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Liège, le 26 décembre 2011
Sa Majesté Albert II
Palais Royal 1000 Bruxelles Sire, J'ai écouté votre discours de Noël avec tant d'attention que des rires amusés ont fusé. Après avoir fait mes études en néerlandais j'ai habité en Wallonie. J'ai pu me rendre compte à quel point les clichés véhiculés par certains flamands sont erronés. "Le" wallon n'a rien d'un fainéant ou d'un pervers moral. Pourtant il y a bien un problème en Wallonie. Et il ne trouvera de solution que s'il est dénoncé. Il y a une entraide massive entre des personnes, généralement professionnellement incompétentes, pour se réserver et se partager les postes qui offrent un statut et un salaire. On crée toujours plus d'administrations, de services, d'associations... pour enfler constamment cette masse de personnes inutiles qui ont accès au confort. Les personnes compétentes sont exclues de cette organisation ou sont tolérées si elles font le travail sans se faire remarquer. Cela se concrétise de façons différentes selon les professions...
Quand on est un incapable, pour régner sur ses subordonnés il faut les harceler. Il faut leur faire baisser la tête et accepter la parade du coq. Cela prélève un lourd tribut sur la santé des travailleurs et sur la santé de l'économie de la région. J'ai l'impression que ces personnes sont élevées depuis l'enfance dans l'idée qu'une place en vue est leur droit. Elles ne semblent pas disposer des facultés intellectuelles nécessaires pour comprendre les conséquences de ce système. Elles semblent seulement comprendre qu'elles doivent respecter les règles de solidarité au sein du système et être prêtes "à tuer" ceux qui sont en dehors. La sécurité sociale, par exemple, est pervertie pour devenir une de leurs sources de bien-être. Elle est comme une mine à ciel ouvert qui leur procure des honoraires, des logements pour leurs protégés, des revenus pour les firmes pharmaceutiques qui payent ensuite leurs vacances dans des hôtels quatre étoiles... C'est leur ordre de choses, leur miracle économique. Pour un médecin, prescrire un médicament sans rapport avec les maux d'un patient, voire estropier gratuitement un patient... n'est que ce qu'on l'oblige malencontreusement à faire pour que cela perdure. La population n'a simplement pas appris à se rebeller contre ces monstres. Il y a un défaut de scolarité. On croit être le seul à avoir un directeur idiot... On n'arrive pas à imaginer qu'un pays dit moderne soit géré de cette façon... Et puis il y a la peur. La peur de perdre le peu que l'on a tout de même obtenu... et une simple peur atavique de l'autorité. Quand j'explique que j'ai été expulsé en plein hiver de chez moi, sous la menace, d'un logement habitable, sans qu'aucun document ne me soit délivré, par des fonctionnaires de la Ville de Liège, je vois des personnes juste se tasser et avoir peur parce que je parle de ces choses. Vous avez parlé de la nécessité pour chacun de contribuer à l'effort. On vient d'annoncer la première offensive pour aider à payer pour les dégâts : le recul de l'âge de la pension. Je ne crois pas que ceux qui sont responsables de la situation feront le moindre effort. Par contre ils vont à profusion se servir de Votre propos pour pressurer d'avantage encore leurs victimes. Si les conditions de travail étaient respectueuses de la dignité humaine, il n'y aurait pas autant de personnes qui ont jeté l'éponge et sont parties en prépension. (Inversement, pourquoi a-t-on forcé des personnes à prendre leur retraite à 65 ans alors qu'elles voulaient continuer à travailler ?) Chaque pays, chaque culture, a sa façon de gérer les choses. On peut prétendre que la Wallonie a une culture latine, où le chef est en vue... On peut prétendre que cette gangue de notables assure une stabilité... Mon impression est qu'il ne s'agit pas d'une particularité de société mais d'un problème grave. Les bagages philosophiques associés aux différents partis politiques n'ont simplement plus cours. La responsabilisation individuelle du libéralisme, l'éveil des populations du socialisme, la conscience de soi confessionnelle... Cela est remplacé par l'épouvantaillisation de l'autre et l'assujettissement aux exploiteurs. Je suis, avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, le très respectueux et dévoué serviteur. Eric Brasseur
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