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ONEM






L'ONEM est l'administration belge chargée de la répression du chômage. J'entends trop souvent que le dossier d'un chômeur a été traité de façon arbitraire.

L'anecdote la plus simple vient d'une personne âgée et alcoolique. Elle a travaillé deux ans sans interruption... depuis quelques mois elle n'a réussi à trouver que des petits boulots et elle émarge donc au chômage. Elle reçoit une convocation de l'ONEM... Elle se présenté, en ayant emporté tous les documents demandés et quelques autres. La dame de l'ONEM lui demande de présenter une certaine carte... Il ne l'a pas sur lui... Il ne se souvenait même pas que cette carte existe et elle n'était pas dans la liste des documents demandés... La dame se fâche, refuse de traiter son dossier et le condamne à quatre mois de retrait des allocations. Cela m'a rappelé le Congo... Tous les quelques mois les autorités inventaient une nouvelle carte pour les véhicules. Carte bleue de permis de stationnement, carte jaune de taxe communale, carte rose d'autorisation de chargement... Aux contrôles, les policiers demandaient l'une après l'autre toutes les cartes. Si une carte manquait... c'était l'amende. Si on voulait éviter de passer un quart d'heure à montrer toutes les cartes... il fallait payer un bakchich. Time is money...

Tout à l'opposé, un ami très sûr de lui, un physique à la James Bond, se présenté à l'ONEM et explique son cas. Son outil de travail vient d'être détruit par un accident idiot... Il explique le problème à la dame. Elle ne comprend pas... Chaque fois qu'elle émet une objection, mon ami sort de sa mallette le document nécessaire et lui explique posément les choses. Elle ne comprend rien... Mon ami ne se fâche pas mais ré-explique plusieurs fois et appuie ses mots. Un vigile entend qu'il y a une tension et se rapproche... Au moment où mon ami sort un n-ième document de preuve, la dame explose : "c'est est trop ! Je vous suspend d'allocations pour 4 mois ! L'entretient est clos !" Et elle s'en va. Mon ami reste assis... Le vigile lui demande de partir... il refuse. Quand le vigile va le toucher, mon ami lui explique qu'étant vigile et non policier, il n'a pas le droit de faire cela. Le vigile lui demande ce qui va l'en empêcher... Mon ami lui explique la procédure à suivre dans ce cas, où et en combien d'exemplaire il devra déposer plainte. Le vigile recule... et parlemente ; il suggère à mon ami de demander à voir un supérieur de la dame... pour cela il doit demander une entrevue à l'accueil. L'accueil se trouvant juste à côté de la sortie du bâtiment... mon ami refuse. Une demie heure plus tard une autre dame arrive et tente d'obtenir que mon ami parte. Il refuse, "tant qu'on ne lui aura pas expliqué le comportement de la dame." Elle finit par poser des questions sur le dossier... Il lui explique tout... Elle demande des photocopies... Une quatrième personne part les faire, en revenant elle donne aimablement les copies à la dame et puis jette les originaux sur la table devant mon ami. La dame propose que rien ne sera décidé dans l'immédiat, le temps de tout examiner. Mon ami accepte, serre la main à tout le monde et part. À la sortie, une personne frappe dans ses mains pour l'applaudir. Il apprend qu'on a été à deux doigts de faire venir la police. Deux semaines plus tard il reçoit la réponse : son dossier est excellent, il est considéré comme un demandeur d'emploi modèle et ne devra pas se représenter à l'ONEM avant plus d'un an...

On pourrait se demander s'il y a un mot d'ordre pour être inhumain avec les chômeurs pour les forcer à travailler. Je ne crois même pas... On pousse certainement les fonctionnaires au rendement mais je crois que la bêtise et l'incompétence sont la véritable source des problèmes. Par exemple, un ami a un handicap et demande à l'ONEM de pouvoir disposer d'un registre de commerce à titre complémentaire. Il a du travail, à condition d'avoir ce registre de commerce. L'ONEM refuse... On lui demande juste de venir présenter ses preuves de demande d'emploi. Il explique chaque fois qu'aucun employeur ne veut le prendre, à cause de son handicap, que cette démarche n'a pas de sens... On lui répond que cela n'a pas d'importance, tant qu'il présente des lettres de demandes d'emploi et leurs réponses négatives. Les lettres de demande d'emploi... à présent même les syndicats vous expliquent comment accumuler ces lettres, de façon parfaitement bidon.

Au FOREM, qui est un organisme en principe chargé d'aider les chômeurs, la dame qui traitait mon dossier m'a essentiellement expliqué que je n'avais qu'à faire comme elle : me trouver une planque où je touche un salaire sans faire grand-chose. Comme je n'avais pas l'air d'adhérer, elle m'a énuméré les menaces qui me pendaient au dessus de la tête. Elle en tirait une jouissance manifeste. Je connais une personne qui est contente et même enchantée des services de l'ONEM... mais pas une deuxième. L'anecdote la plus "amusante" vient d'une amie qui est agrégée en Histoire. Le FOREM l'a envoyée suivre des cours d'alphabétisation...

Cet édifice administratif est dysfonctionnel. Il faut le supprimer. J'entends trop souvent des personnes dire qu'elles ne peuvent pas prendre le risque de travailler, par peur des réactions de l'ONEM. Ou des personnes qui font le calcul que si elles travaillent elles ne pourront plus nourrir leur famille...

Une initiative récente est que si un chômeur a fait un travail donné, il ne peut pas refuser un travail du même type qui lui serait proposé. On voit bien que les personnes qui ont pondu ce règlement n'ont jamais travaillé... Un travail qui convient parfaitement à une personne, peut en détruire une autre. Une conséquence de cette mesure est que vous ne pouvez plus prendre un travail juste pour dépanner ou pour apprendre. Vous seriez automatiquement condamné à accepter tout travail de la même nature.

Quand une administration va aussi massivement à l'encontre des intérêts du pays, il faut la supprimer. Je ne vois qu'une solution : instaurer l'allocation universelle. Et inscrire dans la constitution que les administrations ne peuvent pas empêcher un individu de prendre un travail, à moins que ce ne soit une profession protégée bien sûr. Cela demandera une réécriture radicales des lois et une refonte des administrations, une suppression des administrations dans beaucoup de cas. Avant de forcer les gens à travailler, il faudrait peut-être d'abord penser à les autoriser à travailler... Dépénaliser le travail... L'allocation universelle permettrait de mettre enfin en place le système de justice sociale dont l'état belge se vante. Elle abolirait les gradations administratives entre riches et pauvres, puisque tout le monde payerait des impôts de riche. Tout travail qui se présenterait, pourrait être pris en confiance et rapporterait immédiatement quelque chose à l'intéressé. Le système actuel est pensé par des personnes qui n'ont aucun souci financier. Dans la vie elles peuvent se permettre d'attendre que les opportunités se présentent. Cela n'a rien à voir avec la survie des plus pauvres, qui cherchent parfois un travail le matin pour pouvoir manger le soir.

Réciproquement, on pourrait mettre en place de véritables inspections du travail. Pour le moment elles relèvent plutôt de la sombre farce. Une amie a travaillé au noir dans le domaine de la restauration. Elle était exploitée et maltraitée. Les inspecteurs du travail connaissent parfaitement ces situations mais font le nécessaire pour ne pas passer aux heures où ils peuvent surprendre les tricheurs. Sauf si on leur donne instruction de surprendre un tricheur en particulier...



Un ami a travaillé pendant de nombreuses années. Il fait soudain une dépression nerveuse, à cause de harcellement au travail. Il quitte son emploi sans être licencié... Le syndicat n'a rien fait pour lui quand il était harcelé. Comme il a quitté son emploi sans être licencié dans les forme, il n'a pas droit au chômage. Il survit avec une aide du CPAS... Il a fait toute les démarches administratives qu'on lui a renseignées... À présent on lui dit qu'on va le saigner, parce qu'il a commis la faute très grave de ne pas se réinscrire au Forem endéans les 8 jours. Il a quitté son travail il y a trois semaines... Deux semaines de retard pour se réinscrire au Forem ne me semble pas très grave... On lui promet pourtant qu'il va écopper d'un supplément de suspension du chômage. Pourquoi ne s'est-il pas réinscrit tout de suite au Forem ? Parce que le syndicat ne le lui a pas dit. Il a fait tout ce que le syndicat et d'autres administrations lui on dit... une chose manque alors on va le lyncher... Il a timidement rouspété auprès d'une personne du syndicat, parce qu'on ne lui avait pas dit une chose apparemment aussi importante. La réponse a été cinglante : "nul n'est sensé ignorer la loi !" S'il n'avait pas connaissance du fait qu'il devait se réinscrire, c'est parce qu'il a travaillé depuis des années et fait tout ce qu'il pouvait pour garder son emploi. Je connais bien cet ami. Il travaillait dans un home pour personnes âgées. Il était consciencieux dans son travail, débrouillard et manifestement préoccupé du bien être "de ses petits vieux". Il passait des heures à me raconter leur vie... Il finit par craquer, abandonné à lui-même par le syndicat. Cette personne, qui était consciencieuse au travail, se fait à présent injurier et charcuter par des fonctionnaires qui n'ont jamais travaillé. Il se fait fouetter comme un esclave. Comme un esclave, sa parole n'a aucune valeur. Tout cela par des parasites qui semblent écœurés à l'idée qu'il n'est plus en train de travailler pour payer leurs loisirs.



Les problèmes de l'ami susmentionné sont en train de se résoudre. Non pas grâce à son syndicat (FGTB) mais grâce à une personne de l'ONEM. Il est tombé par hasard sur une personne compétente... Elle lui a expliqué que dans un cas comme le sien, où la bonne foi est évidente, on ne procède pas à toutes les punitions qu'on lui a annoncées. Elle était désolée de la façon dont le syndicat et ses collègues de l'ONEM l'ont traité. Elle a demandé les dérogations nécessaires pour annuler les bêtises du syndicat et il devrait bientôt recevoir son chômage comme tout le monde. Il n'aurait en réalité même pas dû devoir s'adresser au CPAS...



Eric Brasseur  -  8 juillet 2010  au  19 septembre 2010