L'oligarchie liégeoise
Une oligarchie est une société gouvernée par un petit nombre de
personnes ou de familles ; les oligarques. C'est comme une dictature
mais avec plusieurs dictateurs, qui s'entendent plus ou moins entre
eux. Cela présente des "avantages" :
- Il n'y a pas d'interruption de pouvoir quand le dictateur
meurt.
- Chaque oligarque se spécialise dans une domaine et peut donc
en principe le gérer de façon plus compétente qu'un dictateur.
C'est un peu comme un gouvernement mais dont les membres n'ont
pas été élus ni n'ont été désignés par un souverain. Ils
s'imposent de facto et s'organisent entre eux.
Un point commun avec la dictature est que rien ne peut se faire sans
leur aval. Ils décident de tout et tout le monde apprend à faire les
choses comme ils le souhaitent.
Quand on a dit "dictature", on n'a encore rien dit, parce que cela
peut se décliner de façons différentes :
- Il existe des cas de dictateurs qui ont été plus ou moins
corrects ; qui ont géré le pays "en bon père de famille". Cela
ne dure pas longtemps et les manquements sont manifestes, mais,
la personne a fait preuve de sens des responsabilités et de
volonté de bien faire. C'est le cas par exemple de Napoléon III
ou de Salazar.
- Le dictateur "est" le pays. Toute agression contre le pays est
une agression personnelle du dictateur, et surtout : tout ce qui
est mauvais pour le dictateur est mauvais pour le pays, donc
toutes les ressources du pays doivent être mises à contribution
pour protéger le dictateur. L'exemple-type est Joseph Staline.
- Le dictateur "aspire" le pays. Il vole tout ce qu'il y a moyen
de voler. C'est le schéma standard du dictateur de pays du tiers
monde. Compte en banque en Suisse, police et services secrets
pour protéger les rouages de la corruption... une titanesque
pyramide d'aspiration et de destruction de tout et de n'importe
quoi, en direction du compte en banque du dictateur. Plus haut
vous vous trouvez dans la pyramide, plus goulu est le flux
d'argent dans lequel vous baignez.
- Le dictateur n'est pas concerné par le pays. C'est par exemple
un homme d'affaire, arrivé à la conclusion que pour avoir les
mains libres il doit prendre le contrôle du pays. Certains
pourraient être tentés de proposer Silvio Berlusconi comme
exemple.
Il existe nombre de cas particuliers... Par exemple au Gabon le
dictateur fait en sorte que le peuple bénéficie de soins de santé et
d'un système d'enseignement, parce qu'il y est contraint par les
compagnies pétrolières françaises.
La frontière entre dictature et oligarchie est floue. Des oligarques
peuvent mettre en place un homme de paille. Il est le dictateur
officiel du pays mais n'a en réalité aucun pouvoir. Il est la figure
médiatique du système et sera exécuté pour satisfaire une révolte
populaire...
Diverses maladies institutionnelles sont associées aux dictatures,
comme par exemple le népotisme : le fait de nommer aux postes à
responsabilités des membres de sa famille ou tout au moins des
personnes de son clan politique.
Liège est connue pour ses travaux inutiles. Par exemple la Ville
s'est lourdement endettée pour creuser des kilomètres de galeries
souterraines pour faire passer les bus. Les galeries étaient 20
centimètres trop basses alors les bus n'ont jamais pu passer. On a
saisi les bandes vidéo des journalistes qui ont filmé le bus qui
s'est encastré dans une galerie le jour de l'inauguration et puis
c'est tout. (On a continué à s'endetter pour des travaux mais à
présent on veille à ce qu'ils aient une valeur symbolique et surtout
aucune utilité, ainsi il n'y a plus de danger.) Il y a des petits
scandales aux pots-de-vins, divers trafics d'influence, du
blanchiment d'argent... Mais, cela ne suffit pas en soi pour
expliquer pourquoi la région est économiquement et socialement
sinistrée.
J'ai commencé à comprendre, en réalisant que je suis confronté à une
dictature du quatrième type. Un oligarque liégeois demande en fait
peu de choses : simplement qu'on lui fiche la paix dans ses petites
affaires. Pour l'un, ce sera vendre des dons de bienfaisance à son
profit. Pour un autre, ce sera de ne pas respecter les normes de
sécurité dans son entreprise. Par exemple, un ami délégué syndical a
voulu déposer plainte contre un oligarque, pour licenciement abusif
d'un employé. Le policier a refusé... De même vous n'arriverez
jamais à dénoncer les agissement d'un oligarque dans la presse
locale. Un journaliste lui aussi tient à sa place.
Le principe de Peter ("un employé recevra des promotions jusqu'à ce
qu'il atteigne le poste où il est incompétent") est important pour
comprendre l'oligarchie liégeoise. Les oligarques n'ont aucun
intérêt à ce que les postes à responsabilités soient occupés par des
personnes compétentes, qui seraient à même de les remettre en cause.
Il faut au contraire que les postes soient occupés par des personnes
en état de faiblesse, donc des incompétents, qui doivent leur
position aux oligarques et qui ne sont que trop heureux de pouvoir
se contenter de suivre les directives qu'ils leur donnent.
La situation est poussée à son extrême en ce sens que les écoles
supérieures tendent à former des "incompétents clé sur porte".
Pourquoi attendre le fil des promotions... allons droit au but.
La ville étouffe dans une administration pléthorique et alambiquée.
Les administrations sont le creuset au sein duquel naissent les
oligarchies. Ensuite l'oligarchie ajoute des couches et encore des
couches d'administration. Cela permet de tout bloquer, de tout
contrôler et de créer un vivier de personnes craintives et
redevables.
À la base, l'administration est une bonne chose. Elle est une
nécessité, dès qu'une société devient trop grande pour que tout le
monde puisse s'entendre avec tout le monde. Elle permet de
centraliser les renseignements, d'établir des conventions... Dans
une société anarchique, l'individu responsable consulte
l'administration chaque fois que c'est nécessaire, pour obtenir les
renseignements adéquats pour agir pour un mieux. En situation de
crise, comme par exemple l'établissement de la loi martiale,
l'administration permet de distribuer les ordres des stratèges, ce
qui permet à la société de réagir vite, de faire les sacrifices
nécessaires et de survivre. Très bien... mais comme tout organisme,
l'administration peut dégénérer. La dégénérescence dont nous parlons
ici consiste à maintenir les individus à un niveau d'éducation trop
bas pour qu'ils puissent appréhender la situation. Ils abandonnent
leurs droits et leurs responsabilités au dictateur.
Dans une dictature-type, l'administration centralise les
renseignements et redistribue les décisions que le dictateur ou sa
fine équipe prennent. À chacun de faire preuve d'enthousiasme et
d'esprit d'initiative pour s'y conformer. À Liège, le travail de
centralisation et de distribution tend plutôt à se faire en marge
des administrations, de façon officieuse. Le rôle des
administrations est de bloquer ou de ronger ce qui ne relève pas du
fantasme des oligarques.
Les oligarques sont élus. La "démocratie" est le rite par lequel
leur position est sacralisée. Ils décident peu ou prou du contenu
des listes électorales et la presse se garde de causer le moindre
remous qui mettrait réellement leurs places en danger. Malgré tout
ils doivent faire attention à ne pas engendrer de rejet populaire.
La période qui précède les élections est le seul moment où ils se
dévouent pour la population. Elle se rue dans les permanences
politiques et tout le monde est écouté. Les promesses ne seront pas
forcément tenues mais disons qu'il y a un effort.
La nécessité de maintenir les apparences est absolue. Vis à vis de
la population comme vis à vis de l'extérieur, il faut garder en
place un décors impeccable. "Nous sommes une vaillante et saine
ville moderne, dont les rares déboires sont dûs à des facteurs
extérieurs comme la crise économique mais hahaha on y travaille de
front !" Cela vaut tout particulièrement pour les études, qui
doivent être les plus vides possibles (pour ne pas menacer les
oligarques) tout en ayant le plus grand prestige. Des agences de
marketing sont mises à contribution pour la propagande des grandes
écoles. On fait travailler les étudiants comme des ânes mais à des
choses qui ne servent à rien. On leur fait faire la même chose en
boucle, avec des variations superficielles. Le diplôme est exigé
partout, il est le sésame, parce qu'il est la garantie que la
personne est parfaitement formatée à l'art de ne pas mettre les
oligarques en question. Les personnes qui ont malgré tout développé
des compétences, apprennent à faire semblant d'être nulles pour se
faire accepter. Ceux qui ont trop de caractère fuient la région.
Tout est organisé pour que les oligarques puissent faire comme bon
leur semble. Par un écho fractal, cela amène une multitude de
personnes à pouvoir faire de même. Les lieutenants des oligarques
ainsi que leurs associés en affaires ou leurs familles, jouissent
donc de parts plus ou moins grandes d'impunité et de privilèges,
suivant les cas.
Mais il n'y a souvent aucun lien direct. Par exemple une personne
qui fait des petits trafics, jouira d'impunité si une enquête sur
son cas pourrait mener à se poser des questions sur les activités
d'un oligarque. (Réciproquement, on écrase des personnes qui
respectent les normes et la loi, parce que si elles venaient à se
croire en règle et sans reproche elles pourraient penser qu'elles
peuvent se permettre de mettre en cause l'oligarchie.)
Les effets sont pervers et à démultiplication. Par exemple, la
comptabilité d'un ami commerçant a été contrôlée. Le contrôleur lui
a expliqué sans complexe qu'il avait de l'ambition et que pour se
faire bien voir de ses supérieurs il fallait qu'il trouve quelque
chose à lui reprocher. Il l'a terrorisé puis a négocié une amende
pas trop importante, pour une infraction supposée. Mon ami a payé.
Plus tard il s'est renseigné et il n'y avait aucun doute quant au
fait que cette amende était indue. Ce contrôleur ne risque rien,
parce qu'un élu peut lui demander d'attaquer de cette façon toute
personne qu'il lui désignerait.
L'impunité des oligarque est une concurrence déloyale envers
d'autres personnes, associations, entreprises... Ils profitent de
leur avantage pour accaparer les secteurs d'activité rentables tout
en fournissant des services médiocres. Ils empêchent tout ce qui ne
leur procure pas un avantage immédiat.
Pourquoi les fonctionnaires, policiers, greffiers... laissent-ils
faire cela et même y participent ?
- On craint pour son emploi.
- On ne peut pas refuser un service.
- On se dit que la personne attaquée avait forcément quelque
chose à se reprocher.
- On se dit qu'il faut bien accepter un petit sacrifice pour
sauvegarder l'idéal de son parti.
- On tire une jouissance du fait qu'on vous laisse terroriser
des plus faibles.
- On a compris qu'il faut maintenir les apparences.
- On se dit qu'on aura moins de travail ainsi.
- On sera récompensé pour sa fidélité.
- On ne pourrait pas justifier auprès de sa famille d'avoir
dérogé à une demande d'un "grand monsieur" ou d'une "grande
dame".
- On admire l'oligarque pour sa capacité à profiter du système.
- L'oligarque *est* la loi.
Ce n'est souvent même pas réfléchi. On a appris à faire ainsi, par
osmose. Plus fondamentalement : on n'apprend pas dans les
écoles primaires à Liège la charge réelle que représente une
démocratie. Une formation universitaire par dessus n'y changera rien
et de toute façon elle a été réduite à peu de choses.
Un officier de police m'a raconté une anecdote intéressante : dans
certaines familles immigrées, les parents parlent mal le français et
doivent se reposer sur leurs enfants pour interagir avec
l'extérieur. Un enfant avait pris connaissance des lois sur la
protection de la jeunesse et avait expliqué à sa mère que cela
voulait dire que si elle ne lui offrait pas une console de jeux
vidéo il allait le dire à la police. La mère a payé pour la
console... Tout Liège fonctionne de cette façon. Ce sont les
oligarques qui interprètent les lois... Et l'arriéré judiciaire est
un gros coussin confortable, mais alors confortable...
J'ai essayé d'obtenir une réaction face à certaines situations. J'ai
écrit aux administrations concernées... parfois à des dizaines
d'administrations au travers du pays. Les réactions sont diverses :
- Pas de réponse. C'est la réaction la plus fréquente. Ce qui
n'est pas appuyé par un coup de fil d'un oligarque n'existe pas.
- Un accusé de réception et puis rien.
- On transmet le dossier à l'organisme concerné. En particulier
si j'explique en détails que j'ai beau me démener mais ledit
organisme concerné ne fait absolument rien. Le principe aurifère
est que chaque administration et chaque personne fait son
travail de façon zélée et idéale et donc on lui transmet le
dossier en toute confiance.
- On me répond que la situation est parfaitement normale.
Tout système politique s'articule autour de croyances, religieuses
ou athées. La religion dominante à Liège est le socialisme. Le monde
s'effondrera si le pharaon socialiste ne fait pas chaque matin des
offrandes au dieu des subsides... Le discours socialiste a permis de
prendre le pouvoir à la génération précédente d'oligarques. Le
système a rapidement été perfusé des hommes de main du nouveau
dictateur. Il semble qu'ils étaient encore plus incompétents que les
précédents et cela a entrainé un affaissement supplémentaire dans
l'effondrement économique. La population a laissé faire, parce que
fondamentalement elle est restée dans le même système et n'avait pas
davantage de capacité de défendre sa dignité avant qu'après. Comme
Machiavel l'explique, si vous désirez vous imposer comme prince à
une région, mieux vaut conquérir un endroit qui vit déjà sous la
férule d'un prince. Conquérir une république tissée de libertés
individuelles est presque impossible. Son système immunitaire va
rejeter la greffe.
La population dit tout le temps des choses comme "c'est encore des
magouilles" ou "tous pourris". On se rend compte par soi-même que
les choses sont bloquées, que les vrais rouages sont occultes... En
même temps, on frémit à l'idée que le système pourrait s'effondrer
et on a une ferveur pour certains oligarques. On désespéré et on
vote en masse pour un oligarque... C'est de la double pensée, comme
expliqué dans "1984".
Plus ça va mal, plus on croit avoir besoin d'eux. Mais il ne faut
pas que cela aille trop mal non plus sinon il y a risque de révolte.
Les oligarques maintiennent un équilibre dans la noirceur de vivre.
Comme un prisonnier qui veut rester à l'infirmerie, on garde la
plaie ouverte mais on met un peu de désinfectant quand on commence à
risquer l'amputation. Comme dans les familles violentes, on explique
aux enfants qu'ils ont bien de la chance et que c'est infiniment
pire ailleurs. Les japonais nous envient nos hommes politiques !
Un oligarque considère que les choses lui sont dues. Un ami sait que
quand un certain oligarque passe dans son magasin, il manquera
quelque chose dans les rayonnages. Il se sert... Le prix de
l'objet volé n'a pas d'importance. Il est richissime. C'est pour la
jouissance du geste ; imposer son privilège comme un chat fait pipi
pour marquer son territoire.
Un ami électronicien recevait des commandes de matériel pour un
organisme, chapeauté par un oligarque comme toute chose à Liège. Il
savait que quand il avait fini de déposer le matériel, quelqu'un lui
dirait, presque d'un claquement de doigt, d'aller par exemple
réparer un appareil au domicile de l'oligarque, gratuitement.
Toute atteinte au privilège des oligarques entrainera une réaction
de légitime défense.
Toute chose doit être décidée par un oligarque. Si vous ne les
implorez pas, si aucun d'eux ne voit d'intérêt ou s'il y a un risque
de trop déranger un autre oligarque, vous n'avez aucune chance de
faire passer quelque chose, quel que soit le niveau d'absurdité que
cela puisse revêtir. L'oligarchie prime sur la réalité. L'oligarchie
*est* la réalité.
Réciproquement, l'oligarque typique est débonnaire. Une amie n'avait
pas reçu de bons pour les sacs poubelle réglementaires. Ils avaient
sans doute été volés dans sa boite aux lettres... Elle s'est
adressée à sa maison communale... où on l'a directement envoyée chez
le bourgmestre ! Intimidée, elle entre dans le bureau. Il a
jovialement poigné dans une pille de bons qu'il avait sous la main
et lui en a donné pour plusieurs années.
L'oligarque se veut être le dispensateur des bonnes choses. Il est
la corne d'abondance. Donc, tout lui appartient, puisqu'il est le
dispensateur. Y compris votre entreprise, vos inventions, vos
bénéfices... C'est complètement crétin. Déjà dans la bible les
prophètes mettent en garde les tyrans sur le fait qu'ils ne sont pas
maitres de toutes choses. Mais c'est justement parce qu'un individu
éduqué n'arrive pas à imaginer que l'on puisse voir les choses
ainsi, que cela fonctionne. Il est évident pour vous que l'oligarque
n'a pas intérêt à saborder votre affaire ni à la piller. Vous vous
retrouverez pourtant sur la paille. Vous ne pouvez pas comprendre
que vous avez affaire à un esprit primitif, pour lequel l'ordre du
monde n'est pas du tout le même que le vôtre. Ils veillent à ce que
la qualité de l'enseignement soit la plus basse possible, mais
eux-mêmes sont à peine scolarisés. Si on vous parle de rationalité
et de logique à l'école, c'est pour mieux vous mener en bateau.
Dans la nouvelle génération, d'avantage d'oligarques on fait des
études universitaires. Cela présente des avantages techniques mais
cela ne change rien au fond.
Comme il est impossible de distribuer à toute la population, puisque
l'économie est sabordée du fait-même de l'oligarchie, chaque
oligarque se contente d'être généreux avec une certaine nébuleuse de
personnes. Cela réalise son paradis personnel.
Chaque personne qui a obtenu une faveur, risque de la perdre s'il
n'est pas réélu...
Ce qu'il distribue provient de hors sa nébuleuse. À ce titre les
gens honnêtes sont les juifs du système. Leur allégeance va à tout
le monde et non à un oligarque, ils sont donc les ennemis de tous
les oligarques et la première proie désignée.
Comme rien ne peut se faire sans leur aval, on ne traite que les
situations critiques. On ne fait pas de prévention. Il faut "qu'il y
ait mort d'homme", du moins des événements graves, pour que l'on
intervienne parce qu'on ne peut pas faire autrement. Donc un peu
tout le monde subit quelque chose qui use la santé, que ce soit un
voisin bruyant ou un risque incendie, à moins d'être dans les petits
papiers d'un oligarque. Le fait que presque tout le monde soit en
difficulté, et le coût élevé des catastrophes qui arrivent à la
chaine, dégrade tout et participe de la ruine économique. Mais les
oligarques surnagent... Et leurs hommes avancent les explications
standard :
- "On voudrait bien mais on n'a pas l'argent pour le faire c'est
triste."
- "Vous vous plaignez de votre voisin ? Vous n'aimez pas votre
voisin ? Vous n'aimez pas les gens ?"
- "Vous savez votre situation hé bien vous avez encore de la
chance. Si en vous racontait les catastrophes qu'on doit
affronter tous les jours."
Des techniques ont été inventées pour lutter contre l'oligarchie. À
Athènes, des charges politiques ont été attribuées par tirage au
sort entre des citoyens qualifiés. Aux USA, on ne peut pas briguer
un troisième mandat présidentiel (mais l'absence de limite pour les
dépenses de la campagne électorale assure que le président sera
inféodé aux grands comptes...)
La seule véritable solution est l'éducation des masses. Il faut
qu'un maximum de personnes comprennent les situations d'abus, soient
capable de les reconnaitre et acceptent de prendre un risque pour
les exposer.
Il ne faut pas distribuer les diplômes comme petits pains à peuple
affamé. Un diplôme n'est pas non plus une canne à pèche.
On ne peut pas remplacer l'intelligence par des règles. Par exemple,
on critique en Belgique le fait que des fils ou filles de
politiciens en vue deviennent à leur tour des personnalités
politiques. Il est évident que cela présente un *risque* de servir
l'oligarchie. Mais on oublie qu'il est précieux pour le pays qu'un
enfant de politicien chevronné se mette au travail. Il baigne dans
le métier depuis la petite enfance... Il a entendu les conversations
de ses parents avec des politiciens étrangers, des sommités... Pour
faire le tri entre népotisme et compétence, il n'y a qu'une seule
solution : la compétence du peuple. Le dialogue entre ceux qui
comprennent et ceux qui comprennent un peu moins bien.
La raison pour laquelle j'en suis arrivé à réaliser le contenu du
présent texte est exposée dans ces pages :
Le PAC organise un débat sur l'oligarchie :
Après avoir lu le texte, un ami m'a répondu qu'il avait compris tout
cela depuis longtemps. Il a été garçon dans des petits restaurants
où des hommes politiques se réunissent. "Entre eux ils parlent
uniquement de leurs business personnels. Ils s'arrangent, trouvent
des combines... Ils ne parlent jamais de politique, des problèmes de
la population... Quand ça devient trop puant, ils s'éloignent pour
que le personnel du restaurant ne puisse pas entendre. Ou par
exemple ils continuent en allemand." Il a pu me citer deux
politiciens qui d'après ses observations semblaient tout de même un
peu faire leur métier. Quand je lui ai cité d'autres noms, on aurait
dit qu'il allait vomir. Je comprends mieux pourquoi lors des
élections il me sortait des phrases énervées comme "celui-là pas
question que je vote pour lui, plutôt crever !"
La notion d'oligarchie généralisée permettrait peut-être de
comprendre certaines choses :
- La jalousie abjecte que ressent un belge pour un autre belge à
l'idée qu'il pourrait réussir.
- Un ami m'a expliqué que dans son magasin il apprenait à ses
vendeurs à ne pas signaler qu'un produit est belge. Si un client
belge apprend cela, il refusera de payer de l'argent qui ira in
fine à un chef d'entreprise belge. C'est à tel point que des
entreprises belges exportent leur production en Allemagne ou
d'autres pays de bonne réputation et puis ré-importent en
Belgique avec des emballages du pays de transition. Pour un
produit allemand, un belge est prêt à mettre le prix.
- J'ai quelques fois entendu parler de personnes qui avaient
fait de bonnes choses, par exemple développé une activité
caritative, et qui avaient eu de sérieux ennuis avec les
administrations belges ou qui simplement avaient été remplacées
de force par une personne pondue du ciel. Leurs ennuis reposent
sur l'évidence, aux yeux des autorités, que *forcément* la
personne a mis sa position à profit pour en abuser.
L'explication commune à tous ces cas de figure serait que dans
l'inconscient du belge, toute personne ayant réussi est
automatiquement, ou est automatiquement devenue, un oligarque. Ou
"un baronnet", comme on veut. C'est à dire une personne qui profite
de ses prérogatives. Qui a bon...
Cela a servi "d'excuse" à des pédophiles et à d'autres grands
criminels. Ils s'octroient des "droits" et "des plaisirs" qui sont
"comme chacun sait" l'apanage des puissants. Ils le font en amateurs
certes... mais on se débrouille... ce n'est que justice...
La position d'un oligarque doit être consolidée. Elle résulte d'un
équilibre de forces avec d'autres oligarques. Cela prend du temps et
demande de l'habileté. Il ne suffit pas "de gagner au loto". Une
personne qui a acquis une position de façon légitime, par exemple
par ses actions caritatives sans arrière-pensée, sera facilement
remplacée par un petit oligarque qui a une base oligarquienne déjà
construite. La personne qui a acquis un statut de façon légitime,
n'est pas légitime aux yeux des oligarques. Elle ne partage pas...
On ne peut pas lui demander un service...
Je commence à redouter ce qu'on entend par "la politique" en
novlangue belge. Cela ne semble pas avoir grand rapport avec la
définition scolaire d'une démocratie. Le devoir de toute personne
responsable pourrait bien être de se mettre, elle et sa famille, à
l'abri de "la politique". La seule façon de réaliser cela consiste à
se mettre sous la protection d'un oligarque... C'est à se demander
pourquoi les belges n'ont pas encore compris la recette du bonheur :
se mettre tous ensemble sous la protection d'un seul oligarque.
C'est pourtant de bon sens.
Lectures conseillées pour comprendre la politique liégeoise :
Eric Brasseur - 17 février 2011
au 10 mars 2012