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Une lettre à Sa Majesté le Roi Albert II







Elle est une réponse au discours de Noël prononcé par Sa Majesté. Pour lire le discours ou regarder la vidéo : www.monarchie.be/fr


Les réactions d'amis ont été diverses :
Bien, Eric. Très bien, même. Comme d'habitude, inutile hélas.
Voir s'agiter et se débattre sans résultat une personne de ta qualité conforte mon dégoût et mon désespoir.

Une 'tite bouffe un de ces quatre  ?
www.lesoir.be/actualite/belgique/2011-12-28/les-flamands-bien-mieux-lotis-que-les-wallons-886798.php
S.U.B.L.I.M.E!!!!
comme d'hab!

Si vous voulez, n'hésitez pas vous aussi à écrire à Sa Majesté. Vous pouvez vous contenter d'imprimer ma lettre et de la signer, en ajoutant de façon lisible votre nom, votre adresse et la date. Il est important de terminer par la formule de politesse consacrée.

Ces lettres sont reçues et lues par des personnes du cabinet du Roi. Elles vous enverront un accusé de réception avec une formule comme "le Souverain a pris connaissance de votre courrier". Cela ne veut pas dire que le Roi lui-même a lu la lettre mais qu'une personne du palais l'a fait. Le rôle de ces personnes est ensuite de donner au Roi une impression générale de ce qui ressort des courriers reçus. Dans certains cas, la lettre est transmise à l'autorité compétente, par exemple un ministre. Certaines lettres sont sélectionnées pour être montrées au Roi, pour leur qualité, leur intérêt ou leur représentativité.

Le cheminement par lequel une lettre peut arriver au Roi ou être arrêtée est complexe. Par exemple un Thaïlandais avait écrit à Sa Majesté le Roi Baudouin pour se plaindre de la coopération belge. La lettre a été arrêtée au niveau du ministère de la coopération lui-même, avec la mention en rouge "pas transmise à Sa Majesté, contient des propos injurieux". La lettre ne contenait pas la moindre insulte et certainement pas le moindre propos déplacé à l'égard du Roi... Elle était tout au plus écrite dans un français un peu haché parce que ce n'était pas la langue maternelle de son auteur. Mais elle décrivait en détails le comportement de la Coopération, sur le même ton que ma lettre. Elle ne faisait que décrire ce que j'ai pu constater par moi-même de la Coopération, au Congo...






Liège, le 26 décembre 2011

Sa Majesté Albert II
Palais Royal
1000 Bruxelles




Sire,




J'ai écouté votre discours de Noël avec tant d'attention que des rires amusés ont fusé.

Après avoir fait mes études en néerlandais j'ai habité en Wallonie. J'ai pu me rendre compte à quel point les clichés véhiculés par certains flamands sont erronés.
"Le" wallon n'a rien d'un fainéant ou d'un pervers moral.

Pourtant il y a bien un problème en Wallonie. Et il ne trouvera de solution que s'il est dénoncé. Il y a une entraide massive entre des personnes, généralement professionnellement incompétentes, pour se réserver et se partager les postes qui offrent un statut et un salaire. On crée toujours plus d'administrations, de services, d'associations... pour enfler constamment cette masse de personnes inutiles qui ont accès au confort.

Les personnes compétentes sont exclues de cette organisation ou sont tolérées si elles font le travail sans se faire remarquer.

Cela se concrétise de façons différentes selon les professions...
  • Une entreprise ne sera traitée correctement par les administrations que si elle accepte des protégés du système dans son comité de direction.
  • Une ASBL ne recevra ses subsides que si elle consacre ses frais de fonctionnement à rémunérer l'emploi fictif d'un protégé. Si son fondateur se plaint, on lui répondra que les salaires de ses membres sont payés.
  • La majorité des enseignants n'ont rien à transmettre. Si d'aventure un professeur d'université est une personne intéressante, la gangue de protégés du système autour de lui empêchera les rares vrais étudiants de l'approcher.
  • Les avocats, les médecins... ne font aucun réel travail mais assurent leur train de vie. Trouver les exceptions est difficile.
  • Des indépendants et des patrons de petites entreprises qui essayent d'être des gens bien, qui travaillent et respectent leur personnel, se font escroquer ou torpiller. Au minimum ils ne seront pas aidés en cas de coup dur. Si vous n'êtes pas avec le système, vous êtes contre le système et vous êtes son gibier.
Les conséquences pour la population sont lourdes. Quand les postes à responsabilités sont occupés par des incompétents, cela se paye au prix fort. Les mauvaises décisions et les absences de décisions diminuent les rendements. Mais aussi les gaspillages seront énormes. Souvent-même les gaspillages sont nécessaires pour garantir le fonctionnement du système. Il faut jeter l'argent par les fenêtres pour pouvoir continuer à le faire...

Quand on est un incapable, pour régner sur ses subordonnés il faut les harceler. Il faut leur faire baisser la tête et accepter la parade du coq. Cela prélève un lourd tribut sur la santé des travailleurs et sur la santé de l'économie de la région.

J'ai l'impression que ces personnes sont élevées depuis l'enfance dans l'idée qu'une place en vue est leur droit. Elles ne semblent pas disposer des facultés intellectuelles nécessaires pour comprendre les conséquences de ce système. Elles semblent seulement comprendre qu'elles doivent respecter les règles de solidarité au sein du système et être prêtes "à tuer" ceux qui sont en dehors. La sécurité sociale, par exemple, est pervertie pour devenir une de leurs sources de bien-être. Elle est comme une mine à ciel ouvert qui leur procure des honoraires, des logements pour leurs protégés, des revenus pour les firmes pharmaceutiques qui payent ensuite leurs vacances dans des hôtels quatre étoiles... C'est leur ordre de choses, leur miracle économique. Pour un médecin, prescrire un médicament sans rapport avec les maux d'un patient, voire estropier gratuitement un patient... n'est que ce qu'on l'oblige malencontreusement à faire pour que cela perdure.

La population n'a simplement pas appris à se rebeller contre ces monstres. Il y a un défaut de scolarité. On croit être le seul à avoir un directeur idiot... On n'arrive pas à imaginer qu'un pays dit moderne soit géré de cette façon... Et puis il y a la peur.
La peur de perdre le peu que l'on a tout de même obtenu... et une simple peur atavique de l'autorité. Quand j'explique que j'ai été expulsé en plein hiver de chez moi, sous la menace, d'un logement habitable, sans qu'aucun document ne me soit délivré, par des fonctionnaires de la Ville de Liège, je vois des personnes juste se tasser et avoir peur parce que je parle de ces choses.

Vous avez parlé de la nécessité pour chacun de contribuer à l'effort. On vient d'annoncer la première offensive pour aider à payer pour les dégâts : le recul de l'âge de la pension. Je ne crois pas que ceux qui sont responsables de la situation feront le moindre effort. Par contre ils vont à profusion se servir de Votre propos pour pressurer d'avantage encore leurs victimes. Si les conditions de travail étaient respectueuses de la dignité humaine, il n'y aurait pas autant de personnes qui ont jeté l'éponge et sont parties en prépension. (Inversement, pourquoi a-t-on forcé des personnes à prendre leur retraite à 65 ans alors qu'elles voulaient continuer à travailler ?)

Chaque pays, chaque culture, a sa façon de gérer les choses. On peut prétendre que la Wallonie a une culture latine, où le chef est en vue... On peut prétendre que cette gangue de notables assure une stabilité... Mon impression est qu'il ne s'agit pas d'une particularité de société mais d'un problème grave. Les bagages philosophiques associés aux différents partis politiques n'ont simplement plus cours. La responsabilisation individuelle du libéralisme, l'éveil des populations du socialisme, la conscience de soi confessionnelle... Cela est remplacé par l'épouvantaillisation de l'autre et l'assujettissement aux exploiteurs.


Je suis, avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, le très respectueux et dévoué serviteur.


Eric Brasseur






Eric Brasseur  -  28 décembre 2011