèmes. En diabolisant ces groupes, on leur prête une intelligence. On croit qu'ils savent ce qu'ils font et que leur pouvoir est grand. Rien n'est plus faux et leur pouvoir ne tient justement qu'à cette croyance...

Un cas d'école est "l'étude de Tuskegee de la syphilis". Une organisation a été montée en 1932 aux USA pour étudier la progression de la syphilis dans les milieux noirs américains pauvres. À l'époque, la syphilis était virtuellement incurable, comme aujourd'hui le SIDA. 600 noirs américains ont été suivis, dont les deux tiers au départ étaient atteints de la syphilis. La Seconde Guerre Mondiale a eu lieu... et la découverte du puissant effet antibiotique de la pénicilline. Vers la fin des années 1940, la pénicilline était reconnue comme remède contre la syphilis. Les personnes suivies par cette organisation auraient dû être parmi les premières à en bénéficier, d'autant que cette organisation comportait plusieurs médecins... Hé bien non. Ce n'est qu'en 1972, qu'une personne s'est offusquée de la situation et a dénoncé l'affaire à la presse. Alors seulement les personnes ont reçu le traitement pour guérir leur syphilis. Et l'organisation a été dissoute. Quel est le mobile ? Simplement garder son emploi, son statut... On ne touche à rien, les choses sont bien comme elles sont... Il y a un mépris tacite pour les victimes, qui se voit notamment à la façon dont on leur présente les choses. Un examen devait par exemple être pratiqué pour établir la progression de la maladie. On leur a proposé cet examen comme étant une tentative de remède ; "nous allons tenter tout ce que nous pouvons pour vous guérir !"

Nous avons un enjeu ; la syphilis, et la formation d'une organisation pour gérer cet enjeu. Ensuite, même si l'enjeu disparaît, l'organisation va veiller à survivre, si besoin au détriment de ceux qu'elle prétend protéger.

L'industrie du nucléaire est un exemple lourd. Elle a été fondée dans les années 1940 par les esprits les plus brillants de leur temps. Les promesses du nucléaire civil étaient fantastiques. On prévoyait que les véhicules à propulsion nucléaire auraient une autonomie illimitée. Plus besoin de pompes à essence... De grandes organisations ont été fondées pour contrôler et promouvoir le nucléaire... et ont rapidement dégénéré. Les vrais savants en ont été éjectés, c'est à dire les personnes capables d'esprit critique, d'adaptation et de recherche. Parce que, ces personnes sont une menace directe contre ces organisations. Le nucléaire était beaucoup plus dangereux que prévu et devait être restreint à des applications de niche, pour lesquelles il est justifié de faire les efforts de sécurité nécessaires. Une conséquence est que le danger des centrales nucléaires est toujours calculé en fonction des anciennes croyances. Donc par exemple, après des accidents comme Tchernobyl, on va permettre à des population de regagner des zones irradiées, sous prétexte que le niveau de radiations est acceptable. Les conséquences sont horribles, hideuses, tout particulièrement pour les enfants. Mais le travail des organisations *consiste* à refuser les analyses scientifiques de la situation. Désinformation, menaces... Des budgets marketing énormes sont investis pour maintenir la chimère gonflée et des scientifiques sont jetés en prison. En particulier, cela a pour conséquence que des modèles de centrales nucléaires considérablement moins dangereuses, n'ont jamais pu émerger. Des prototypes de telles centrales ont même été construits et ont prouvé leurs immenses avantages sur les anciens modèles. Par exemple les allemands ont expérimenté une centrale à base de billes de carbone contenant de l'uranium, qui a montré qu'elle ne divergeait pas, même en arrêt sec et sans l'action d'aucun dispositif de sécurité. Fantastique ! Mais inadmissible pour les organisations, parce que promouvoir ces centrales reviendrait à admettre le danger du nucléaire ou ferait passer les dividendes dans d'autres poches... Des vidéos sur YouTube :

GE Whistleblower Nuclear Physicist Jack Shannon  video 1  video 2  video 3  video 4  video 5

Experimental Animals - ( Why Atomic Vets Nix Nukes )  video

Ces organisations pratiquent le sacrifice humain. Les personnes atteinte de la syphilis qu'on ne soigne pas, les personnes que l'on autorise à regagner des sites contaminés par des déchets nucléaires... Ces sacrifices s'avèrent même nécessaires. Par exemple lors de la Première Guerre Mondiale, les états-majors étaient impuissants face à la situation des tranchées. L'opinion publique grondait... Alors les officiers supérieurs ont lancé de grandes opérations, dont même un stratège de l'antiquité aurait dit qu'elles étaient ineptes. Par exemple, les officiers sur le terrain n'avaient aucune instruction pour le cas où ils réussiraient effectivement à enfoncer les lignes ennemies. Donc l'ennemi trouvait toujours un moyen de les refouler... Les dizaines de milliers, puis les centaines de milliers de morts de chacune de ces opérations, ont servi à maintenir le train de vie de ces brillants stratèges. "Bon Dieu, 300.000 hommes viennent de mourir à Verdun, qu'est-ce qu'il vous faut de plus ?!" Sur le terrain, les soldats étaient parfaitement conscients des absurdités par lesquelles on les sacrifiait. Cela a mené aux désertions et aux révoltes. La France a été le premier belligérant à accepter d'entendre les critiques des soldats et c'est ce qui lui a permis de gagner la guerre (après avoir fait fusiller ceux qui avaient les critiques les plus construites...)

On qualifie ces organisations des noms d'oiseaux les plus durs : salauds, crapules, ordures... Mais ce n'est pas du tout ainsi que les membres de ces organisations voient les choses. Tout au contraire, ils se considèrent comme des victimes. Ils se sentent menacés et agissent par légitime défense. Un bon exemple sont les nouvelles implantations d'antennes-relais GSM. Avant, les antennes étaient placées là où il était logique de les mettre, c'est à dire sur les toits d'immeubles élevés. Mais le public a réagi à la vue de ces antennes et a agressé les opérateurs. Alors maintenant on place les antennes à l'intérieur des immeubles, par exemple dans appartements qui sont loués pour cela. L'antenne est placée derrière une fenêtre, masquée par une tenture. On ne les voit plus, donc il n'y a plus de problème... Mais comme ces antennes sont sous le niveau des toits, elles doivent émettre avec beaucoup plus de puissance pour une même portée. On les fait donc émettre à la puissance maximale possible, ce qui amène tous les logements des environs à être irradiés au maximum permis par les normes, qui elles-mêmes sont fantaisistes. L'opérateur qui fait cela, ne se définit pas comme une ordure mais comme une pauvre victime de persécutions, bien obligée de faire le nécessaire.

La téléphonie mobile illustre très bien un autre aspect de la question : la croyance selon laquelle on doit en accepter les épines puisqu'on ne peut pas s'en passer. "Ah c'est dommage toutes ces personnes électrosensibles qui souffrent... et oui peut-être que cela augmente les problèmes de santé dans toute la population... mais bon, on ne peut pas s'en passer..." Exactement la même infrastructure de téléphonie mobile pourrait exister, avec le même nombre de possesseurs de téléphones mobiles et téléphonant au même rythme, tout en ayant une pollution radio 100 ou 1.000 fois inférieure. Pour cela il faudrait placer les antennes à des endroits différents, utiliser des antennes plus nombreuses et plus focalisantes... Le coût de la chose serait un peu plus élevé mais cela ne présente pas un problème. Il suffirait de le vouloir... ou de bien vouloir l'imposer.

L'affirmation "on ne peut pas s'en passer" peut être poussée à son extrême et devient alors "sans nous vous allez crever".

Les téléphones mobiles utilisent une technologie radio archaïque, développée dans les années '70 et '80. Pour des personnes du métier, il a toujours été évident qu'on ne peut pas plaquer un émetteur radio de deux Watt contre la tête des gens. Comment est-il possible que des institutions démocratiques acceptent ce système et de surcroît ne demandent même pas qu'il soit implémenté d'une façon moins polluante ? Interrogé, le public invoque souvent une corruption massive des décideurs. L'industrie des télécommunications est richissime, elle peut tout se permettre... Il existe aussi des explications plus exotiques, comme une volonté délibérée d'irradier la population pour saborder ses capacités cérébrales et prévenir toute révolte. Mon impression des choses est beaucoup plus terre à terre. Je crois que dans leur majorité les élus ne savent simplement pas quoi penser de la situation. Ils entendent des avis contradictoires... Alors ils vont se référer à l'avis qu'ils ont *envie* d'entendre. Cet avis est tout simple : "tout va bien !" Ouf... tout va bien ! Il y aura toujours bien un fantaisiste ou pseudo-scientifique quelconque, mais diplômé, pour prétendre de bonne foi que tout va bien. C'est lui qu'on va applaudir et qu'on invitera la prochaine fois. On le nomme expert officiel. Quant aux avis contraires... ils maintiennent une sorte de pression sur le public qui n'est pas faite pour déplaire. Elle montre qu'on a besoin des élus, qui veillent, qui intercèdent auprès des opérateurs... On fait des normes, des débats, des publications... en tournant toujours autour de "il n'y a pas de problème ! Quoique... mais ne vous en faites pas nous surveillons tout ça !" Je crois qu'une grande erreur est de croire que l'industrie elle-même fonctionne de façon différente. Elle est certes encore mieux anesthésiée par le flux massif de pognon... mais essentiellement elle carbure à la même morphine que les politiciens : les messieurs qui disent que tout va bien.

L'exemple qui m'a fait le plus mal sont les deux accidents des navettes spatiales américaines. On aurait pu croire que la NASA était à l'abri de la polymérisation... Les discours politiques ont bien sûr clamé que la Conquête de l'Espace n'est pas sans risque et que ces 14 astronautes ont donné leurs vies pour la Science. Sublime sacrifice de nos plus jolies princesses... Dans la réalité, Challenger a été lancée alors que la température était inférieure à ce qui était permis pour les boosters. Les ingénieurs se sont démenés comme des diables pour empêcher le lancement mais les polymérisés l'ont emporté. Il fallait que la navette soit en orbite quand le Président Reagan allait prononcer un discours à la télévision... C'était donc un enjeu national. Mais dans la tête des polymérisés, la raison pour laquelle il ne pouvait pas y avoir d'accident, est également nationaliste. La Navette Spatiale est un concentré de jus de bannière étoilée ! Le suc le plus pur de l'américanisme flamboyant ne peut pas dysfonctionner ! Prétendre le contraire mérite de passer devant peloton d'exécution, du moins d'être viré. Les polymérisés affirmaient que le risque d'échec d'un lancement de navette était de un sur un million, autant dire impossible. Les enquêtes ont au contraire révélé que plusieurs lancements de navettes étaient déjà passés à deux doigts de la catastrophe, pour des raisons chaque fois différentes. Il existe des règles clairement définies pour qu'un lanceur spatial minimise le risque que courent ses passagers. La Navette Spatiale est un monument de technologie mais... a été dispensée de suivre ces règles ! Parce qu'elle était un enjeu national, parce qu'elle a coûté une somme immonde au contribuable américain... Parce que le sacrifice permet le sacrifice, qui justifie le sacrifice...

Le mythe de la crapule psychopathe a la vie dure. Même la majorité des nazis n'étaient pas des psychopathes. Mais Hitler avait réussi dès le départ à former une organisation dont les membres allaient se préoccuper de garantir leur train de vie. Pour les personnes capables de percevoir les conséquences du nazisme et assez volontaires pour le dire, le camp de torture de Kemna avait été mis en place dès sa montée au pouvoir.

J'ai eu l'occasion de tailler le bout de gras avec des personnes instruites qui ont choisi de vivre de l'escroquerie institutionnalisée en Belgique. Elles aussi, sont absolument normales... Elles ont une famille, ont fait des études et ont eu une carrière professionnelle avant de faire leur choix. Leur parcours est un peu toujours le même. Elles ont commencé par se rendre compte qu'on ne peut pas travailler ou faire des affaires sans tricher. Pour obtenir un document administratif auquel vous avez droit, il faut corrompre un fonctionnaire... Pour obtenir le poste pour lequel vous êtes le meilleur candidat, il faut des relations... Elles finissent par se rendre compte du fait qu'il n'est pas nécessaire de remplir un quelconque rôle utile dans la société. Il faut faire semblant d'avoir une utilité... mais ce qui rapporte est le fait de tricher et non le fait d'être utile. Mais surtout, ces personnes se rendent compte du fait qu'être honnêtes ne leur vaudra aucune considération ni aucun soutien de la population. Des politiciens réputés pour leurs magouilles sont réélus avec des scores de dictateurs sud-américain. Mes conversations avec ces personnes finissent toujours par tourner autour de cela : le désespoir face à la nocivité intrinsèque "de la populace". Je leur prétend que les gens sont ainsi parce qu'il n'y a pas de véritable système d'enseignement et parce qu'il n'y a pas de presse libre, mais qu'un monde où les gens prennent leurs responsabilités est possible. Ils m'écoutent un peu rêveurs mais me font remarquer que cela n'arrivera pas avant longtemps, en tout cas pas de leur vivant ni probablement du vivant de leurs enfants.

In fine, tout revient à la "bêtise" de la population. Elle gobe la propagande des organisations... Par peur et par intérêt primaire, elle accepte les situations. Les gens ne sont simplement pas capables de réfléchir aux conséquences des choses. Par exemple une personne m'a dit que les téléphones mobiles ne sont pas dangereux pour les enfants *parce que* elle laisse son gosse téléphoner avec son téléphone mobile.

Mais "les gens" que je rencontre sont souvent parfaitement capables de raisonner. Le problème est plutôt qu'ils n'ont aucun moyen pour s'organiser. Les organismes dits de "défense du consommateur" ou de "défense du travailleur" sont eux-mêmes des organisations polymérisées, où on ne fait plus que jouer à un jeu interne et veiller à sa survie. L'enseignement lui-même est chapeauté par des personnes beaucoup moins intellectuellement capables qu'une bonne partie de la population.

Deux de mes amis ont, l'un un chat et l'autre un chien, qui "parlent". Ces deux animaux sont passionnés par les êtres humains... Ils regardent épatés ce que font leurs maîtres et ont une grande fierté à se faire cajoler par eux. En particulier, ils mettent un point d'honneur à "parler" comme les humains. Ils émettent une sorte de chuintement mi-miaulé, mi-articulé "aïoumichkwioumiamichk..." Cela correspond à ce qu'eux-mêmes perçoivent quand ils entendent un humain parler, puisqu'ils ne décodent pas le langage. L'enseignement procède de la même logique, en ce sens que les personnes qui l'organisent ne sont pas capables de percevoir les finalités et les modes de fonctionnement des choses qui sont enseignées. On force constamment les enfants à se comporter comme des savants, en les obligeant à répéter par cœur ce qui semble savant.

J'ai "la chance" d'habiter dans une région où l'entièreté du système d'état est conçu sur le principe de la polymérisation. J'ai fait de nombreux textes pour en exposer les conséquences... J'en tire à présent la conclusion que, dans la majorité des cas, les refus de droit, spoliations et autres découpes gratuites de parties de corps humain, n'étaient pas le fait de l’appât du gain ou de la volonté de nuire. Le manque d'aptitude professionnelle est cuisant... mais il n'est pas non plus l'origine du problème, il n'en est qu'une conséquence. La base du problème est l'immaturité. On n'apprend simplement pas aux enfants comment fonctionne le sens des responsabilités. Dans son ensemble, le système est conçu pour protéger les immatures qui ont du pouvoir. La région vivote grâce à certaines industries qui se sont installées sans se faire remarquer. Le "système" consiste à sucer un maximum des revenus générés par ces maigres choses et à redistribuer ce pactole de la façon la plus abjecte possible. Par exemple tout les quelques temps on parle du fait que la région va démarrer son miracle économique. À un moment donné, on a dit que ce serait la micro-électronique. Un ami qui est dans le métier m'a raconté comment cela s'est passé. Des personnalités avaient fait un grand discours très médiatisé pour dire que l'avenir était dans la micro-électronique. Alors des escrocs internationaux se sont présentés à la Région Wallonne et ont dit "bonjour, nous sommes la micro-électronique !" On leur a déroulé le tapis rouge et débloqué des fonds. Il y en avait pour des centaines des millions de francs belges... Un parc industriel a été fondé. Quelques temps plus tard, n'ayant plus de nouvelles, la Région Wallonne est allée voir ce qui se passait. Ils ont trouvé des immeubles vides, gardés par un concierge. Toutes les machines pour lesquelles la Région avait payé avaient simplement été revendues, en Chine, en Russie... On ne parle jamais de cela dans les journaux. Un ami journaliste m'a décrit pourquoi, dans le cadre d'un autre autodafé de billets de banque : les galeries routières sous Liège. Une somme colossale a été dépensée pour établir un réseau pour les bus sous Liège, le nœud devant être la Place Saint-Lambert. Le jour de l'inauguration, une armée de journalistes était présente, avec caméras et appareils photo. En fanfare un bus a démarré et s'est dirigé vers un tunnel du réseau... et s'est encastré, parce que le plafond du tunnel était trop bas. L'ensemble du réseau était inutilisable pour faire passer des bus. Aussitôt des gros bras sont passés parmi les journalistes et ont saisi les pellicules et les bandes vidéo...

C'est un système fait par les immatures, pour les immatures, et qui génère des immatures. Les escrocs qui bâfrent dans ce cancer en ébullition ne sont qu'un épiphénomène. C'est comme une infection bactérienne qui empire les choses quand vous avez le cancer. Elle n'est pas le problème... Et le traitement aux antibiotiques peut vous affaiblir et favoriser encore la progression du cancer...

La maladie est auto-immune : vous ne pouvez pas la faire comprendre aux autorités... parce qu'elles n'en ont pas les moyens intellectuels. Si vous insistez, on en déduira que vous êtes fâché. Si vous insistez encore, c'est peut-être que vous êtes quelqu'un de méchant... Le système se maintient de façon active. L'enseignement favorise ceux qui abordent un métier sans rien y comprendre tout en excellant dans l'art théâtral d'être de ce métier. On ramène un maximum de personnes vers cet état d'incompétence. Ceux qui ne veulent pas jouer le jeu sont éjectés.

Plusieurs superstitions protègent le système :

On ne comprend pas que "les gens" dont on parle, ne comprennent justement rien du tout. C'est une des choses les plus difficiles à comprendre pour une personne intelligente : le fait que d'autres personnes ne comprennent absolument rien.

On affirme par là que vivre sans dignité est inéluctable, que le mieux qui puisse arriver à ces personnes est de vivre dans le mensonge en broyant des vies sous elles... J'ai plutôt l'impression de prôner qu'on arrête de les assommer de travaux inutiles qui ravagent la planète, qu'on leur rende le temps nécessaire pour s'occuper de leurs familles, qu'on arrête de les manipuler pour les obliger à assumer des responsabilités pour lesquelles elles sont incapables et qu'on travaille à augmenter la capacité à assumer des responsabilités de tout le monde.

Tout d'abord, la majorité des humains ne demandent pas à vivre dans l'opulence et l'oisiveté. Ceux qui le font, ont *souvent* de gros problèmes : ils sont mangés par les angoisses, se droguent, leur vie familiale est un échec, etc... Ensuite, même en supposant qu'il faille opérer une sélection, pourquoi la pratique-t-on en choisissant les personnes qui seront les plus inutiles, voire nuisibles, au reste de la population ?

Il me parait évident que c'est l'étude qui construit l'homme. Mais ce qui se fait dans les écoles n'est pas de l'étude... Et prétendre que tous les humains sont identiques est une injure première à l'humanisme.

Techniquement c'est exact mais ce dont on ne tient pas compte est que cette façon de redistribuer les richesses les détruit. Les ressources qui auraient dû servir à construire des choses utiles, sont flambées pour permettre à quelques escrocs d'en mettre 1% dans les poches, voire beaucoup moins. Réciproquement, là où il serait absolument nécessaire de "gaspiller" des ressources, par exemple pour permettre aux enfants d'apprendre en expérimentant, ce qui implique beaucoup d'erreurs et de pertes de matériaux, on refuse de façon indignée. Il n'y a pourtant que cela qui puisse leur permettre d'acquérir de la maturité, d'apprendre à discuter des erreurs et à s'organiser, pour un coût en réalité très faible.


Le travail de certains politiciens consiste exclusivement à affirmer que tout va bien et à clamer combien ils sont fiers de ceci ou de cela. Cela fait un grand chpouf blanc d'antalgique sur la population et tout le monde est apaisé ; il ne faut rien changer. Un mécanisme plus construit est : "nous avons enquêté ! Il en apparaît que tout va bien. Enfin c'est à dire... nous avons tout de même trouvé un petit quelque chose qui n'allait pas... mais il ne remet absolument pas en question l'excellente sanité globale de notre édifice !"

La protection du système est de plus en plus sous-traitée à des professionnels. C'est comme pour les opérations militaires : le sale travail est confié à des entreprises privées. Si vous avez le budget, une entreprise spécialisée peut vous monter une opération de charme, vous créer une image, réaliser votre communication... Votre activité peut presque se résumer à réunir des fonds pour payer le marketing, qui vous permettra de vous asseoir sur encore plus de fonds, donc de payer un marketing encore plus imposant, et ainsi de suite. Tout est virtuel et vous n'avez plus à rendre aucun service utile à la société. Il suffit de persuader la population que vous êtes elle, qu'elle est vous et que vous permettez la réalisation de ses aspirations les plus profondes. La question sous-jacente est : combien de temps encore ces agences de sécurité et de marketing vont-elles prendre la peine de passer par des intermédiaires pour réunir les fonds ? Un jour elles auront les moyens de prendre le contrôle direct de la population.

On peut aussi comparer avec ces sectes qui recrutent sur Internet. On s'étonne qu'elles réussissent à amener des personnes à leur donner toutes leurs économies... Leur méthode de base est pourtant simple. Sans utiliser le moindre produit chimique, elles réussissent à avoir le même effet qu'un rail de cocaïne. Par exemple elles vous font passer des tests psychotechniques et vous affirment qu'il en apparaît que vous êtes un génie, très au dessus de la moyenne. Vous qui aviez toujours été méprisé, soudain c'est la révélation ! Les personnes faibles vont payer toujours plus, pour passer d'autres épreuves qui mènent les personnes de la secte à leur procurer ce kick, cette reconnaissance, ce sentiment d'être compris et apprécié... Le système d'état procède d'une façon similaire, en sélectionnant les individus qui ont les personnalités appropriées et en leur ouvrant "la voie du succès". C'en est au point que toute critique professionnelle leur est évitée. Un notaire ou un dentiste ne peut pas prendre son téléphone pour signaler à un confrère qu'il a fait une bêtise. Parce que le confrère doit conserver ce sentiment de surfer de succès en succès. Dans les cas graves, vous pouvez déposer plainte... mais le processus de la justice a été rendu très lent, très dur, très long... et servira essentiellement à alimenter le sentiment de succès continu de deux avocats...

Peu ou prou, presque personne n'a une vue cohérente du système et tout le monde le défend. Certains privilégiés sont entièrement protégés et avalent la propagande sans broncher... D'autres peuvent constater la stupidité de leurs chefs et les aberrations comptables mais croient avoir eu de la malchance et que le reste du pays n'est pas ainsi... Encore d'autres croient que le système est gouverné par la crapule, pour la crapule. Que l'on chante les louanges du système ou que l'on ait acquis le réflexe de se terrer à un endroit où les coups sont moins douloureux, dans tous les cas on évitera d'y changer quelque chose.

Le nœud de l'erreur est de croire que le système sait ce qu'il fait, qu'il est consciemment malhonnête, voire qu'il a quelques sombres desseins de nuire à l'humanité. Par exemple on s'étonne du nombre de personnes dans la population américaine qui croient que le 11 septembre est un complot américain. On s'étonne du manque de confiance des individus dans leur gouvernement... Je crois qu'il faut en avoir la lecture inverse : les gens *préfèrent* croire que leur gouvernement a volontairement massacré 3.000 personnes, plutôt que d'admettre qu'il n'a même pas été capable d'écouter l'agent du FBI qui avait explicitement prévenu de ce qui allait se passer (et qui avait donc été viré...) Plutôt croire au diable qu'à la bêtise... Parce que si vos gouvernants sont insondablement bêtes, alors réellement tout est perdu. Mieux vaut les croire corrompus, parce qu'ils veilleront aux moins à leurs propres intérêts et il y aura toujours bien quelque chose à en grappiller... Il suffit d'être plus médiocre qu'eux...

Un mécanisme de base des sectes est qu'elles font croire qu'elles ont des pouvoirs. En Corée du Nord, on croit que l'humeur du dictateur influence la météorologie. Une amie m'a fait lire un prospectus d'une secte, qui expliquait que son leader avait déclenché le réchauffement planétaire par la force de son esprit, pour augmenter les rendements agricoles afin que l'on puisse continuer à nourrir les habitants de la planète. Elle en était très émue. Le pouvoir de ces sectes sur la météorologie est nul... mais le pouvoir que ces croyances leur donnent sur leurs ouailles est grand. Cela fonctionne comme les bulles financières : il vous suffit d'avoir un million de dollars pour pouvoir prétendre en contrôler cent millions. Il existe beaucoup d'organisations qui ont une certaine puissance... mais la perception de cette puissance par le public est fortement exagérée. C'est cette exagération qui est la source réelle de leur puissance. Les personnes qui prétendent dénoncer la trop grande puissance de ces organisations... ne font en réalité que contribuer à l'instaurer. L'extrême est cette croyance selon laquelle il y a un grand complot d'asservissement de l'espèce humaine, coordonné par un petit groupe de personnes ultra-riches. L'asservissement de l'humanité me semble être un risque concret... mais à mon sens les croyances en sont le premier véhicule. Nous nous inventons collectivement un Big Brother. Le pouvoir de chacun dépendra de sa capacité à faire croire aux autres qu'il en est plus proche.



Eric Brasseur  -  28 janvier 2012