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Homerton.medium" size="+4"> L'image de soi





Une activité fondamentale du cerveau humain est la constitution de l'image de soi. C'est elle qui influence le plus notre vie.


Qu'est-ce que l'image de soi ? C'est comment on se voit, ce que l'on croit être, ce que l'on croit qu'on est capable de faire, comment on croit que les autres nous voient, la photo de nous-mêmes que nous avons en tête, quel rôle nous croyons jouer... C'est aussi une photo de famille, sur laquelle nous sommes entourés de nos parents, de nos amis...

Dit plus platement, c'est le dessin que nous ferions sur une feuille de papier si on nous demandait de nous dessiner nous-mêmes. C'est ce que nous écririons si l'on nous demandait de nous décrire nous-mêmes. Attention : nous n'avons pas toujours conscience de ce que nous croyions être. La description que nous ferons consciemment est toujours incomplète et partiellement déformée.

Ici l'image de soi est présentée comme quelque chose de technique et précis, de presque visible. En réalité elle est le plus souvent perçue par les humains sous la forme d'un ensemble d'émotions et d'impressions subjectives, qu'ils peuvent vivre ou subir de façons différentes suivant leur caractère et leur culture.

Plutôt que d'essayer de construire une explication de comment ce phénomène fonctionne, le présent texte est une suite d'exemples. Au fil de ces exemples, vous pourrez à la fois juger de l'importance du mécanisme et apprendre à le découvrir dans d'autres situations.



Le personnel

Des expressions dénotent bien l'importance de l'image de soi  : "Se voir comme ceci ou comme cela.", "Est-ce que tu te vois marié avec elle ?", "Je me vois mal aller tous les jours remplacer les plombs.".

L'image de soi reflétant aussi le physique, des personnes qui perdent un bras cherchent parfois à se suicider. Il y a rupture grave de leur image de soi. La situation est résolue quand on réussit à intégrer ce changement de morphologie dans une nouvelle image de soi, changée, adaptée. Si on n'arrive pas à intégrer le changement, si on le refuse, le nie, alors on peut sombrer dans la folie; une réalité parallèle.

Un deuil est le temps nécessaire pour réadapter son image de soi lorsqu'elle a perdu quelque chose. Il faut un certain temps à notre cerveau pour se "recaser", se redéfinir. Cette période doit parfois être ponctuée de cérémonies. La nouvelle image comportera souvent un "souvenir" de l'ancienne.

Les rites initiatiques sont l'inverse du deuil : ils marquent l'ajout de quelque chose à l'image d'une personne.

Parfois, une inadaptation de l'image de soi peut traîner pendant des années, "sans que le deuil ne soit fait". On peut être inconscient de ce problème. C'est en discutant avec un interlocuteur compétent que l'on peut mettre à jour cela et enfin commencer le processus du deuil. Dans certains cas, on peut faire le contraire : reconquérir ce qui manquait. Si par exemple une personne vous manquait inconsciemment mais elle est toujours en vie et vous pouvez prendre l'initiative d'aller la voir, aucun deuil n'est nécessaire. De même, si vous étiez névrosé parce que vous n'avez pas réalisé une chose, il est peut être toujours possible de la réaliser, ou de réaliser quelque chose d'équivalent.

Les ouvriers qui sont choqués lorsqu'ils apprennent qu'ils vont devoir changer d'emploi (parfois on les voit littéralement trembler) sont des ouvriers pour qui leur outil occupait une place pilier dans leur image d'eux-mêmes. Le changement d'outil est un rupture importante de l'image. Ils s'identifiaient à l'outil, l'outil faisait partie d'eux-mêmes. Au contraire un ouvrier qui s'identifie comme étant un ouvrier, aura beaucoup moins de problèmes. Qu'il soit un ouvrier qui fait ceci ou un ouvrier qui fait cela, ce sera d'importance secondaire. Si quelqu'un vous dit "Je suis compagnon du tour de France", vous pouvez être sûr que changer d'outil ne lui pose pas de problème.

Si un SDF refuse d'aller voir un médecin, c'est parce que dans son image de lui-même il ne le vaut pas. La société a gravé en lui le fait qu'il ne vaut rien, ne mérite rien. Il agira en fonction de cette image, jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Toucher quelqu'un est un levier très puissant pour modifier l'image qu'il a de lui-même. Les récepteurs de la peau sont connectés directement à des parties fondamentales du cerveau. C'est pour cela qu'un viol peut être aussi destructeur. C'est également pour cela que des psychothérapeutes qui touchent leurs patients peuvent obtenir des résultats très important dans la reconstruction de leur image.

Les personnes qui tiennent à un objet, un animal, le font généralement parce qu'ils intègrent cet objet ou cet animal à l'image d'eux-mêmes. Rares sont les personnes qui aiment réellement un animal, qui le considèrent comme une image séparée, différente, avec laquelle ils communiquent.

Un des tests principaux pour les astronautes est "Dites de vingt façon différentes qui vous êtes.". Ce test est destiné à éviter que ne se reproduise une histoire comme celle qui suit. Tout au début de l'histoire de l'astronautique, un professeur d'université américain a organisé un vol en ballon stratosphérique. Un de ses assistants était le passager du ballon. Il y avait un poste de radio à bord, et de nombreuses expériences à réaliser. Le ballon a décollé. Quand il a atteint les hautes altitudes, le contact radio a été rompu. Les personnes au sol ont été très inquiètes. Quand le délais au bout duquel les expériences auraient du être terminées fut écoulé, le ballon n'est pas redescendu. Tout le monde était convaincu qu'un accident grave était arrivé. Au bout de plusieurs jours le ballon est tout de même redescendu. L'assistant était vivant. Il a expliqué ceci : "Lorsque je suis arrivé à haute altitude, j'ai vu le vide, le noir de l'espace. La terre, ronde avec les nuages, était tout en dessous de moi. Je n'ai plus pu bouger. Je vous entendais m'appeler à la radio, mais je ne pouvais réagir. Ce n'est qu'au bout de plusieurs jours que j'ai réussi à bouger pour actionner le mécanisme de descente du ballon."

Les sectes nous offrent une image de nous-mêmes plus simple, plus facile à appréhender.

L'image que nous pouvons construire de nous-mêmes est fortement influencée par notre culture ; tant par notre type de culture que par notre niveau culturel. Nous ne pouvons pas avoir une image de nous-mêmes nous montrant des choses que nous ne connaissons pas. En d'autres termes : pour pouvoir voir qu'on est quelque chose, il faut savoir que cette chose existe. La culture nous pousse autant à remarquer que nous sommes quelque chose qu'à nous faire fournir les efforts nécessaires pour devenir de nouvelles choses.

Les valeurs du milieu culturel dans lequel nous vivons auront une très grande importance pour l'image de nous-mêmes que nous construirons. Nous jugerons et choisirons cette image en fonction de ces valeurs. C'est pour cela que certains parents choisissent les fréquentations de leurs enfants avec tant de soins.

Les insultes sont blessantes parce qu'elles attaquent ce que nous avons de plus précieux : l'image de nous-mêmes. Dans certain pays, les insultes méritent la mort. L'étude de l'impact des diverses insultes est riche d'enseignement. Par exemple le fait que les insultes attaquant la mère soient les plus mal prises indique que pour l'insulté sa mère occupe une place importante dans l'image qu'il a de lui-même; "je suis le fils de ma mère".

Les chaînes, ce sont les choses auxquelles on est lié pour conserver une image se soi

Le remords vient de la volonté de reconstruire une image de soi acceptable. On est prêt à passer plusieurs années en prison pourvu que l'on puisse retrouver une bonne estime de soi.

Certains payent très cher pour "aller au bout eux-mêmes". C'est à dire peaufiner l'image qu'ils ont eux-mêmes, la développer et la structurer. Affronter la réalité ! Trekking, saut en parachute... tout est bon. Quand cette démarche touche à des domaines importants comme la famille ou le travail, on peut alors utiliser l'expression consacrée "se réaliser". On peut "se réaliser" en devenant maman, par exemple. On devient quelque chose de précis, quelque chose de très important.

Les publicitaires nous vendent une image de nous-mêmes. "Si vous achetez cette voiture, vous êtes intelligent." "Si vous nous versez 1000 FB, vous êtes gentil." Nous sommes prêts à dépenser des fortunes. Celui qui n'a pas besoin de cela pour avoir une image de soi fera de grosses économies.

Les gens ont parfois tendance à n'acheter que des choses chères. La raison en est que ces choses sont destinées à rehausser leur image d'eux-mêmes. Dès lors ils préfèrent ajouter à leur image quelque chose qui a de la valeur. Ils veulent aussi, plus généralement, se construire une image qui reflète le fait qu'ils méritent des choses chères. Ceux qui ne tombent pas dans ce système ont atteint un haut niveau de sagesse.

Certain publicitaires nous vendent des produits en utilisant des images diamétralement opposées aux effets de leurs produits. Regardez le physique sain et sportif des mannequins sur les pubs de cigarettes et de boissons sucrées. Puis regardez quels sont les effets de ces produits sur leurs consommateurs : peau détruite, mobilité amoindrie voire très amoindrie, obésité, fatigue mentale récurrente... pour ne citer que les séquelles visibles.

La violence des grandes villes est d'abord un affrontement d'images de soi. La violence physique n'est qu'un moyen de véhiculer les lutes d'images. Un nain qui a une bonne image de lui-même triomphera d'un colosse mal dans sa peau. Les pratiquants d'arts martiaux le savent bien : s'ils apprennent à se battre, c'est surtout pour être plus sûrs d'eux-mêmes, savoir s'affirmer, et ainsi savoir éviter le combat. Certaines écoles n'enseignent quasiment plus de gestes de combat, hormis quelques réflexes de base, et mettent l'accent sur l'affirmation de la personnalité. Il en va de même pour les tags. Ils sont vécus comme une violence par les autorités de la ville et les propriétaires des biens dégradés. Mais de la part des tagueurs ils s'agit davantage d'une tentative naïve de s'affirmer, d'intégrer l'image de la ville à eux-mêmes et d'imposer leur image à la ville.

Une façon très efficace de permettre à quelqu'un de prendre conscience du fait qu'il existe est de le toucher. C'est en caressant adroitement, en faisant vibrer chaque partie du corps de votre amant, en attestant de son existence, en montrant la gourmandise qu'il vous inspire, que vous permettrez à son subconscient de construire une solide image de soi charnelle. Il en résultera une grande plénitude.

La méditation permet d'harmoniser, simplifier, rationaliser et généraliser son image de soi. (Un terme décrivant ce processus est "relaxation", dans le sens que lui donnent les mathématiciens, physiciens et certains informaticiens.)

Le rire est signe du fait que l'on construit l'image de soi. Un enfant qui rit est un enfant qui est en train d'intégrer son environnement à l'image de lui-même. Un nourrisson rit quand sa mère le cajole parce qu'en le touchant elle construit sa relation avec lui, elle s'intègre à l'image qu'il a de lui-même. Le rire peut aussi servir de signal de "trop-plein". Si sa mère le cajole trop fort et trop longtemps, le rire deviendra forcé, plaintif, signalera que la mère en fait trop, qu'elle sature les circuits. Une blague nous fait rire quand elle touche un point paradoxal, litigieux ou dissimulé de notre image de nous-mêmes et du monde. La blague nous amène à travailler sur ce point paradoxal et peut-être nous amène à la résoudre ou à mieux le classer.

Le fait de pleurer est le signe d'un "effondrement" de l'image de soi. Quelque chose a disparu de notre image de nous-mêmes.

Les images de lui-même et du monde qu'un individu se fait dans sa tête correspondent à plusieurs plans différents : plusieurs "photos" différentes. Ces "plans" ont la particularité d'être partiellement superposables et interchangeables. Quelque chose qui est présent dans un plan peut entraîner l'apparition de quelque chose de correspondant dans un autre plan. Prenons par exemple le cas d'une vieille dame qui vint en consultation chez son médecin parce qu'elle avait le bras droit paralysé. Grâce à quelques tests le médecin détermina que le problème ne venait pas d'une problème physique. Le système nerveux n'avait subit aucun dommage. Le problème venait du fait que cette dame avait perdu son mari quelques mois auparavant. Il comptait beaucoup pour elle. Il occupait une place importante dans l'image que la vieille dame avait des personnes qui l'entourent, sa "photo de famille". Mais elle a aussi une photo "d'elle-même", d'elle entourée de parties de son corps : ses bras, ses mains, ses jambes, ses seins, son ventre sa bouche... La disparition de son mari de la première "photo" s'est répercutée sur la deuxième "photo" par une disparition de l'image de son bras droit. Elle n'avait plus de bras droit. Donc elle ne pouvait plus le sentir ni le faire bouger. Son médecin l'a orientée vers un psychiatre. (Vous connaissez certainement l'expression "Les bras m'en tombent". Elle signifie que l'on ne se sent tout d'un coup plus capable d'intervenir, même s'il ne s'agit pas d'une intervention manuelle.)

Un de mes amis est un vieux monsieur dépressif. Il juge qu'il a râté sa vie. Il se fait beaucoup de reproches, il n'a plus d'espoir. Mais il ne parle presque jamais de lui-même ; il parle du Monde. Il projette son image de lui-même sur le Monde entier. Il dit que tout va de plus en plus mal. Il monte en épingle tous les faits divers tristes. Quand L'ONU ou une autre organisation prend une initiative, il dit d'une voix cassante que cela ne sert à rien, que c'est voué à l'échec. Ses rares moments d'enthousiasme sont quand il prône une politique fasciste. Il dit alors qu'il faut discipliner les gens, qu'il faut être très sévère. C'est la politique qu'il aurait voulu appliquer à lui-même. Il croit inconsciemment que s'il avait su faire cela il serait arrivé à des résultats.

Nous condamnons ou rejetons des personnes à qui nous attribuons des défauts ou des fautes que subconsciemment nous nous reprochons à nous-mêmes. A l'inverse, nous essayerons d'attirer à nous des personnes auxquelles nous attribuons des qualités qui en réalités nous sont propres. Tout est une question de télescopage entre l'image de nous-mêmes et les images que nous avons des autres.

En thermodynamique, l'énergie que contient un système dépend de la quantité d'information qu'il contient. Si les molécules sont ordonnées, on pourra en retirer de l'énergie. Si par contre elles sont dans le désordre, on ne pourra en retirer aucune énergie. On peut prendre cela comme image pour l'effet de l'image de soi sur une personne. Si une personne a une image de soi simple et précise, ordonnée, elle aura beaucoup d'énergie pour réaliser ce que cette image de d'elle-même lui dicte. Si par contre son image de soi est un mélange touffu d'informations contradictoires, elle se sentira vide et sans énergie pour faire quoi que ce soit.

Ce qui rend un masochiste heureux quand il reçoit des coups est peut-être le fait que ces coups "renseignent" son subconscient sur l'existence des différentes parties de son corps. Cela lui permet "de prendre conscience de son corps", donc de s'en faire une image. (D'après certains auteurs, une séance réussie implique des sévices sur presque toutes les parties du corps.) Dans ce cadre ci la douleur et le plaisir auraient donc la même fonction : permettre de sentir que l'on existe.

L'image de soi est plus importante que tout. Lors des événements de mai 68, qui remettaient en cause la structure de la société, les sociologues se sont amusés à constater que les "bourgeois" avaient beaucoup moins peur de perdre de l'argent que de perdre leur position. S'ils étaient "directeur de ceci" ou "membre de cela", certains d'entre eux étaient prêts à tout pour garder ce titre ou cette situation.

Le succès des entreprises américaines tient en partie au fait qu'en leur sein la position et le rôle de chacun sont mieux définis et plus fonctionnels. Leur sens de l'organisation a des répercussions directes sur l'identité de chaque membre de l'entreprise, lui donne de l'énergie. A l'inverse, les systèmes qui définissent strictement le rôle de chacun sans tenir compte des pulsions et des aptitudes réelles des personnes, voient les personnes s'étioler, s'effondrer comme des pantins.

"Qui sommes-nous, d'où venons-nous, où allons-nous ?" Ce sont là les préoccupations de sciences comme l'ethnologie, l'histoire, la philosophie... Elles sont véhiculées par les arts, la littérature... Toutes ces disciplines sont donc d'une importance fondamentale.

Image de soi... tout est image. La culture véhicule un grand nombre d'images. Qu'un héros de roman ou de bande dessinée soit un pirate, un détective, un pilote d'avion... il est une image, une représentation qui véhicule certains concepts, certaines pulsions, certaines émotions. Les acteurs les plus appréciés du publics ne sont pas toujours ceux qui jouent le mieux ; ce sont ceux qui permettent à chaque personne du public de s'identifier au personnage qu'ils jouent. Ce sont par exemple des acteurs dont le visage a des traits peu marqués, ou dont le jeu est sobre.

Les vantards sont généralement des personnes qui ne savent pas faire grand-chose. Ceci ne veut pas dire que quelqu'un d'efficace est nécessairement quelqu'un d'effacé. Une enquête a révélé que les cadres d'entreprise qui se disaient créatifs l'étaient réellement. Il y a un juste milieu. Celui qui se vante trop et celui qui se déprécie ont ceci en commun qu'ils ont un problème avec leur image d'eux-mêmes.

Quand on avale une substance indésirable, si le corps s'en rend compte il déclenche immédiatement le mécanisme du vomissement. Il se passe la même chose si nous voyons quelque chose d'atroce, que nous voulons rejeter à tout pris. Quelqu'un qui voit un cadavre mutilé, par exemple, s'il n'a pas l'habitude, vomira quelques minutes plus tard.

Toute Personne a inconsciemment l'impression d'avoir une protection autour d'elle. Cela fait partie de son image de soi. Un peu comme les "boucliers d'énergie" dans certains romans de science fiction. C'est cette "protection" qui nous donne de l'assurance dans la vie, qui fait que nous allons gaiement de l'avant. Certaines choses améliorent l'image que nous avons de ce "bouclier". Par exemple la pratique d'un art martial ou le fait d'avoir une famille unie. Ou un simple gri-gri. D'autres choses au contraire détériorent cette image. Comme le fait d'avoir été passé à tabac ou d'avoir été l'objet d'injures. Dans la Rome Antique, il était interdit de frapper un Citoyen de Rome. Son "bouclier" était respecté, même dans un interrogatoire de police. Par contre il était presque recommandé de frapper les esclaves. Il y avait des circonstances où on les frappait "à tout hasard". Cela faisait partie de la négation de leur statut d'être humain, pour les conforter dans le statut d'objet, sans bouclier. Quand deux personnes s'aiment, elles ouvrent leurs boucliers l'une envers l'autre, pour pouvoir fusionner. Cela demande du temps et suit une certaine procédure.

Un enfant sera motivé par ce qui le valorise, ce qui lui donne une bonne image de lui-même, de l'estime de lui-même. S'il obtient de bons résultats dans une matière à l'école et qu'il est félicité et estimé pour cela, il sera motivé et travaillera volontiers cette matière. Par contre s'il obtient de mauvais résultats et est critiqué voire injurié, il se désintéressera complètement de cette matière, éprouvera toujours un profond ennui à la travailler. Je connais deux cas de personnes qui étaient très bonnes en mathématiques et qui un jour ont été déconsidérées à tort par leur professeur. Dans un cas le professeur a refusé d'entendre les réponses proposées par l'élève parce qu'il savait qu'il était très fort et voulait entendre les autres élèves. Dans l'autre cas l'élève voulait faire un sans-fautes aux interrogations pour avoir un 100% sur son bulletin, mais le professeur l'a compris et lui a enlevé un point une fois sur deux à chaque interrogation ou devoir, pour qu'il tombe à 95%. Dans les deux cas la moyenne des deux élèves a chuté dramatiquement. (D'autres motivations pour les enfants sont le jeu, l'envie de faire plaisir, la compréhension de l'utilité de la matière, la routine, le mimétisme...)

Les mythes fondateurs sont souvent anthropomorphistes. Ils racontent que les êtres qui ont créé le Monde ressemblent à des personnes ou à des animaux. Cela permet à celui qui entend ces mythes de ce faire une image du Monde qui ressemble à une image de photo de famille. Ainsi il se sent au sein de ce Monde en partie comme au sein de sa famille. Il intègre le Monde à son image de soi.

L'image de soi peut varier au fil de la journée ou suivant l'endroit où l'on se trouve. Car des faits, des décors et des souvenirs différents se présentent à notre esprit. La chimie interne de notre cerveau varie aussi au fil du temps et nous pousse à des états d'esprit et à des souvenirs différents. Le cerveau est un ensemble très complexe, capable de synthétiser des images de soi très différentes.

Si on a l'impression que l'image de soi est cohérente et qu'elle est en accord avec le monde qui nous entoure, on en éprouvera du bien-être. Pour acquérir le bien-être, faut-il changer son image de soi ou faut-il changer le Monde ? Faut-il avoir l'image de soi la plus diverse possible, pour avoir de nombreuses sources différentes de bien-être ? Ou faut-il chercher à avoir l'image de soi la plus simple possible, afin qu'il soit facile de la rendre cohérente au Monde ? Chaque personne, chaque système culturel y répond à sa façon. Le bonheur naît de la réalisation de ce qui était déjà dans l'image de soi. Une jeune fille ressent un immense bonheur de trouver un jeune homme qui lui permet de réaliser cette image de couple qu'elle avait en elle depuis toujours. Le rire naît de petits tiraillements de l'image de soi : de la découverte de petits paradoxes, de raccourcis, de petites choses cachées... que ce soit une blague qui surprend ou une plume qui chatouille. La peur naît de choses qui peuvent modifier l'image de soi. La terreur naît de choses non répertoriées dans l'image de soi. La nausée naît de modifications de l'image de soi jugées mauvaises. Les cellules de l'organisme humain contiennent en permanence des molécules qui causent la nausée quand elles sont libérées dans l'organisme. Si des cellules sont détruites de façon anormale, brutale, par quelque bactérie, virus ou poison que ce soit, les molécules de nausées se déversent des cellules détruite et rendent la personne malade. Ainsi la personne est obligée de se mettre à l'abri et de s'interroger sur la cause de la nausée, de se poser des questions sur ce qui a attaqué et menace de modifier son corps, sur ce qu'elle doit essayer d'éliminer et d'éviter à l'avenir. Un événement externe, que la personne rejette de son image, peut aussi causer la nausée. Comme par exemple la vue d'un cadavre ou une odeur de vomi.

L'Astrologie, qui prétend déduire la personnalité d'une personne à partir de la position des astres, est considérée par les scientifiques comme une grosse farce. On a essayé de vérifier si l'Astrologie était fondée, par exemple en comparant la date de naissance et le métier d'un grand nombre de personnes. Si les astrologues disaient vrai, alors les personnes nées à telle ou telle date devraient plutôt exercer tel ou tel type de métier. Le résultat est qu'il n'y a aucun rapport. Les astrologues disent des bêtises. En fait on a tout de même trouvé un rapport, mais uniquement chez les personnes qui croient fermement dans l'Astrologie. Forcément : elles arrangent leur vie en fonction de ce que leur dit l'Astrologie. L'Astrologie peut donc influencer les gens. Mais les astres, eux, n'ont aucune influence sur les gens. Pourtant je trouve que la lecture d'un livre d'Astrologie est intéressante. Parce que c'est un catalogue d'un grand nombre de caractères humains. On peut y apprendre des choses sur ce qu'on peut être ou ce que les autres peuvent être. Cela permet d'étoffer son image de soi et des autres.

L'image de soi est ce qui entoure l'individu. C'est le paysage autour et à l'intérieur de lui. C'est aussi les images de soi passées et futures. La culpabilité est le souvenir d'avoir fait de mauvaises choses. Ces choses sont du passé mais elles font toujours partie de l'image de soi. L'inverse est la fierté : le souvenir d'avoir fait de bonnes choses. Ces souvenirs de honte ou de fierté peuvent même se transmettre de génération en génération. Certains nobles culpabilisent encore aujourd'hui du fait qu'il y a huit siècles l'un de leurs ancêtres a fui lors d'une bataille. L'espoir provient des images de soi que l'on imagine dans le futur. La peur provient des images de soi que l'on arrive pas à imaginer.

On a peur de ce qu'on ne comprend pas. On a aussi peur que de ce qui ne nous comprend pas. Dans les deux cas il y a un danger potentiel. Nous cherchons donc à avoir une image de ce que nous rencontrons. De même nous préférons que les personnes que nous rencontrons aient une image de nous : de nos besoins, de nos préoccupations... Nous ne sommes en sécurité que si elles développent en elles une image de ce que nous sommes. Ici le mot "comprendre" prend son deuxième sens : contenir. Une personne qui nous comprend contient en elle une image de nous-mêmes. Bien sûr si cette personne est malintentionnée il faut éviter qu'elle nous comprenne : il faut éviter qu'elle ait des renseignements sur nous qu'elle pourrait utiliser pour nous nuire. A moins que nous ne soyons bien armé. Auquel cas la personne malintentionnée comprendra en nous comprenant qu'il vaut mieux nous laisser en paix. C'est le sens de la version occidentale des arts martiaux orientaux. En toute généralité, une personne qui nous comprend réellement est rarement un ennemi.

Pour bien soigner un patient, un médecin doit avoir en lui une image la plus complète possible du problème du patient. C'est ainsi qu'il peut appliquer ou inventer une thérapie adéquate, trouver les bons remèdes... Souvent le simple fait que le médecin ait construit en lui cette image du problème du patient, suffit pour que le patient se sente mieux ou même aille réellement mieux. C'est pour ces raisons que les vrais médecins prennent le temps de parler avec leurs patients. Ils écoutent et retiennent aussi des choses qui n'ont pas de rapports directs avec le problème de santé.

Beaucoup ne comprennent pas que l'on puisse s'intéresser à des oeuvres artistiques qui parlent de violence et de démons. Comment peut-on écouter un chanteur qui hurle que des marées de démons sanglants vont déchiqueter l'humanité ? Pire : il dit que ces démons y prennent du plaisir et qu'il faudrait faire comme eux. Ne vaut-il pas mieux parler d'amour ? Les petites fleurs ne sont-elles pas de meilleures sources d'inspiration ? La réponse est que dans notre image de nous-mêmes il y a toutes ces choses en même temps : les monstruosités autant que les douceurs, les nôtres comme celles des autres. L'Art de l'horreur est tout aussi nécessaire que l'Art de la douceur. l'Horreur apporte beaucoup de choses à ses auditeurs. Tout d'abord une consolation, un réconfort. L'horreur, nous la vivons au quotidien. Même quand il n'y a ni coups ni sang il peut y avoir beaucoup de violence dans nos relations avec les autres, avec nous-mêmes et avec nos souvenirs. En évoquant ces symboles de l'immonde l'artiste reconnaît l'existence de nos problèmes. Ils nous permet de les faire bouger, de les penser avec plus de communication. Il apaise nos tensions et nous rends plus sereins. Ensuite, l'artiste nous permet de sentir les pulsions de destruction qu'il y a en nous. Ces pulsions ne sont pas mauvaises en elles-mêmes. Dans la vie il faut savoir détruire, parfois. Ces pulsions sont dangereuses. Il faut donc apprendre à les connaître. Il faut les vivre de façon virtuelle grâce à l'artiste. Ainsi le jour où nous serons face à une situation réelle nous serons en terrain connu, nous aurons la possibilité de moins nous laisser dominer par nos pulsions. Nous serons une personne plus saine, qui ne cède à ses pulsions qu'avec mesure, après un débat intérieur entre toutes les pulsions. Cela nous rends efficaces et constructifs. En réalité les pulsions de douceur peuvent être dangereuses aussi. Une mère qui couve trop ses enfants ou un homme qui court trop les femmes peuvent causer des désastres. L'important est de maintenir un équilibre entre les symboles. Il faut apprendre et développer de concert toutes les pulsions et les sentiments. Dans notre société certains ne voudraient plus avoir que des symboles de douceur : un Dieu bon et sage, des personnages de dessin animé sympathiques... Les méchants sont présentés comme attendrissants ou pas réellement dangereux. C'est une propagande qui cause des malheurs effroyables. Si on ne parle que de douceur, on la banalise et on réfute l'existence de l'horreur. Donc les deux notions deviennent floues. Cela vide les individus de leur substance, les rend manipulables et dangereux. C'est une des causes des guerres interminables que nous connaissons. Un chanteur punk qui prône l'ultra-violence et le meurtre généralisé est un contrepoison à cette propagande. Il contribue à rétablir la sanité. Le Gouvernement Belge aurait-il retiré ses paras du Rwanda s'il avait eu une bonne culture de l'Horreur humaine ? Quelques tableaux de violence sanglante accrochés dans les couloirs du Parlement Belge auraient peut-être évité le Génocide de 800.000 Rwandais.

L'image que nous nous faisons d'une chose peut grandement influencer la façon dont nous allons vivre cette chose. Si nous sommes convaincu (si on nous a convaincu) que nous allons sentir un malaise si une personne nous touche, nous risquons effectivement de ressentir ce malaise si elle le fait. Mais si nous sommes convaincu que cela va nous faire du bien, si la même personne nous touche nous pouvons en ressentir beaucoup de bien-être. Il y a là tout un jeu de persuasion ou d'endoctrinement. Certaines personnes ont été persuadées pendant toute leur enfance qu'être touché par une autre personne est mal. Cela entraîne des conséquences graves. Entre amants il y a tout un jeu pour persuader l'autre de ce qu'on veut lui faire ressentir avant de faire de faire le geste qui va effectivement causer cette sensation. Une même attitude ou un même geste peut aussi bien servir à punir une personne qu'à lui faire du bien. Tout dépend du contexte. La communication prend là une grande importance. Une personne peut mal prendre un geste alors que ce geste était destiné à faire du bien. Il vaut donc mieux s'expliquer avant de faire le geste, au plus tard après pour s'excuser. Un geste peut ne pas faire le bien que l'on voulait. On peut se tromper de bien et cela aussi peut créer des quiproquos.

Un lecteur me demande quelle est la différence entre l'image de soi et l'estime de soi. A la base, l'image de soi est absolue. Par exemple si on a un jour volé un pain, ce fait est inscrit dans l'image de soi. Il n'y a pas à discuter : un vol a eu lieu. Mais cela peut avoir des interprétations très différentes dans l'estime de soi. On peut penser qu'on est quelqu'un de bien, parce qu'on a volé ce pain pour donner à manger à une personne qui avait faim ; on a une bonne estime de soi. Au contraire, on peut penser qu'on n'aurait jamais dû commettre ce vol, ce délit inexcusable. Alors on a mauvaise estime de soi, on se sent dans la peau d'un méprisable voleur. L'estime de soi dépend de l'interprétation que l'on fait des choses. Elle dépend donc de notre éducation, de notre système culturel, de notre intelligence... Elle peut changer au fil du temps  : on peut être fier d'avoir fait une chose et un peu plus tard en ressentir de la honte. L'estime de soi est subjective. Un gangster peut avoir une haute estime de lui-même parce que des courtisans lui font sans cesse des compliments. Un honnête travailleur peut avoir l'impression qu'il ne vaut rien parce que son patron a décidé de le persécuter. L'estime de soi se construit à partir de l'image de soi. Mais deux personnes qui ont des images de soi semblables, peuvent avoir l'une une haute estime de soi, l'autre une mauvaise estime de soi...

La notion de choix est importante dans l'image de soi. Dans la vie, il arrive des moment où on peut faire des choix. Par exemple le choix de faire un certaine type d'études, ou d'émigrer, ou d'épouser une personne... Faire un choix, c'est accepter de mourir en partie. Avant de faire le choix, on avait plusieurs voies possibles ; plusieurs images de soi potentielles. Après le choix, il ne reste plus qu'une seule image de soi. Si la choix a été fait par une personne consciente et mature, il sera assumé. Elle pourra accepter sans souffrir les conséquences pénibles de son choix. Elle fera fructifier ses bons côtés. Tout lui semblera à sa place. Hélas parfois des choix sont faits par des personnes qui ne sont pas encore capables de les comprendre. Ou bien la personne ne fait aucun choix, on le fait pour elle. Dans ces cas-là, la suite est souvent désastreuse. On voit bien chez ces personnes qu'elles n'étaient pas prêtes pour faire ce choix. Elles continuent à explorer les autres voies, à en parler avec regret... elles ne gèrent pas correctement la voie prétendue choisie. Pour faire de vrais choix, il faut savoir les choses. Il faut avoir de la culture, de la maturité. (Certaines personnes prennent cela comme prétexte pour faire de choses discutables. J'ai par exemple vu le cas d'un homme qui explique à sa femme qu'il n'est pas prêt pour la vie conjugale, qu'il doit encore faire des expériences avec d'autres femmes... Il ne sera jamais prêt pour la vie conjugale. C'est un égoïste, qui ne fait que s'amuser avec les autres femmes et n'apprend rien.)

Un ami et moi-même ne prenons jamais de photos des paysages ou des personnes que nous rencontrons. Ce qui nous intéresse, c'est de faire entrer ces paysages et ces personnes en nous. Nous voulons nous construire des émotions qu'ils représentent. Si nous prenons une photo, que nous mettons ensuite dans un album ou dans un cadre au mur, l'émotion reste en l'air, elle est perdue. Quand nous sommes face au paysage ou à la personne, nous savons que c'est le moment où nous devons tout prendre, nous intéresser pleinement. Cela ne veut pas dire que nous sommes contre la photo. Nous adorons les peintures ou les photos faites par de petits ou de grands artistes, si ces oeuvres contiennent des émotions. Il nous arrive aussi de garder un petit objet qui est lié à un événement ou à une personne. Cet objet n'est pas la chose, il n'en est pas non plus une image. Il est un lien vers cette chose et nous seuls le savons. Parfois, nous passons nos petits objets en revue pour revivre nos émotions.

Le courage est le fait d'accepter un changement ou un risque de changement de l'image de soi. L'inconscience est le fait de ne pas se rendre compte que ce changement va avoir lieu ou qu'il pourrait avoir lieu.

Dans les tribus primitives on croit que toutes choses dans le Monde ont été créés par des êtres surnaturels. Ils ont des mythes pour expliquer chaque détail de ce qui les entoure. Par exemple tel amas rocheux est le résultat de l'affrontement entre tel et tel être surnaturels. Ils sont morts d'épuisement au combat, se sont effondrés et leurs corps se sont transformés en rochers. Pour expliquer que les serpents existent, un mythe peut par exemple raconter qu'en mourant tel être surnaturel a pondu des oeufs qui ont explosé et ont libéré les serpents qu'ils contenaient. Les membres d'une tribu peuvent se rendre là où cela a eu lieu et célébrer des rites pour obtenir qu'il y ait plus de serpents (ils sont très bons à manger). Ces lieux sont donc très importants pour ces tribus. En gros, les êtres surnaturels ont libéré des "essences" dans le Monde. Par exemple l'essence de l'arbre. Cette essence est contenue dans les graines. La preuve : il suffit de planter une graine pour qu'un arbre naisse. Pour influencer les essences, il peut parfois suffire de les invoquer. Répéter sans arrêt le mot "serpent" est sensé accroître le nombre de serpents. Inversement, un drame en Afrique est que beaucoup de personnes encore croient qu'en prononçant le mot "SIDA", le SIDA va venir. Donc ils interdisent de parler du sida, de faire de la prévention. Ce mode de raisonnement est sans doute encore présent dans les sociétés modernes, de façon inconsciente. Une photo de star contient l'essence des émotions que cette star véhicule. A plus forte raison les objets qu'elle a touchés dans sa vie. C'est peut-être la raison pour laquelle les objets personnels des stars s'achètent aussi cher. Si vous possédez un collier de perles ayant appartenu à Marylin Monroe, vous possédez l'essence de la séduction amoureuse... Marylin Monroe et un être surnaturel du passé, dont il ne reste que des graines. Cela explique peut-être aussi les prix élevés des objets d'art africain authentiques. (Au grand dam des ethnologues, qui ont besoin de ces objets authentiques pour analyser leurs symboles et tenter de comprendre les tribus. Les objets faux contiennent aussi des symboles mais mélangés n'importe comment, sans plus aucune signification.)

Lorsque de jeunes enfants passent à la télévision, le présentateur leur parle de leur famille et leur pose des questions sur elle. Il fait cela parce que c'est le centre d'intérêt principal des enfants et de familles qui regardent l'émission mais aussi pour recomposer l'image de soi de l'enfant et donc le rassurer. Il le met à l'aise pour qu'ils puisse par exemple chanter ou présenter quelque chose. Sur le plateau, sous les projecteurs et devant les gradins remplis de spectateurs, l'enfant perd ses repères. Le présentateur va donc le faire parler de sa famille, lui montrer où se trouve sa famille dans la salle, pour reconstituer son image de soi.



Le social

Celui qui impose leur image d'eux-mêmes aux autres est celui qui a le pouvoir.

Un encouragement, un compliment, sont des rehaussements de l'image de soi.

Vouloir imposer par la force une image de lui-même à quelqu'un est un crime.

Aider quelqu'un, de façon objective et constructive, à construire une image de lui-même, est certainement une des plus belles choses qui soit. Il ne suffit pas de donner des qualificatifs "tu es intelligent", "tu es beau"; il faut donner des éléments précis, argumenter, apprendre des choses à l'autre... c'est une activité très riche.

Faire des compliments à autrui est un acte très grave, très importante. Il ne doit pas être entrepris à la légère : nous prétendons influencer l'image que l'autre a de lui-même. C'est un art délicat impliquant une prise de responsabilité non négligeable.

Un très beau cadeau est d'apprendre à connaître une personne et développer en nous une image d'elle. Ainsi, en venant nous trouver, elle pourra retrouver cette image d'elle-même qu'elle aura peut-être perdue. Nous l'assurons également ainsi de survivre à la mort, à l'intérieur de nous. Ce développement d'une image d'autrui en nous peut aller très loin, surtout si nous associons l'image de l'autre à notre image. Combien de personnes ayant perdu un être cher ne se mettent pas à adopter son comportement, au moins pour un temps. Nous sommes l'autre, nous voyons au travers de ses yeux. Notre image est son image.

Faites attention à ce que implique ce que vous dites. Si par exemple vous terminez une lettre par "En vous présentant mes salutations distinguées et en vous remerciant pour votre réponse", en première lecture on peut en déduire que vous êtes très poli. En deuxième lecture on peut aussi déduire que vous partez du principe que votre correspondant doit répondre. D'après vous il est donc (en caricaturant) une machine à répondre dévouée à votre service, ce qui est quelque part un peu insultant. Bon nombre de conflits sont nés de la sorte sans même qu'aucune des deux parties ne comprenne pourquoi. Les couples, notamment, sont spécialisés dans l'échange de petites phrases anodines mais lourdes d'implications.

Nous pouvons être très énervants pour des personnes chez qui nous allons chercher une image de nous-mêmes. Il appartient à ces personnes de refuser poliment, éventuellement, mais surtout pas de nous démolir. Nous pouvons être mortellement haineux envers les personnes qui nous auront renvoyé une mauvaise image de nous.

La meilleure façon d'obtenir une chose est de la demander. Ainsi on offre une image de lui-même valorisante à celui qui donne.

Les amis sont très importants dans la constitution de l'image de soi. Ils vous aideront à la compléter, la peaufiner. Un véritable ami ne vous démolira jamais mais cherchera à vous permettre d'obtenir la meilleure image possible. Un faux ami vous renverra de vous-même une image trop flatteuse ou fausse. Un ennemi cherchera à détruire en vous votre image de vous-même, la déformer dans le mauvais sens.

La séduction est le fait de donner envie à quelqu'un d'ajouter une image à son image de soi. C'est un art. Par exemple, au moment ou on propose une image à quelqu'un pour qu'il l'adopte, il risque de comparer cette image avec sa propre image. Si cela lui donne l'impression que son image à lui est moins bien, il peut en souffrir et dès lors rejeter, nier, l'image qu'on lui propose. La séduction est un levier infiniment puissant. Dans les écoles, par exemple, si les professeurs étaient tenus de faire en sorte que la matière séduise les élèves, qu'ils aient envie de la faire vivre en eux, la face du monde en serait changée.

Si quelqu'un vous a inclus dans son image de lui-même, en tant qu'ami par exemple, puis qu'il s'avère que cette image ne reflétait pas la réalité, il peut s'en trouver extrêmement blessé. Il a en tête une photo de lui-même, sur cette photo vous vous trouvez à côté de lui, votre bras sur son épaule. Puis un jour il découvre que cette image est fausse : il se rend compte qu'en réalité vous ne faites pas partie de la photo. Alors, à l'endroit où vous étiez, il n'y a plus qu'un grand vide béant. Ce vide est une blessure, comme si on avait arraché un morceau de chair.

Si de quelque façon que ce soit vous venez à compromettre l'image de soi d'une personne, sa réaction sera de vous rejeter. Un exemple simple : supposons que vous remarquiez un automobiliste qui ne semble pas vouloir s'arrêter au moment où vous vous apprêtez à traverser une rue. Vous décidez alors de "lui donner une leçon" et vous traversez résolument la rue, l'obligeant à freiner sec pour ne pas vous écraser. Votre but est évident : vous voulez lui rappeler que son image de lui-même doit être "Tu es un automobiliste bienveillant, tu dois t'arrêter pour les piétons". Certains automobilistes le comprendront et vous seront reconnaissant de les avoir rappelés à l'ordre. Mais beaucoup d'autres le ressentiront d'une autre façon. Leur esprit entendra : "Moi piéton j'ai le pouvoir sur toi et je vais en profiter joyeusement." "Automobiliste maudit dont l'emploi du temps n'a pas d'importance." "La loi et la politesse te donnent l'obligation de t'arrêter et tu ne voulais pas le faire, beuh que tu es moche." Leur réaction sera de vous diaboliser. Ils deviendront dans leur tête de nobles chevaliers des temps moderne, adorateurs éclairés de la technologie et de la performance. Un seul ennemi : ces piétons sournois, lâches, qui ne méritent que la transformation en street pizza.

Quand vous rencontrez quelqu'un, il faut vous présenter : lui donner une image de vous-même qu'il peut assimiler.

Pourquoi brûlait-on les sorcières ? Parce qu'elles jetaient de mauvais sorts ? Si on approfondit la question on se rend compte que les "sorcières" étaient des femmes qui rendaient d'immenses services  : elles soignaient les gens, elles les écoutaient, les conseillaient. Alors pourquoi les brûlait-on ? Et bien justement, on les brûlait parce que elles s'occupaient des problèmes des autres. Elles étaient le "réceptacle" de ces problèmes. Brûler une sorcière, c'est comme écrire ses problèmes sur un bout de papier et puis le brûler. C'est une purification de l'image de soi-même, le refus d'associer des malheurs à l'image de soi-même. Les problèmes étant inhumains, l'image que les gens ont de la sorcière est donc inhumaine. Lui faire du mal est une injustice abominable et une grande bêtise, mais cela ne leur vient pas à l'idée. De plus, faire disparaître les sorcières servait les intérêt des hommes d'église. Leur métier consiste à faire accepter leurs malheurs aux gens en associant leur image à celle de Dieu. Tout en utilisant des méthodes très différentes, ils sont en concurrence directe avec les sorcières. Comme elles sont plus honnêtes, beaucoup plus instruites et plus travailleuses, les sorcières leur faisaient une concurrence déloyale. Il n'y avait pas de problèmes entre les "sorcières" et l'Eglise au Moyen-Age, lorsque l'Eglise dominait tout. C'est à la Renaissance que les problèmes ont commencé, lorsque le pouvoir de l'Eglise s'est mit à vaciller.

Avoir des amis, c'est avoir une image de soi-même dont ces amis font partie. Etre seul, c'est avoir une image de soi-même vide. Le vide est angoissant. Certains sont tellement peu sûrs d'avoir des amis qu'ils sont obligés d'être en permanence en leur compagnie pour être rassurés.

Il y a deux sortes de fréquentations. Il y a ceux qui nous permettent de mieux savoir qui nous sommes. Par l'exemple qu'ils donnent, par leur culture, par leur affection, ils nous permettent de mieux nous définir nous-mêmes. Après une rencontre avec eux nous nous sentons sûrs de nous, pleins d'énergie pour entreprendre des choses. Et puis il y a ceux qui brouillent notre image nous-mêmes. Ils ne s'intéressent pas à nous, leurs questions créent la confusion en nous, ils ne nous apprennent rien d'utile. Après une rencontre avec eux nous nous sentons vides, perdus.

"Il me pompe mon énergie" se dit d'une personne qui rend notre image de nous-mêmes floue, contradictoire. Si en même temps nous lui avons permis d'avoir une image de soi plus claire, elle se sentira forte, pleine d'énergie. Si la rencontre a lieu entre personnes positives, cela permettra à chacun d'améliorer la qualité de son image de soi. Il y a création d'énergie. "Il me donne de l'énergie" se dit d'une personne qui nous aide à mieux nous définir, savoir qui nous sommes. Cela peut même se dire d'une personne qui ne dit rien, ne fait rien  : si le calme dont elle fait preuve déteint sur nous, cela nous permet de réfléchir, de méditer, de nous retrouver nous-mêmes, savoir ce que nous avons à faire. Nous aimons beaucoup les acteurs de cinéma qui nous permettent de nous identifier à eux. Attention : on peut avoir une image de soi claire, en retirer beaucoup d'énergie, alors que cette image de soi est fausse et néfaste, nous mènera au désastre. Les meneurs d'hommes savent jouer là-dessus. Ils nous regardent droit dans les yeux, nous font un grand sourire confiant. Cela nous gonfle d'énergie. Ils nous disent que nous sommes supérieurs, que nous avons des droits. Ils nous présentent les choses d'une façon simple et compréhensible.

Un truc simple pour obtenir un service de quelqu'un est de lui dire qu'on pourrait demander ce service à quelqu'un autre. Cela fonctionne sur base de l'image "superman" que chaque occidental essaye d'avoir de lui-même. Superman règle les problèmes tout de suite et sans l'aide personne. Afin de préserver cette image de soi, il sera prêt à faire n'importe quoi. (Si la victime connaît le truc, on obtiendra l'effet inverse; ce sera plutôt une douche froide, parce que son image de soi se trouve ravalée au rang d'objet utilitaire manipulé.)

Les sociétés qui déprécient les individus ou qui les obligent à se déprécier eux-mêmes sont tout aussi peu performantes que les sociétés qui exaltent les performances des individus. L'Italie fasciste ou le communisme soviétique, par exemple, sont d'adroits mélanges de ces deux extrêmes. Avec les résultats que l'on sait.

Le libre arbitre consiste à laisser chacun construire son image de lui-même et le laisser juger par lui-même du résultat.

Dans certaines tribus primitives, l'individu fait totalement partie de sa tribu. A tel point qu'il n'existe presque pas lui-même. Son image de soi est strictement basée sur la tribu. Il n'existe pas, seule existe la tribu. Si par exemple un individu d'une tribu est grossier avec un individu d'une autre tribu, ce n'est pas une offense d'individu à individu, mais de tribu à tribu. Si un individu part travailler à l'extérieur pour envoyer de l'argent à sa tribu, il n'y a aucun risque qu'il garde l'argent pour lui-même. Cela n'aurait pas de sens.

Prendre quelqu'un dans ses bras, c'est former un seul corps avec lui. C'est la façon la plus complète de lui dire "Tu fais étroitement partie de mon image de moi-même" ou "Nous formons une seule image".

Il existe depuis peu aux Etats-Unis des associations de particuliers qui prétendent lutter activement contre les actes pédophiles en permettant à chacun de savoir si un pédophile habite dans son quartier. Parfois ils vont de leur propre initiative signaler le fait aux habitants. Ces méthodes simples, brutales et défoulantes sont très critiquées par les juristes et les psychologues. Le système correctionnel américain a mis au point un ensemble de thérapies et d'aides à la réinsertion qui donne des résultats très importants. Alors qu'avant jusqu'à 80% des pédophiles récidivaient, il ne s'agit plus maintenant que de 2 à 3%. Les initiatives des associations privées, par contre, n'auront virtuellement aucun effet (elles empêchent tout au plus les pédophiles de récidiver dans leur propre quartier), elles auront même l'effet inverse : en rejetant les pédophiles repentis de la société, elles ne peuvent que contribuer à faire rechuter certains d'entre eux, par désoeuvrement. Il est une chose qui doit être méditée : les membres de ces associations se font les chevaliers défenseurs de la pureté de l'enfance. Ils prennent leur pied en faisant cela. Mais un pédophile est également quelqu'un qui est séduit par la pureté de l'enfance, qui veut se l'approprier et qui en retire une jouissance. A la base, pédophiles et membres des associations ont le même moteur, le même maître. Les menaces que ces associations veulent faire peser sur les pédophiles sont très semblables à la façon dont un pédophile persécute sa victime. Tous deux souffrent d'un cruel manque d'éducation, ce qui les empêche de se rendre compte de ce qui est bien. Ils font des raisonnements courts et simplistes et se laissent mener par leurs pulsions. Les enfants qui auront grandit dans un monde gouverné par ces associations seront doublement prédisposés à devenir des pédophiles. La seule solution pour éradiquer la pédophilie est de créer un monde où les parents ont les moyens intellectuels et matériels de donner à leurs enfants tout l'amour qu'ils ont pour eux, où les enfants reçoivent une éducation riche et où ils auraient (enfin) le droit de vivre une véritable enfance, faite de jeux, de rêve et de développement de leurs capacités. Une personne qui a eu une telle enfance, dont l'enfance n'a pas été détruite par un système puritain, autoritaire et borné, n'a aucune tendance à tomber fou de passion devant un enfant. Il n'a aucun besoin d'essayer de s'approprier ce qu'il lui a pleinement été donné la possibilité d'être. En permettant aux pédophiles d'évoluer, d'apprendre, de comprendre, de devenir meilleurs, les psychologues leur donnent une chose qui leur avait été refusé pendant leur enfance. Les résultats ne seront jamais aussi bons que s'ils avaient pu le faire étant enfants, mais c'est dans cette attitude que réside la seule voie. Les psychologues sont une sorte de bons parents. Les membres des associations, eux, prétendent lutter contre les actes des pédophiles en leur infligeant un traitement qui ressemble très fort à ce qu'ils ont déjà subit étant enfant et qui est la cause de leur détraquement. C'est pour le moins surprenant...

Certaines personnes ont une vision très claire et très forte de ce qu'ils croient qu'est l'image d'eux-mêmes des autres. Ou de ce qu'ils voudraient que soit l'image que d'autres personnes ont d'eux-mêmes. Le simple fait de fréquenter ces personnes fait que ces images vont effectivement s'imposer à nous. Notre image de nous-mêmes va devenir ce que ces personnes rêvent. Nous allons ensuite nous comporter conformément à ce que dictent ces images. Cela peut être en bien (un directeur d'école qui se comporte en bon père de famille) comme en mal (un chef de secte ou un industriel esclavagiste). Parfois ce mécanisme a lieu de façon désordonnée, irresponsable. Par exemple quand le système judiciaire qualifie une personne de criminel alors qu'elle n'en est pas encore véritablement un. C'est à cause de cela qu'elle va le devenir.

Quand vous avez affaire à un groupe de personnes, vous devez tenir compte du fait que ce groupe forme une image complexe, comme le plan d'une machine. Chaque personne du groupe occupe une fonction donnée et a des moyens de communication donnés avec les autres membres. Le groupe fonctionne comme une machine, un système, et vous devez essayer de respecter cet ensemble. Chaque membre du groupe tire son image de soi de la position qu'il occupe au sein du groupe. Si par exemple un membre se définit comme protecteur des autres membres, vous devrez invoquer sa protection même quand c'est inutile. Sinon, c'est comme si vous introduisiez une poutrelle dans les rouages de la machine. Vous subirez une contre-attaque de ce membre - même si vous n'avez rien fait de mal par ailleurs - et aussi des autres membres.

Beaucoup de problèmes sociaux résultent du fait qu'une personne ou un groupe croît instinctivement qu'une autre personne ou un autre groupe n'apprécie pas ou son image de soi. Beaucoup de prétextes ou de motifs seront invoqués pour justifier les affrontements, en réalité tout revient à une appréciation d'image de soi réciproque. Le jeu social consiste à passer son temps à rassurer les autres sur l'appréciation que l'on a de leur image. Là aussi des moyens et des méthodes très diverses existent : inviter, flatter, offrir, parler, se préoccuper...

Dans les systèmes matriarcaux, les dettes n'existent pas. Car chacun reçoit ou prend les choses suivant ses besoins. Si une personne prend beaucoup plus de choses qu'une autre, c'est qu'elle en a besoin. De toute façon chacun est aimé et considéré et cela est bien plus important que les contingences matérielles. Par les caresses et les conversations chacun reçoit une bonne image de lui-même au sein de la tribu. Dans une société patriarcale par contre les dettes jouent un rôle angulaire. Chacun mémorise avec précision les dettes que d'autres ont contractés auprès de lui. Par exemple untel m'a emprunté un mouton, untel m'a emprunté cinq oeufs et à untel j'ai emprunté une hache. Ces dettes sont une composante très importante de l'image de soi. Une personne envers qui beaucoup de personnes ont une dette aura une image de soi ronflante. Dans son image de soi, il possède virtuellement toutes ces choses qu'on lui doit. Dans beaucoup de ces tribus on crée une dette implicite de tous les membres envers le chef. Même si le chef n'a rien prêté à personne, tout le monde à une dette inextinguible envers lui et doit donc régulièrement lui rendre un service ou lui donner quelque chose. Le remboursement d'une dette est un acte aussi important que le jour où elle a été contractée. Parfois le souvenir d'une dette remonté à plusieurs générations. Mais une dette ne doit pas forcément être remboursée avec un objet de même nature que l'emprunt. Le prêteur peut par exemple accepter de se faire rembourser d'un mouton par cinq poules. La valeur étant considérée comme égale. Ou une personne qui rembourse un mouton par trois poules ne devra plus que deux poules. Plus fort encore sont les transferts de dettes ; les remboursements croisés. Par exemple si une personne A a une dette d'un mouton envers une personne B, cette personne B peut aller trouver une personne C et lui proposer : "Donne-moi cinq poules et je transfère sur toi la dette de la personne A. C'est à toi qu'elle devra un mouton et plus à moi.". Ce système est très performant. Mais il devient rapidement très complexe. Les transferts de parts de moutons et de quartiers de poules finissent par former une comptabilité inextricable. Alors un des objets qui a cours dans la tribu finit par devenir une référence de dettes. Par exemple une petite rondelle de métal ou un coquillage. Au lieu de comparer la valeur de toutes les choses entre elles on se contente d'exprimer la valeur de chaque chose en fonction du nombre de rondelles de métal ou de coquillage qu'elle vaut. Cette référence unique simplifie grandement les choses. Si un mouton vaut dix coquillages et une poule vaut deux coquillages, alors un mouton vaut autant que cinq poules. Cela rend aussi beaucoup plus simples les remboursements croisés. Il n'est plus nécessaire de mémoriser qui doit quoi à qui et quelles sont les valeurs réciproques des choses. Chacun se contente d'avoir des rondelles de métal ou des coquillages dans sa besace. Et de mémoriser combien de rondelles de métal d'autres lui doivent. Si une personne désire un mouton ou tout autre objet, elle n'a qu'à l'échanger contre des rondelles de métal, sans se poser plus de questions. Ou éventuellement elle peut contracter un dette envers le vendeur de l'objet, mais simplement exprimée en nombre de rondelles de métal. Cela permet de faire des échanges à beaucoup plus grande échelle ou avec des inconnus et de garder des comptes précis. C'est donc une base des civilisations. Dans les civilisations évoluées, l'unité d'échange n'a même plus de valeur propre. Il n'est pas nécessaire d'utiliser un morceau de métal ou un coquillage qui ont une valeur en soi. On se contente de dire des chiffres, que l'on mémorise électroniquement ou en gardant des feuilles de papier imprimées dans un portefeuille. Au point de vue de l'image de soi, cet argent a quelque chose de magique. Car quand on possède des unités d'argent, à priori on peut les échanger contre n'importe quoi. Donc une personne qui a beaucoup d'argent peut considérer que virtuellement tout peut lui appartenir, que tout peut faire partie de son image de soi. Ce pouvoir immense fait de l'argent une drogue. Plus le chiffre de l'argent que l'on possède est élevé, mieux on se sent, car plus vaste est son image de soi potentielle. C'est malheureusement aussi un jeu de dupes. Car tout ne peut pas s'obtenir avec de l'argent. Et en accumulant de l'argent-drogue de façon anarchique certains détruisent la vie d'autres personnes. Comme toutes les drogues, l'argent nécessite un certain niveau de maturité, de responsabilité, des usages et des lois, un contrôle mutuel des individus, une prise en charge sociale. Et puis surtout il faut se rappeler du fait qu'une société moralement riche et équilibrée n'est ni matriarcale ni patriarcale. Elle est un savant mélange des deux. Donc il faut qu'existent des règles de transfert ou d'annulation de dettes qui ne relèvent pas de la comptabilité exacte mais du coeur, des sentiments humains. L'interaction du matriarcat et du patriarcat a aussi des aspects discutables. Par exemple l'échange de caresses matriarcales contre de l'argent patriarcal. Cela ne peut être évité, mais doit être socialement géré.

Quand vous payez un euro à votre épicier pour une barre chocolatée, vous attestez ainsi de son rôle dans la communauté. De même si vous allez demander quelque chose à un élu local ou un conseil à un vénérable vieillard. Vous permettez à ces personnes de vivre leur image d'eux-mêmes, d'être eux-mêmes. Parfois, sans le faire exprès, on peut faire une chose qui compromet ou menace de compromettre l'image de soi d'une de ces personne. C'est un peu comme si on la menaçait de mort. A l'inverse, certains escrocs font semblant de jouer le jeu de procurer leur image de soi à ces personnes, pour mieux les manipuler. Soyez sincères.

Le matriarcat veut que tous soient égaux, que l'on connaisse chacun, que l'on ne juge personne ni en bien ni en mal et que l'on fasse ce qui est bon pour chacun. Le patriarcat veut une hiérarchie bien définie, que la personnalité de l'individu n'entre pas en compte et que l'on soit châtié ou récompensé suivant ses actes. Confucius a tenté de faire un amalgame des deux. D'une part il a crée une hiérarchie stricte, basée sur l'âge. Les plus vieux commandent aux plus jeunes. La justification de ce système est la suivante : avant, dans le passé, les choses allaient mieux. Or, qui est le plus proche du passé, donc du paradis ? Les personnes âgées... CQFD. Ce système est carcéral pour les jeunes mais tout le monde est sensé s'y plier. Gouvernées par les vieux, les sociétés confucianistes n'évoluent pas. D'autre part Confucius à prôné l'absence de jugement de l'autre. Il faut à tout prix éviter d'atteindre à l'image de soi des autres. Aucune injure, ni même aucune critique, ne peut être proférée à l'encontre d'autrui. Il faut "respecter" à tout prix son prochain. Ainsi la paix sociale est garantie ; tout le monde est gentil avec tout le monde. Pour cette deuxième raison les sociétés confucianistes n'évoluent pas. Si personne ne peut être critiqué, personne ne peut s'améliorer.

Il y a une pulsion en nous qui nous pousse à faire assimiler notre image de nous-même à un maximum de personne. C'est pour cela qu'acquérir la célébrité est généralement considéré comme un grand succès. On mesure l'importance d'une personne au nombre de gens à qui elle a fait assimiler son image d'elle-même. Une anecdote amusante est celle d'un homme qui devait défendre un projet devant une assemblée. Au lieu de parler de son projet il a énuméré les personnes et les associations qu'il connaît. L'assemblée était captivée. A priori on essaye de se faire connaître d'autrui pour ses qualités. Mais certaines personnes qui n'y arrivent changeront de tactique et se feront connaître par des actions choquantes. C'est le résultat qui compte, le nombre de personnes qui ont entendu parler de vous.

Les groupes humains ont tendance à former une hiérarchie. Que ce soit dans une bande de jeune ou dans une entreprise, il y a le chef, les lieutenants et la valetaille. Il y a souvent beaucoup plus que ces trois niveaux et les rapports de force peuvent être de natures différentes entre personnes différentes du même groupe. C'est un édifice très complexe. Dans les société civilisées on essaye de rationaliser les choses en définissant clairement la structure de la hiérarchie. Beaucoup de membres du groupe essayent de monter dans la hiérarchie. Mais le plus important est de garder la position que l'on a. La plupart sont prêts à tout pour cela. Leur position est ce qui est le plus important dans leur image d'eux-mêmes. Menacer de les faire descendre dans la hiérarchie, cela peut être pire que de les tuer. Cette importance de la hiérarchie est telle que presque tout, même ce qui n'a rien à voir, va être mis au service de cette photo que constitue la hiérarchie. Si vous trouvez que des choses sont absurdes dans un groupe ou qu'on vous tient des propos bizarres, demandez-vous si cela ne sert pas tout simplement à marteler la forme de la structure hiérarchique. Par exemple si on vous demande de faire un travail inutile, cela peut être juste pour vérifier que vous acceptez votre place de travailleur ou pour vous le rappeler.

L'opinion de certaines personnes nous est nécessaire pour construire notre image de nous-mêmes. La vision qu'elles ont de nous, la façon dont elles nous ressentent, les émotions que nous leur procurons, coulent vers nous et s'étalent dans notre image de nous-mêmes, comme par un effet de vases communiquants. Parfois cette image nous est plutôt imposée par ces personnes, à notre insu ou à notre corps défendant. En bien ou en mal, ces personnes elles-mêmes font automatiquement partie de notre image de nous-mêmes. Si nous aimons cette vision qu'elles ont de nous, nous nous rapprocherons d'elles, pour que la sensation devienne plus forte. Ce désir de rapprochement peut être très intense, nous rendre comme fous. Nous aspirons de tout notre être à cette image qui coule vers nous. Par contre si nous voulons rejeter cette perception, nous allons rejeter ces personnes elles-mêmes. Nous allons partir ou les faire partir. Le rejet ne veut pas nécessairement dire que ces personnes sont néfastes. Cela peut simplement être dû au fait que nous désirons changer l'image que nous avons de nous-mêmes, là faire évoluer. La vision de ces personnes s'impose à nous et nous empêche de le faire.

Les images de soi des personnes et des groupes se modifient au fil du temps. Une chose importante pour les humains est de "acter" ces changements et ces nouvelles images. C'est le rôle des cérémonies, publications de bans, diplômes, déclarations, remerciements, procès...

Pour beaucoup de personnes, l'argent est de l'argent. Il n'a pas d'odeur. Quelle que soit la source d'une somme d'argent, elle peut servir à payer n'importe quoi. Ces personnes-là ont souvent des problèmes d'argent. Des personnes plus organisées considèrent au contraire que chaque source ou réserve d'argent est différente et est destinée à un usage différent. Certaines personnes par exemple considèrent que les revenus de leur emploi de fonctionnaire sert à payer les frais vitaux comme le loyer et la nourriture. Tandis que les sources d'argent plus occasionnelles comme des ventes ou des contrats servent à payer le superflu. Ils n'imagineraient jamais prendre un euro sur le compte du salaire de fonctionnaire pour s'acheter même un livre à deux sous. Ainsi, chaque source ou réserve d'argent touche à un aspect différent de leur image de soi : elle engendre des rêves différents. Parfois la ventilation est assez folklorique. On décide que tel argent servira à ceci et tel argent à cela, sur une base arbitraire. On voit ainsi des personnes riches à millions qui expliquent en toute sincérité et détresse qu'elles n'ont pas d'argent pour manger jusqu'à la fin du mois. C'est l'autre extrême. Pour bien faire, il faut accepter les transferts entre les comptes, mais de façon structurée : il faut établir des règles sérieuses, en débattre chaque fois avec toute la famille et considérer cela comme un événement fort. Considérer que des paquets différents d'argent sont intrinsèquement différents est une base de l'honnêteté. Pour un vrai employé de banque, l'argent de la banque n'a aucun rapport avec son propre argent, son salaire. Alignez devant lui un billet de banque de 5 € et trois de 10 €, tous issus du coffre de la banque. Ajoutez un cinquième billet de banque de 10 €, tiré de son portefeuille. Demandez-lui quel billet est l'intrus dans ces cinq billets, il montrera du doigt le billet de 10 € sorti de son portefeuille. Les tribus africaines ont assimilé ces distinctions en créant carrément des monnaies différentes. Il y a les pièces de monnaie pour payer la nourriture et les outils, il y a les pièces de monnaie pour payer l'achat de femmes et il y a les pièces de monnaie pour acheter des fonctions sociales. Ce sont des circuits monétaires indépendants, qui obéissent à des règles différentes.

Les conservateurs sont des personnes qui veulent que leur image de soi et celle de la Société reste inchangée. Les progressistes cherchent à améliorer ces images, ce qui implique de les changer. Ni le conservatisme ni le progressisme ne sont intrinsèquement bons ou mauvais. Ce qui compte est d'être progressiste ou conservateur quand il faut l'être. Inversement être conservateur ou progressiste peut nuire, quand c'est inapproprié.

La volonté d'appartenir à un groupe est un des instincts humains les plus puissants. C'est variable suivant les individus mais pour certains l'entièreté de leur emploi du temps et de leurs émotions sont centrés sur l'appartenance au groupe. Ils veulent séduire ou dominer les membres du groupe, devenir une figure incontournable du groupe... Ils sont prêts à des actes extrêmes s'ils devaient être menacés d'être rejetés du groupe. Le groupe peut ne rien leur rapporter et même leur coûter très cher, peu importe. Il y a une phase dans l'adolescence où l'individu se tend vers son groupe "d'amis". Ils apprend la vie en bande. Ensuite son comportement social est sensé devenir plus mature, plus équilibré.

Les lois font partie de l'image de soi d'une personne. Ce sont ses limites, les frontières de son terrain d'action. Il est bon que ces lois soient bien définies afin que la personne ait une image nette des frontières. Si les lois sont imprécises ou changent tout le temps, elles deviennent floues pour la personne et lui causent un stress.

Un enseignant est une personne qui joue un rôle important pour la construction de l'image d-eux-mêmes des enfants. Certains enseignants négligent complètement ce rôle, d'autres exagèrent et imposent aux enfants des images déplacées dont ils mettent des années à se défaire. Certains enseignants se font respecter en menaçant les enfants de leurs donner des images négatives. D'autres enseignants se font aimer en donnant des images positives d'eux-mêmes aux enfants. Il faut avoir de la culture, de l'expérience et de l'amour pour être capable de jongler de façon honnête et constructive avec les images des enfants.

Quand on offre quelque chose à une personne, on s'offre aussi soi-même. Si le cadeau est accepté, on est accepté soi-même. Il y a là tout un langage. En offrant un objet, on peut s'offrir comme ami, comme relation, comme partenaire de travail... Si un cadeau est accepté, on n'est pas sûr de la partie de soi-même qui est acceptée. On peut croire être accepté comme ami alors qu'on n'est accepté que comme relation d'affaire... Dans la mafia les cadeaux sont codifiés. Par exemple si on veut faire affaire avec un parrain de la mafia on peut lui offrir un panier avec des fruits et une bouteille d'alcool. Si le parrain n'est pas intéressé par votre proposition il refuse le cadeau poliment. S'il refuse le cadeau avec violence, le message est clair. Dans ma ville quelques traiteurs sont spécialisés dans la confection de paniers cadeaux pour la mafia.

Tout peuple a ses émotions et ses valeurs. Il tend à leur donner une représentation, sous forme de symboles : des statues, des images, des mots, des paraboles... Quand deux peuples essayent de s'entendre, ils vont échanger leurs symboles. C'est une fécondation mutuelle. Chacun essayera d'expliquer ses symboles à l'autre. Ils se découvriront des émotions et des valeurs communes et apprendront chacun de nouvelles choses. Quand un peuple assujettit un autre peuple, il assujettira aussi ses symboles. Il les détruira, les tournera en ridicule, les ramènera et les exposera comme un butin... En n'essayera pas de les comprendre et on expliquera qu'il n'y a même rien à comprendre, que ce peuple vaincu est sans intérêt. Le vainqueur imposera ses symboles au vaincu, tout au moins une partie de ses symboles, qu'il juge sans danger. Parfois, les intellectuels du peuple vainqueur étudient malgré tout les symboles du vaincu. Eventuellement au départ dans le but de mieux comprendre le vaincu pour mieux l'exploiter. Il peut alors se produire une infection du vainqueur par le vaincu : au fur et à mesure que les intellectuels du vainqueur apprennent à ressentir les symboles du vaincu, ils vont découvrir combien mieux ils rendent compte de leurs émotions, à quel point ils sont riches...

Il y a un rapport étrange entre l'argent et les câlins. Tous deux sont des portes ouvertes sur des infinis. L'argent est une porte ouverte sur le monde extérieur. Si vous possédez de l'argent, vous êtes supposé pouvoir acheter n'importe quoi ou pouvoir vous déplacer vers n'importe quelle destination. Les câlins sont une porte ouverte sur l'infini du monde intérieur. Ils vous permettent de vous explorer vous-mêmes et de comprendre les autres. Argent et câlins peuvent être liés. Le roux a écrit : "L'argent est le nerfs de la guerre et des amours". Une famille se structure souvent autour d'une source d'argent. Certains parents donnent des câlins à leurs enfants, d'autres leur donnent de l'argent de poche. Une différence entre les deux est qu'on est jamais rassasié par l'argent. Si on n'a que cela, on en voudra toujours plus. Les câlins, par contre, permettent d'atteindre une plénitude.



Les parents

Les premiers intervenants dans la constitution de l'image de soi sont nos parents. Ce sont eux qui jettent les bases, qui nous fournissent les premières briques de construction et "nous apprennent le métier de maçon". Ce qu'ils nous apportent de plus important est le concept "tu es notre enfant", avec tout ce que cela a de sacré et d'intangible. S'ils font mal leur travail, les conséquences seront désastreuses.

Une des chose les plus importantes dans ce processus est le fait que l'enfant comprenne qu'il ne se définit pas par ses qualités mais par son essence. Il n'est pas l'enfant de ses parents parce qu'il est beau. Il est l'enfant de ses parents, un point c'est tout. Plus tard, cela se muera partiellement en "Je suis moi, je n'ai besoin de fournir ni preuves ni épreuves pour cela". Cela lui permet d'être libre de décider quand il est bon de fournir un travail, de rendre un service. Il ne sera l'esclave de personne. Il sera donc un travailleur d'élite.

Les voleurs sont souvent des personnes dont les parents ne se sont pas occupé. Ils ne s'accordent donc aucune valeur, ils n'ont pas de dignité.

Un "truc" efficace pour fabriquer des enfants surdoués au jeu d'échec consiste à leur offrir un jeu d'échec ou un livre d'échec comme récompenses chaque fois qu'ils en "méritent" une. Ainsi pour eux le monde des échecs sera ce qu'il y a de plus élevé. Ils feront tout pour construire une image eux-mêmes conforme à ces valeurs. Instinctivement, ils réfléchiront tout le temps, de toutes les façons possibles, à comment s'améliorer en tant que joueur pour avoir une meilleure image d'eux-mêmes/joueurs. (Pour la même raison, à mon opinion les parents qui offrent de l'argent comme récompense à leurs enfants les préparent à une vie bien pauvre. L'argent de poche est indispensable, mais la façon de le donner doit être "absolue"; l'argent doit être un outil, pas une valeur.)

Le supplice de la goutte est bien connu des psychologue : les parents qui disent tous les jours un petit quelque chose à leur enfant pour le diminuer. A vingt ans, le résultat est catastrophique. Plus subtil est le supplice du fil de fer : un compliment, une critique, un compliment, une critique... la victime, balançant d'un côté à l'autre, finira par casser, comme un fil de fer que l'on plie plusieurs fois dans un sens puis dans l'autre. Autre technique : se faire accepter par quelqu'un en ouvrant le débat avec un compliment, puis attaquer avec des critiques.

Les personnes qui gèrent mal l'image qu'ils formaient avec leurs parents vont avoir tendance à épouser quelqu'un qui ressemble mentalement à un de leurs parents, pour reformer une image complète eux-mêmes. Ces problèmes d'images arrivant souvent quand un des parents avait un problème mental, les enfants épouseront donc une personne avec le même problème mental et en subiront les conséquences.

Les parents ne se rendent pas compte à quel point leur image de soi sera ce que leurs enfants adopterons. Ce serait exagéré, mais on pourrait presque dire qu'il ne sert à rien d'éduquer, il suffit d'être éduqué soi-même. Les enfants copieront. Par exemple : un parent qui se sacrifie trop, qui n'a plus de vie propre, va montrer à ses enfants une image qu'ils vont hélas adopter. Devenus adulte ils ne vont pas non plus pouvoir profiter de la vie; ils seront au service des autres, considérés comme des monstres envahissants. Il n'y a pas d'enfants mal élevés, il n'y a que des parents mal élevés.

Il est indispensable qu'un enfant sache mettre la table. C'est un art qu'il faut lui apprendre. Mais l'obliger à mettre la table tous les jours, aura pour seul effet que, devenu adulte à son tour, il obligera aussi ses enfants à mettre la table tous les jours. Dès lors, pourquoi lui apprendre à mettre la table puisque de toute façon ce seront ses enfants qui devront la mettre ?

Parfois, par réaction, les enfants adoptent une image diamétralement opposée à celle de leurs parents. Cette opposition n'est souvent qu'une apparence : le fondement de leur comportement sera tout de même une copie de l'image de leurs parents. Par exemple je connais un jeune homme qui est devenu fanatiquement sale et antisocial. Sa mère l'a traumatisé à force d'être fanatiquement pieuse et conformiste. A priori ils sont le contraire l'un de l'autre, mais dans le fond ils font exactement la même chose : rechercher fanatiquement l'approbation d'autrui.

L'image qu'on a de soi doit correspondre à la réalité. Il ne faut pas mentir à un enfant en lui affirmant qu'il a des capacités qu'il n'a pas réellement. Or pour acquérir certaines capacités, il faut énormément de temps et de travail. C'est à cela que l'école est sensée servir. En réalité on ne fait souvent que semblant d'apprendre des choses aux enfants. On leur fait tout un cinéma avec sons et lumières, mais on ne développe que fort peu leur esprit. Ensuite on leur discerne des diplômes, on prétend qu'ils ont acquis de nombreuses capacités, comme le veut la Constitution. Les jeunes adultes ainsi diplômés sont très dangereux. Ils sont les complices d'un système qui ferme volontairement les yeux sur leur incompétence. En contrepartie ils seront les garants forcés de ce système, prêts à tous les crimes pour le défendre, pour défendre leur propre image usurpée de personne instruite. C'est un jeu de dupes.

"Il faut tuer le maître", "Il faut tuer son père". Que veut on dire par là ? Tout simplement que l'enfant, ou le disciple, se considère "lié" à celui qui lui apprend les choses, à celui qui lui sert de modèle. Dans son image de lui-même, le maître, ou le père, est là, derrière lui, à côté de lui, plus grand que lui, son bras sur ses épaules, qui lui donne des conseils ou des instructions précises. Dans le cas d'un enfant, c'est une nécessité vitale. Les parents doivent impérativement "donner" leur cerveau à leur enfant. L'enfant n'a ni sens critique, ni mesure, ni références. Il ne comprend pas les dangers. Son cerveau est matériellement incapable de gérer les problèmes. Le cerveau du parent se "greffe" virtuellement à celui de l'enfant pour lui donner ces capacités pour pouvoir rester en vie et en bonne santé. Cela se fait par le biais de paroles simples, de gestes précis. Si le parent a de la maturité et du coeur, l'enfant accepte cela de façon naturelle. Il en ressent le besoin. Il ne le remettra en question que par jeu, en réalité pour mieux en profiter encore. Mais un jour l'enfant doit cesser d'être enfant, le disciple doit cesser d'être disciple. Alors il doit effacer le maître ou le parent de son image de lui-même. Tout au moins il doit le reléguer plus loin, lui donner une position différente. Dans certaines écoles d'arts martiaux, pour symboliser ce fait le disciple décapite une effigie du maître. Et le maître de savourer le plaisir du travail accompli... Il appartient alors à l'enfant ou au disciple de découvrir et développer des choses qui lui sont plus spécifiques et que son éducateur ne connaissait pas. Il part d'une base commune à lui et à son éducateur, imposée par son éducateur. Ensuite il devient graduellement lui-même. (Dans les bonnes écoles ces deux phases sont interpénétrées. Alors le maître est aussi le disciple de ses disciples.)

Il est bon de toujours se demander s'il n'y a pas moyen d'avoir plus. C'est là une des pulsions de base de la nature humaine. C'est une excellente pulsion, à condition qu'elle soit soumise à une autre pulsion : celle qui veut que l'on doit chercher à se satisfaire de ce que l'on a. Il faut savoir être heureux des choses telles qu'elles sont. Certaines personnes ne savent pas faire cela. Toute leur vie est une souffrance, une longue plainte. Rien ne va, rien n'est comme il faudrait. Quelqu'un qui fonctionne ainsi n'a jamais assez. Avant était toujours mieux (le confucianisme est un système politique et social basé sur cette perversion). Il ne tarit pas de reproches envers nombre de personnes. Quand on l'écoute attentivement on se rend compte qu'il raisonne comme un enfant capricieux : il boude, il râle, il dénonce, il geint... Il n'a pas réussi à sortir de l'enfance. Il n'a pas encore aimé suffisamment fort pour avoir envie de devenir adulte, sans doute parce que lui-même n'a pas été aimé suffisamment lorsqu'il était enfant. Il n'a pas appris ce que aimer veut dire. A condition de bien l'écouter il est possible de comprendre comment fonctionnait sa famille quand il était enfant. Son image de lui-même est intimement liée à l'image qu'il a de sa famille. Il fait une projection de cette image de sa famille sur le Monde entier. Les agents de police, les juges et les conducteurs de bus sont des projections de son père. S'il avait un père faible, il jouera à tromper les forces de l'ordre. Si son père était trop sévère il se plaindra de la "surveillance" que ces personnes exercent sur lui. Parfois il fera les deux choses en même temps, puisqu'un qu'un père faible peut se montrer trop sévère par peur ou pour essayer de compenser. S'il reproche à quelqu'un où à quelque chose de ne pas lui donner assez, c'est qu'il projette l'image de sa mère. Quand ses critiques sur quelqu'un deviennent virulentes, acides, haineuses, c'est qu'il projette sur cette personne l'image de lui-même. Plus précisément : il projette l'image de lui-même que ses parents lui ont donnée, lui ont imposée. S'il vous dit que les choses doivent aller "vite", c'est que ses parents lui ont souvent dit de faire les choses "vite". S'il vous dit qu'il faut lui dire exactement ce qu'il doit faire, c'est que ses parents lui donnaient des instructions précises. S'il se brouille avec son logeur et se fait expulser, cela veut dire que ses parents l'ont prié de partir lorsqu'il a eu un certain âge. Sa vie est un éternel recommencement de son enfance. Doit on dire que sa relation avec ses parents était mauvaise ? Ou doit-on dire qu'elle n'a pas suffisamment évolué, mûrie, au fil du temps pour l'amener à l'âge adulte, à l'indépendance d'esprit ? Certains parents traitent un adolescent comme s'il était une nouveau-né, sous prétexte qu'il n'est pas un adulte... Quel est le remède ? Il n'y en a qu'un seul : il faut qu'il aime. Il faut qu'il ait une passion, que ce soit pour une autre personne, pour un métier ou pour une cause politique. Alors il voudra de toutes ses forces que l'image de cette personne, de ce métier ou de cette cause fasse partie de lui. Un clou chasse l'autre, cette nouvelle image remplacera l'image de sa famille. Il voudra se rendre utile à sa passion, devenir performant. Il voudra fournir des résultats. Il sera obligé d'acquérir de la discipline. Il apprendra à donner, il apprendra à communiquer. Il sera confronté à la réalité, il ne pourra plus faire semblant. Il sera forcé de comprendre les choses, forcé de comprendre pourquoi elles sont là, forcé de comprendre pourquoi elles sont ainsi. Il apprendra donc à les accepter, à faire avec. Quand il aura réussi à bien intégrer sa passion à son image de lui-même, alors il s'aimera lui-même. Il s'aimera en tant que père de famille, en tant que travailleur ou en tant que citoyen responsable. (Les extrêmes se touchent. Quelqu'un qui ne se plaint jamais, qui ne fournit aucun effort pour se sortir de certaines situations, peut aussi être une personne restée en enfance.)

La mère sacrificielle s'identifie complètement à son enfant. Son image d'elle-même n'est constituée que de ce qui concerne sont enfant. Elle lui donnera tout et exigera tout de lui en retour. Si l'enfant fait mine de s'écarter des projets que sa mère a conçus pour lui, elle le remettra dans le droit chemin à coups de barre à mine. Elle obtient assez facilement la complicité de son entourage : "Quelle mère dévouée. Comment son enfant ose-t-il se plaindre ?". Si elle aimait réellement son enfant, donc si elle s'intéressait à ses vrais besoins, elle constaterait que pour une grande partie de la journée l'enfant préfère qu'elle lui "lâche les basquets". Forte de ce temps libre, elle peut se tourner vers d'autres activités : un amant, un hobby, un métier...

Nous savons que nous allons vieillir puis mourir. Notre image de nous-mêmes va disparaître. Une façon de la rendre éternelle est d'avoir des enfants. Ils font partie de notre image de nous-même, ils portent en eux une part importante de nous-mêmes. Quand nous mourrons, eux continueront à exister, puis leurs enfants, et ainsi de suite. Ce que nous étions se répartira fil des génération, entre un très grand nombre de personnes, mais existera toujours.

A la base de l'image de soi d'une personne, il y a les mythes fondateurs. Ce sont les mythes de la tribu ou de la religion. Par exemple pour certaines tribus les humains sont les enfants chéris des dieux, ou sont des dieux eux-mêmes, tout au moins des copies des dieux. Dans d'autres tribus les humains sont détestés des dieux, ont été punis par eux ou ont commis des crimes. Cela a une répercussion sur ce que les enfants à qui l'on impose ces mythes penseront d'eux-mêmes. Un mythe fondateur plus personnel, privé, est l'histoire des parents, pourquoi l'enfant est né, dans quelles circonstances. Si les parents s'entendent bien (fussent-ils divorcés), l'enfant aura une image harmonieuse de sa genèse. Si les parents se font des coups fourrés et des trahisons, l'image que l'enfant aura de lui-même sera nettement moins bonne. Il y interaction entre les mythe de la tribu et le mythe de la naissance de la personne. Un mauvais mythe personnel peut être compensé par un bon mythe de tribu. A l'inverse un mauvais mythe de tribu peut dégrader le mythe personnel. Par exemple dans certaines religions on enseigne que le père d'un enfant sacré n'était pas le compagnon de sa mère mais un esprit ou un dieu. Les enfants nés dans ces tribus auront tendance à mettre en doute la paternité de leur père et à se méfier de leur mère.

Le prénom donné à un enfant est très important. C'est le nom de la photo qu'il est. Choisir tel ou tel nom n'a pas grande importance, du moment que ce nom est socialement approprié. Mais il deviendra le lien vocal de la définition de soi.

Cela dépend des circonstances et des personnes mais la généalogie peut être un puissant support de l'image de soi. Savoir qui sont ses ancêtres. Certains enfants adoptés déploient des efforts énormes pour au moins savoir qui sont leurs parents directs. C'est un besoin fondamental. Dans certaines tribus africaines et dans certains milieux sociaux les ancêtres sont connus sur plusieurs siècles. Parfois plus de mille ans. Il existe une véritable technologie de la généalogie. En Afrique on gardait un morceau du crâne des ancêtres sur de nombreuses générations, dans une réceptacle spécial pour lequel a été construite une case spéciale. Lors des initiations on expose à chaque adolescent les morceaux de crânes de ses ancêtres et on les nomme, on dit leurs exploits. Plus une personne est importante, plus elle tend à connaître ses ancêtres loin dans le temps. Cette filiation peut aussi se reporter sur la fonction de la personne. Les papes catholiques par exemple connaissent leurs ancêtres de fonction jusqu'au Christ, il y a deux mille ans. Cela fait partie du prestige de l'église, de sa force. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles la généalogie est si importante. C'est d'abord un réflexe biologique, un moteur instinctif et irrationnel avec lequel nous sommes nés. Aucune justification logique n'est nécessaire sur ce point. Ce moteur, cet instinct est là et il fonctionne. D'autres raisons sont que si les ancêtres sont illustres une partie de leur prestige rejaillit automatiquement sur nous. Ils font partie de notre image. Dans certains cas c'est un avantage objectif, si cela nous inspire et nous pousse à les égaler. Dans d'autres cas malheureusement cela donne un prestige à des personnes qui ne le méritent pas. Une troisième raison de l'importance de la généalogie est qu'instinctivement nous pouvons penser que ces personnes veillent toujours sur nous. Avoir une armée d'esprits derrière soi, cela compte. Ou cela peut servir de moyen de pression sur nous. Auquel cas la généalogie nous est imposée. En Chine par exemple une grave humiliation que la police peut infliger à une personne est de lui faire dire qu'elle regrette ce qu'elle a fait et que ses ancêtres ont honte d'elle. C'est un moyen facile pour les touristes étranger pour être relâchés par la police. Il vous suffit de dire officiellement que vos ancêtres ont honte de vous à cause de ce que vous avez fait. Cela a un grand impact sur la police chinoise. Si vous avez une éducation occidentale, cela ne vous coûte souvent pas grand-chose. (C'est peut-être une des raisons pour lesquelles la Chine pense dépasser l'Occident un jour.)

Une amie m'écrit ceci : " L'enfant détruit (en fait refoule) tout ce qui en lui d'élans n'est pas ratifié par les parents car seul le regard parental "officialise" (c'est très fort) la validité selon lui de ces élans. S'il voit briller leurs yeux, il recommence, insiste jusqu'à bien cerner ce qui semble les fasciner dans ce qu'il fait. Son obsession est d'être DESIRABLE en tout, il évalue ainsi et trie. D'où l'importance de l'attitude des parents.". C'est par ce mécanisme que l'enfant construit son image de soi et des choses en fonction de l'image des choses de ses parents. C'est le mécanisme de transmission. Si les parents sont matures et bienveillants, tout ira pour un mieux. Même les problèmes et les malheurs seront un carburant tourné en bien. Un problème que rencontrent beaucoup d'individus est que ce mécanisme de quête d'approbation perdure à l'âge adulte. Tout adulte se doit d'être sensible aux opinions et émotions d'autrui. Mais chez certains c'est une véritable assuétude. Il ne peuvent vivre que télémanipulés par l'approbation d'autres personnes, sous peine de douloureuses angoisses. Ils sont incapables de penser, découvrir, aimer ou décider par eux-mêmes. Beaucoup de systèmes d'éducation jouent malheureusement là dessus. Ils créent des individus prétendus libres mais qui sont en esclavage psychologique.

Quand des parents meurent ils font toujours partie de notre image de nous-mêmes. Un parent se doit même de donner à son enfant l'image de lui-même la plus complète possible et la plus expressive d'amour, pour continuer à être un soutien pour son enfant après la mort. L'image que l'on emporte de ses parents dépend des systèmes culturels. En Asie les parents défunts sont souvent présentés comme des âmes qui s'ennuient et qui jugent leurs enfants avec de la haine, voire leur font des tours méchants. En Europe l'âme des défunts est sensée être bénéfique : hormis quelques cas de fantômes dérangeants, les âmes des défunts sont plutôt des conseillers discrets que l'on peut invoquer en priant. En Afrique les âmes des défunts restent un temps parmi les vivants et font des choses qui dépendent essentiellement du caractère que la personne avait de son vivant. On fait même des "procès" pour déterminer si une personne était bénéfique ou maléfique de son vivant. Par exemple à fin de savoir si des problèmes survenus dans la tribu depuis son décès ne pourraient pas être de son fait. Si le jugement est que oui, les ossements de la personne seront détruits ou éloignés du village.

Pour constituer son image de soi un enfant se réfère aux personnes qui l'entourent. Un jeune enfant se réfère essentiellement à ses parents. Il pense comme eux. Tout au moins il adopte de façon superficielle les opinion, jugements et valeurs de ses parents. Il est incapable de comprendre ces choses avec la même profondeur intellectuelle et culturelle que ses parents. On peut presque dire que ses parents lui servent de machines à réfléchir et qu'il se contente des conclusions. Plus tard il tendra à adopter les images de son instituteur ou de son institutrice. Ces images-là sont assorties d'explications simplifiées mais fonctionnelles, qu'il peut donc adopter de façon plus "intelligentes". A l'adolescence commencent les crises d'identité et la socialisation forcée. L'enfant prêtera alors une très grande importance à l'opinion de ses "copains". Une jeune fille peut laisser tomber son petit ami parce que ses copines trouvent qu'il n'est pas sexy. Un adolescent peut regretter d'avoir les parents qu'il a simplement parce que ses camarades de classe trouvent que "Ils sont nazes tes parents.". Parfois l'enfant se référera à un adulte en particulier, un "mentor". Cela peut être un enseignant, un membre de la famille ou un étranger. Dans certains cas il peut même tomber dans une secte, où on lui dira avec une extrême précision ce qu'il doit penser de chaque chose. On ne devient "adulte" que quand on a appris à juger des choses par soi-même tout en tenant toujours compte de l'opinion d'autrui. Ce processus entre la prime enfance et l'âge adulte doit obligatoirement être géré par la Société. C'est un travail difficile. Il faut que l'enfant ait au moins des parties de réponses à ses questions avant que ces questions ne se posent ou ne deviennent des menaces pour lui. En même temps il faut éviter d'engluer l'esprit de l'enfant trop tôt avec des réponses et donc des questions qu'il n'est pas encore capable de gérer. Il peut mal les interpréter, en concevoir des terreurs, bloquer son esprit ou perdre beaucoup de temps. On ne peut pas non plus savoir quelles réponses exactement il faut donner à un enfant parce qu'on ne sait pas comment son esprit fonctionne ni ce qu'il deviendra à l'âge adulte. On est dans le flou. Il faut donc en toutes chose rester mesuré et laisser l'enfant déambuler les choses par lui-même. Il ne faut pas essayer d'accrocher son esprit à un rail, ni le vider sans cesse de son énergie pour qu'il ne puisse plus rien faire par lui-même, comme on le fait dans les écoles. Les rails sont parfois utiles mais pour de courts trajets. Le plus important est de dialoguer avec l'enfant : accepter ses pensées donc son image de lui-même, ne pas forcément essayer de les comprendre en tous points, le laisser poser des questions, lui montrer régulièrement des choses nouvelles et lui proposer de comprendre en partie les pensées d'autres personnes.

Les très jeunes enfants n'entendent pas les mots que vous dites mais le ton sur lequel vous les dites. Les jeunes enfants quant à eux n'ont pas d'humour. Il ne faut pas trop essayer d'être ironique avec eux ou de faire du second degré. Cela peut les blesser cruellement ou dénaturer votre relation avec eux. Ils prennent à la lettre toutes les images que vous évoquez. A partir d'un certain âge ils acquièrent la capacité d'entendre au-delà des mots et des intonations. Suivant que vous avez ou non un rapport de confiance avec un enfant il percevra vos remarques de façon complètement différente. La position que vous occupez dans son image de lui-même joue un rôle fondamental sur la façon dont son système nerveux traduit ce que vous dites. Si un enfant a peur de votre arbitraire, s'ils sent que vous ne vous intéressez pas à ce qu'il est, tout peut être une cause de malheur pour lui. Supposons qu'il est en train de faire ses devoirs pour l'école. Une simple remarque sur sa façon de se tenir pourra le plonger dans un abîme d'inquiétude et lui enlever tous ses moyens pour continuer à faire ses devoirs. Par contre si vous avez un bonne relation avec lui, s'il sait que vous savez qu'il sait que vous savez quelle est son image de lui-même et que vous y attachez de l'importance, vous pourrez lui faire une remarque d'une grossièreté extrême, sur un ton qui briserait une roche. Il rigolera et vous remerciera d'un clin d'oeil parce que cela lui donne un petit coup de fouet qui lui permet de terminer ses devoirs plus vite.

Dans la plupart des familles on s'extasie quand un petit enfant reçoit un cadeau. Un quart de seconde fait la différence entre deux sortes de familles. Dans le premier type de familles on s'extasie avant que l'enfant ne se réjouisse du cadeau reçu. La famille impose à l'enfant le fait qu'il faut s'extasier quand on reçoit un cadeau. On lui apprend les émotions qu'il doit mimer dans telle ou telle circonstance. Devenu adulte il n'aura aucune connaissance de ses véritables émotions. Il sera conformé au Système, peu performant, souvent malade et potentiellement dangereux. Dans le deuxième type de famille on s'extasie un quart de seconde après que l'enfant ait commencé à se réjouir du cadeau. On fait cela pour montrer à l'enfant que les joies sont partagées et reconnues par tous. A l'âge adulte l'enfant sera riche de ses propres émotions. Il ne fera pas toujours ce qu'on lui dit mais quand il fait quelque chose il le fait bien. Il aura toujours tendance à respecter les émotions des autres.

Un problème chez certaines mères est qu'elles rêvent leur enfant comme étant parfait. Surtout si c'est un garçon. Elles vont imposer cette perfection au reste du monde. Aucune critique de leur enfant ne sera acceptée. Il aura de droit de faire ce qu'il veut, en particulier de déranger autrui. Un bon père essayera de corriger cette situation. S'il n'est pas à la hauteur, il y a plusieurs dérives possibles. Certains pères se désolidarisent simplement du problème et ne s'occupent plus de leur enfant. Ils se contentent de cultiver une rancoeur. Par exemple une sorte de jalousie stupide pour ce prétendu Paradis que la mère rêve pour l'enfant. Une autre dérive consiste à avoir une réaction opposée à celle de la mère : diaboliser l'enfant. Le père fera sentir à tout instant à l'enfant à quel point il est mauvais. Du regard, des mots... il écrasera l'enfant. Un extrême consiste à ne plus adresser la parole à l'enfant (ce qui rejoint la première dérive mais avec beaucoup plus de violence). Ces situations peuvent évoluer de plusieurs façons. Si l'enfant ne trouve pas des facteurs régulateurs en dehors de ses parents, il devient un monstre. Exigeant ou renfermé, il est aliéné à la société. Quand il commencera à commettre de vrais délits, certaines mères ont la réaction de rentrer dans leurs souliers. Elles se couvrent de honte et s'effacent. D'autres mères maintiennent le cap et clament que la Société entière est le mal, que leur enfant doit être défendu contre cela envers et contre tout. Le père, lui, souffrira beaucoup de la mauvaise image que son fils renvoit de lui-même. Pour des personnes matures, élever un enfant est plus simple. Elles savent que l'enfant n'est ni bien ni mauvais. C'est juste un petit individu dont le système nerveux n'est pas encore au point. Alors il faut contenir l'enfant, l'empêcher de faire n'importe quoi, tout en lui laissant de solides libertés quand cela ne dérange personne. C'est dans le tissage entre ces lois que ce construira le système nerveux de l'enfant et qu'il deviendra lui-même adulte. Une personne adulte sait qu'il ne faut pas chercher à poser l'acte parental parfait. Il ne faut pas culpabiliser. Ce n'est pas grave si on est parfois injuste avec l'enfant (à son avantage ou à son désavantage). Ce qui compte est d'être de bonne volonté et se poser des questions.

Les enfants sont un miroir effroyable de l'image d'eux-mêmes de leurs parents :
Un des rôles des parents est d'accompagner les deuils de leurs enfants. Cela peut être aussi simple que de dire au revoir à un animal de compagnie quand on part en vacances. L'enfant retrouvera l'animal à son retour, cela n'empêche que pour un jeune enfant quitter l'animal peut être un déchirement. Cela fait partie de l'apprentissage de la vie. Certains parents trouvent des trucs pour éviter que l'enfant ne comprenne qu'ils partent sans l'animal. Cela évite des adieux déchirants. Je ne suis pas convaincu que ce soit une bonne idée. Je ne sais pas si c'est bon pour la confiance de l'enfant en ses parents. Ils ne faut pas créer le drame en présentant la séparation comme une catastrophe. Mais au moment du départ il faut tout de même prendre acte auprès de l'enfant qu'il va y avoir séparation momentanée et lui laisser un peu de temps pour dire au revoir. Une fois en voyage, on peut lui faire miroiter les prochaines retrouvailles.



Le couple

Très dangereuse est la personne dont l'image d'elle-même implique de façon dominante le couple qu'elle forme avec une autre personne. Elle peut tuer si l'image est rompue : c'est le crime passionnel.

Une personne équilibrée a une image de soi propre, qui tient par elle-même, à laquelle elle AJOUTE l'image de ce qu'est le couple. Si l'image du couple se brise, il restera au moins à cette personne son image d'elle-même.

Une des techniques pour draguer, utilisée par les filles, consiste à arriver chez un garçon en pleurs. Elles offrent ainsi la possibilité au garçon d'obtenir une meilleure image de lui-même en devenant un consolateur, un protecteur. Le garçon est aussi rassuré par le fait qu'il n'encourt aucune obligation; il est là pour donner, pas pour demander ou s'engager.

Au delà des prétextes, les ruptures sont la conséquence de conflits d'images. Ce qui est nécessaire à l'image de soi de l'un n'arrive plus à être concilié avec ce qui est nécessaire à l'image de soi de l'autre. La situation tourne au dialogue d'aveugles.

Notre physique, notre look, sont l'expression de l'image que nous avons de nous-mêmes. C'est pour cela que des fortunes colossales peuvent être payées pour un vêtement, un bijoux. Un homme qui offre un bijoux à une femme lui offre par là même une image d'elle-même. Il lui offre même plusieurs images d'elle-même : il l'a compare à ce bijoux, il lui attribue une valeur élevée, il lui permet de montrer à autrui qu'elle a de la valeur... Pour les mêmes raisons certaines femmes détestent les bijoux et méprisent ceux qui en offrent. Question de point de vue. Offrez lui plutôt une image de vous-même ! Par exemple un Totoro.

Quelqu'un de séduisant est quelqu'un qui a une image de soi cohérente. Peu importe qu'il soit "beau" ou "laid", qu'il ait une jambe ou deux jambes, s'il a une image de soi bien formée dans sa tête; honnête, juste et assumée avec force, alors il sera quelqu'un qui plaît, qui attire les autres. Pourquoi ? Sans doute parce qu'il a des choses à apprendre aux autres, des choses à leur faire découvrir sur eux-mêmes. Il est un "maître".

Pour qu'un massage soit réussi, le masseur doit être bien dans sa peau. Il doit avoir l'esprit clair. Il en va de même pour les caresses. Les caresses de quelqu'un qui a une bonne image de soi procureront un plaisir intense.

Pourquoi les personnes hautaines sont-elles admirées par certains ? Un hautain est une personne qui fait semblant de ne pas chercher l'approbation des autres. Il n'essaye pas de lire dans leurs regards ce qu'il doit penser de lui-même. Les faibles d'esprit en déduisent que cette personne doit donc avoir une très bonne opinion d'elle-même. Une opinion magiquement bonne. Donc ils sont très attirés par cette personne. En réalité, une personne hautaine est toujours une personne creuse. La construction d'une personnalité passe par l'interaction avec les autres (à condition de ne pas tomber dans certains pièges).

Une relation est souvent basée sur un "modus vivendi". Chacun des deux a un certain rôle. Par exemple l'un des deux est celui qui explique les choses à l'autre, et l'autre est celui qui pose des questions et écoute les réponses. Si un jour ce modus vivendi est rompu, cela peut tourner à la catastrophe. Par exemple si celui qui se faisait tout expliquer se met à trouver des choses par lui-même. L'autre peut le prendre très mal, se sentir menacé au plus profond de son image de soi. Il peut devenir très blessant; "Tu vois, tu t'es trompé.", "Attention, laisse moi faire, sinon...". Le plus souvent inconsciemment, il essayera par tous les moyens de retrouver sa place de donneur d'explications. Certains couples n'ont survécu à ce genre de mutations qu'en apprenant à tisser leur union sur d'autres bases.

Une des méthodes de drague les plus efficaces dans les discothèques consiste à s'approcher d'une fille à quelques mètres, puis de faire passer son regard sur elle, lentement, de bas en haut, avec l'air de penser "Waw ce qu'elle est chouette !". La fille, voyant ce manège, frétillera instantanément de bonheur et de satisfaction. On lui montre qu'on a une très bonne image d'elle et donc on lui donne une très bonne image d'elle-même. Il suffit après de continuer de s'approcher d'elle et lui adresser la parole. La conversation démarrera tout de suite sous les meilleures auspices.

On a donné aux hommes une mauvaise image d'eux-mêmes en leur disant qu'ils étaient des brutes assoiffées de baise. Beaucoup d'entre eux ont corrigé le tir. Ils se sont fait une obligation d'apprendre à éviter toute pulsion sexuelle en présence d'une femme. Du coup certaines femmes s'en trouvent dérangées "J'ai beau lui montrer le bout de mes seins, lécher mes lèvres, faire des allusions, il reste de marbre. C'est vraiment une lopette !". Il est dommage qu'elles arrivent à cette conclusion. Elles ne se rendent pas compte du fait qu'au contraire elles ont quelqu'un de bien devant elles. Elles devraient plutôt apprendre à sortir du schéma excitation-baise traditionnel et aller à la rencontre de cet homme, communiquer, le comprendre, le respecter, construire quelque chose avec lui, construire une image du couple à laquelle on peut se référencer, lui permettre de se construire une image de lui-même encore plus belle.

L'image que les femmes veulent avoir d'elles-mêmes est à l'origine de biens des comportements étranges. Cela concerne tout autant leurs réactions au fil de la journée que leurs choix de vie. Elles essayent perpétuellement de s'organiser une image d'elle-même et changent régulièrement d'optique.

Certains disent que "Une femme canalise les énergies pour les transmettre à son mari. Elle s'habille, se parfume et va se promener et rencontrer des personnes pour recueillir cette énergie. Revenue à la maison, elle la donnera à son homme.". Comment peut-on traduire cela en termes d'image de soi ? Disons que la femme en se rendant jolie, en étant sociable, s'attire les sourires, l'approbation des autres personnes. Elle acquière ainsi une image favorable d'elle-même. Elle sera sûre d'elle-même, elle aura de l'assurance. Rentrée à la maison elle partagera cette assurance avec son homme, elle la lui transmettra. Il se sentira à son tour sûr de lui, aura une bonne image de lui-même et sera donc fort et résistant contre les problèmes qu'il rencontre à son travail. (Ceci explique pourquoi une femme dépense beaucoup d'argent en robes et en artifices et pourquoi son homme doit considérer cela comme un investissement rentable.) (Dans certains couples ce mécanisme est maladif. L'homme pousse la femme à le tromper, à plaire à d'autres hommes. Chaque fois qu'elle l'a trompé, il la gifle pour la culpabiliser et la garder près de lui, puis il se montre très gentil et caressant pendant quelques jours. Il absorbe toute la séduction qu'elle a recueillie avec l'autre homme. Une fois le capital écoulé, il la renvoie séduire un autre homme.)

On dit que les femmes aiment les hommes puissants ; hommes d'affaires ou chefs d'Etat. Une des raisons à cela est que ces hommes sont sûrs d'eux-mêmes. Ils ont une très bonne image d'eux-mêmes. Il n'est donc pas nécessaire de sans arrêt les rassurer et les consoler.

Le coup de foudre est le fait de croire découvrir l'image de soi chez un autre. Par après, l'image de l'autre devra réellement apparaître. Certains sont déçus, d'autres s'en trouvent enrichis.

Aimer, c'est le fait de voir le mieux possible l'image de l'autre, la comprendre, en avoir une vision claire et parfaitement acceptée. Aimer procure beaucoup de plaisir, surtout si l'on se met à agir en fonction de ce que l'on a perçu de l'image de l'autre, dans l'intérêt de l'autre.

La passion, c'est ressentir le besoin d'ajouter l'autre à l'image qu'on a de soi-même, vouloir faire en sorte qu'il fasse partie de notre image de nous-mêmes. La passion peut être suscitée par l'autre "de façon générale", elle peut aussi être suscitée par des caractéristiques particulières : son intelligence, sa volonté, sa sensualité, son assurance, un trait de caractère... La passion peut être trompeuse : on peut se tromper dans ce qu'on croit voir en l'autre. Mais on peut aussi ne pas se tromper; la passion amoureuse, cela existe. Si on est passionné par une chose chez quelqu'un, cela veut dire que cette chose existe aussi en nous-mêmes. Sinon nous n'aurions pas pu la "reconnaître". Dans un premier temps la passion nous permet de nous rendre compte de cette chose qui est en nous. Dans un deuxième temps, elle nous donne la possibilité de développer cette chose en nous-mêmes et la maîtriser.

La passion a sa réciproque : le rejet. Une personne qui est dégoûtée par un clochard, qui détourne le regard avec une expression de dégoût rien qu'en en voyant un, est en réalité une personne qui se sent sâle à l'intérieur d'elle-même.

La haine, c'est le fait de voir l'image de l'autre, et la rejeter.

Pourquoi la passion peut-elle être suivie d'une volonté intense de détruire l'autre ? Peut-être parce que le subconscient estime ne pas être arrivé à mener la passion à maturité : il estime ne pas avoir réussi à "prendre" pour lui-même ces qualités de l'autre qui sont à l'origine de la passion. Alors il emprunte une deuxième voie : se mesurer à l'autre. S'il parvient à détruire l'autre il aura la preuve d'avoir réussi à faire mieux que lui.

Il existe en nous une pulsion qui nous pousse à ajouter une autre personne à notre image de nous-mêmes. Nous sommes faits pour vivre en couple, la "place" du conjoint dans notre image de nous-mêmes est prévue d'origine dans notre cerveau. "N'importe qui", à la limite, peut convenir pour prendre cette place. Au besoin, le subconscient inventera des justifications pour convaincre le conscient de prendre la personne qui se présente.

Pour ajouter l'image de l'autre à son image de soi, encore faut-t-il savoir quelle est l'image de l'autre. C'est pour cette raison que des personnes qui commencent une histoire sentimentale se parlent longuement. Chacun explique à l'autre qui il est, quels sont les éléments qui constituent son identité. Ils se posent des questions et se répondent. Ils disent spontanément tous les éléments qui pourraient avoir une importance. Certaines personnes ont "compris" ce mécanisme et, hélas, le pervertissent ou le manipulent. Certains par exemple constituent une image d'eux-mêmes "prête à emporter", bien ficelée, qu'ils proposent telle quelle à chaque "amoureux" potentiel. Parfois même assortie d'une photo réalisée à cette effet.

Certains considèrent l'homosexualité comme une chose naturelle alors que d'autres la considèrent comme une dégoûtante ignominie. Un élément parmi d'autres qui permet de comprendre cette différence de perception est la nuance entre "l'amour d'image" et "l'amour réel". En amour d'image, on se contente de réaliser l'image de soi que la société nous propose. Un homme épousera une femme simplement parce que son milieu lui a inculqué qu'à partir d'un certain âge il faut former un couple. Il se sent bien dès l'instant où il est marié avec une femme, il a réalisé l'image demandée. Peu importe la personnalité de cette femme du moment que son comportement cadre globalement avec l'image. Dans cette image, il est profondément marqué qu'un couple est constitué d'un homme et d'une femme. Cela commence avec Adam et Eve, en passant par Marie et Josef, puis Ginger Rogers et Fred Astaire ou Jean Gabin et Michèle Morgan. Pour des personnes de ces milieux, un couple constitué d'une femme et d'une femme ou d'un homme et d'un homme sera une grave anomalie, une rupture de l'image, qui engendre un profond malaise, un dégoût. Par contre en amour réel la situation est différente. En amour réel on s'intéresse à la personne, on apprend à la connaître, à l'aider, à la soigner, à connaître ses particularités... L'amour réel est un puissant travail intellectuel qui se passe entre deux personnes. Dans ce cas, que l'autre soit un homme ou une femme est d'importance secondaire. Le principal, c'est que c'est une personne, avec ses besoins, ses faiblesses, ses dons, ses manies, le parfum de son âme... Pour les personnes capables d'amour réel, l'homosexualité n'a rien de choquant. Ce qui compte, c'est de s'occuper d'une autre personne. C'est ce qui procure le bonheur le plus intense dans la vie d'un être humain. Parce qu'on ajoute à son image de soi l'immense image qu'est l'autre personne. Que cette personne soit un homme ou une femme est un détail. On pourrait croire que dans les milieux où prime l'amour d'image il y a moins de relations homosexuelles. C'est souvent le contraire. Parce que l'amour d'image empêche l'amour réel et que toute personne aspire à l'amour réel. En amour d'image vous ne pouvez pas réellement prendre l'autre dans vos bras et le câliner. Car un véritable contact physique briserait l'image, vous imposerait ce que l'autre est réellement. Vous percevriez que c'est une personne complexe, qui ne correspond pas à l'image, en bien comme en mal. C'est quelque chose d'effrayant. Seul l'amour réel permet de supporter cela. Dans un monde où l'amour d'image règne, seul un amour homosexuel peut vous permettre d'accéder à l'amour réel. Parce qu'une personne du même sexe sera un peu plus simple à comprendre et surtout parce qu'il n'y a pas d'image qui s'interpose entre vous et elle. Ainsi, même pour des personnes qui n'avaient pas de penchant naturel à cela, l'homosexualité devient la seule façon de connaître l'amour, de se rapprocher de Dieu. C'est bien sur aussi la raison pour laquelle les couples homosexuels sont souvent de meilleurs parents. L'amour d'image détruit les enfants. L'amour réel les construit. (Le raisonnement tenu dans ce texte peut lui-même être perverti. Dans certains milieux homosexuels sectaires on endoctrine les gens au fait que seul l'amour homosexuel a un sens. On retombe bien évidemment là dans l'amour d'image.) En amour d'image on peut se suicider ou tuer, quand l'image ne convient pas. En amour réel c'est presque impossible puisque l'on ressent l'importance que l'on a et la douleur que l'on pourrait causer aux autres. En amour d'image un divorce se déroule souvent dans l'indifférence ou dans la haine. En amour réel un divorce se déroule avec amour. Car même si l'on ne vit plus ensemble il est impossible de ne pas continuer à se préoccuper de l'autre, de ses intérêts.

Une autre tentative d'explication de l'homosexualité sont que l'on cherche à reconstituer le lien que l'on avait avec le parent de même sexe. On veut instinctivement reconstituer cette image et les perceptions qui y étaient associées. C'est peut-être plus souvent vrai pour les femmes, dont les relations homosexuelles sont parfois dévorantes, passionnées, comme la relation exclusive d'un enfant à ses parents. Encore une explication est que l'on recherche en l'autre une image de soi-même, un miroir narcissique. Forcément cela fonctionne mieux avec une personne du même sexe. Ces phénomènes ont peut-être une influence mais il est actuellement admis que l'homosexualité est une question de nature. On naît ainsi, prédisposé à l'homosexualité. Une personne née franchement homosexuelle n'aura jamais d'émotions pour une personne de l'autre sexe. Bien sûr des éléments du vécu peuvent influencer. On considère qu'une personne n'est jamais tout à fait hétérosexuelle ou tout à fait homosexuelle. Une personne qui est entre les deux peut se croire homosexuelle parce que le premier partenaire à vraiment lui donner du plaisir et un sentiment passionnel est par hasard une personne du même sexe. C'est alors un peu superficiel comme conclusion. De même une personne plutôt homosexuelle peut se croire hétérosexuelle parce qu'elle a rencontré une personne de l'autre sexe vraiment géniale. Il existe aussi par exemple le cas de femmes qui ont été à ce point dégoûtée par le comportement de certains hommes que la seule pensée d'un organe masculin les rend malade. Cela leur inspire une telle répugnance que l'homosexualité devient la seule façon d'avoir une vie de couple.

Un petit enfant est complètement dépendant de l'approbation de ses parents. Son univers, son image de soi, n'existe qu'au travers de ses parents. Une dépendance semblable existe entre les conjoints. Mais elle est sensée être plus mature. Chacun doit être capable d'exister par lui-même. Il doit être capable de survivre indépendamment de l'autre. Il se donne à l'autre, requiert sont approbation, pour être en communion avec lui, pour former quelque chose de meilleur encore.

Les relations affective à la façon des occidentaux sont fausses en ce sens que chacun des partenaires imagine l'autre comme étant idéal. Il s'invente une image de l'autre. Cette déviance est alimentée par la culture de masse occidentale. Quand on rencontre une personne et qu'un sentiment se crée, le cerveau produit des hormones qui donnent des sensations de bonheur ou de jouissance. Les occidentaux profitent simplement de cet état, sans rien donner en échange. Ils se comportent comme des toxicomanes, ils pervertissent l'amour en essayant de profiter des hormones de bien-être. Au fil du temps le cerveau produit moins d'hormones et l'anesthésie cesse. Chacun commence à se rendre compte de la personne qu'il a en face de lui et ne comprend pas cette personne. C'est rapidement la guerre. Chaque défaut de l'autre devient une arme pour l'écraser, on l'utilise pour l'humilier et pour justifier des exactions. Certains arrivent à s'arranger à l'amiable mais le plus souvent c'est la ruine mutuelle. D'autres cultures voient les choses de façon totalement différente. Dans l'amour tantrique, par exemple, avant de se faire des gros câlins on peut commencer par se faire des reproches. On dit à l'autre toutes les frustrations qu'il a pu causer au fil de la journée, ce en quoi on le trouve minable... Le but n'est pas d'écraser l'autre mais de lui permettre de se justifier. La plupart des reproches sont en effet infondés. Pour le reste, on montre à l'autre qu'on accepte ses particularités, que l'on apprend à vivre avec on qu'on l'aide à s'améliorer s'il le désire. Les hormones de bien-être servent à favoriser cette attitude d'amour. Comme les hormones sont cette fois-ci bien utilisés, leurs effets sont beaucoup plus forts. Ce n'est plus du bricolage, c'est du véritable bonheur. Si ensuite on passe à de gros câlins, ce qui se passera peut dépasser l'entendement.

Ce qu'un autre est, est toujours un peu insupportable. Ses manies, sa bêtise naturelle, ses odeurs, ses bruits... Quand on tombe amoureux d'une personne, des glandes dans notre cerveau se mettent à produire des endomorphines, qui nous rendent explosés et broyés du bonheur le plus chaud, le plus goûtu qui soit. Cela nous permet de supporter la personne. Tout ce qui concerne cette personne fera pouet pouet sur les petites glandes. Nous serons complètement accros à cette personne. Tout particulièrement les détails les plus nuisibles de cette personne nous rendront fous de bonheur, ou deviendront invisibles. Le problème est que système des glandes ne fonctionne pas éternellement. Donc un jour on se retrouve privé d'anesthésie, comme un patient qui se réveillerait sur la table d'opération avec le ventre grand ouvert et les tripes à l'air. Il s'ensuit des hurlements et des expressions de dégoût sans nom contre la personne précédemment adorée. Je me demande si on ne remue pas le couteau dans la plaie justement parce que ce sont les détails les plus répugants de la personne qui nous causaient le plus de bonheur. Un drogué en manque est prêt aux pires horreurs pour tenter de retrouver quelques parcelles de bien-être. Quand un couple fonctionne, il survit à la fermeture des glandes. Il trouve un autre bonheur, plus profond et plus spirituel à être ensemble. Pour réussir cela il y a tout un travail. Il faut s'adapter l'un à l'autre, apprendre à se comprendre l'un-l'autre... Il faut apprendre à goûterle plaisir que l'on a à s'occuper de l'autre et à le comprendre... C'est par exemple la raison pour laquelle les vrais couples ont parfois des éclats de voix et des scènes. Ce sont autant de petits procès qui permettent à chacun de poser des questions difficiles, de tester l'autre, d'obtenir justice... De fil en aiguille les liens se tissent. Les petits procès peuvent aussi dégénérer et on voit alors des couples qui s'aiment éclater dans un fracas.

Quand on est en couple avec quelqu'un, l'imprégnation de l'image de soi qui se crée peut devenir malsaine. Elle peut être à la fois trop forte et mal placée. Il en résulte une peur très dure d'être abandonné. J'ai vu des lâcheté grave commise à cause de cela. Par exemple laisser le conjoint maltraiter un enfant ou en abuser. Bien des crimes sont commis uniquement pour cette raison. Parfois, l'attachement se fait à une communauté plutôt qu'à une personne en particulier.



Les pathologies

Orgueil, vanité, arrogance, névrose, nationalisme... sont des pathologies de l'image de soi. D'où l'expression populaire utilisée parfois à l'égard de personnes qui en souffrent : "Pour qui se prend-il ?".

Une priorité est d'avoir une vue d'ensemble de soi, une vue générale. Les personnes dont l'image de soi est morcelée ont de gros problèmes.

Ce qui fait de l'héroïne une drogue aussi forte est qu'elle donne l'illusion d'avoir une image de soi et du monde cohérente et idéale. Elle impose le message "Tout va bien". En particulier elle dit : "Tout fonctionne comme il faut", "Il n'y a plus de problèmes", "Il n'y a plus de barrières". Pour quelqu'un qui souffre d'avoir une image de soi mal ficelée, c'est une aubaine. Un mot d'argot désignant une prise d'héroïne est d'ailleurs "fix". Le verbe anglais "to fix" signifie "réparer". Les effets de l'héroïne peuvent sembler contradictoires : elle peut rendre très actif tout comme elle peut rendre apathique. Ces deux extrêmes s'expliquent par le même phénomène sous-jacent. En disant "Tout va bien, tout est comme il faut" elle permet de se relaxer. On n'est plus obligé d'être vigilant, on peut se reposer. En disant "Il n'y a plus de barrières, il n'y a plus d'obstacles" elle permet de passer à l'acte. Celui qui était persuadé de ne rien pouvoir faire se lèvera et entreprendra ce qu'il veut sans avoir d'appréhensions. (Un ami me demandait pourquoi je ne consommais pas d'héroïne, je lui répondis ceci : "Quand je vais bien, je n'éprouve pas le besoin qu'on me dise que je vais bien. Quand je vais mal, je n'aime pas qu'on me mente. C'est une question d'honnêteté intellectuelle.")

La douleur est le fait que l'image de soi est rompue, remise en cause. Pour se protéger de la douleur, il existe deux méthodes :
  1. L'anesthésie. Il existe plusieurs types d'anesthésies :

  2. La souplesse. Si votre image de vous-même est par exemple "je suis un travailleur qui rentre chez lui le soir et doit trouver un foyer accueillant", il est évident que vous allez beaucoup souffrir. Il suffira d'un visiteur inopportun, d'un quelconque changement de programme, pour que votre image soit perturbée. Par contre, si votre image de vous-même est par exemple "je suis quelqu'un dont le rôle est d'adapter son image de soi en fonction des événements", rien ne pourra vous blesser. Quoi qu'il arrive, vous aurez toujours une image de vous-même cohérente.
Un mythomane est quelqu'un qui a une image de lui qui ne correspond pas à la réalité. C'est une sorte de drogue, un paradis artificiel naturel.

Les racistes sont des personnes qui plaquent sur les étrangers (les différents) une mauvaise image qu'ils ont en fait eux-mêmes, inconsciemment. Je n'ai jamais rencontré personne plus haineuse envers "ces étrangers qui profitent de notre système social" qu'une amie qui est au chômage et est une fainéante notoire. En réalité, les étrangers sont pour la majorité des personnes organisées et travailleuses dont nous avons tout à apprendre. (L'inverse du racisme existe aussi. Certains n'hésitent pas à conférer des qualités fantasmagoriques aux habitants de contrées éloignées.)

Les grands dictateur comme Staline sont des personnes qui associent l'image du pays à eux-mêmes. Il ne forment plus qu'un, sont la même chose. Ce qui menace le pays le menace, ce qui le menace menace le pays. Certains fonctionnaires font cette identification entre eux-mêmes et leur administration. Pour eux, toute personne qui semble nier l'ineffable divinité de l'administration les offense personnellement et devra être détruite.

Les personnes qui ont une image d'eux-mêmes qui n'est pas satisfaisante au vu de la réalité, essayeront parfois de redessiner la réalité dans leur tête pour qu'elle correspondent mieux à ce qu'il faut pour qu'une meilleure image eux-mêmes en découle. En d'autres termes; comme nous voulons avoir une image de nous-mêmes la mieux possible, nous changerons notre vision du monde et des valeurs pour que notre image de nous-mêmes y trouve une position plus valorisante.

Le travail d'un psychologue consiste parfois simplement à faire remarquer à son patient que son image de soi est tout à fait acceptable, qu'il n'a pas besoin de la nier ou de déformer sa vision du monde.

Il faut faire attention aux liens de cause à effet. Des manquements dans l'établissement de l'image de soi peuvent occasionner beaucoup de problèmes différents : boulimie, fainéantise, irritabilité, associabilité, malhonnêteté, timidité, exubérance... Or, il arrive qu'une personne ayant des manquements à l'image d'elle-même présente plusieurs problèmes en même temps. Boulimie et fainéantise, par exemple. Les gens ont tendance à réagir face à cela en disant par exemple "Il est fainéant parce que il est boulimique.". C'est faux et dangereux. Faux parce que les deux problèmes ne découlent pas l'un de l'autre mais au contraire découlent chacun de son côté d'un même manquement à l'image de soi. Dangereux parce que agresser ces personnes en leur disant "Tu ferais bien de te remuer un peu.", va leur confirmer qu'ils sont nuls, donc détériorer davantage leur image eux-mêmes, donc les rendre encore plus fainéants et boulimiques (et donc "justifier" encore plus l'opprobre de leurs agresseurs). Si on veut réellement aider quelqu'un, cela demande un travail autrement plus compliqué que bêtement lui passer un savon.

Quelqu'un qui n'arrive pas développer une certaine image de lui-même peut être tenté de vouloir développer son image dans un autre domaine. Par exemple, quelqu'un qui n'arrive pas à se réaliser en tant que père de famille sera parfois amené, sans s'en rendre compte, à se réaliser en tant que bête de travail. D'où un cercle vicieux, puisque le fait de se consacrer entièrement à son métier l'éloignera encore plus de sa famille. Il faut éviter cela. Il faut faire un équilibre entre les deux mondes, ils s'en trouveront alors tous les deux renforcés. (En réalité il ne faudrait même pas que les deux mondes soient séparés.)

Le suicide est une idée souvent idiote pour effacer une image de soi qui ne convient pas. (Seule l'euthanasie, pratiquée dans des cas extrêmes de souffrances incurables, sous contrôle médical, peut parfois se justifier.)

La dépression est le fait d'essayer en vain de recomposer une image de soi. On essaye de progresser, de réaliser quelque chose, mais cela ne marche pas. On se heurte la tête contre un obstacle, on se ronge à essayer de faire quelque chose. On constate qu'on est capable de rien. Notre image de soi se lézarde, se fissure, tombe en poussière. La souffrance peut en être extrême. On se détruit peu à peu, on devient une loque. Un dépressif peut être très jovial et généreux avec des inconnus (qui ne font pas partie de son image de lui-même) et une heure après être totalement apathique, indifférent voire agressif avec des personnes qu'il connaît bien (qui font partie de son image de lui-même). (Cette approche psychologique de la dépression est utile pour comprendre et aider un dépressif. Mais une médicalisation est le plus souvent nécessaire aussi. La dépression passe par de graves troubles neurochimiques dans le cerveau. Le cerveau est par exemple à court des neurostransmetteurs chimiques qui lui permettraient de fonctionner et donc de gérer les problèmes. Dans beaucoup de cas la médicalisation peut se limiter à soigner son alimentation, prendre du ginseng et faire une cure de millepertuis. Si en plus on prend du temps pour parler de ses problèmes, apprendre de nouvelles attitudes mentales, apprendre à mieux vivre avec les autres... On peut résoudre le problème de la dépression sans utiliser de médicaments "lourds". Ces médicaments lourds restent nécessaires dans beaucoup de cas, au moins pour passer le cap le plus difficile.

La plupart des serial killers et les violeurs ont un problème avec la notion de féminité. Tuer une femme, la violer, est pour eux à chaque fois une façon de réaliser une "victoire" sur la féminité. Soit ils croient se l'approprier, soit ils croient s'en libérer. C'est en détruisant l'obstacle ou en le possédant, qu'on se montre plus fort que lui. Chaque fois qu'ils posent un acte ils éprouvent une petite jouissance. Evidemment, cette façon de faire ne résout par leur problème. Cela ne leur apprend rien, ne les fait pas évoluer, ne leur fait pas découvrir ce qui est en eux. Ils n'apprennent pas à être comme une femme, ils ne développent pas la femme qui est en eux, ils ne l'ajoutent pas à l'image d'eux-mêmes. Quant un serial killer tue, il veut tuer l'image de sa mère possessive qui reste collée, engluée à sa personnalité, à son image de lui-même. Il peut brièvement ressentir une jouissance d'y être arrivé. Mais en réalité il n'a fait que confirmer la place que prend sa mère. Ces personnes ne peuvent donc pas améliorer leurs relations avec les femmes. C'est pour cela qu'ils recommencent sans arrêt. Ils sont comme un disque rayé qui rejoue sans arrêt le même sillon. Beaucoup d'entre eux ont eu pendant l'enfance ou pendant l'adolescence un problème grave avec une ou plusieurs femmes. Chaque fois qu'ils tuent une femme ou qu'ils la violent, ils transfèrent sur elle l'image de la femme avec laquelle ils n'ont pas pu avoir une relation constructive. Ils n'arrivent pas à inclure la féminité à leur image d'eux-même, alors ils la plient, ils la détruisent, ils remportent une victoire sur elle. Les pouvoirs publics réagissent face à cela par exemple en autorisant la pornographie. Si un viol ou un meurtre doit avoir lieu, autant que ce soit avec une femme en papier ! Posséder quelques feuilles de papier ne fait de mal à personne. Mieux vaut une photo sur papier que des acteurs live. Mieux vaut se défouler en piquant des aiguilles dans une poupée de cire qu'en poignardant un être vivant. Cela permet de se faire la même photo dans la tête, sinon meilleure. La pornographie n'est qu'un palliatif au problème de ces personnes, mais un palliatif socialement acceptable. Le court terme étant ainsi réglé, les vraies solutions, à long terme, passent par l'éducation, la culture, la communication, la découverte... faire évoluer les gens, leur donner les moyens de changer.

Dans les milieux intégristes le problème est aigu : les hommes sont fous de terreur face aux femmes. Ils cultivent des superstitions qui alimentent cette terreur. "Les femmes qui travaillent sont des salopes, elles aiment être harcelées sexuellement par leur patron." "Derrière chaque guerre, il y a une femme." Les autorités intégristes règlent le problème de deux façons. Primo, ils préservent les apparences, en interdisant sévèrement la pornographie et les coureurs de jupons et en tolérant les viols à conditions qu'ils soient fait discrètement, que seules des femmes viennent se plaindre et qu'il suffise de leur ordonner de se taire, de les culpabiliser. Secundo, en permettant à chaque homme de devenir "propriétaire" d'une femme. Ainsi chaque homme est satisfait : la féminité fait partie de son image de lui-même, certifié par contrat.

Une différence entre la pornographie et la réalité est que sur une image pornographique la personne photographiée se montre sûre d'elle-même. Elle manifeste avoir une bonne image de soi. C'est une composante très importante de l'image, cela joue un grand rôle dans l'excitation. Dans la réalité, au contraire, les personnes que l'on rencontre ne sont pas sûres d'elles-mêmes. Elles doivent être rassurées, il faut leur offrir, de plusieurs façons différentes, une amélioration de leur image de soi. (Si on a développé quelque chose en soi, il faut savoir l'offrir à l'autre. Il faut communiquer un talent, une pulsion, une vision des choses. Il faut aller à la découverte des particularités de l'autre. Il faut s'offrir en présent à l'autre pour qu'il considère que nous faisons partie de son image de soi.)

On se pose souvent une excellente question : pourquoi Hitler condamnait-il les individus petits et bruns aux yeux sombres alors qu'il est lui-même petit et brun aux yeux sombres ? La réponse est relativement simple : c'est parce qu'il était petit et brun aux yeux sombres. Quand il était jeune il a été très impressionné par des pseudo-intellectuels antisémites qui échafaudaient des théories virulentes. Ces "messieurs qui ont fait des études" lui ont exposé avec force des théories qu'il a pu comprendre (forcément, elles sont peut-être exprimées avec conviction et des mots prestigieux, mais elles sont plates, simplistes et très bêtes). Ces théories condamnaient les petits bruns aux yeux sombres. Il s'est alors senti chargé de cette énergie de conviction, il s'est sentit vivre. Il lui fallait accomplir l'idéal que ces personnes énonçaient. Problème : il pouvait à la rigueur se teindre les cheveux en blond, mais pour la taille et les yeux, c'est pô possible. Serait-il donc un traître  ? Qu'à cela ne tienne, il a alors inconsciemment décidé d'imposer à toute l'humanité d'être grand et blond aux yeux bleus. Ainsi on ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir fait de son mieux. Le jour où il comparaîtra devant ce qu'il croît être ses juges, il veut qu'on lui dise : "Tu n'es pas grand, tu n'es pas blond, tu n'as pas les yeux bleus. Mais il faut reconnaître que tu as bien fait la promotion des grands blonds aux yeux bleus. Allez, ça va, on te le laisse passer au paradis." Pendant tout le temps qu'a duré son travail, grâce à l'énergie et à la conviction qu'il a déployé lui-même il a trouvé un grand nombre de personnes aussi bêtes que lui pour le rejoindre dans sa démarche. Il a été très heureux, entouré de beaucoup d'amis, comme au paradis.

Supposons qu'une sangsue s'accroche à nous. Elle fusionne avec nous et tente ainsi de s'imposer à notre image de nous-même. La réaction normale d'un être humain est d'avoir une réaction de rejet vis-à-vis de la sangsue, de vouloir la retirer à tout prix. Elle ne fait pas partie de notre image de nous-même, elle est "incompatible". Sauf peut-être si nous sommes un biologiste "amoureux" des sangsues, qui les étudie, les comprends et peut se laisser pomper le sang pour les nourrir sans que cela ne lui pose de problème, comme une mère allaite son enfant. Les sangsues font partie de l'image de soi du biologiste tout comme un enfant peut faire partie de l'image de soi de sa mère. Il existe une affection mentale rare chez les êtres humains qui consiste à rejeter un membre de son corps. Par exemple les jambes. Certaines personnes ont un rejet vis-à-vis de leurs jambes, comme d'autres pourraient avoir un rejet vis-à-vis d'une paire de sangsues. Leur cerveau considère que les jambes ne font pas partie de leur corps. Ces personnes sont prêtes à payer pour qu'on les opère et qu'on leur enlève les jambes, tout comme d'autres seraient prêtes à payer pour se faire enlever des sangsues fermement implantées.

Les opiacés permettent d'anesthésier les douleurs à l'intérieur du cerveau. On peut donc les utiliser par exemple quand on veut opérer une personne. Elle ne souffrira pas des incisions pratiquées dans son corps, de ce qu'on y introduit et de ce qu'on en enlève. On peut les utiliser pour calmer les douleurs d'une personne qui a perdu un membre. On peut aussi les utiliser pour greffer ou retrancher des parties de l'image de soi d'une personne. C'est pourquoi ils sont utilisés dans certaines sectes et associations criminelles. Par exemple dans la prostitution. Les héroïnomanes, en particulier, sont des personnes qui s'amènent elles-même à croire des choses délirantes et à oublier des choses essentielles de la vie.

Il y a deux sortes de personnes. Il y a ceux qui se construisent en construisant les autres. Il y a ceux qui croient se construire en détruisant les autres.

Chacun se construit une image de soi, plus ou moins artificielle. "Connais-toi toi-même !". Ceux qui ne se connaissent pas, qui croient se connaître, sont potentiellement dangereux. Ils vont entreprendre, promettre ou imposer des choses irréalisables. Ou ne pas faire des choses qu'ils pourraient faire. Les gens qui les entourent, les parents et les éducateurs en particulier, jouent un rôle important dans ce fait. Celui qui croit être quelque chose mais qui ne l'est pas en réalité, dans le meilleur des cas s'en rendra compte et adaptera son image de soi. Mais il peut aussi persister et vouloir coller artificiellement à son image de soi. Cela peut lui causer de lourdes pertes en temps, en argent, en crédibilité, cela peut à terme ruiner son image de soi entière. Certains font une névrose : ils savent plus ou ou moins ce qu'ils pensent être mais souffrent de ne pas l'être réellement. Alors qu'ils pourraient être très heureux, à condition d'intégrer une image d'eux-mêmes plus proche de la réalité. Certains éducateurs vont tenter naïvement d'empêcher la névrose en critiquant sans cesse l'image de soi de la personne. Cela crée à son tour d'autres problèmes. La seule solution est d'apprendre à la personne à être honnête, en lui donnant le bon exemple, et la laisser elle-même décider de ce qu'elle est et de ce qu'elle n'est pas, en l'aidant à l'occasion à se mettre elle-même à l'épreuve.

Un individu a besoin que ce qu'il est, et qui pour lui ne se définit fondamentalement que par une émotion, soit reconnu par les autres. Tomber amoureux est une reconnaissance mutuelle intense des émotions. Mais certaines personnes ou certains organismes abusent de ce phénomène pour duper, capturer des personnes. Par exemple ils font passer des pseudo-tests psychologiques qui "révèlent" ou promettent de révéler des choses sur la personne. "Nous vous comprenons ! Vous êtes génial !" Ou ils font des analyses exaltées du prénom ou du signe astrologique de la victime. Ou encore ils donnent une position, un grade à la personne, qui n'a peu ou rien à voir avec ses capacités réelles. La personne se croit reconnue et en retire une intense jouissance. Alors qu'elle n'a fait que s'engluer dans les pétales d'une fleur carnivore.

Les sectes racontent à leurs membres des mythes fondateurs bien calculés. L'image de soi au sein du Monde que les membres vont se créer sera favorable aux intérêts de la secte. D'une façon générale les humains sont très sensibles à ce qu'on leur raconte, leur explique et leur impose pour se faire une image des choses et pour y trouver leur place. Un dogme répété un nombre suffisant de fois s'imposera à une personne même s'il est contraire à toute logique objective. Les dictateurs et les publicitaires en usent et en abusent. Il est assez difficile de former des gens pour qu'ils soient capables de s'abstraire de ce piège.

Chez certaines personnes, l'image de soi peut varier de façon totalement erratique au fil de la journée, passer d'un extrême à l'autre. Une voie possible pour résorber ces délires consiste à établir un dialogue entre les images de soi. Par exemple quand on est exalté on s'adresse à soi-même pour quand on était ou sera dépressif. Et quand on est dépressif on essaye de parler un peu avec la personne que l'on a été et que l'on sera quand on est exalté. Ainsi on établit des liens, on fait communiquer les vases entre eux et on résorbe l'amplitude des oscillations.

Certaines personnes vous félicitent et vous louent quand elles vous rencontrent. Elles vous expriment une image de vous-même flamboyante. Puis quelques temps après elles vous critiquent amèrement et vous reprochent de ne pas faire des choses comme il faut. Elles ont des idées très précises de comment les choses doivent être faites. Parfois ces idées sont réalistes, parfois totalement démentes. Ces personnes ont aussi parfois leur façon propre de s'exprimer, leur propre vocabulaire et considèrent que tout le monde doit comprendre et adopter ce mode d'expression. Instinctivement ces personnes essayent de vous dominer. Les compliments au début puis les reproches visent à orienter votre image de vous-même pour que vous deveniez une machine à leur rendre des services, pour que vos émotions vous portent à les servir. Ces personnes rêvent les choses et vous considèrent comme l'interface qui a le privilège de les réaliser. Si vous ne le faites pas, ou si vous ne comprenez pas ce que ces personnes vous expliquent, ou même simplement si vous ne faites pas spontanément les choses comme elles l'entendent, elles vous attaqueront verbalement ou physiquement avec plus ou moins d'agressivité. Le raisonnement est simple : si vous subissez de la douleur ou un stress chaque fois que vous ne faites pas les choses comme il faut, vous finirez bien par les faire comme il faut. C'est une recette très simple, qui donne de très mauvais résultats ou des résultats contraires. Mais des personnes peu cultivées peuvent adopter naturellement ce comportement. Certains systèmes d'éducation sont hélas basés sur ce mécanisme. On distribue des bons et des mauvais points aux élèves, des titres de premier et des étiquettes de raté... sur base des valeurs et des objectifs exigus des enseignants ou de la Société. Une tactique face à ces personnes consiste à refuser les compliments au départ, avec autorité.

On se demande souvent comment et pourquoi des organisations criminelles ou terroristes sont apparues. On recherche des influences de puissances étrangères, des systèmes idéologiques, des intérêts communautaires... Mais il peut arriver que la seule motivation sérieuse soit le fait que la création de l'organisation a permis à quelques personnes d'acquérir un statut. Vous étiez un simple commerçant de quartier ou un petit fonctionnaire. D'un coup vous voilà commandant en chef d'un groupe armé. Votre image de vous-mêmes devient flamboyante, magique. Les femmes veulent de vous et des sympathisants vous supplient d'accepter leur argent ou leurs services.

Un avare est une personne qui ne comprend pas son rôle dans la société. Elle ne voit pas le fait qu'elle est la pour gérer l'argent, pour en assurer un bon flux. Une personne équilibrée se doit d'éviter de gaspiller l'argent et les ressources que l'on peut acheter avec. Mais elle se doit en même temps d'investir l'argent pour le bien de son entourage, quitte parfois à en perdre ou à ne pas être sûr qu'il y a bien eu un gain. Un avare ne voit donc pas ce système sanguin des flux d'argent autour de lui, ni la position de régulateur intelligent qu'il se devrait d'occuper. Un avare a une image pauvre de lui-même. C'est peut-être pour cette raison qu'il dépensera un jour soudainement tout son argent pour une grosse chose inutile. Parce qu'il aura eu l'illusion fulgurante de pouvoir enfin devenir quelque chose en achetant cette chose. Le remède est l'éducation, la Culture. Quand on sait, comprend et sent comment gérer l'argent, on le fait.

Le mal-être provient de désaccords dans l'image de soi. Un exemple simple est le mal de mer, qui provient d'un désaccord entre l'oreille interne et les yeux. L'oreille interne dit au cerveau que l'on oscille tandis que les yeux disent que l'on ne bouge pas. C'est pour cette raison que l'on recommande de fixer le regard sur l'horizon. Car en regardant l'horizon les yeux concluent à un mouvement du corps conforme à ce que rapportent les oreilles internes. De même, un psychologue ou un gourou de secte, en bien ou en mal, en construisant l'individu ou en le détruisant, travailleront à donner à leurs clients une image cohérente d'eux-mêmes.

Les superstitions font partie de notre image de nous-mêmes au sein du monde. Par exemple le fait de croire que si l'on fait le bien on sera automatiquement récompensé (cette superstitions inclut une autre superstition : celle qu'il est possible de déterminer ce qui est le bien). Ou le fait de croire que si une personne vous critique c'est qu'elle ne vous aime pas. Ces superstitions en fonction desquelles ont vit peuvent nous détruire ou causer beaucoup de problèmes à notre entourage. Mais elles sont souvent adoptées faute de mieux, parce qu'elles sont imposées par des chefs spirituels abuseurs ou parce qu'elles offrent un confort mental primaire. En réalité tout le monde vit en fonction de superstitions. Mais les superstitions des personnes sages ou efficaces sont plus construites.

Pour certaines personnes les choses sont très simples : vous êtes pour eux ou vous êtes contre eux. En d'autre termes : vous rejetez leur image d'eux-mêmes ou vous l'acceptez. Si vous l'acceptez, alors en permanence vous êtes sensé être gentils et souriants avec eux. Ne jamais critiquer bien sûr, puisque si vous critiquez c'est que vous n'aimez pas ce qu'ils sont donc vous êtes contre eux. Si vous critiquez ce sera pris pour une déclaration de guerre. Vous recevrez donc en retour un déluge de haine et de reproches. Votre image de vous-mêmes sera dégradée et rejetée par tous les moyens, même les plus absurdes. Tout ce qui a trait à vous sera détruit.

Certaines personnes tentent d'obtenir une bonne image d'elles-mêmes en éliminant tout ce qu'elles considèrent comme "impur". Les sectes adorent jouer là-dessus pour faire se départir leurs adeptes de leur argent, leurs biens...

Certains essayent de devenir "bien" en possédant quelque chose de grand, de cher. J'ai une fois été dans un magasin avec une personne qui raisonne ainsi. Elle tâtait les objets d'un geste et d'une expression méprisante. Quand je lui ai montré l'étalage des objets pour lesquels on était venus, d'un mouvement gras de la bouche elle a dit "Je veux la meilleure." Le prix n'avait pas d'importance. Cette personne ne peut arriver à rien dans le vie et c'est bien ce qui se passe. Elle est obligée de travailler dans la prostitution pour à peine survivre.

Tout le monde veut inclure à son image de soi des choses qui sont fondées, vraies. Une technique très simple pour faire accepter une chose fausse à une personne est de lui raconter de nombreuses petites choses vraies. La lourde et grave chose fausse entrera en même temps que la nuée de petites choses vraies. Un de mes amis, chaque fois que je menace de réussir à lui expliquer qu'une chose qu'il pense est fausse, me lance automatiquement à la figure une chose qu'il pense vraie et qui n'a que peu de rapport avec ce dont nous discutons. Quand une personne honnête et une personne malhonnête luttent pour emporter le suffrage de la foule présente, le malhonnête peut vaincre rien qu'en appliquant cette technique : rebondir d'une ébauche de vérité à l'autre. Il faut un homme honnête très capable - ou une foule cultivée - pour lutter contre cette stratégie.

Un moyen simple pour détruire une personnalité est de se moquer régulièrement de ce qui est important pour elle. Toute chose peut être tournée en ridicule ou être relativisée. C'est même nécessaire dans une certaine mesure. Mais on peut en abuser et ainsi détruire l'image de soi d'une personne en se moquant de ce qui ne sont que des qualités, des avantages potentiels ou des particularisme nécessaires. Inversement, on peut louer et flatter à outrance des aspects d'une personne et la gonfler de fierté comme une baudruche.

Dans la vie, il faut faire des choix. On ne peut pas tout faire en même temps, on ne peut pas épouser toutes les femmes. Ces choix sont un travail, qu'il faut apprendre à faire. Il faut être capable de sentir quels choix peuvent nous apporter un chemin de constructions, de satisfactions, de réussites et de travail gratifiant. Il y aura toujours des embûches, le hasard peut même tout détruire, mais choisir un chemin cela a un sens. Le propre des démocraties est de tendre à ouvrir un maximum de chemins aux gens et de leur donner les moyens de choisir ce qui leur conviendra, ce qui leur permettra d'apporter le plus de choses aux autres. Dans les dictatures les chemins sont imposés, par la force ou par la ruse. Ils ne correspondent alors que rarement aux moteurs des gens, le rendement sera faible. Apprendre à faire les choix est un travail difficile, jamais parfait. Certaines personnes n'arrivent pas à faire de choix. Elles vivent en ayant un peu choisi pour tout et opté pour rien. Elles ont une vie faite d'ébauches, de commencements, de rêves avortés. Elles sont entourées de demi cadavres et des souffrances des personnes victimes de ces indécisions. Leurs images d'elles-mêmes est entaillée de coups de ciseaux inachevés, ce sont des dentelles chaotiques et douloureuses. Prendre des décisions fermes est pour elles une souffrance. Car elles devraient abandonner les autres choses, comme un enfant qui ne pourrait garder qu'un ou deux jouets. Pour des personnes adultes au contraire prendre une décision peut être une grande joie. Car c'est le début d'une construction ferme. Les personne indécises fantasment des dictatures, où on leur imposerait enfin un choix.

Un problème peut être très grave s'il est à la fois source de plaisir et de nausée. C'est un des aspects les plus destructeurs de la pédophilie. D'une part l'enfant rejette le contact du pédophile, il en éprouve un malaise. D'autre part il en ressent du plaisir car ce sont des caresses. Ou bien il tient au pédophile parce que c'est un parent ou une personne qui invoque ses bons sentiments. Cela engendre des paradoxes dans les pensées de l'enfant, des contradictions qui dégénèrent et le détruisent. Un adulte est plus ou moins capable de répondre point pour point à ces paradoxes, de les résoudre, de trancher les petits noeuds gordiens et de reformer lentement une image de soi acceptable. Il y arrivera certainement s'il est aidé par un bon psychologue. Mais pour un enfant l'effondrement psychologique est souvent inévitable. Le poids est trop lourd de cette charpente de contradictions, de culpabilités, des éléments imaginaires délirants nés des interrogations. Seul un dialogue rapide et prolongé de l'enfant avec un très bon psychologue, un adulte sage qui s'investit, peut espérer le sauver avant l'effondrement.

La "résilience" est un phénomène qui veut que même après les traumatismes les plus graves un esprit humain peut espérer retrouver une image de soi acceptable. Comme une feuille pliée qui reprend lentement sa forme, comme par magie.

L'exigence est une des pires maladies de l'image de soi. Si on dit et on explique à un enfant qu'une terre lui appartient, devenu adulte il concevra une grande frustration si soudain on lui dit le contraire. Il sera prêt à se battre et peut-être à tuer pour reconquérir "sa" terre. Si on ne lui avait rien dit, si on n'avait pas implanté cette terre dans son image de lui-même, il n'y aurait pas eu de problème. De même beaucoup de bandits n'attaquent une banque qu'après avoir longtemps rêvé de tout ce qu'il allaient faire avec cet argent. Ils ont inclus cet argent à leur image d'eux-mêmes, il leur appartient. Si une personne s'oppose au hold-up, c'est avec l'indignation du bon père de famille défendant son bien qu'ils abattront le gêneur.

Toute personne désire que son image soit approuvée par les autres, que ce qu'elle est soit jugé bien. En disant à une personne que son image est bien, on peut la combler de ravissement. Cela fonctionne comme une drogue. Cela demande aussi un certain talent. Si vous allez trouver une jeune fille et lui dites de but en blanc qu'elle est géniale, elle vous prendra pour un fou. Il faut d'abord vous faire accepter par elle, lui donner au moins l'impression que vous vous intéressez à elle et que vous avez une capacité d'appréciation objective, que vous êtes une autorité. Alors vous pouvez commencer à lui faire des compliments. Les escrocs, sectes et autres abuseurs jouent à fond de ce mécanisme. Ils vous rendent heureux compliment après compliment. Caresse après caresse, ils vous font entrer dans leur système tout chaud. Si vous passez quelques mois dans les feutres de l'abuseur, il devient votre seule référence, votre seule source d'approbation. Puis il vous dit que pour continuer à être approuvé il vous faudra faire ceci ou cela. Si vous êtes soudainement privé de l'approbation de l'abuseur, vous allez vous retrouver dans un gouffre d'angoisses, d'inquiétudes. Vous vous sentirez, moche, sale, défait, inadéquat, incomplet... Vous reviendrez vers l'abuseur en rampant, pour quémander un regard, une petite caresse.

Les examens, les concours, les mises à l'épreuve... sont partie intégrantes de l'Humanité. Je m'imagine mal confier ma vie à un médecin ou un pilote qui n'auraient pas passés de nombreux examens pour certifier leurs compétences. Le plus important dans un examen est la certification de son image d'elle-même que reçoit la personne examinée. Ensuite vient l'image d'elle-même de la société, fière des diplômés qu'elle recèle. Mais à mon sens les examens sont actuellement galvaudés : La raison principale de cette situation est que la société veut disposer d'une caste de gens prestigieux : les diplômés. Peu importe qu'ils soient compétents. Ce qui compte est qu'ils en imposent au peuple. Il faut faire semblant. Bien sûr il faut tout de même que certains membres de la caste soient compétents. Mais il suffit que quelques individus le soient. Les autres les suivront ou les exploiteront. Le système d'étude tel qu'il est, est même carrément un frein à la vraie compétence. Je connais quelques personnes très douées et diplômées. Mais elle n'ont pas acquit leurs compétences aux études. L'obligation de préparer les examens et de faire les travaux académiques les ont même plutôt empêché d'apprendre davantage de choses. Le système n'hésite pas à les utiliser en disant : "Regardez comme nos diplômés sont compétents !...". Pour arriver à faire semblant d'être compétents, certains professeurs n'hésitent pas à aller à l'encontre de la démarche scientifique : en faisant des cours volontairement incompréhensibles ou en retirant des bibliothèques les ouvrages contraires à leurs théories. La raison pour laquelle les examens sont organisés de la façon décrite ci-dessus, est que les professeurs eux-mêmes sont trop souvent des incompétents ou des personnes qui ne se soucient pas d'enseigner. Cette façon d'organiser les examens leur permet d'avoir un pouvoir immense sur les étudiants. Sans cela ils ne pourraient pas survivre, puisqu'il n'ont rien de concret à proposer. Les étudiants eux-mêmes prennent le moule de ce système. Si un professeur essaye de faire passer un examen intelligent, il se fera rabrouer par la masse des étudiants puis sera désavoué par ses collègues. Il a intérêt à rentrer dans le rang. Certains professeurs donnent même les points à leur examen en fonction des points obtenus aux autres examens. Ce système est une vaste hypocrisie, de la Haute Trahison institutionnalisée. Il entraîne des pertes colossales à l'échelle du pays et des individus. Mais presque tout le monde semble ne pas voir où est le problème. Le moule est pris. La meilleure défense des tenants de ce système, est que dans les pays où il n'existe pas, la situation économique et politique est souvent mauvaise. Il faut admettre que ce système n'est pas strictement négatif : les étudiants apprennent malgré tout deux-trois choses, ils se font des relations, certains professeurs sont réellement compétents et capables de rendre des services à la Nation... Et puis le peuple joue le jeu. Cela, c'est très important. Avec le système précédent, celui de la noblesse, chaque individu était condamné à vie à un niveau social. C'était une des causes des révoltes. Avec le système des études et des examens, toute personne, au moins ses enfants, peut espérer acquérir un statut. Avant, certains nobles recevaient ou achetaient de très hautes fonctions alors qu'ils étaient radicalement incompétents. Actuellement, il faut au moins être capable de faire semblant d'être compétant. C'est beaucoup. Cela en force plus d'un à être réellement un peu compétant. Si un jour la Société prend conscience du problème, à mon sens la seule solution est que les examens soient organisés par l'Etat. Le rôle des enseignants doit se limiter à préparer les étudiants à passer les examens. Le prestige des professeurs et des établissements doit découler de leur aptitude à préparer les étudiants à passer de vrais examens.

On peut s'étonner de voir des pays qui réussissent brillamment alors qu'ils ont une politique rudimentaire. D'autres pays, avec une politique pourtant exemplaire, se traînent douloureusement. Un éclairage sur la question est que l'être humain est fondamentalement un être familial. Une famille est une structure complexe. Un individu est fait pour vivre, penser et ressentir au sein de cette structure. Un pays ou une nation, c'est une sur-famille. On doit y retrouver les mêmes mécanismes que dans une famille : solidarité entre les membres, communication, défense du groupe, autorité et références communes, prestige partagé, respect de chacun, soin des petits... Beaucoup de théoriciens imaginent des structures de société qui devraient donner des rendements mirifiques. Mais si ces structures ne collent pas au schéma de la famille, cela ne donnera rien dans les faits. Parce que les moteurs des individus ne les feront pas vivre dans ces structures. Dans certains pays, comme la Belgique, presque chaque personne a au moins une expérience au cours de laquelle elle a ostensiblement été traité par le Système d'une façon contraire à l'esprit de famille. Dans ces pays là, cela devient le chacun pour soi, les arrangements et les petites corruptions... comme dans les mauvaises familles. Parce que dans l'image d'eux-mêmes les ressortissants de ces pays ne se sentent pas membres de la famille. Ils se défient de la famille. Cela fait perdre beaucoup de ressources au pays et crée un mal de vivre. Souvent, les gens sont maltraités par des fonctionnaires qui adhèrent à ces théories mirifiques énoncées par de brillants théoriciens. Prenons par exemple l'idée selon laquelle une personne qui n'a pas de travail doit être persécutée. Dans une vraie famille, on ne félicité pas celui qui n'a pas de travail, mais il reste un membre à part entière de la famille. Certains membres de la famille sont mêmes très appréciés alors qu'ils n'ont pas de travail, parce qu'ils rendent des services qui ne sont pas chiffrables en terme de salaire. L'esprit d'une bonne famille, ce serait par exemple d'adopter le système de l'Allocation Universelle. Actuellement, en Belgique pour reprendre cet exemple, on est soit travailleur et membre de la famille, soit chômeur et en marge de la famille. Des efforts ont été accomplis pour faire comprendre aux gens qu'un chômeur n'est pas forcément une engeance. Mais le clivage entre les deux mondes subsiste. Instaurer l'Allocation Universelle consisterait à considérer que tout le monde est à la fois chômeur et travailleur. On donnerait une allocation de "chômeur" à tout le monde, d'une valeur fixe. Le travail quant à lui serait imposé à un taux fixe, qui ne dépend pas du revenus annuel. Si on fait le calcul sur papier, le résultat financier est le même qu'actuellement : une personne qui a une activité donnée paye au final autant d'impôts qu'avant et dispose d'autant d'argent qu'avant. Mais l'image de soi que le pays donne à chacun de ses membres change radicalement. Chacun devient aimé et protégé à vie. En conséquence il y aura une plus grande loyauté des membres du pays envers le pays. Cela simplifiera également et radicalement le Droit du Travail. Actuellement le travail est presque criminalisé. Je connais nombre de personnes qui n'oseraient jamais travailler, de peur des ennuis que l'Etat va automatiquement et gratuitement leur inventer. Il faut légaliser le travail. Que penser de ces travailleurs qui manifestent pour maintenir une activité industrielle qui n'est plus rentable ? Ils exigent de devenir des sortes de chômeurs qui conservent le prestige du travailleur. Officiellement ils travaillent, en réalité ils sont chômeurs puisque leur travail est inutile et subsidié par l'Etat. Avec l'allocation universelle, chacun peut travailler dès qu'un travail se présente, librement. Il y aura une beaucoup plus grande mobilité des travailleurs, donc une plus grande souplesse du tissu industriel et un meilleur rendement. Un autre exemple, périphérique, est celui du système de pensions. Dans une vraie famille, les jeunes sont fiers de veiller aux besoins des ainés. Mais dans beaucoup de pays ce n'est pas ce qui se passe, ce n'est pas ainsi que les choses sont présentées. Que ce soit au travers d'épargnes privées ou de pensions d'état, chacun cotise pour sa propre pension. Une fois pensionné, il reçoit en retour l'argent qu'il a lui-même cotisé. Donc il n'a besoin de personne, il ne doit rien ni autres ni à la société. Cela a par ailleurs une lourde conséquence sur l'économie mondiale. Cet argent épargné par les travailleurs constitue ce qu'on appelle les Fonds de Pension. C'est une masse d'argent colossale, qui est généralement utilisée à des fins de prédation financière. Cela participe dans les problèmes économiques actuels et dans la ruine de pays pauvres. Il faut changer la philosophie du système. Il faut que les pensions des personnes âgées soient payées directement par les impôts des personnes plus jeunes. Eventuellement au prorata de ce que la personne âgée elle-même avait payé comme impôts du temps de sa jeunesse. Une fois de plus, on ne change pas vraiment les montants des pensions. Le résultat final est le même sur papier. Mais on change la vision que les membres de la société ont d'eux-mêmes. Le jeune est fier de payer la pension du vieux, dont il reconnaît l'importance. Le vieux se dit qu'il a peut-être encore un rôle à jouer dans la société, pour aider les jeunes. On peut supprimer les Fonds de Pension et leurs effets dévastateurs. Il faut composer avec les instincts avec lesquels les humains naissent. Alors on obtient une société plus performante, où chacun peut développer une meilleure image de soi, vivre mieux. Ces instincts sont irrémédiablement en nous. Pourquoi vouloir aller à leur encontre ? Ils ont été forgés par des millions d'années d'Evolution. Ils véhiculent des mécanismes qui ont fait leurs preuves et qui nous dépassent. Acceptons leur grandeur. On parle souvent des problèmes causés par les instincts. Pour moi ces problèmes étaient causés par l'ignorance d'autres instincts ou par une mauvaise harmonisation des instincts entre eux. On cherche des justifications économiques, politiques ou scientifiques à toutes choses. Par exemple pour aller sur Mars. Ne peut-on pas simplement accepter le fait que l'humain a l'instinct d'aller partout où il peut, d'explorer. C'est grâce à cela qu'il a survécu jusqu'à nos jours. Allons sur Mars et établissons-nous y, simplement parce que tel est notre instinct.

Certains systèmes sociaux se soucient peu de rendre la justice aux individus et ne s'occupent que de la paix sociale. En d'autres termes : pas de remous dans le peuple. Si un problème apparaît, on "tuera" les personnes qu'il faut pour que la situation se calme et que tout rentre dans l'ordre. Peu importe que l'on tue le coupable ou un innocent. Un des trucs utilisés dans ces systèmes est de faire croire aux gens qu'inconsciemment ils ont eux-mêmes choisi les problèmes qui leur arrivent. Par exemple à une personne qui se plaint des exactions commises par ses parents, on expliquera que son "âme" a elle-même choisi ces parents-là avant la naissance. On donnera même toute une argumentation. Par exemple que dans une autre vie son âme à causé des torts à ce qu'étaient les âmes de ses parents. Donc on a choisi ces parents-là pour expier ses fautes. Donc on n'a aucunement à se plaindre et même on se doit de courber l'échine avec reconnaissance. Cette argumentation est une escroquerie et une démission de la Société. Mais elle peut fonctionner de façon redoutablement efficace. Parce que même dans le subconscient d'un enfant maltraité les parents occupent une place très importante. Surtout dans les souvenirs diffus de la petite enfance, dont l'image de soi est impalpable mais profondément enfouie. A cause de ce lien fort qui existait, la personne sentira qu'il y a bien quelque part quelque chose en rapport avec ce qu'on lui explique. Les implications de cette vision du Monde sont également dévastatrices : les parents qui ont le droit, le devoir congénital, de se venger de leurs enfants. Les enfants eux, ont une faute à expier, une dette.

Une façon simple de corrompre une personne consiste à lui donner un grade élevé. Par exemple Directeur Général Adjoint. Elle tiendra beaucoup à cette nouvelle et superbe image d'elle-même. Elle se rend aussi compte du fait que cette image n'existe que grâce à la personne ou l'organisme qui le la lui donnée. Donc elle veillera scrupuleusement à protéger cette personne ou cet organisme. Car elle pourrait perdre cet image. Elle n'aurait aucune chance de la retrouver ailleurs puisqu'elle n'a pas les compétences requises. On peut s'étonner que l'on nomme ainsi une personne incompétente à un poste. Cela a des conséquences fâcheuses sur les rendements ou même sur la viabilité de l'organisme. Les humains sont ainsi faits qu'ils s'attachent parfois plus d'importance aux jeux de pouvoir à court terme qu'à l'efficacité à long terme.

Un chef peut avoir très peur de donner une image de soi trop forte à un de ses administrés. Un de mes amis était cadre dans une vieille entreprise. Les techniques étaient obsolètes, l'entreprise allait mal. Une restructuration a été décidée. Tout naturellement c'est mon ami qui s'est chargé de l'essentiel du travail : choix d'un nouveau système de comptabilité informatisé, nouvelles machines, nouveau système de gestion du personnel, locaux réaménagés... Quand la direction s'est installée dans les nouveaux locaux, une des premières décisions a été de nommer mon ami à un poste subalterne à l'autre bout de l'entreprise. Participer au conseil d'entreprise lui a été interdit. Pourtant sa présence aurait été précieuse, puisqu'il est la personne qui connaît le mieux la nouvelle structure. Mais tout le monde avait peur de lui. Il était trop fort, il menaçait leurs places, même celle du directeur. Actuellement il s'estime heureux de ne pas avoir été simplement mis à la porte.

Chacun essaye d'avoir l'image de soi la plus belle et la plus complète possible. C'est un moteur qui est en nous, avec lequel nous naissons. Globalement c'est positif. Il est bon pour un individu et pour la société qui le contient de chercher à être plus efficace, mieux équipé... Mais ce moteur peut aussi avoir des effets secondaires négatifs. Prenons par exemple une personne qui n'arrive pas à faire quelque chose. L'idéal serait qu'elle admette qu'elle n'en est pas capable. Ensuite de quoi elle peut trouver le moyen de devenir capable ou de composer avec son incapacité. Sommes toutes, être capable demande parfois des années de travail, de préparation. On peut devenir capable dans des choses qu'on aurait jamais imaginées auparavant. Et personne n'est fait pour être capable en toutes choses. Il n'y a pas de honte à être incapable. L'important est d'essayer d'admettre les choses telles qu'elles sont. Ensuite de quoi on peut éventuellement essayer de les changer. Malheureusement la réaction sera souvent d'inventer une autre explication au problème. De préférence une explication qui n'égratigne pas son image de soi, tout au moins une explication qui l'égratigne moins. La motivation peut même juste être de trouver une explication, n'importe laquelle. Parce qu'on préfère avoir une explication farfelue que pas d'explication du tout. Mieux vaut un sparadrap sur l'image de soi qu'un trou béant. Ces sparadraps impliquent trop souvent des blocages, qui empêchent les individus d'évoluer.

Un comportement fréquent consiste à cacher les choses. Par exemple on ne dit pas à un enfant que le médecin lui fera mal. Voire on lui affirme qu'il ne lui fera rien du tout. On espère ainsi, très logiquement, que l'enfant ne s'inquiétera pas. Un autre exemple : on ne lui dit pas que rouler en voiture est dangereux, que sa vie est en danger. Ces mensonges dégradent la qualité de vie de l'enfant. Au contraire il faut lui dire la vérité. Le médecin va lui faire mal et rouler en voiture présente en risque sérieux d'accident grave. Il faut lui expliquer aussi que le médecin fait cela par amour pour lui, pour sa santé. Rouler en voiture est un risque qu'il faut accepter, parce qu'on est obligé de se déplacer. Il y a moyen de créer un réseau de transport sans danger mais cela n'a pas été fait. Il faut expliquer à l'enfant qu'on sera là pendant que le médecin lui fait mal et qu'il aura un câlin après, que la voiture lui permet de retrouver sa famille et ses amis. Ainsi l'enfant a une image des chose complète, cohérente et objective : il va souffrir chez le médecin et la voiture est dangereuse. Sa famille est avec lui et gère les choses pour un mieux. Alors l'enfant ne ressent pas d'angoisses et accepte les choses. La douleur infligée par le médecin sera ressentie comme bénigne. Ce n'est pas la douleur ou la mort qui font peur, c'est l'inconnu et le mensonge : l'absence d'image des choses et des images faussées par ceux en qui vous devriez pouvoir avoir confiance.

La Thérapie Brève est une branche de la psychologie qui peut s'occuper des personnes qui ont des troubles de l'image de soi. Par exemple une personne qui panique dans un ascenseur, parce qu'elle ne réalise pas sa place dans ce petit milieu fermé. Le psychologue en Thérapie Brève va essayer de comprendre comment la personne se perçoit dans l'ascenseur. Ensuite il lui proposera de travailler la question, de diverses façons "actives, introspectives et prospectives". Un sujet de prédilection de la Thérapie Brève sont les personnes qui se sont enfermées dans un système. Par exemple une personne qui se dit victime d'une situation et qui prétend s'y être résignée. En faisant cela, elle entraîne les personnes autour d'elle dans son système. Le travail du psychologue en Thérapie Brève sera de comprendre ce système, de l'expliquer et d'expliquer comment en sortir, de proposer un travail pour changer l'image de ce système que chacun des protagonistes a en lui. Il peut paraître étonnant qu'une personne choisisse de construire un système autour d'elle où elle prend le rôle de victime. C'est peut-être parce que dans notre système culturel la victime est une personne privilégiée, qui mérite des égards. C'est une image de soi qui n'est pas la plus enviable, mais qui n'est pas inintéressante. Elle offre des facilités, des possibilités, des moyens d'action. Dans d'autres cultures les victimes sont considérées comme des déchets ou des fautifs. Là les systèmes sont donc sans doute bâtis autour d'autres sortes d'images de soi.

Il y a un moyen très efficace pour imposer quelque chose à quelqu'un  : c'est de dénoncer cette chose. J'ai été très étonné de voir que dans des familles où on maltraite les enfants... on parle souvent des familles où on maltraite les enfants. Les parents pointent du doigt les autres familles. Ils dénoncent avec indignation et sous-entendus les mauvais traitements que les enfants y subissent. Leurs enfants écoutent attentivement. Ce truc fonctionne très bien. D'une part les enfants ne peuvent mentalement pas imaginer qu'ils sont eux-mêmes maltraités. Leurs parents dénoncent cela si bien... D'autre part ils croient sans s'en rendre compte que ce qu'on fait aux enfants dans les autres familles est vraiment atroce, puisque que c'est pire que chez eux. Donc ils n'iront jamais demander l'aide d'autrui, ils ne dénonceront jamais leurs parents. Ils sont bien enfermés. En général ce truc n'est pas utilisé de façon consciente par les parents maltraitants. En tout cas pas au début. Ce n'est que l'expression de leur paranoïa, qui prend forme et se structure en fonction de l'impact sur les enfants.

Supposons que vous voulez conseiller une chose à une personne. Par exemple le système Linux. Vous lui donnez de très nombreuses explications techniques et morales sur les raisons pour lesquelles elle a grand intérêt à prendre ce système et pas le système Windows. Vous lui parlez même de l'avenir de la planète, des flux d'argent mondiaux et de leurs conséquences... Elle semble avoir compris. Elle peut vous répéter vos explications de façon intelligente et structurée. Elle a également compris qu'elle n'a aucune raison pratique importante d'acheter le système Windows. Pourtant elle achètera le système Windows. Pourquoi ? Vous avez fait une grave erreur. Quand une personne imagine adopter ou acheter quelque chose, il faut qu'elle ait une image de cette chose. Dans son subconscient, il faut que cette image de cette chose puisse se greffer à son image de soi de façon enthousiasmante. La publicité de Microsoft montre simplement un chipendale en col-cravate qui est très content d'avoir en face de lui un ordinateur avec Windows. Ca, c'est une image qu'on assimile très bien. Donc on sent bien le produit Windows. Le produit Linux, par contre, on ne le sent pas du tout. Que voulez-vous que cette personne fasse avec la moralité et les flux d'argent mondiaux dans son ordinateur ? C'est insensé et bien trop lourd à porter. Avec tout ce que vous lui avez expliqué vous lui avez causé une défiance et même un rejet du système Linux. Vous me répondrez que, si, cela a un sens d'utiliser un système plus sain, plus efficace et conçu par des gens biens. Je vous donne raison. Mais essayez de comprendre que ce lien n'est pas direct. Il faut avoir un certain niveau intellectuel pour être capable d'apprécier ce que le système Linux représente, pour faire la traduction entre les flux d'argent mondiaux et la joie de faire bouger sa souris à l'écran. Beaucoup d'utilisateurs de Linux n'ont pas ce niveau non plus. Ils ont adopté Linux pour s'intégrer à un groupe. En somme pour la même raison que d'autres adoptent Windows. Si vous voulez faire du prosélytisme, répandre la bonne parole, apprenez au moins à parler à chacun dans son langage. Faites en sorte que votre interlocuteur puisse faire le lien entre son image de soi et les images que vous soulevez. Un bon critère pour voir si une personne a intégré un système à son image de soi, c'est si elle est prête à faire un effort pour cela. C'est à dire à payer de l'argent pour cette chose ou à la demander. Avant j'avais l'habitude d'installer systématiquement Linux à des amis utilisateurs de Windows. Cela me semblait une politique saine et démocratique. Mais les résultats sont nuls. Ils n'utilisent pas Linux et ne le montrent pas à leurs amis. Ce n'est pas parce que j'ai installé Linux sur leur ordinateur que dès lors cela fait partie d'eux-mêmes. Ce n'est qu'une sorte de sac à dos que j'ai déposé chez eux. Ils m'aiment bien alors ils supportent sans problème la présence de ce sac à dos. Mais ils ne s'en servent pas. Les rares fois où ils ont démarré Linux, ils ont simplement constaté qu'il y a une souris, un menu et des fenêtres, comme sous Windows. Quand ils essayent de l'utiliser, ils constatent que le mode d'emploi n'est pas exactement le même, qu'ils n'arrivent pas à faire tout de suite tout ce qu'ils ont l'habitude de faire sous Windows. Pourquoi se fatiguer à apprendre quelque chose de neuf qui est semblable à ce qu'on a déjà ? Linux représente et permet beaucoup plus de choses que Windows. Mais cela ils ne le voient pas. J'ai arrêté les installations sauvages de Linux. Je me contente d'en parler et de montrer que je l'utilise. Je dénonce les superstitions anti-Linux et j'apaise les craintes de l'inconnu. Je fais travailler les imaginations, je fais comprendre que c'est une marche vers un au-dessus.

Il est parfois amusant d'entendre des personnes discuter sans cesse de choses diverses et ne jamais pouvoir se mettre d'accord. Une raison à cela est que par définition le jeu de la conversation peut consister à prendre chacun un postulat différent et à essayer de le défendre. Le postulat le mieux défendable l'emportera, peu importe qui l'ait défendu. Une autre raison que je crois remarquer est que chacun tend à défendre des idées qui sont une projection de son image de lui-même. Que l'on parle champignons ou Politique Etrangère, on calque son propre mode de pensée sur le sujet et on le défend bec et ongles. En réalité on se défend soi-même. C'est une façon de faire qui est très discutable. Elle a un avantage, qui consiste à pouvoir soumettre son identité à autrui sans en avoir l'air. En recueillant les réactions des autres sur le sujet qu'on défend, on obtient par la bande des renseignements sur soi-même. C'est en général inconscient. On ne se rend pas soi-même compte qu'on est en train de faire cela. C'est une version sophistiquée du "Monsieur le psychologue, j'ai un ami qui a un problème...". Je crois malgré tout qu'il faut dénoncer cette pratique et encourager à aller droit au but. Des guerres de religions sanglantes ont eu lieu parce que chacun défendait sa vision de la Religion et des Mythes. C'est un jeu de masques parfois nécessaire mais qui est globalement peu rentable et sujet à bien des confusions. Sachons admettre ce que nous avons en nous et osons le dire explicitement aux autres. N'y mêlons pas les champignons ou la Vierge Marie. Fi de ceux qui se moquerons de nous. Ainsi on peut évoluer beaucoup plus vite et plus loin. Et devenir bien plus compétents dans les champignons ou la météo, débarrassés de l'empreinte de notre ego.

Le Destin est une notion qui me semble souvent mal utilisée. Chacun a une histoire, qui fait partie de son image de soi. Cette histoire remonte plus ou moins loin dans le passé. Pour certains elle remonte bien avant leur naissance, parfois jusqu'à l'époque mérovingienne. L'usage que l'on fait de ce passé est très divers. Certains s'y attachent trop et en font des extrapolations abusives. D'autres la négligent où la transforment suivant leur humeur... Peu importe : cette histoire a eu lieu et ses séquelles sont en nous. Même les transformations que nous rêvons à notre histoire font partie de cette histoire. Par contre ce qui est nettement moins tracé, c'est notre futur. Pour moi le destin a un sens, en ce sens qu'il y a des choses en nous (ou autour de nous) qui nous imposent des choix et des événements. Par exemple le cerveau de beaucoup de personnes est matériellement incapable de faire des mathématiques sophistiquées. Donc elles ont à la base le destin de ne pas devenir de brillants mathématiciens. Il faut bien faire comprendre cet aspect des choses, parce qu'il y a beaucoup d'abus. Certains groupes prétendent que l'aptitude aux Mathématiques est uniquement une question d'éducation, de scolarité. Cela cause beaucoup de malheurs, parce que les enfants croient que s'ils n'y arrivent pas c'est à cause d'eux-mêmes ou à cause de leurs parents. Pire : on se sert de ces enfants qui n'y arrivent pas, qui sont "en échec" pour faire peur aux autres enfants, pour les menacer. On se sert d'un principe d'Egalité qui semble noble pour imposer une petite dictature méchante. Dans ces groupes, les Mathématiques sont en plus assez limitées. Ils n'enseignent pas des choses complexes et importantes, que seule une petite minorité des enfants est capable de comprendre. Donc ces enfants n'en feront pas bénéficier la Communauté. Souvent, même les choses qui sont enseignées ne le sont pas vraiment. On fait semblant, on ne fait que des choses superficielles, pour que la majorité des enfants ait l'impression de suivre et de faire des Mathématiques. C'est une arnaque. Une autre conséquence est qu'on laisse facilement tomber des enfants en cour de route. Beaucoup d'enfants ont des aptitudes très riches en Mathématiques mais ils ont une "tare" juste dans un domaine des Mathématiques. Dans ces cas là, cela vaut la peine de s'investir pour permettre à l'enfant de passer le cap. Il faut le traiter comme un handicapé, juste pour ce domaine là. Cela forme une passerelle qui lui permet de déployer une brillante carrière de mathématicien par la suite. On doit avoir le droit de faire des mathématiques comme on doit avoir le droit de ne pas en faire. Les deux sont liés. Revenons à la notion de destin. Certains croient que notre futur est en nous exactement comme notre passé. Il est tout tracé et on n'y changera rien. Par exemple ils fument la cigarette en se disant que de toute façon le jour de leur mort est fixé. Comprenons-nous bien : une part du destin d'un fumeur est écrit, en ce sens que chacun a une sensibilité différente aux effets du tabac. Certaines personnes ont des muqueuses épaisses dans les poumons et un bagage génétique résistant au cancer. Elles ont donc un risque vraiment faible de développer un cancer ou de faire de l'emphysème. D'autres personnes au contraire sont très sensibles au polluants. Pour elles les risques sont très élevés : fumer ou vivre avec des fumeurs est un suicide. Cette résistance ou cette fragilité que l'on a au départ, cela pèse lourd sur notre histoire, cela va fortement contribuer à l'orienter dans certaines directions. Cela ne veut pas pour autant dire que le jour de notre mort est fixé. Si nous décidons de ne pas fumer, nous avons une forte chance de mourir à un âge avance et dans de bonnes conditions. Nous partirons en quelques jours, comme un rêve qui s'efface. Si nous fumons ou vivons avec des fumeurs, nous risquons fort de passer plus tard des dizaines d'années avec un emphysème aux poumons, perpétuellement en train d'étouffer. Nous allons mourir à un âge encore jeune, longuement et douloureusement. Le destin, c'est une chose que l'on peut influencer. On ne peut pas tout changer et on ne peut pas décider avec exactitude de ce qu'on change. Mais on peut mâcher du chewing-gum sans sucre au lieu de fumer. On peut aller chez un psychologue, pour résoudre les angoisses qui nous obligent à fumer pour se calmer (dans certains cas, arrêter de fumer sans avoir appris à gérer son stress peut augmenter le risque de cancer...). Pour certains, l'idée de prendre ainsi en charge leur destin, au moins partiellement, est source d'une profonde angoisse. C'est pour cela qu'ils la rejettent et affirment leur conviction du Destin absolu : tout est écrit, ils n'ont aucune responsabilité, réfléchir n'est pas nécessaire. Un destin ouvert, même partiellement, c'est l'inconnu, l'étranger, l'obscur, la source de toutes les terreurs... Il faut de l'amour et de la sagesse pour oser affronter cela, une forme de confiance en Dieu.

Les superstitions sont parfois presque des contrats que certaines personnes croient avoir passés avec l'Univers. Par exemple la superstition que s'ils sont gentils et généreux la Vie sera bonne et douce avec eux. Quelques années après on les retrouve tristes et meurtris : la Vie n'a pas respecté le contrat. Dans leur image d'eux-mêmes, l'Univers est une sorte de personne diffuse qui les entoure, qui les observe et fait des choses. C'est une attitude infantile qui coûte très cher. J'ai vu des personnes commettre des choses moches toute leur vie et pourtant être riche, respectées et avoir une mort douce. On peut se gagner une belle vie. Etre honnête et généreux est une bonne base. Mais c'est surtout une question de travail et de bon sens opiniâtre.

Changer ce que l'on est cause de la douleur. Ce que l'on est ne convient et cela cause de la douleur. On changera donc si la douleur de ce qu'on est devient supérieure à la douleur de changer. Un bon psychologue permet de réduire la douleur de changer et d'obtenir des changements plus intéressants.

Lors de l'adolescence on change profondément son image de soi. D'un petit enfant couvé par ses parents on devient un adulte part entière. Cela passe par de nombreuses remises en question, des drames intérieurs... Le piercing par exemple, très pratiqué les adolescent, sert à manifester le fait que leur corps leur appartient à eux et non à leur parents. Les adolescents ont besoin des accessoires propres à leur âge (vêtements, accessoires de loisirs...). C'est leur identité-même qui en dépend. Certains deviennent presque des assassins psychopathes pour arriver à mettre la main sur ces choses. Ils sont prêts à faire du piratage informatique, certaines filles se prostituent plus ou moins... Ils peuvent aussi avoir des réactions de rejet très fortes contre les personnes qui ne jouent pas leur jeu, qui ne les traitent pas en "élégant adultes". Dans leur esprit il peut y avoir l'horreur de l'infantilisme violent le plus obtus, dans les faits ils sont dépendant de leurs parents et ils seraient incapables d'assumer des responsabilités, pourtant ils veulent être traités en égaux par les adultes. Pour éviter que ce processus ne dégénère, il est de la responsabilité des adultes de faire des choses. Il faut qu'avant que le processus ne commence ont l'ait expliqué à l'enfant, pour qu'il comprenne ce qui lui arrive. C'est peut-être le plus important. Ensuite il faut prévoir un budget pour les accessoires dont l'adolescent a besoin. Ce besoin est réel et propre à la nature humaine. On peut éventuellement discuter pour réduire certains coûts, mais on n'y coupera pas. Enfin il ne faut peut-être pas traiter l'adolescent comme un adulte puisqu'il n'en est pas un, mais il ne faut pas non plus le prendre pour idiot. Beaucoup de parents ou de personnes ayant l'autorité sur un adolescent utilisent des combines pour essayer de manipuler l'adolescent : des enjeux impossibles à tenir, un endoctrinement, une autorité colérique, refuser des petits détails et accepter des grandes horreurs, garder une façade à tout prix, faire des chantages avec des choses qui sont vitales pour l'enfant... Il faut dépasser tout cela et aller droit au but : accompagner l'adolescent au fil de son développement, discuter de certaines choses de façon objective, refuser ce qui doit être refusé... Pas à pas les parents doivent accepter qu'ils perdent le contrôle, qu'ils n'auront plus de renseignements, que le petit s'en va...

Certaines personnes essayent de dominer les autres par tous les moyens. Dans leur image de soi inconsciente elles se voient tout en haut de la pyramide des personnes. Elles grimpent le long de cette pyramide de façon effrénée, tout le temps, jour et nuit. Elles collectionnent les moyens d'influencer les gens. Elles utilisent une personne pour en manipuler une autre. Si elle ne peuvent être le patron d'une personne elle lui proposeront d'être son esclave. Parce qu'un esclave peut influencer son maître. Si vous leur signalez une opportunité, elles vous donneront des ordres. Si vous avez le malheur de leur rendre un service, vous devenez leur propriété. Si vous expliquez ce qu'elle font, elles seront rabrouée quelques minutes ou quelques heures, puis la machine à escalader reprendra son mouvement, en utilisant d'autres méthodes s'il le faut. Ces personnes ne veulent pas le mal d'autrui. Elles veulent même en général le bien. Mais elles n'ont pas les compétences nécessaires alors elles font le mal, elles font des plans foireux. Certaines entreprises ou administrations adorent ce type de personnes parce qu'elles sont très faciles à manipuler. Il suffit de leur faire miroiter la possibilité de monter dans la pyramide. On leur explique qu'il faut être très travailleur et très fidèle. On peut ainsi faire travailler ces personnes au point que leur famille est en détruite ou qu'elles finissent par se suicider, vidées de leur énergie. La possibilité de réellement monter dans la pyramide est en fait rarement accordée. Les places intéressantes sont déjà attribuées, à des personnes moins faciles à manipuler, plus fiables.

Un moyen facile de gonfler son image de soi de nouvelles choses impressionnantes et flamboyantes, c'est de prendre des obligations. On accepte un travail, on prend un engagement, on se fait élire à une fonction... pour se sentir plus important. Le résultat est un overbooking létal. On se retrouve pétri d'angoisses, on développe des maladies somatiques, on manque de sommeil, on fait mal chaque chose et en prenant beaucoup plus de temps que nécessaire, on perd ses amis... Le cerveau de certaines personnes est équipé d'un mécanisme de protection qui consiste à oublier toutes les promesses faites. Cela peut sauver la personne mais cela n'arrange pas les autres. Il faut apprendre à gérer son emploi du temps et à ne pas prendre un engagement à la légère. Il faut prendre le temps de réfléchir, demander conseil, savoir retourner à l'école, prendre des marges de sécurité... Le plus important est d'apprendre à ressentir ce qu'il y a réellement au fond de soi. Si on a vraiment un enthousiasme pour faire une chose donnée, si on y trouve un rêve ou un sport, un rythme ou un plaisir, alors il peut être adéquat de prendre l'engagement de la faire. On aura chaque jour plein d'énergie pour la faire. En fin de journée on sera fatigué mais heureux. Il faut apprendre à déjouer toutes les mauvaises raisons de se coller un engagement : s'attirer l'estime d'autrui, obéir à un endoctrinement... Un bon engagement peut bien sûr un jour devenir moins bon. Dans ce cas à priori il faut tout de même continuer, au moins un temps. Par exemple le temps de former un remplaçant enthousiaste. Parfois la meilleure chose à faire est d'arrêter tout de suite, platement, sans même s'excuser.

Un enfant peut être dressé pour vivre dans le monde de l'illusion. Sa maman lui répète sans cesse qu'il est merveilleux et adorable, sans qu'il ait le moindre effort à fournir pour cela. Il doit juste bien se laver, sentir bon et porter les vêtements chics qu'on lui achète. Son papa rêve qu'il apprend à faire des tas de choses. Par exemple qu'il apprend à fabriquer des cerf-volants. Alors le papa achète des pièces de bois et de tissu et assemble des cerfs-volants. Tout en répétant sans cesse que c'est son enfant qui les construit et que regardez comme il fait ça bien. Tout le monde admire l'enfant pour les beaux cerf-volants qu'il fabrique. C'est surtout l'enfant lui-même qui s'admire pour cela. Dans les séries télévisées et les magasins, on lui propose des personnages ou des figurines colorées, dont on lui montre et lui dit qu'elles ont des pouvoirs magiques, de la force, des propriétés extraordinaires... Il bave pour les posséder et bien entendu on les lui offre. Il se gonfle du prestige et du merveilleux de ces petites choses. Il rêve qu'il est fort, honnête, doué de multiples talents... alors que pas la moindre connexion ne se fait en ce sens dans son cerveau. Il n'a pas de réflexe d'honnêteté. Aucune créativité ni habileté ne se développe en lui. On lui achète des boîtes d'assemblage chères et prestigieuses, qui permettent de fabriquer des petites machines de rêve, motorisées voire informatisées. Mais aucune imagination, invention ni adresse n'est nécessaire pour les assembler. Il suffit de clipser les pièces ensemble, suivant des plans détaillés. Il n'est même pas nécessaire de peindre l'objet ensuite. Il faut juste faire un peu attention à ce qu'on fait au moment du montage. Mais l'enfant se sent très fier de ce qu'il croit être sa Réalisation. A un moment donné il peut être confronté à des livres ou à des personnes qui expliquent la théorie des choses et les techniques, c'est à dire ce qui permet d'inventer des objets et de les construire. Au début il va se ruer dessus, il va les revendiquer. Puis il a un choc. Il a beau retourner le livre dans ses mains, aucune chose colorée ni prestigieuse n'en sort. Il ne peut rien tirer de ce livre puisque son cerveau n'a jamais été préparé au puissant effort et aux longues démarches nécessaires pour être capable de créer, encore moins au patient travail pour fabriquer une chose nouvelle de toutes pièces. Il sent confusément qu'il y a une arnaque quelque part mais il est sûr que cela ne peut pas venir de lui. Son rapport avec les gens créatifs, ceux capables de réaliser un objet ou une oeuvre d'art, est très ambigu. Il leur donne des ordres. Il leur dit qu'ils doivent créer des choses plus belles que tout, plus puissantes que tout ce qui existe. Il est très fier de ce qu'ils vont produire, de ce qu'il considère qu'il aura lui-même ainsi réalisé. Mais les créatifs n'obtempèrent pas. Au contraire ils se moquent de lui. Il en déduit que les créatifs sont une sale race qu'il faut écraser. Ils sont l'obstacle entre lui et le bonheur. Il n'en souffre pas vraiment, puisqu'il lui suffit d'aller chez sa maman. Elle le reconvaincra en peu de temps de son infinie grandeur, de son mérite ineffable. Elle lui parlera de toutes les bêtises, de toutes les erreurs que font ces créatifs. Ce sont des vilains, de pauvres gens, il ne faut pas les écouter. Lui par contre est chaud comme le Soleil, génialement parfait comme ses rêves. Un jour un de ces créatifs lui explique qu'il pourrait acheter une petite planche de bois fin et de la colle, pour fabriquer un petit avion qui vole vraiment. Le créatif essaye de lui expliquer qu'il peut construire son petit avion comme il veut à condition de respecter quelques règles d'aérodynamique. Il lui dit qu'il l'aidera quand il aura fait des erreurs, qu'il lui expliquera, pour qu'il apprenne, pour qu'il devienne libre de réaliser les avions qu'il rêvera. Il tente de lui montrer des techniques pour bien découper, sculpter et assembler des pièces. L'enfant le regarde d'un air narquois : "Bien essayé mon toto ! Tu as cru m'avoir, hein ? Si tu crois que je vais dépenser 5 € pour ta saloperie de petit avion terne.".

Un savant se fait souvent remarquer par le fait qu'il connaît beaucoup de choses. Qu'il ait autant de savoir en tête est normal. Au cours de ses recherches il est passé par de nombreux chemins. Il a été amené à lire beaucoup de textes et à parler avec un grand nombre de personnes. Il a longuement utilisé toutes ces données, il s'est en partie appuyé dessus pour créer de nouvelles choses. Il est normal qu'il ait gardé une partie de cela en tête. Mais ce savoir est secondaire. Ce qui est important, c'est que le savant est capable d'invention, de réflexes intuitifs, d'extrapolation, d'imagination, de raisonnement, de recoupement... Son cerveau est une prodigieuse architecture. L'Enseignement prétend transformer chaque étudiant en un petit savant. Il est écrit dans la Constitution que les Universités doivent former des personnes ayant des capacités de Chercheurs. En réalité on se contente presque exclusivement d'obliger les étudiants à apprendre des monceaux de données. Cela leur demande beaucoup de travail et tous n'en sont pas capables. On fait cela dans des cadres prestigieux, dans de grands amphithéâtres avec Son et Lumière. Celui qui ne se montre pas à la hauteur sera jeté au bas du talus. C'est très impressionnant. On se contente de faire en sorte que les étudiants soient capables de singer un savant. Il faut qu'ils ressemblent à des savants, en n'utilisant comme critère que le fait très superficiel que le savant connaît beaucoup de choses. Le travail des étudiants est dur. Mais l'architecture de leur cerveau ne dépasse pas les méthodes et réflexes de base, le minimum élémentaire. Une conséquence de cela est qu'ils ne retiennent même pas le savoir qu'on les a forcés à faire semblant de maîtriser. Dans beaucoup de cas, si vous interrogez une personne sortie depuis peu des études, elle ne se souvient presque de rien. Vous pouvez chercher un moyen de montrer "que cela a tout de même servi à quelque chose pour son cerveau", vous n'en trouverez pas. Vous êtes en face d'un édifice vide et improductif. Vous pourrez tirer beaucoup plus d'une personne qui n'a pas fait d'études mais qui a eu de la curiosité et de l'enthousiasme pour quelque chose. En prétendant former des savants sans prendre en compte la nature humaine, on ne forme pas des savants et on handicape la formation des quelques vrais savants.

Certaines lois existent non pour la raison qu'elles énoncent mais parce qu'elles permettent d'enfermer une partie de la population dans une certaine image. C'est une forme de propagande insidieuse. Par exemple les lois qui limitent les droits des femmes. Ces lois sont très difficiles à faire disparaître, parce que le changement d'image que cela implique terrorise proprement les "bénéficiaires" de la loi. Il existe un moyen assez simple pour leur faire accepter la disparation de la loi. Il faut leur fournir temporairement un autre moyen d'écraser leurs victimes. Supposons par exemple que l'on veuille abolir la loi qui interdit à une femme de posséder un compte en banque. Alors il faut par exemple proposer qu'une femme pourra disposer d'un compte en banque à condition de passer devant une commission d'hommes, qui décidera. Ainsi la loi a une chance d'être acceptée. Parce qu'un moyen est maintenu pour humilier les femmes et leur montrer qu'elles sont inféodées aux hommes. Quelques années plus tard, cette commission paraîtra à beaucoup de personnes comme étant une chose ignoble. Alors on pourra faire voter sa disparition et les choses rentreront définitivement dans l'ordre. Cette commission était en réalité bien moins ignoble que la situation qui précédait. Mais elle est plus visible, on ressent mieux ses effets. C'est pour cela que les oppresseurs des femmes l'ont acceptée et c'est pour cela que les humanistes la rejettent ensuite. C'est un tout de passe-passe entre les semblants et les non-dits, un détour pour arriver à la Justice.

On agit en fonction de l'image de soi qu'on a. Mais, même si l'image de soi qu'on a est à la base positive et utile à la Société, ce qu'on fait dans la pratique peut être mal. Il y a là un paradoxe. Malheureusement certains résolvent ce paradoxe en forçant sur le mauvais comportement. Il croient qu'ainsi ils affirment et même prouvent que ce comportement est bon. Par exemple un enseignant peut ressentir du remords parce qu'il a brutalisé un élève. Il l'a fait parce qu'il voulait mieux l'enseigner. Mais c'était une erreur. Pour se persuader qu'il a tout de même bien fait et qu'il est bien un bon enseignant, il va recommencer. Il va même développer toute une argumentation pour se justifier. Il doit continuer à brutaliser des élèves, pour "prouver" qu'il n'a pas eu tort de brutaliser le premier. Cette dérive peut être très difficile à arrêter.

Plus d'un croit que parce qu'il a une image d'une chose il maîtrise cette chose. Par exemple un jour j'ai proposé à un jeune informaticien de lui donner un CD avec un petit système "Linux" dessus. Il m'a répondu : "Non non pas besoin, je connais. Linux c'est un système avec une gestion "partitionnée" de la mémoire". Je connais...". Pour commencer sa définition est fausse en ce sens que tous les systèmes modernes gèrent leur mémoire de cette façon. Ce n'est pas une particularité de Linux. Ensuite, Linux c'est tout un Univers. Il y a des monceaux de choses géniales que l'on peut faire et qu'il faut donc apprendre à faire avec Linux. Tout cela, cet immense champ de découvertes, de compétence et d'efficacité, il l'a balayé par une simple définition qui tient en un petit paragraphe. Il sait ce qui est marqué dans le dictionnaire à la rubrique Linux donc il n'a pas besoin de s'intéresser à Linux... J'ai expérimenté la même chose en médecine. J'essaye régulièrement des tas de choses et je (re)découvre des effets peu connus et forts intéressants. Que ce soient les épices ou l'aspirine, il y a tout un monde de possibilités peu connues. Parfois j'en parle à des médecins, parce que cela peut résoudre des problèmes de certains de leurs patients ou même des problèmes que le médecin lui-même a. Assez systématiquement le médecin me débite de mémoire ce qui était marqué dans son cours sur ce chapitre et puis change de sujet. Il se souvient de la définition académique du produit ou de ses effets, donc je n'ai rien à lui apprendre. Deux ans plus tard il a toujours ses problèmes de santé. Il n'a même pas essayé ce que je lui expliquais alors que cela ne présente pas le moindre danger ni même de perte de temps.

On dit que les héros de romans et de films servent d'exemples à la jeunesse. J'ai vu un cas où cela me paraît douteux. Les films préférés d'un jeune adolescent de mes amis sont des opus héroïques comme "Gladiateur" ou "Le Dernier Samouraï". Dans ces deux films le héros est à la fois un brillant stratège militaire et un homme rompu au combat corps à corps. Quand on regarde cet adolescent, il a à peine assez de muscle pour se tenir debout. Pourtant il a une ossature qui ne demande qu'à se muscler. Il a une phobie de tout ce qui implique de la stratégie. Il ne joue qu'à des jeux vidéo pour lesquels une souris aurait assez d'intelligence : saute d'obstacles, conduite, baston... Chaque fois que j'ai essayé de lui montrer des jeux qui impliquent un peu de stratégie, par exemple des petits puzzles ou des commandes informatiques, quelque chose dans sa tête décide que ce n'est pas pour lui. Il refuse toute réflexion. Pourtant il en est parfaitement capable. C'est un enfant très intelligent. Physiquement et mentalement il est le contraire exact de ses héros préférés. J'ai un peu essayé de comprendre la situation. Ses parents ne "voient" rien. Pour sa mère il est un merveilleux gentil petit garçon absolument parfait. Ses amis à l'école sont comme lui. Il vit dans un milieu où aucun exercice physique ou intellectuel n'est jamais pratiqué. Les jeux vidéos et les séries télévisées servent à remplir le hangar vide qui lui sert d'esprit. Cela fonctionne comme une drogue. Il en va de même pour les films d'aventure. C'est une drogue hallucinogène pour compenser les choses qu'ils serait bien incapable de vivre. Ni les films ni les jeux vidéos ne sont mauvais en soi. Tout le problème est dans l'usage qu'on en fait. Dans d'autres familles les mêmes films servent de stimulants pour faire du sport ou des jeux d'esprit. J'en ai discuté avec l'adolescent. Le dialogue est possible avec lui, ce qui est déjà beaucoup. Il m'a répondu que c'est une question d'entraînement. Donc dans son esprit il y a : "Je peux être fort, adroit, cultivé et bon stratège", ce n'est qu'une question d'entraînement". En d'autres termes : "Je peux le faire quand je veux, c'est presque comme si je l'étais déjà, disons même que je le suis.". Grâce à ce bricolage de son image de soi, il ne sent pas qu'il y a un gros problème. Il a trouvé un stratagème pour s'anesthésier. J'essaye maintenant de lui expliquer que a) ce n'est pas une question d'entraînement mais d'apprentissage, b) l'apprentissage demande beaucoup de temps et il faut apprendre beaucoup de choses pour être capable d'apprendre, c) l'apprentissage n'est possible que quand on est enfant. Une fois qu'on est adulte on ne peut que mettre à profit et mûrir ce qu'on a appris étant enfant. L'entraînement est nécessaire pour parfaire et peaufiner ce qu'on a appris, voire pour apprendre de nouvelles choses. Mais c'est secondaire par rapport à l'apprentissage. Il va donc arriver à l'âge adulte en ayant appris peu de chose, comme la majorité des adultes hélas. La seule chose qu'il pourra développer sont ses muscles. Il pourra par exemple faire du bodybuilding. Il deviendra une armoire à glace mais totalement incapable de faire des gestes adroits ou par exemple de se défendre. Un gringalet qui aurait fait du karaté étant enfant pourra l'étaler en trois secondes. Ce qui peut sembler paradoxal est qu'il va dans une relativement bonne école. En théorie, l'école est précisément le lieu où on fait apprendre les enfants. Ses professeurs lui font faire de petits travaux manuels. Mais il n'en retire rien ou pas grand chose. Parce que l'école l'ennuie. Il expédie les travaux scolaires comme des corvées et se contente des notes qu'on lui donne. Pour qu'un apprentissage soit effectif il doit y avoir un enthousiasme de la part de l'enfant, un projet personnel dans lequel il s'investit ; une chose quelconque qu'il a décidé de construire. Alors il devient un aspirateur à apprentissages. En quelques années il peut atteindre des sommets. Les parents de cet adolescent sont en partie responsables de son manque d'intérêt pour l'Ecole. Ils se contentent de hurler quand il ramène de mauvaises notes. Ils n'ont aucun intérêt pour la matière elle-même ni pour les points de vue des professeurs. L'Enseignement et la Collectivité sont aussi responsables. Parce qu'ils se contentent de faire jouer aux enfants une comédie d'apprentissage. L'Enseignement belge est une grande pièce de théâtre où l'on se convainc les uns les autres que l'on fait de grandes choses. Une des pires crises de comédie a été "l'Enseignement Rénové" : on a forcé les enseignants et les enfants à faire semblant de mener de sympathiques et grandioses activités collectives. Tout était écrit mais il fallait faire semblant de découvrir les choses, de les classer avec passion dans un cahier et de partager son enthousiasme avec le reste de la tablée. Il faut aller dans les dictatures communistes pour trouver pire. Il faut des cours obligatoires. Par exemple pour apprendre à lire et à écrire ou pour apprendre les notions de base de la Loi. Mais cela ne doit prendre que quelques heures par semaines. Le reste du temps il faut laisser les enfants libres de leurs activités. Il faut des adultes autour deux, pour leur apprendre ce dont ils ont besoin pour mener à bien leurs activités, pour leur montrer de nouvelles choses, pour les surveiller et les empêcher de se mettre en danger... Les enfants ont un besoin vital de la présence des adultes. Il leur faut tout un panel d'adultes cultivés, habiles, adroits, fins psychologues, qui ont le don de l'enseignement, qui ont des choses à raconter, capables de structurer des projets collectifs des enfants... Mais c'est dans la tête des enfants que cela se passe, pas sur le tableau noir, ni dans les cahiers et encore moins dans la tête des adultes. Si on laissait les enfants ainsi vaguer à leurs passionnantes occupations, les talents et la souplesse d'esprit qu'ils développeraient leurs permettraient de suivre les cours obligatoire avec beaucoup plus d'acuité. Actuellement, avec huit heures par jour de cours obligatoires, à dix-huit ans les enfants sont juste capables d'écrire de façon lisible et de comprendre des textes pas trop compliqués. Si on réduisait à huit heures par semaine de cours obligatoires et si on fournissait les écoles en matériel de bricolage, en fauteuils, en livres, en pinceaux, en papier et en encre de chine, à dix huit ans on aurait des armées de calligraphes versés en philosophie et en hautes mathématiques ou capables de prouesses physiques hors du commun. En deux générations il n'y aurait plus de problèmes de guerres ou de pollution sur la Planète. Ces enfants devenus adultes seraient capables de produire beaucoup plus de biens tout en ayant beaucoup moins de besoins.

Dans la majorité des pays "modernes" il y a une hiérarchie. En haut de l'édifice il y a les ceux qui ont appris les Sciences Intellectuelles. En bas de la hiérarchie il y a ceux qui ont appris les travaux manuels. Cette image de société semble aller de soi. Pourtant quand on y regarde de plus près il y a des choses absurdes. Par exemple les intellectuels sont en général tout à fait incapables de faire ce que font les manuels. Ils ne sont donc pas "mieux" que les manuels. Il existe même des entreprises où les activités intellectuelles sont menées par les ouvriers. Les "intellectuels" ne sont là que pour le décors et sont même un handicap pour les ouvriers. Ce n'est pas la règle générale mais cela existe et cela montre que la structure de la société est artificielle. Plus amusant est le fait qu'il a existé et existe encore des collectivités où les manuels dominent les intellectuels. Les intellectuels y sont considérés comme utiles mais ne sont pas plus valorisés qu'un porteur d'eau. Un peu toutes les combinaisons sont possibles pour structurer une Société. Ce qui compte sont les "manipulateurs". C'est à dire les politiciens et les religieux. Ce sont eux qui créent les images de soi du peuple et engendrent ainsi les hiérarchies. Ils ont hélas souvent tendance à faire cela de la façon qui est la plus intéressante pour leurs intérêts personnels. C'est pour cela que les politiciens et les religieux sont au sommet de la hiérarchie de la plupart des pays. Mais ce n'est pas toujours le cas. Dans les pays où le peuple a un niveau spirituel élevé, beaucoup de culture et d'éducation, les politiciens et les religieux ont un pouvoir nettement moindre. Ils sont au service de la collectivité comme tout le monde. Dans ces pays aussi le salaire et les responsabilités d'un ouvrier sont beaucoup plus comparables à ceux d'un intellectuel. Réciproquement les intellectuels ont fait de la pâte à modeler et de la tapisserie quand ils étaient enfants et sont relativement habiles de leurs mains. En gros on peut scinder les manipulateurs en deux camps. Le camp de droite "n'a pas confiance en Dieu" et veille à maintenir une hiérarchie dans le pays. Donc de façon directe ou détournée ils vont limiter ce que les enfants apprennent à l'école. Le camp de gauche a confiance et essaye de d'augmenter au maximum le niveau de toute la population du pays. Ils savent que cela va limiter leur pouvoir sur le peuple mais ils se disent que si tout le pays s'élève, tout le monde s'élèvera y compris les manipulateurs.

Dans certaines dictatures la propagande d'Etat veille à ce que les jeunes se focalisent sur certaines activités. Par exemple le sport. Le dictateur va ainsi obtenir de meilleurs soldats, plus rapides et endurants sur le terrain. Si la propagande est bien faite, les jeunes considèrent le sport comme une "évidence" et toutes leurs préoccupations intellectuelles vont au sport. Leur vie sociale tournera autour du sport. Ils parleront entre eux des performances d'un tel et des problèmes de tibia d'un autre. Dans les démocraties on laisse les gens décider par eux-mêmes du monde d'activités dans lesquelles leurs enfants vivront. Dans les familles "culturellement développées" ces activités sont un véritable foisonnement : le grand-frère taille à la main les pièces en bois de son avion télécommandé pendant que la mère fait de l'horticulture, une tante de la littérature anglaise du 17ème siècle et un oncle de la balle-pelote. Cinq clubs de sport dans le quartier offrent des activités de groupe diverses. A dix-huit ans un enfant aura développé de nombreuses facultés d'habileté manuelle, de souplesse intellectuelle, de sens des responsabilités, d'endurance physique... Devenu adulte il se focalisera sans doute sur quelques activités précises mais en bénéficiant des dons qu'ils aura acquis dans toutes les disciplines pratiquées étant enfant. Cette liberté offerte par la démocratie connaît dans certains cas des dérives. Par exemple des parents décident que leur enfant sera champion de moto-cross, de violon ou d'échecs. Ils emmènent leur enfant dans un club ou chez un professeur dès l'âge de quatre ans. Ils ne lui offrent que des "cadeaux" en rapport avec le but recherché. Ils décorent sa chambre de posters orientés. C'est une situation de dictature à l'échelle familiale. Parfois l'enfant devient réellement bon dans la discipline visée et remporte au moins de petits succès. Il aura une personnalité déformée mais ne sera pas malheureux pour autant. Dans la majorité des cas c'est un échec. L'enfant se retrouve à l'âge adulte sans don particulier et estropié de tout ce qui n'avait pas de rapport direct avec le fantasme de ses parents. Certains commerçant aussi abusent de la situation. Ils proposent des jeux de cartes colorés ou des jeux vidéo, qui n'impliquent aucune activité intellectuelle véritable et un infime minimum d'aptitudes physique. J'ai de bonnes relations avec une souris sauvage qui vit dans mon grenier. Elle serait capable d'aller au bout d'une partie de ces jeux vidéo si on trouvait un moyen de l'y faire jouer en vrai. Son cerveau ne doit pas peser plus de quelques dizaines de milligrammes. Ces jeux sont tellement vides qu'ils devraient ennuyer les enfants en quelques dizaines de minutes. Les commerçants ont contourné le problème en les rendant hypnotiques : musiques répétitives, flashes, jolie couleurs, situations simples... Une partie des instincts et des réflexes humains sont détournés pour créer une passion pour ces jeux. Cela fonctionne comme une drogue, dans laquelle l'enfant se plonge corps et âme. Il évite ainsi les problèmes de la vie réelle. Ses relations sociales avec les autres enfants se bornent à échanger des jeux et à parler avec enthousiasme des personnages de ces jeux. On entend des phrases comme : "Ah oui Galactor il a dix-huit queues vertes sur sa tête il est génial !". J'ai vu un adolescent en arrêt devant une affiche publicitaire qui montrait un nouveau personnage de jeu. Il s'adressait à un ami : "Ah putain. Tu as vu son épée ?! Elle a un oeil. Ah putain !". Il était dans un état rare. Cette fascination est celle que les tribus sauvages ont pour les symboles et les divinités. C'est un réflexe humain, qui devrait d'ailleurs être davantage pris en compte dans le monde moderne. Dans les tribus, ces symboles et ces divinités accompagnent la structure de la tribu et l'apprentissage scolaire des individus. Il n'y a qu'à lire la Mythologie Grecquo-romaine pour se rendre compte de l'importance de ces symboles et de leur mythes. C'est ce qui permet à un individu de se comprendre et de comprendre les autres. C'est la culture. Dans les tribus africaines, des concepts mathématiques ou philosophiques avancés sont véhiculés par des symboles. Il est naturel et nécessaire que ces symboles exercent une fascination. Mais dans les jeux commerciaux il n'y a ni mythes ni apprentissages, encore moins de mathématiques ou de philosophie. Ou alors réduits à leur plus simple expression. Cela fonctionne comme un piège. On place un appas, quelque chose qui attire ou fascine. L'animal piégé ne trouve que la mort ou la servitude. Autre point commun avec les drogues : ces jeux sont vendus cent à mille fois le prix qu'ils ont coûtés pour leur création et leur fabrication. Il existe des jeux de cartes et des jeux vidéo extraordinaires. Mais ils n'intéressent que les familles "culturellement développées", où les enfants sont initiés pas à pas, de façon naturelle. Présentés aux enfants des autres familles, ils engendrent de la peur et un rejet. L'intelligence leur fait mal, exactement comme la perspective de responsabilités est ce qui fait le plus souffrir un toxicomane. A qui profite le crime ? La question doit être posée. Au Moyen Age il y avait deux sortes de gens de peuple : ceux qui avaient un métier et ceux qui n'en avaient pas. Si on était forgeron, maçon, tisserand... c'était parce qu'on l'avait appris dans sa famille. On avait vécu dans la profession depuis l'enfance. Ceux qui n'avaient pas de profession n'avaient rien appris dans l'enfance. C'étaient les traînes-misère, qui se contentaient de petites tâches voire versaient dans les petits délits. Cette situation du Moyen Age est critiquable : seuls les enfants des artisans avaient la possibilité d'apprendre un métier et ils ne pouvaient souvent pas choisir ce métier. Mais elle avait un avantage : les puissants étaient en partie soumis aux artisans. Si les artisans d'une ville refusaient de fournir un seigneur en matériel de guerre, celui-ci était bloqué. Les artisans sont des gens fiers de leur métier et conscients de leurs responsabilités. Au début de l'Ere Industrielle sont apparus le travail à la chaîne et la fabrication standardisée. C'étaient des révolutions, parce que cela permettait à des groupes d'ouvriers sans formation de produire en grande quantité des objets de qualité équivalente à ceux des artisans. Ainsi la société est devenue beaucoup plus riche et tout le monde avait un travail. Ce fut un miracle. Le hic, c'est que ces usines où l'on travaille à la chaîne sont gouvernées par les seigneurs des temps modernes : les industriels. Les "seigneurs" ont donc réussi à contourner le pouvoir des artisans. Ces seigneurs n'ont aucune envie que le temps des artisans revienne. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles on apprend si peu de choses véritables dans les écoles. On ne veut pas former des artisans. On veut des ouvriers, c'est à dire des personnes qui ont des capacités réduites et qui sont obligées de se plier au système pour avoir un niveau de vie acceptable. C'est vrai même pour les universitaires. C'est une situation dangereuse, parce que tous les seigneurs ne sont pas de bons maîtres. L'industrialisation sauvage nous a amené deux guerres mondiales, la pollution atmosphérique, le capitalisme sauvage, les délocalisations... Ce qu'il nous faudrait maintenant, c'est essayer de combiner le meilleur de deux mondes : l'artisanat et l'industrialisation. Il est évident que le travail à la chaîne est une atout. Parce qu'il peut être fait par des robots, parce qu'il donne la possibilité à tout le monde d'avoir un travail et parce qu'il permet de produire une même quantité de biens de façon plus écologique. Mais l'artisanat doit être réintroduit et partagé entre tous. Parce que l'artisanat est un puissant facteur de démocratie. Le système informatique Linux, par exemple, est la réaction des artisans contre le monopole des mauvais systèmes informatiques de Microsoft. Si nous étions tous des artisans, nous obligerions les industriels à produire des appareils un peu plus cher mais dont les pièces seraient plus solides et standardisées. Quand une télévision tomberait en panne, on se contenterait de changer ou de réparer soi-même la partie qui ne fonctionne plus. Si on désire améliorer sa télévision, on peut se contenter de changer soi-même la partie que l'on désire améliorer. Ainsi les objets vivraient beaucoup plus longtemps. Il faudrait donc en produire moins et il y aurait moins de déchets. Si l'humanité n'est faite que d'ouvriers, ils vivront dans la peur de l'inconnu et soumis aux puissants. Les artisans sont conscients de leur image d'eux-même et savent prendre les choses en main. Pour que l'artisanat se répande, il faudrait que les familles "culturellement développées" soient un peu plus militantes.

Des études scientifiques ont montré que la structures neurologique du cerveau d'un enfant porte les conséquences de ce que cet enfant a vécu. S'il a vécu dans un environnement sain, il aura un cerveau qui a une certaine composition. Si par contre il a vécu dans un environnement de guerre ou dans une famille détraquée, dans l'angoisse, ses neurones seront en parties atrophiés. Devenus adultes, ces enfants de la guerre sont beaucoup plus sensibles aux problèmes de stress et d'angoisse. Ils sont plus ou moins handicapés. En discutant avec des personnes qui ont de tels problèmes je me suis rendu compte qu'on peut aussi en parler d'une façon plus globale, en terme d'image de soi. Les enfants qui ont eu de bons parents ont quelque part en eux toujours cette image du bien-être et de la sécurité de l'enfance. On leur montrait et on leur expliquait les problèmes de la vie, tout en leur disant et en leur prouvant qu'ils en étaient protégés, qu'ils n'avaient pas à les affronter tout de suite. On leur donne des vrais câlins au moindre problème et à titre préventif aussi. C'est une formule équilibrée. D'autres parents vont vers un extrême ou vers un autre. Certains surprotègent leurs enfants, les isolent du monde. Une fois adultes, ces enfants sont obligés de rester chez leurs parents ou de consommer des drogues, pour continuer à vivre le bien-être et le confort de l'enfance. L'image du monde tel qu'il est, est trop atroce pour leurs cerveaux. Ils n'y ont pas été préparés. L'autre extrême consiste à importer dans la famille les problèmes du monde extérieur. Certains parents recréent dans la cellule familiale une atmosphère de guerre et de danger permanent. Devenus adultes ces enfants n'auront aucun souvenir d'enfance dans lesquels se réfugier. Ils seront des bêtes sauvages, obligés d'attaquer ou de fuir devant les problèmes. Ils se suicideront, de façon rapide ou en se détruisant lentement. Pourquoi certains parents font-ils cela ? Par bêtise, par insensibilité, par manque de culture, pour faire le contraire de ce qu'ils ont subi dans leur propre enfance... Parfois leurs intentions sont tout à fait structurées. Certains parents décident de faire sentir à leurs enfants qu'ils n'ont aucun droit, que toutes les méthodes de torture pourront être utilisées contre eux : coups, privations de nourriture, humiliations... Cela leur permet, pensent-ils, d'obtenir ce qu'ils veulent de leurs enfants. "On est bien obligés de sévir, sinon il n'en fait qu'à sa tête..." Certaines sectes organisent cela à plus grande échelle.

Tout le monde a en tête une image de la famille heureuse. On rêve à comment devrait être le papa, la maman et les enfants. On y rêve d'autant plus si on a soi-même eu une enfance douloureuse. Dans les familles réellement heureuse, ce qui permet le bonheur est la communication. Peu ou prou, tout le monde comprend tout le monde et attache de l'importance aux sentiments et aux besoin des autres. Ce que la famille est, l'image qu'elle forme, est le résultat de prise en compte des besoins de chacun. Mais une personne qui a eu une enfance dure n'a en général pas appris à communiquer. Elle se retrouve donc avec en tête une image très précise de la famille idéale mais peu ou pas d'aptitude à la communication. Si elle trouve un partenaire, elle va essayer de lui imposer son rêve tout en étant insensible aux besoin de l'autre. Cela mène a des situations cataclysmiques, à la rupture, parfois jusqu'au meurtre ou au suicide. En général les deux partenaires ont le même problème. Qui se ressemble s'assemble. Car une personne qui a appris à communiquer rejettera presque toujours une personne qui ne fait que rêver. Chacun des deux partenaires oscillera entre des tentatives pour imposer son rêve à l'autre et des tentatives gauches de se plier au rêve de l'autre. Les sentiments iront de la colère extrême à la culpabilité extrême. Chacun est réellement et sincèrement amoureux de l'autre. Ce qu'il fait, il le fait pour le couple, il le fait pour l'autre. Pour réaliser le rêve de ce qu'il croit être la source du bonheur. C'est en désespoir de cause qu'il se voit obliger de faire plier l'autre, de la casser pour le mettre dans le "bon" moule. A condition d'être pris en charge par des professionnels, certains de ces couples arrivent à surmonter cette situation de guerre. Ils réussissent à apprendre à communiquer. Parfois par des méthodes très détournées mais cela fonctionne. D'autres cas sont désespérés. Certains individus passent leur vie à créer des couples destructeurs. Ce problème se retrouve aussi dans les communautés, les entreprises, les gouvernements... ou concentré dans l'esprit d'une seule personne.

Une erreur que l'on pratique dans beaucoup de systèmes d'éducation est de croire que l'image de soi d'une personne est statique, comme les pages mortes d'un livre. Donc on apprend des centaines de milliers de choses aux enfants, des données et des procédures, comme si on supposait que chaque chose allait se loger à la bonne place dans l'esprit/classeur de chaque enfant. On se permet même de décider du futur de l'enfant en fonction de son aptitude et sa bonne volonté à retenir ces informations stériles. Cela nie les sentiments et l'intelligence de l'enfant. Les sentiments sont quelque chose qui ne s'apprend pas mais qui se développe. On naît avec mais il faut apprendre à vivre avec : à les connaître, les gérer, les combiner à d'autres sentiments... Une personne dont les sentiments sont mal gérés ou atrophiés est une enveloppe vide ou un danger. Nos sentiments sont le fondement de notre image de nous-mêmes. L'intelligence quant à elle sert à produire des images. Le cerveau d'un humain est capable de produire des images qu'il ne contenait pas la minute d'avant. Ce sont les inventions, les stratégies, les poèmes (qu'ils soient littéraires, musicaux ou picturaux)... Développer l'intelligence d'un enfant est un travail autrement plus ambitieux que ce que l'on fait actuellement dans les écoles. C'est une machine divine qu'il faut faire pousser, qu'il faut mettre en route. Elle se nourrit d'images, de procédures, de sentiments... Elle se nourrit de tout mais surtout elle apprend lentement à produire. Pour cela elle ne classe pas les images : elle les résorbe entre elles, elle les digère. Le cerveau d'une personne intelligente contient en réalité beaucoup moins de choses qu'on en a l'impression. Mais ces choses sont tissées entre elles, recoupées et associées. Elles sont à disposition de l'intelligence de la personne pour être associées et recoupée avec toute nouvelle donnée qui se présenterait. Ce développement exceptionnel du cerveau, cette image de soi vivante, ne s'obtient pas par la contrainte. C'est un enthousiasme que chaque enfant a et qu'il faut se contenter de nourrir. Certes il faut utiliser de brefs moments de contrainte, à l'occasion, pour cristalliser certaines choses dans l'esprit des enfants et leur faire faire certains progrès. Si c'est fait dans l'intention de laisser les enfants développer leur intelligence, ils s'y prêteront de bonne grâce. Les données et les contraintes sont donc nécessaires pour le développement de l'intelligence des enfants. Comme ce sont deux choses faciles à faire, l'Enseignement se contente de ne faire que cela, avec un résultat catastrophique. C'est comme si on enterrait une plante sous du fumier. Le fumier est très bon pour la pousse des plantes mais en petites quantités. Si on enterre une plante sous le fumier elle meurt en quelque jours. Elaguer un arbre fruitier est nécessaire pour qu'il donne de beaux fruits. Mais si on passe son temps à l'élaguer il restera petit et ne donnera qu'un ou deux petits fruits par an. Voire il mourra. Les Ministres se plaisent à dire que les enseignants sont libres d'enseigner aux enfants. On m'a proposé d'enseigner et j'ai reçu les documents du "Programme". Ma conclusion au terme de la lecture de ces documents est qu'il m'était interdit d'enseigner. D'autres personnes m'ont rapporté la même impression. Le système mis en place par l'Etat favorise les enseignants "moutons" qui se contentent d'ânonner les matières. Si un enseignant a des ambitions, soit il se plie au système soit il quitte l'Enseignement. Il existe des enseignants ou même des écoles qui font de la Résistance. Mais c'est très difficile. Il n'y a pas de menace de mort contre eux mais leur travail ressemble par bien des points à celui d'un groupe de Résistants contre une puissance d'occupation. On veut empêcher les enfants les enfants d'apprendre à réfléchir tout comme jadis on voulait empêcher les bretons de parler breton. On empêche au cerveau d'apprendre à se parler dans sa propre langue. Tout en faisant croire aux parents qu'on s'occupe super-bien des enfants et qu'on assure leur avenir. La seule partie de l'Enseignement où le développement des enfants semble officiellement accepté est la maternelle. Dans les bonnes écoles maternelles on fait de vrais efforts pour stimuler les enfants. Les enseignants ont le droit de réellement s'occuper des enfants. Comme par hasard les enseignants de maternelle sont les plus mal payés de la profession... Il m'arrive de tans à autres d'expliquer à un étudiant une chose qu'il n'a pas comprise aux cours. En une demi-heure je lui fais comprendre ce qui lui était resté radicalement obscur après 200 heures de cours. Ils en sont tout abasourdis. La recette est pourtant simple : même s'ils ont 20 ans je leur parle comme un enseignant de maternelle à un enfant. Je m'occupe d'eux. Au lieu de jouer une pièce de théâtre sur une estrade.

Dans la Nature certains insectes sont toxiques. Ils se parent de couleurs vives, pour se signaler aux prédateurs : "Youhou ! C'est moi l'insecte toxique ! Comme celui que vous avez essayé de manger il y a deux mois et que vous avez recraché !". Il existe des insectes non toxiques mais qui se parent pourtant aussi de couleurs vives. Ils jouent sur la réputation des insectes toxiques. Cela en coûte pour les insectes toxiques. Parce que comme il existe des insectes colorés non toxiques, il faut plus de temps aux prédateurs pour apprendre à se méfier des insectes toxiques. Donc ils tuent plus d'insectes toxiques avant de comprendre. D'une certaine façon il en va de même dans les administrations. Les administrations sont nécessaires pour la bonne marche d'un pays. Mais on crée en parallèle des administrations inutiles. Elles se trouvent dans des bâtiments, elles ont des statuts, elles contiennent des fonctionnaires qui touchent un salaire, elles remplissent des tâches... elles ressemblent tout à fait à des administrations. Mais ce ne sont pas des administrations, puisqu'elles sont inutiles à la population et à la bonne marche du pays. Pire : pour se rendre importante et par incompétence elles créent beaucoup de problèmes et de rancoeurs au sein de la population. On ne démantèle pas ces administrations parce que certains puissants y trouvent leur compte  : elles forment une masse mobilisable pour les syndicats, elles offrent des emplois dont les élus peuvent se vanter en campagne électorale, elles justifient des mouvements de fonds que l'ont peut écrémer, elles permettent de donner des promotions à des relations... Un ami à qui j'en parlais me disait que l'on appelle une telle administration une "sinécure". C'est à dire un endroit où les personnes un peu sensées se rendent compte qu'on ne fait rien de réellement utile, on s'ennuie, mais on est prié de ne pas le dire et il faut que les choses continuent...

Certains parents n'apprennent pas de limites à leurs enfants. Cela arrive plus fréquemment quand c'est un enfant unique. Cela donne des enfants qui ne répondent pas quand on leur pose une question, qui prennent n'importe quel objet pour jouer avec, qui font du désordre n'importe quand... Ces parents ont une image bien précise de ce que deviendra leur enfant. Par exemple ils le destinent à succéder à la tête de l'usine familiale. Ils s'occupent beaucoup de l'enfant et le traitent presque comme un adulte. Il est l'animal familier de leurs rêves les plus profonds. Le principe est que tant que l'enfant ne fait rien qui aille à l'encontre des rêves de ses parents, il fait ce qu'il veut. Ces enfants sont peu sociabilisés et on appris peu de choses, parce qu'ils n'ont pas eu d'enfance. Quand ils grandissent ils deviennent des catastrophes ambulantes. C'est à ce moment que les parents se rendent compte que l'enfant ne peut matériellement pas réaliser leurs rêves. Alors ils deviennent d'une extrême cruauté avec lui.

Il est assez désagréable pour un éducateur d'expliquer des choses à des enfants et de les voir bailler d'ennui. C'est encore plus désagréable quand ces enfants sont venus trouver l'éducateur parce qu'ils veulent faire quelque chose et l'éducateur ne fait que leur expliquer ce dont ils ont besoin. Le problème est que les enfants ne perçoivent pas la connexion entre leurs rêves et ce qu'on leur explique. Ou pire : ils n'ont pas de rêves. Un enfant s'intéresse réellement à une matière quand il perçoit ce qu'il pourra faire avec. Certains se préoccupent de ce qu'ils pourront faire dans l'immédiat, d'autres pensent à plus long terme. Cela dépend des personnes. Le problème dans notre Société est qu'on veut éviter que les enfants aient des rêves. Parce qu'on veut qu'ils réalisent les rêves des puissants : les industriels, les chefs religieux, les politiques... Il est donc difficile de leur apprendre des choses. On utilise des palliatifs : menaces de punitions, promesses, chantages, chagrin des parents... Le rêve de l'enfant devient très simple : éviter les coups et/ou recevoir un nouveau jeu vidéo. Pour cela il ne lui sert à rien de comprendre ce qu'on lui enseigne. Il ne sert à rien de voir les liens de ce qu'on lui enseigne avec d'autres matières. Il ne sert à rien de devenir un inventeur ou un artiste. Il ne sert à rien de devenir compétent dans un métier. Il faut seulement mettre un peu d'ordre dans la matière qu'on lui enseigne, apprendre des mots et des procédures par coeur et retaper cela aux interrogations et aux examens. Au mieux, à la fin de ses études, il sera capable de mettre de l'ordre dans des idées simples et de comprendre des textes techniques pas trop compliqués. Tout élève ou étudiant qui sort de ce schéma sera éliminé.

Une personne qui a compris des choses, qui en a des images claires en tête, ne peut parfois pas comprendre que les autres ne les comprennent pas. Si les autres refusent ces idées elle croit que c'est par méchanceté. Elle ne comprend pas que pour eux ces idées sont du charabia, une langue incompréhensible. On n'achète pas un chat dans un sac. Le quiproquo est d'autant plus inévitable qu'ils font semblant de comprendre, pour ne pas perdre leur prestige. Dans certaines entreprises on met à la porte tout spécialement ces personnes qui ont des idées et qui dérangent. Le pire, aux yeux des dirigeants, est qu'ils savent que ces idées pourraient être bonnes. Si cela venait à être prouvé ils perdraient une part de leur prestige. Les personnes qui ont proposé ces idées pourraient leur monter dessus et prendre leurs places. C'est un dialogue de sourd entre les créatifs et les établis.

A priori chacun cherche à avoir la meilleure image possible de soi. Mais le plus important est d'avoir une image de soi. Si les seules personnes disponibles autour de vous vous donnent une mauvaise image de vous, vous allez pourtant rester auprès d'elles. Parce qu'elles vous donnent une image, quelle qu'elle soit.

Un enfant qui est négligé par ses parents ou maltraité peut avoir tendance à laisser traîner ses jouets partout dans la maison. Il fait cela pour signaler sa présence. Au travers de ses jouets, qui font partie de son image de lui-même, c'est lui-même qu'il étale dans la maison, pour tenter d'exister.

Un chirurgien sait que pendant une opération le patient ne doit surtout pas voir l'intérieur de son corps ni même en entendre parler. Il pourrait en résulter des problèmes psychologiques graves. Les informaticiens rencontrent le même problème avec leurs clients. Quand on répare ou aménage le matériel ou les logiciels d'un ordinateur, il vaut mieux ne pas commenter ce qu'on est en train de faire. Il faut dire au client que tout se passe bien et l'ordinateur fonctionne de mieux en mieux. L'idéal est que le client ne soit pas présent. Un client auquel on explique ce qu'on est en train de faire, les problèmes temporaires qu'on rencontre, peut devenir fou d'angoisse. Il ne supporte pas ce qui se passe. Ce problème que rencontrent les chirurgiens et les informaticiens tient peut-être à un manque d'éducation des patients et des clients : ils n'ont pas appris à vivre ces situations, à assumer les réalités.

Une certaine image de la famille veut que les membres de la familles sont liés entre eux. Ils s'entraident, travaillent ensemble, se comprennent, mangent ensemble... La Société de Consommation tend à briser ce nid. Par la publicité et diverses manipulations, les entreprises s'ingénient à devenir l'interlocuteur privilégié de chaque membre de la famille. On n'écoute plus ses grand-parents, on écoute la télé. On ne cuisine plus amoureusement de soupe pour ses enfants, on achète de la soupe en boîte. On ne s'occupe pas des enfants, on les envoie en parking à l'école où on leur apprend le minimum nécessaire pour être des rouages des entreprises. On ne se parle plus ni se prend dans les bras les uns des autres pour déstresser et être en bonne santé, on consomme les anxiolytiques vendus par les entreprises. On ne n'essaye plus de comprendre ses voisins, on se contente de gagner leur intérêt en leur prêtant un film DVD acheté au magasin. Tous les axes de communication entre humains se brisent pour se tourner et s'établir vers le Système.

Un scénario fréquent dans les familles où on maltraite les enfants est que les parents montrent en public qu'ils adorent les enfants. A leurs amis, ils racontent avec force détails combien ils aiment leurs enfants et sont prêts à faire des choses pour eux. Ils racontent les cadeaux qu'ils ont l'intention de leur faire, les assurances qu'ils vont souscrire pour eux... Parfois ils étalent une grande culture en matière de pédagogie. Ils ont lu des livres et on voit que cela les a passionnés. Les gens qui écoutent ces images d'amour parental sont très émus. Le soin d'un parent pour son enfant n'est-il pas la plus belle chose au Monde ? Quand un de ces enfants vient raconter qu'il n'a pas reçu à manger depuis une semaine et qu'il ne sent plus son pied droit depuis la dernière fois que ses parents ont utilisé des électrodes pour le torturer, les gens éprouvent de la haine pour lui. Comment peut-il dire de pareilles horreurs sur des parents aussi géniaux, aussi aimants ? Ce gosse est crapuleux ! Peut-être a-t-il été puni mais vraiment il le mérite. Ainsi certains enfants se font abuser et maltraiter toute leur enfance, virtuellement au vu et au su de tout le monde. L'entourage se joint aux parents pour rabrouer ces enfants, au nom de l'Amour. On peut se demander ce qui se passe dans la tête de ce type de parents. En gros il y a deux extrêmes. A un extrême il y a des parents qui ont parfaitement conscience de ce qu'ils font. Ils se défoulent sur leurs enfants en toute connaissance de cause et racontent des bobards aux voisins pour éviter les problèmes. Ces parents-là ont le sentiment d'avoir pleinement le droit de faire ce qu'ils font, ils le considèrent comme naturel. Ils peuvent même avoir des théories très construites pour tout justifier. A l'autre extrême on trouve des parents qui aiment réellement leurs enfants mais qui ne les voient pas. Ils rêvent sincèrement et profondément de bâtir une famille heureuse, où chaque enfant trouvera son épanouissement. C'est cette envie sincère qu'ils expriment devant les amis et la famille. Le problème, c'est que les enfants ne font pas exactement ce que les parents rêvent. Pire : comme on ne s'occupe pas vraiment d'eux, les enfants finissent par vivre de leur côté, avec leurs propres lois et préoccupations. Les parents se sentent alors obligés de "corriger" ces enfants, de les ramener dans le droit chemin de leur beau rêve. Mais ils ne savent même pas ce que le mot dialogue veut dire. Tout ce qu'ils arrivent à faire, c'est punir l'enfant, le frapper d'une façon où d'une autre jusqu'à ce qu'il se comporte "comme il faut" ou au moins qu'il ne fasse rien d'autre. Ces parents-là ressentent qu'ils n'ont pas le choix, que c'est l'enfant qui les force à faire cela. Alors ils construisent des théories, pour expliquer la particularité de leur enfant, pour justifier qu'il est est nécessaire de le torturer. C'est ainsi qu'ils dérivent vers l'autre extrême énoncé ci-dessus.

Un problème est que l'on peut se croire doué de talents que l'on a pas. On rêve à des choses extraordinaires qui sont pourtant inaccessibles. Le contraire existe aussi. Certaines personnes sont persuadées qu'elles sont incapables de faire certaines choses. On a beau leur expliquer que ces choses sont faciles, qu'on va les aider à y arriver, que ce n'est pas grave si cela rate au début... Elles répondent de façon obstinée qu'elles ne peuvent pas le faire. Il y a quelque chose en elle qui a décidé que c'est impossible. C'est un mur plus infranchissable que celui d'une prison. Ces deux comportement extrêmes ; les rêves exaltés et le mur de la bêtise, se retrouvent souvent en même temps chez les personnes qui en souffrent. Ces personnes sont en rupture avec la réalité. Elles ne savent pas se confronter à la réalité ou n'osent plus le faire. Elles rêvent qu'elles vont faire une chose extraordinaire qui va leur attirer l'amour de tous, tout en étant incapables ou refusant de donner de simples gestes d'affection aux autres. Elles se réfugient souvent dans la drogue, les sectes ou les jeux vidéos.

On est ce qu'on fait. La personne qui présente la météo devient "Monsieur Météo" ou "Madame Météo". Toute notre vie nous cherchons à recevoir ce type d'étiquettes. Nous en avons un besoin irrépressible. Un enfant a une grande valeur pour nous s'il nous appelle "papa", "maman", "tonton", "tata", "mamie", "papy", "parrain", "marraine"... Certaines personnes acquièrent le niveau nécessaire pour ne pas essayer d'obtenir ces étiquettes par la force. Elles résistent à la tentation ou lui deviennent transparente. Elles ne cherchent à avoir que les étiquettes qu'il est justifié qu'elles aient. Pour d'autres personnes hélas tous les moyens sont bons : manipuler un enfant, tricher aux examens, faire jouer des relations, pirater des banques de données, se doper... Dans une société, un certain pourcentage de personnes méritent raisonnablement leurs étiquettes et un certains pourcentage les usurpent totalement. Cette part d'usurpation est généralement tolérée. Par exemple aux examens universitaires les professeurs savent parfaitement que beaucoup d'étudiants n'ont pas les qualifications nécessaires pour leur vie professionnelle future. Tant que ces étudiants arrivent à faire semblant d'être qualifiés, on les laisse passer. Inversement il y a parfois des personnes qui remplissent une tâche sans en avoir l'étiquette. Un ami me racontait le cas d'une vénérable multinationale basée en France. Les directeurs de cette multinationale se réunissaient au dernier étage et débattaient des décisions à prendre. Ensuite les documents signés étaient transmis à la secrétaire qui travaillait l'étage au-dessous. C'était une vieille dame à permanente et lunettes. Tranquillement, elle faisait le tri dans les documents. Elle modifiait tout ce qui ne lui convenait pas et ajoutait ce qu'elle voulait. En fait c'est elle qui dirigeait la multinationale. Elle le faisait à merveille et de main de maître. Elle avait travaillé pour feu le fondateur de la multinationale et perpétuait son esprit. Elle était son clone. Les directeurs prenaient leur travail très au sérieux. Ils ne savaient pas qu'ils n'avaient d'autre importance que de faire croire au reste du monde que la multinationale est dirigée par un groupe d'hommes respectables. Dans le cas de cette multinationale il y avait une symbiose parfaite entre la tête pensante et le groupe des directeurs. En général les figurants ne supportent pas les têtes pensantes. Cela commence dès les études, où on élimine les fortes têtes. Si une personne qui a le sens des choses est obligée de s'entourer de figurants, il y aura un affrontement perpétuel. Elle devra sans cesse remettre les figurants à leur place. Dans un pays, tout revient presque à se demander quelle est la proportion entre les gens qui méritent leur étiquette, ceux qui la mériteraient et ceux qui l'usurpent. Si la proportion de personnes qui méritent leur étiquette est élevée, le pays se portera bien et sera résistant aux problèmes. Les quelques frimeurs présents ne dérangeront pas. On fera le travail à leur place et tout ira bien. Si la proportion de frimeurs augmente, les problèmes commencent. Les frimeurs passent leur temps à se battre et à se faire des relations pour obtenir des postes plus élevés ; des étiquettes plus ronflantes. Ils s'agglutineront aux postes clés pour faire partir les personnes capables et faire nommer plus de frimeurs encore. Qui se ressemble s'assemble.

J'ai rencontré un problème chez deux adolescents. Ce sont tout deux de petits intellos, fascinés par la Recherche Scientifique. Il y a en eux une angoisse profonde : "Que ce passera -t-il quand on aura tout trouvé ?". Pour eux, il arrivera un jour où on comprendra enfin totalement les lois physiques de l'Univers. Leur terreur est que ce jour marque la fin de la Recherche Scientifique et par extension la fin de la raison d'être de l'Humanité. C'est la fin du Monde. L'un des deux pensait presque au suicide pour ce jour fatidique. Je les ai rassurés en leur expliquant plusieurs choses. D'abord qu'il y a autre chose dans la vie que la Recherche Scientifique. Il y a aussi le fait de s'occuper des autres, de les comprendre. C'est une Recherche permanente. Ensuite, même si on comprenait enfin parfaitement l'Univers, ce qui n'est pas pour bientôt, il y aurait un travail sans fin pour mettre à profit ce qu'on aurait compris. Il y a une infinité virtuelle d'inventions à faire, de machines à dessiner et de nouvelles théories mathématiques à construire. Il y a du pain sur la planche pour jusqu'à la fin des temps.

Le pouvoir corromps. Une mère de famille de mes amis a décidé que le téléphone ne devait plus être utilisé. Elle a pris cette décision suite à la réception d'une très grosse facture de téléphone. Cette facture est due au fait qu'elle et son fils passent des heures au téléphone pour ne rien dire. Pour expliquer qu'elle a acheté un pain, elle commence par décrire la cravate d'un passant qui passait au moment où elle garait sa voiture pour faire un achat avant de se diriger vers la boucherie qui se trouve pas loin de la maison où habite la belle-fille du boulanger. Son fils ne peut même plus téléphoner à sa famille. Pourtant ce n'est pas cela qui a fait la facture. Et les coups de téléphone à la famille, c'est important. Elle est passée d'un extrême à l'autre : d'une logorhée de coups de fils inutiles à un interdit absolu même pour l'essentiel. Le montant élevé, effrayant, de la facture de téléphone, lui a donné le pouvoir, le poids nécessaire pour ordonner cela. Elle a maintenant l'image d'une autorité confirmée. La catastrophe de la facture puis l'interdit sont nécessaires pour affirmer sa stature. Le drame et le sacrifice confirment le pouvoir. Son fils a compris qu'il y a un jeu de pouvoir. Cela le stimule comme un prédateur qui flaire l'odeur du sang. Il donne des coups de fils éclairs pour dire à son interlocuteur : "Retéléphone-moi vite j'ai des choses très importantes pour toi !". Il se sert de l'interdit du téléphone pour essayer de plier ses interlocuteurs à son jeu. Coupée du monde, cette famille se replie sur elle-même. Cela confirmera encore le pouvoir de la mère sur le fils et du fils sur la mère. Il existe des abonnements de téléphone qui permettent de téléphoner gratuitement en heures creuses. Pour une somme ridicule de 12 € par mois on peut téléphoner à volonté. Techniquement, ce que font cette mère et son enfant est donc radicalement idiot. Ce qu'ils veulent, ce sont les jeux de pouvoir. Tous les prétextes sont bons, jusqu'au ridicule. Humilier leurs interlocuteurs ne les dérange pas, que du contraire. C'est une caractéristique des dictatures. Tous les prétextes sont bons pour permettre à la police de perquisitionner chez les gens et leur imposer des charges. Les individus eux-mêmes se sentent gonflés de prestige quand la police leur demande d'espionner leur famille. Le pouvoir détruit la famille.

Parfois, pour un individu déséquilibré, tuer une chose est la seule façon de la garder vivante. Tout au moins de la garder vivante comme il la rêve. Si la réalité s'éloigne trop de ses rêves il en souffre. Alors il préfère tuer, détruire la chose réelle pour n'en garder que ce qu'il rêve dans son image de lui-même.

Un ami et moi jouions avec un petit garçon. Sans faire exprès nous lui disons une chose qui lui fait peur et il se met à pleurer. Nous arrêtons tout de suite le jeu et essayons de comprendre le problème et de le rassurer. La question est vite réglée mais le petit garçon est toujours triste et part dans un coin. Je le laisse faire. Mais mon ami le rejoint et commence tout un cinéma pour le mettre de bonne humeur, le faire rire, lui proposer que son problème est fini... C'est une erreur. Il demande à l'enfant de jouer une comédie sociale, la comédie du bonheur. Je sais que l'enfant a une blessure et qu'il faut lui laisser le temps de cicatriser. Cela ne dure que quelques dizaines de minutes. C'est beaucoup plus rapide qu'une blessure au bras. Mais il faut tout de même laisser le temps. Ce temps écoulé, l'enfant est redevenu joyeux. C'est vers moi qu'il est venu, pas vers mon ami.

Dans certaines familles un enfant peut faire des efforts considérables pour être aimé sans jamais y parvenir. Alors qu'un autre enfant est adoré sans fournir le moindre effort. Il y a plusieurs raisons possibles à cela. Une des explications est que l'enfant mal aimé fait des choses que les parents ne comprennent pas, des choses auxquelles ils ne sont pas sensibles, qui ne peuvent pas être casées dans leur image d'eux-mêmes. L'autre enfant par contre fait des choses auxquelles les parents sont très sensibles. Comme simplement leur sourire par exemple. Ou être un garçon.

Quand il se trouve dans son groupe d'amis ou de lieutenants, un adolescent à problèmes ou un dictateur est obligé de s'en tenir à l'image qu'il veut avoir au sein de ce groupe. Donc il se montrera violent, narquois ou toute autre attitude négative. Pour discuter raisonnablement avec l'adolescent ou le dictateur il faut essayer de le prendre à part. Une fois qu'il n'est plus visible de son groupe il y a plus de chances de pouvoir discuter avec et se mettre d'accord sur des choses sensées. Beaucoup de crises se résolvent ainsi. Une bonne option est de prendre chaque membre du groupe à part, l'un après l'autre. Ainsi on arrive parfois à changer l'orientation du groupe en bloc.

Certaines personnes, en particulier des adolescents, sont en famine de recevoir des marques de considération. Leur rêve, c'est que la voiture d'une vedette s'arrête devant leur porte et qu'ils soient invités à embarquer. S'ils voient qu'une personne rend un service à un de leurs amis et qu'ils trouvent que c'est chic, les manipuleront et ramperont pour que ce service leur soit rendu aussi. Peu importe si ce service leur est inutile. C'est le geste qui compte, la marque d'attention associée au service rendu. Si une personnalité locale leur téléphone un jour, ils en ressentiront un kick qui approche l'orgasme. Ils n'auront de cesse de faire recommencer cette expérience éblouissante. Ils geindront et arrangeront pendant des mois dans l'espoir de recevoir un deuxième coup de fil. Les vendeurs par correspondance ou certains marchands de jeux vidéo connaissent bien le phénomène et jouent dessus. Ils leur envoient des lettres "personnalisées", leur parlent des privilèges "exceptionnels" qu'ils leur accordent... Cela fonctionne très bien et les conforte dans leur maladie mentale. Ils sentent que certains reconnaissent leurs grand mérite et haute importance. Cela vaut bien d'acheter les produits proposés par le vendeur... Pour qu'il y ait un tel appel d'air il faut bien entendu qu'il y ait un grand vide à l'intérieur de ces personnes. Elles ont un solide complexe d'infériorité, elles se sentent mal dans leur peau tout en le niant en permanence. Les frasques que font ces personnes les détournent de ce qui pourrait réellement les rendre importantes. Par exemple un ado va s'adonner à fond aux jeux vidéo en ligne, qui lui pompent son temps et l'argent de ses parents. Il n'aura plus de temps pour l'école, il fera le strict minimum pour expédier ses devoirs et ses leçons au jour le jour. Pourtant l'école est la seule voie solide à sa disposition pour obtenir un diplôme élevé et un statut social important. Il vit les rêves de gloire qu'on lui vend et laisse pourrir tout ce qui peut donner un vrai prestige. Peut-être parce que cela demande du travail et d'apprendre à travailler. Une mère de famille va se consacrer à ses achats par correspondance au lieu de s'occuper de sa famille. Elle est charmée par les compliments que lui font les vendeurs. Elle se vante auprès de ses voisines. Elle ne voit pas que ses enfants sont sa seule voie pour être réellement importante, être une personne qui compte et que l'on estime. Hélas, pour s'occuper des enfants il faut faire des efforts, il faut les aimer. Elle n'en est pas capable. Les organisateurs d'attentats suicides au Proche Orient comptent beaucoup sur ce phénomène. Le processus d'occupation israélien a détruit le tissu économique palestinien. Nombre de jeunes palestiniens n'ont plus d'avenir, ils ne sont plus rien. Le Hamas leur offre la possibilité de devenir en un éclair une personnalité de premier plan, qui aura joué un rôle important dans l'histoire du pays. Ils jouent aussi sur le fait que ces jeunes désespèrent de ne pas pouvoir aider leur famille. Le Hamas propose de payer une forte somme d'argent à leur famille après l'attentat.

Un problème est quand une personne ne sait pas ce que représente une chose qui fait partie de son image de soi. Par exemple un chef d'entreprise peut ne pas avoir conscience du travail qui a été nécessaire pour créer un logiciel utilisé dans son entreprise. Si un escroc lui en demande une copie gratuite, il donnera l'ordre à ses informaticiens de la lui donner. Il veut se montrer grand prince avec l'escroc, s'attirer son estime. L'escroc n'a d'estime pour personne. Il se contentera de revendre le logiciel à la concurrence. Les informaticiens peuvent développer un profond ressentiment de voir leur travail ainsi jeté en pâture. Inversement un autre autre chef d'entreprise peut croire qu'un logiciel de son entreprise est la quatorzième merveille du monde et la jalouser jusqu'au morbide. Ce logiciel est par exemple un petit machin recopié dans une revue, quelque chose de tout à fait standard et de bon sens. Il n'a aucune valeur et n'a demandé aucun travail. Mais le chef d'entreprise va acheter deux ordinateurs sécurisés et quatre portes blindées pour le protéger. Il va rendre la vie impossible à tout le monde, se montrer très désagréable.

Un de mes amis chef d'entreprise fait une sorte de blanchiment d'argent. Ce que sont entreprise lui rapporte, il le joue au jeu. Simplement dans les machines à sous des cafés. Il y perd ainsi au moins la moitié. Ce que lui rapporte son entreprise semble ne pas être de l'argent pour lui. C'est de l'argent sans valeur. Le peu que lui rendent les machines à sous, ça par contre c'est du bel et bon argent, qui lui permet d'acheter avec délice ce qui lui plaît. Cela devient vraiment "son" argent. A cause de cela il ne paye pas très bien ses employés. Tout part dans les machines à sous. Certains de ses employés savent cela et en conçoivent une certaine aigreur, ce qui baisse d'autant leur rendement. Tout le monde y perd, sauf les propriétaires de machines à sous. Une explication possible est que cet homme a été très pauvre quand il était jeune adulte. Il a rêvé de gagner sa vie au jeu. C'est un des mythes qui circulaient dans son milieu social : le jeune homme prodigue qui gagne sa vie au jeu, sans effort, parce qu'il a la "baraca". Il a rêvé de cela à en devenir malade. Il a essayé des martingales au casino, sans succès bien sûr. Il a fini par trouver un travail et est devenu patron d'une petite entreprise, avec des rentrées d'argent honnêtes. Cela lui a en quelque sorte permis de réaliser son rêve : gagner sa vie au jeu... Tout est faux et honteux mais il a l'abstraction d'esprit nécessaire pour vivre des moments enchantés devant ses machines à sous. Quand il fait un gros gain, il en frétille de joie rentrée. "Hi hi, je les pille littéralement ! Peut-être vont-ils me demander de partir mais il faut au moins d'abord qu'ils me payent mon gain  !". Le tenancier du café n'a certainement aucune envie de lui demander de partir puisqu'en un an de jeu mon ami lui a peut-être payé de quoi refaire la décoration du café... Mon ami ne fait rien d'illégal et il n'est pas le mauvais bougre avec ses employés. A une autre échelle, un problème planétaire sont les chefs d'entreprise et directeurs de multinationales qui jouent l'argent de leur entreprise en Bourse. Ils investissent l'argent de leurs employés dans la concurrence. Ils ont des rêves mirobolants de gains fabuleux et ne se soucient pas de leurs employés, de leurs familles... Un très petits nombre de groupes ou de personnes s'enrichissent démesurément dans ce système. Toujours les mêmes. Ils font beaucoup de publicité pour leur gagne-caviar. Ils font rêver les plus petits qu'eux, les poussent à perdre plus d'argent. Globalement tout le monde y perd. Dans ces jeux de Bourse, une bonne part des ressources en matières premières et en nourriture sont virtuellement jetées à la poubelle. Des entreprises rentables sont dynamitées. Dans la sphère familiale aussi ce comportement peut se retrouver. Par exemple chez ces parents qui amassent une petite fortune en banque pour leurs enfants mais qui ne leur achètent pas de livres, leur donnent de la nourriture bon-marché et ne leurs permettent pas de voyager.

Une illusion est que tous les outils se valent. Certaines personnes croient qu'il suffit d'apprendre à se servir d'un outil pour en tirer le meilleur parti. Si un outil permet de faire une chose, il suffit d'apprendre à s'en servir et on pourra faire ce qu'on veut avec. Rien n'est plus faux. En informatique par exemple, si on compare deux systèmes logiciels, on peut constater que sur papier qu'ils permettent en gros de faire la même chose. A l'usage ils peuvent pourtant être complètement différents. L'un demandera des mois d'apprentissage et ne permettra jamais de travailler proprement. Il faudra des semaines de travail pour vaguement ficeler quelque chose avec. L'autre s'apprend en deux semaines et de là on peut produire d'excellentes choses à la chaîne. Certains chefs d'entreprise sont obtus à la chose. Ils imposent à leurs employés d'utiliser un mauvais système. Ils leur disent : "Oui ou non y a-t-il moyen de votre travail avec cet outil ? Alors apprenez à l'utiliser et mettez-vous au travail !". J'ai vu le cas sordide d'un chef d'entreprise à qui ses employés essayaient désespérément de faire comprendre que leur outil était inutilisable. Il se faisait conseiller par un professeur d'informatique, qui lui disait avec ostentation que c'est l'outil approprié. L'entreprise a fait faillite... A l'autre extrême il y a les personnes à la recherche de "l'outil ultime". S'ils n'arrivent pas à produire des résultats, c'est parce qu'ils n'ont pas encore trouvé le bon outil... Ils en ont déjà achetés ou empruntés plusieurs, chaque fois en prétendant que ce serait le bon. Quand ils ont dépensé tout leur argent à acheter des outils, ils certifient que le bon outil est cette merveille qu'ils voient en vitrine, hélas trop chère pour eux... J'ai déjà vu une personne compétente débarquer chez un tel rêveur, lui demander à pouvoir utiliser un de ces "mauvais" outils et en tirer en quelques minutes des choses merveilleuses. Cela ne touche pas le rêveur. Il persiste à dire que tous les problèmes viennent du fait qu'il lui manque le bon outil. La bonne attitude est d'apprendre à se servir des outils. Alors on devient capable de juger un outil pour ce qu'il vaut et d'utiliser chaque outil pour ce à quoi il est bon. Un bon artisan sait scier avec une lime et limer avec une scie mais il préférera utiliser une scie pour scier et une lime pour limer. Il écartera d'emblée les mauvaises limes et les mauvaises scies.

Un travers qui apparaît chez certains groupes de personnes peu cultivées est de croire que le chef doit être infaillible. Le chef lui-même le croît et en conçoit une profonde angoisse. Il s'ensuit tout un jeu de réécriture de l'histoire, d'assassinats réels ou virtuels... En particulier dans ces groupes ont tend à ne plus rien faire, à rendre les choses immuables. Le chef n'ayant plus de décisions à prendre, il ne peut donc plus non plus se tromper. Il ne reste alors que des jeux de domination et de hiérarchie. C'est par exemple ainsi que des facultés universitaires entières se vident de sens. Il n'y circule presque plus aucun savoir et les étudiants se font maltraiter. Un étudiant ne réussira que dans la mesure où il assure la position des professeurs dominants, donc qu'il croit ou fait semblant de croire à leur infaillibilité.

Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles un enfant peut bien travailler à l'école. Il y a des matières qui conviennent naturellement à la façon dont son cerveau travaille, il les retient donc sans faire d'efforts. Certains enfants prennent l'école comme un jeu et obtiennent des points par amusement. Dans ce cas ils peuvent même préférer les matières dans lesquelles ils ont plus de difficultés, parce qu'elles permettent un jeu plus intense. Certains enfants ont des rêves, des objectifs. Ils considèrent l'école comme un moyen de les réaliser et s'en trouvent motivés pour bien travailler. D'une façon générale, les enfants à qui on a appris à travailler pour l'école obtiennent de meilleurs résultats, parce que leurs cerveaux ont les leviers en main et voient ce qu'il y a à voir. Ils évitent les efforts inutiles. Le cerveau s'applique toujours mieux quand il à l'impression de comprendre les règles du jeu et qu'il sent qu'il fournit des efforts ordonnés et rentables. Un des moteurs principaux pour les enfants reste l'idée de faire plaisir à leurs parents. Quand des parents sont câlins et s'occupent de leurs enfants, les enfants acceptent très bien les ordres et la discipline des parents. Surtout, ils ont une forte envie de leur ramener de bons points de l'école, pour leur faire plaisir. J'ai vu des enfants étudier avec passion, à la simple idée de la joie qu'une bonne note allait bientôt procurer à leurs parents. On n'a pas besoin de dire à ces enfants-là qu'ils doivent travailler pour l'école. Il faut juste les consoler quand ils ont une mauvaise note. Un adolescents de mes amis a hélas des parents qui se contentent de crier et de menacer. Ils ne lui donnent pas de temps, aucun câlin. Ils se montrent même offusqués à cette idée. Ils lui donnent beaucoup d'argent de poche. J'ai demandé à cet adolescents s'il préférerait moins d'argent de poche et plus de tendresse, il est inutile que je donne sa réponse. Il a de mauvais points à l'école. Il est pourtant très intelligent. Il a développé un blocage à l'idée d'avoir de bons points. Son problème est que s'il a de bons points, ses parents diront que c'est grâce à leurs méthodes autoritaires. C'est une image de lui-même qu'il ne peut accepter, qu'il n'acceptera jamais. Pour lui, c'est une question de dignité que d'avoir de mauvais points. Je lui ai expliqué qu'il se mettait dans un cercle vicieux : plus il a de mauvais points, plus il permet à ses parents de justifier des punitions et des mauvais traitements à son égard. Rien n'y a fait. Il avait un dégoût à l'idée d'avoir de bons points. Je lui ai alors proposé la stratégie suivante, qui semble l'avoir intéressé. Je lui ai proposé de simplement expliquer aux personnes autour de lui sa situation, la façon dont ses parents le traitent. Ainsi, ces personnes sauront que s'il a de bons points ce n'est pas grâce à ses parents. Cela résout son problème... Je lui ai même proposé de dédier ses points aux personnes qui lui donnent de l'affection, de leur dire qu'il a eu un bonne note en Français ou en Mathématiques pour elles et pas pour ses parents. Plus tard, quand il sera plus fort et capable d'affronter ses parents, il pourra leur dire cela en face...

Dans une vraie famille, les enfants reçoivent tout le temps des câlins. Il y a le câlin s'asseoir l'un contre l'autre pour lire une histoire ensemble, le câlin mettre les têtes à la même hauteur et passer la main dans le cheveux pour écouter l'enfant, le câlin prendre sur les genoux pour expliquer qu'une chose n'est pas bien, le câlin sandwich entre les deux parents pour fusionner, le câlin serrer très fort et faire une grosse poutoune pour exprimer son enthousiasme, le câlin dormir ensemble quand il y a de l'orage et du tonnerre dehors, le câlin va méditer cinq minutes... Ces câlins sont primordiaux pour le développement de l'enfant, en particulier dans la petite enfance. Il permettent à l'enfant de sentir qu'il existe et qui il est. Cela lui permet d'accepter sa place dans la société, de réclamer ce qui lui est dû et de donner ce qu'il est bon qu'il donne. Cela lui permet d'accepter les injonctions à faire des efforts et le respect des règles. Il pourra avoir une vie heureuse. Dans certaines familles les enfants ne reçoivent pas de câlins, ou très peu, ou des câlins de façade. A la place ils reçoivent des leçons de morale, des punitions méchantes ou beaucoup d'argent de poche. Souvent, dans ces familles, on apprend aux enfants à mépriser leur prochain. En grandissant, ces enfants vont aller vers un extrême ou l'autre. Un extrême est une fermeture sur soi. Cela donne des personnes égoïstes, insensibles, très imbues de leurs privilèges. Elles votent typiquement pour l'extrême droite. L'autre extrême sont des personnes qui ont l'impression de n'avoir aucune valeur. Elles feront des efforts démesurés, souvent totalement creux, pour amener les autres à les aimer. Elles sont incapables de voir comment pensent les autres. Elles ne peuvent pas simplement s'asseoir et aimer et se laisser aimer. La société occidentale est construite sur l'interaction entre ces deux extrêmes. Les personnes égoïstes prennent le pouvoir et essayent de drainer un maximum d'argent et de moyens vers elles. Les personnes qui croient n'avoir aucune valeur, quant à elles, travaillent comme des bêtes en espérant recevoir un peu d'affection des personnes égoïstes. Schématiquement, c'est le rapport entre un maquereau et une prostituée. Le maquereau ne voit que son bénéfice en fin de journée. La prostituée, elle, est folle amoureuse de son maquereau, au point d'avoir accepté de se prostituer pour lui. C'est ce couple infernal qui est parti à la conquête du monde et a ravagé toutes les civilisations rencontrées. La quantité de travail et de sacrifices que les européens ont consentis pour coloniser la Planète sont gigantesques. Les bénéfices engrangés ont été colossaux mais aussitôt dépensés et gaspillés par les égoïstes.

Jouer avec les images d'autrui est un art. Dans ma ville il y a des centres de formation pour chômeurs. La majorité des personnes qui y travaillent font très bien leur travail. Mais un professeur est une vraie calamité. Ses cours consistent à s'asseoir négligemment sur une table et raconter ses mérites. Il fascine les trois quarts de l'auditoire et désespère les autres. Il a instauré un examen d'entrée pour sélectionner les personnes qui seront autorisées à son cours. J'ai lu ces questions. Bien que je sois expert dans cette matière j'aurais été incapable de répondre. Elles portaient sur des détails techniques très précis et totalement inutiles. Ce professeur donne les réponses aux questions à l'avance, aux personnes qui lui plaisent... Il a tout organisé pour avoir la vie facile et se faire vénérer. Vous obtenez votre diplôme si vous avez joué son jeu. Une autre technique, rencontrée à l'université, consiste à donner un très grand nombre d'exercices à faire aux examens. Les étudiants n'ont que deux heures pour faire une dizaine d'exercices alors qu'il me faudrait ces mêmes deux heures pour résoudre un seul de ces exercices. A priori, il est évident qu'une personne capable de résoudre dix pareils exercices en deux petites heures n'est pas n'importe qui. Les professeurs jouent là-dessus pour impressionner les étudiants. "Comment, vous n'avez pas été capable de résoudre ces dix petits exercices ? Mais untel et untel, eux, ils y sont arrivés...". Les étudiants qui réussissent bien ces examens sont vénéres par les autres. Tout cela est un montage. Dans ma vie professionnelle je n'ai jamais rencontré un seul cas où un ingénieur, un physicien ou un chimiste ait été tenu de résoudre un aussi grand nombre de problèmes en aussi peu de temps. Ou de résoudre un seul problème en cinq minutes. Cela arrive peut-être à l'armée ou dans certaines industries où il y a des activités dangereuses. Mais pour 99% des universitaires cela ne sert à rien. Je serais très favorable à ce qu'on fasse des concours de rapidité dans les universités et que l'on donne une mention spéciale aux étudiants qui en sont capables. Mais empêcher de réussir ceux qui n'y arrivent pas, c'est absurde. Le rôle d'un universitaire est de comprendre les choses, pas d'abattre dix exercices en deux heures. De surcroît ces exercices sont téléphonés. Ils sont simplement des réarrangements des exercices vus aux cours. Etre capable de faire ces exercices rapidement ne prouve en rien que vous serez capable de trouver et de calculer rapidement la solution à un problème inattendu dans une usine en alerte. Ce système d'examens a trois avantages : il demande peu de travail aux professeurs et à leurs assistants, il impressionne les petits étudiants et il sélectionne les étudiants qui se consacrent aveuglément aux cours. Il force les étudiants à s'entraîner à faire des exercices toute la journée. Si vous êtes un étudiant qui s'intéresse aux choses, qui cherche d'abord à comprendre les cours, à les situer par rapport aux autres cours, qui lit des livres et des publications, qui fait des expériences de physique ou de chimie par lui-même, qui discute de Science avec d'autres... vous serez fortement désavantagé aux examens. Les professeurs cherchent à éliminer ce type d'étudiant. Ils veulent des étudiants qui savent frimer, qui savent faire semblant d'être des scientifiques. Ils ont très peur des étudiants qui sont de vrais scientifiques. J'ai beaucoup d'amis qui sont des professionnels capables et qui ont poussé leurs études universitaires jusqu'au bout. Tous affirment que la quasi totalité des  professeurs ont un niveau très bas. Certains le disent avec diplomatie, d'autres les traitent expressément de "minables". Les professeurs ont très peur de cela et cherchent dès le début des études à éliminer un maximum de ces étudiants compétents. D'un autre côté ils ne veulent pas non plus des étudiants qui auraient l'air trop mauvais. Ils mettent en place des mécanismes qui sélectionnent leur modèle d'étudiant favoris : des étudiants qui plaisent en public et qui sont capables d'abattre des travaux simples.

Quand on désire quelque chose, que ce soit un objet ou une personne, il faut se demander si on désire cette chose elle-même ou si on désire ce qu'on croit qu'elle représente. Par exemple on peut se marier avec une personne parce qu'on croit qu'elle représente l'amour ou le bonheur. C'est voué à l'échec. L'amour ou le bonheur sont des choses qu'il faut développer en soi. On se marie avec une personne parce qu'on a appris à connaître cette personne et qu'on a des sentiments forts pour elle. Cela peut donner du bonheur mais ce n'est pas le bonheur en soi. De même, une personne jalouse est une personne à laquelle il manque quelque chose à son image d'elle-même. Réussir à obtenir l'objet de sa convoitise ne la satisfera pas. Elle voudra immédiatement un deuxième ou un troisième objet. Elle ne sera apaisée que quand elle aura réussi à développer en elle-même ce que ces objets représentent pour elle. La Société de Consommation joue là-dessus : les personnes qui ont un niveau spirituel faible seront promptes à sans cesse acquérir des objets. Elles ont une soif insatiable, alors qu'un moine qui ne possède rien de matériel peut se trouver trop riche de milles choses.

Nous préférons parfois être confronté à l'image d'une chose qu'à cette chose elle-même. Par exemple une souris sauvage mise en cage peut être amicale avec votre main si elle est placée contre la cage, à l'extérieur. Elle se sentira particulièrement à l'aise si la parois de la cage est une vitre en plastique. Eventuellement elle aimera avoir de petits trous dans la vitre pour sentir l'odeur. Elle viendra dire bonjour à votre main, fera des risettes... Par contre si vous plongez la main dans sa cage, la souris sera paniquée ou agressive. De même, les jeunes hommes préfèrent parfois voir des filles en images plutôt que d'être confrontés à de vraies filles.

Un ami m'a raconté un conflit d'image dans son entreprise. Les cadres de l'entreprise ont décidé de sous-traiter une partie d'un travail à une firme réputée. Problème : cette firme fait tout de travers et de surcroît livre en retard. Résultat : les techniciens de l'entreprise ont dû tout faire eux-mêmes, en heures supplémentaires. Les cadres de l'entreprise décident pourtant de payer la firme, sans discuter. Il s'agit d'une très grosse somme. Mieux : ils ont signé un deuxième contrat avec la firme. D'après mon ami, son entreprise jette ainsi son argent par les fenêtres pour donner une bonne image d'elle-même : elle sous-traite à des firmes de luxe, elle paye rubis sur l'ongle et il n'y a jamais de problèmes... Le gros problème là-dedans, c'est qu'en même temps l'entreprise vient de décider une baisse du salaire de ses techniciens. On jette l'argent par les fenêtres et on demande aux techniciens de se serrer la ceinture... avec des heures supplémentaires en sus. D'après mon ami les techniciens le prennent très mal. Il sent qu'ils vont "moins prendre à coeur les inétrêts de l'entreprise".

Dans une grande usine sidérurgique un travail d'envergure a été confié à une équipe d'ouvriers. Il sagissait de construire un arbre de transmission pour un navire géant. C'est un travail difficile, qui demande beaucoup d'expertise. Les ouvriers ont vraiment dû "s'y mettre". Ils ont réussi leur mission et dans les temps. Des représentants du client ont débarqué et ont fait des mesures sur l'arbre, pour vérifier s'il était conforme au cahier des charges. Il l'était, et même très bien. Les ouvriers avaient fait un travail remarquable. L'arbre a été payé. Puis un ordre simple est venu : "découpez l'arbre en tranches et revendez les morceaux au prix du kilo de ferraille". Pourquoi ? Parce que le client avait demandé à trois usines sidérurgiques différentes de construire le même arbre. Ils avaient pris le meilleur des trois. Le problème, c'est qu'on a fait découper l'arbre en morceaux par les ouvriers-mêmes qui l'avaient construit. C'est inhumain. Il fallait soit refuser de le détruire et le revendre à un autre client, soit au moins le faire détruire par une autre équipe d'ouvriers, dans une usine différente...

Les occidentaux croient que pour être heureux, donc pour avoir une bonne image de soi, il faut être beau et en pleine forme. Ils croient également qu'il faut réunir autour de soi de telles personnes belles et en pleine forme. C'est une réflexe infantile, qu'on leur a inculqué pour mieux les manipuler. Pourquoi ressentons-nous du bonheur ? Plus précisément : pourquoi la Nature nous a-t-elle ainsi conçus que nous puissions ressentir du bonheur ? Le bonheur est une sorte de salaire qui nous est versé pour accepter des choses. Par exemple une lionne ressent du bonheur à l'idée de s'occuper de ses lionceaux, plus de bonheur qu'à l'idée de les manger pour se nourrir. C'est ce qui assure que cette lionne aura une descendance. De même, nous ressentons du bonheur si nous acceptons quelqu'un qui a un handicap ou une tare quelconque. Si nous n'acceptions que des personnes parfaites, nous ne pourrions pas constituer de groupe et nous ne nous accepterions même pas nous-mêmes. La nature nous rend donc heureux d'accepter des personnes imparfaites, ce qui nous permet de constituer un groupe capable de défendre chaque membre du groupe. On se moque parfois des personnes qui sont fascinées par les handicaps ou les malformations, qui éprouvent une attirance ou de l'amour pour cela. On les qualifie même de pervers. En réalité c'est le contraire : ce sont ces personnes qui sont normales, naturelles. Evidemment il ne faut tomber dans l'excès contraire. Ce n'est pas en recherchant spécifiquement les personnes estropiées que l'on deviendra heureux. Il faut garder en tête le but premier de la Nature : constituer un groupe ou une famille capable de défendre chacun de ses membres. Si on s'estropie en espérant être aimé, on risque fort d'être rejetté. Par contre une personne même gravement malade ou handicapée peut être acceptée. Soit parce qu'elle peut guérir et redevenir utile, soit parce même diminuée elle peut rendre des services, quels qu'ils soient. Il ne faut pas chercher de raisonnement ou de structure précise derrière cela. Simplement, nous sommes génétiquement programmés pour ressentir du bonheur si nous acceptons une personne telle qu'elle est, avec ses particularités et ses handicaps.

Certaines personnes considèrent qu'acheter un objet leur donne des droits. Par exemple si elles achètent un 4x4, elles considèrent que cela leur donne le droit de défoncer les sentiers protégés dans la nature. Il s'agit réellement d'un sentiment de droit, comme la redevance que l'on paye à un club et qui donne le droit d'utiliser les tables de billard du club. Si on veut faire respecter les règlement et leur interdire le passage dans les sentiers protégés, ces personnes se fâcheront et feront par exemple valoir le prix que leur a couté le 4x4. Elles font un amalgamme entre la Société de Consommation et la Protection de la Nature. J'ai vu ce problème se poser dans un cas aussi simple qu'un ballon avec lequel un enfant joue. L'enfant invente une façon de jouer particulièrement dérangeante pour des voisins. Les voisins se sont plaints. La mère de l'enfant leur a répondu qu'elle avait payé ce ballon 5 € et qu'elle comptait bien en avoir pour son argent...

Quand elle avait cinq ans, une amie rêvait d'aller à l'école. Sa mère lui a laissé croire qu'elle y irait à la rentrée prochaine. Le jour de la rentrée, quand les aînés de la famille se sont mis dans les rangs à l'école, elle les a suivis, convaincue qu'elle rentrait à l'école avec eux. Sa mère à rigolé et l'a tirée par le bras pour la ramener à la maison. A trente ans elle vivait encore ce souvenir comme un traumatisme. Sa mère lui avait laissé miroiter une certaine image d'elle-même et l'avait brisée d'un éclat de rire. Cette amie a su toute son enfance qu'elle ne pouvait pas faire confiance à sa mère. Ladite mère n'a pas manqué de le lui confirmer au fil des ans. C'était une personne immature, très irritée pour ses petits avantages mais insensible à la douleur d'autrui.

Des bibelots sont chargés de souvenirs. En général ils ont une forme qui rappelle ce dont quoi ils sont le souvenir. Un objet peut aussi être chargé de souvenirs sans avoir aucun rapport avec eux. De la musique également. J'ai appris à jouer à un jeu vidéo assez dur en écoutant très souvent le même CD de musique. Plusieurs années après, en réécoutant ce CD j'éprouve à nouveau les tensions et l'état d'esprit particulier que j'avais en jouant à ce jeu. Une autre anecdote est plus intéressante encore : quand j'emprunte un film sur DVD j'en fais une copie dans mon disque dur. Cela me permet de rendre le DVD immédiatement. J'efface bien entendu le film de mon disque dur après quelques jours, au plus tard quelques semaines, sans en faire de copie. A un moment donné j'ai eu de graves problèmes de voisinage, qui m'ont plongé dans un stress et des angoisses assez douloureux. Un palliatif que j'avais trouvé était de regarder quelques films. Je me les repassais presque en boucle. Quand les problèmes se sont résolus, je me suis rendu compte que regarder ces films me rappelait les angoisses de la mauvaise période. Au point que les regarder était franchement désagréable. Ces films étaient devenus chargés de mes angoisses. En les effaçant de mon disque dur j'ai éprouvé un véritable soulagement. On peut transférer des problèmes ou des angoisses dans un objet puis les détruire en détruisant cet objet. Je suppose que la destruction efficace de l'objet ne peut se faire que quand le problème a évolué et atteint le degré de mûrissement nécessaire.

C'est curieux : une connaissance (ce ne peut être un ami) vous propose quelque chose. Vous n'en avez pas besoin et vous refusez donc poliment. Elle insiste, elle veut absolument vous donner cette chose. Elle vous en vante les mérites, elle vous supplierait presque d'en avoir besoin. Le lendemain, il se passe quelque chose d'inattendu qui vous donne besoin de la chose. Vous allez donc trouver la personne et vous la lui demandez. Elle refuse. Pourquoi cette attitude exactement contraire d'un jour à l'autre. En réalité il s'agit de la même attitude : le besoin de représenter quelque chose, d'avoir une utilité. Le premier jour, la personne vous supplie d'accepter son bidule, pour pouvoir se sentir utile. Le deuxième jour, c'est en vous refusant le bidule qu'elle sent le mieux combien vous avez besoin d'elle.

Dans les vrais couples, chacun des deux s'intéresse à ce que l'autre pense, à ce qu'il voudrait, à sa façon de voir les choses. Cela ne veut pas dire qu'il y adhère ni qu'il va le réaliser. Mais il en tient compte. Dans ces couples, un désaccord complet n'est souvent pas un problème. La seule chose que chacun demande est que l'autre ait compris son point de vue. Qu'il agisse ou non en fonction est secondaire. Un acte d'amour consiste à demander à l'autre d'exposer son point de vue en détail même si on sait qu'on ne pourra pas en tenir compte. Dans les faux couple, chacun se bat pour imposer son point de vue à l'autre. Cela va jusqu'à choisir exprès un point de vue opposé. Ce chacun veut dans un faux couple est amener l'autre à lui, au lieu d'aller vers lui.

Un ami vivait avec sa petite amie depuis de nombreuses années. Ils sont étudiants et pauvres. C'est la galère. Il leur faut parfois chercher des heures entières pour trouver de quoi payer un ticket de bus. Mais dans quelques mois mon ami terminait ses études. Il avait déjà une place qui l'attendait, très bien payée. Il était heureux d'en parler avec son amie. Surprise : elle devient aigrie. Elle se fâche, elle menace de le quitter. Certes elle a de bonne raisons d'être mal dans sa peau. Outre leur pauvreté et leur vie difficile, il passe beaucoup de temps loin d'elle. Il est obligé de faire des stages de fin d'études. Mais il ne comprend pas : c'est le bout du tunnel... Encore quelques mois à attendre... Il faut tenir jusque là... Pourquoi choisit-elle ce moment-là pour menacer de tout casser et partir ? Alors qu'elle avait tout supporté pendant des années ? Je lui ai proposé l'explication suivante, qui après coup semble être la bonne. Son amie se rend compte qu'il va devenir un homme respecté. Il va fréquenter des gens importants. Par rapport à ces gens, elle n'est rien du tout. Elle est une petite souris. Cela la met très mal à l'aise. J'ai donc suggéré à mon ami de donner une image d'elle-même plus concrète à son amie. En un mot : lui faire des déclarations. Il faut qu'il lui dise qu'il a travaillé toutes ces années pour elle et que cela ne l'intéresse pas de profiter des avantages s'il ne peut pas en profiter avec elle. Il n'est rien si elle n'est pas avec lui... C'est bien ainsi qu'il ressent les choses, mais il ne le lui avait jamais dit... Maintenant qu'il le lui a dit, elle sait qu'elle est quelqu'un. Quand elle rencontrera les nouvelles relations de son homme, certes elle n'aura pas leur intelligence, leur conversation et leurs diplômes, mais elle aura une chose qu'ils ne peuvent pas avoir : lui. Elle est sa femme, ce qui la place à une position enviable. Ainsi dotée de cette image valorisante, elle se sent bien dans sa peau et il n'y a plus eu de problèmes.

Une amie a de gros problèmes avec son ami. Il passe son temps à répéter autour de lui tout ce qu'il sait d'elle. En plus il déforme les choses. Il cause de gros dégâts. Beaucoup de personnes sont maintenant fâchée contre mon amie, à cause de ce qu'ils ont entendu. Parfois à raison, le plus souvent à tort. Cet ami est un gros nul. Chaque fois qu'il faut prendre des responsabilités il recule et il s'en vante. Il devient agressif et méprisant. Le reste du temps, il se construit un personnage en "prouvant" à tout le monde qu'il est bien l'ami de mon amie. En racontant tout de la vie de mon amie aux autres, même des détails intimes, il "prouve" qu'elle lui appartient. Il construit son identité "d'ami". A cause de lui beaucoup de personnes se sont éloignées de mon amie. Elle est donc d'autant plus à lui. Il tourne autour d'elle pour l'enlacer de ses fils de soie tout en faisant fuir tout le monde par la puanteur qui se dégage maintenant d'eux. Cette personne a un problème psychiatrique grave. Un âge mental de six ans, une absence froide de morale ou de scrupules, une bêtise empreinte de petits traits de génie aveugles et malfaisants... J'ai vu un tel comportement chez plusieurs parents aussi, qui dénigrent leurs enfants, racontent tout d'eux y compris des détails intimes, à leurs camarades, au reste de la famille... Ils obtiennent ainsi que leurs enfants perdent le statut d'êtres humains. On se moque d'eux, on éclate de rire s'ils demandent de l'aide... Chez un couple de tels parents j'ai même compris qu'ils considèrent cela comme de la légitime défense. Leur enfant est un gentil garçon qui ne demande qu'à être aimé. Mais dans la tête de ses parents il est une menace, une chose insoutenable, tout en étant leur propriété. Ils estiment avoir le droit de faire de lui ce qu'ils veulent.

On dit qu'un serial killer recommence pour essayer de retrouver le kick d'adrénaline que lui a procuré la première fois. Une autre raison possible est qu'il recommence pour essayer de se prouver que la première fois était justifiée. On recommence ainsi une mauvaise action en boucle, justement parce qu'on est convaincu qu'elle était injustifiée, pour tenter de se persuader qu'elle était justifiée malgré tout.

Plus longtemps on a laissé une personne répéter le même acte de délinquance, plus violente sera sa réaction quand on tentera enfin de l'arrêter. C'est comme si tout le poids accumulé des actes successifs percutait le mur que l'on tente de dresser.



La sagesse

Comparaison n'est pas raison. Le sage ne compare pas son image à celle d'un autre pour en déduire une hiérarchie. Il n'est jaloux de personne. S'il contemple l'image d'un autre, c'est pour des raisons utilitaires constructives.

Il faut des garde-fous, des protections, des tampons. Une image de soi solide ne peut changer que lentement. Faites attention à cela quand vous dites quelque chose à quelqu'un : il est normal qu'il évolue lentement, votre remarque ne peut pas porter immédiatement ses fruits. (Les maîtres peuvent comprendre tout de suite en quoi leur image va changer, puis intègrent ce changement sur une période assez courte.)

Celui qui est libre est celui qui a les moyens de décider/sculpter lui-même son image de soi. Il a besoin des autres pour le faire, du monde entier, mais il reste seul décideur.

Le sage tend à avoir une image de soi appropriée aux circonstances. Il s'adapte. Mais il a aussi une image de soi unique, synthèse abstraite de toutes les images de soi, qui le définit en tout temps, à tout endroit et face à toute autre personne. Cette sur-image prime sur toutes les images de circonstance. Elle n'est sensée être teintée d'aucune idéologie, d'aucun drapeau, d'aucune appartenance.

Le sage est prêt à redéfinir son image de soi. Quelle que soit l'image de soi que l'on ait, donc les choses que l'on fait dans la vie, il peut toujours arriver un moment où cela devient inadéquat. Ou bien cela a toujours été inadéquat, et on s'en rend compte. Prenons par exemple le cas de quelqu'un qui a pris sous son aile une personne faible et fragile. Après quelques temps, peut-être grâce à la protection reçue, cette personne a acquit de la force et du savoir. Il n'est donc plus nécessaire de la protéger. Au contraire, il vaut maintenant mieux l'encourager à aller de l'avant. Il faut donc cesser d'être un protecteur et devenir un support. Tout le monde n'est pas capable de faire cela. Beaucoup de protecteurs immatures, quand l'oisillon menace de grandir, vont le casser psychologiquement ou compromettre ses chances de succès. Pour qu'il reste un oisillon, pour que le protecteur garde son statut de protecteur. Une personne aimante acceptera au contraire la modification de statut et la favorisera. Il peut sembler naturel de faire cela, en pratique c'est souvent très dur, associé à une souffrance. Car cesser d'avoir une image de soi de protecteur, c'est tuer ce qu'on est, c'est renoncer à le faire vivre. Le sage accepte ce sacrifice, par amour. Et puis aussi il sait que souvent il renaîtra, différent, sans doute meilleur encore. Par exemple avec une image de soi d'encourageur, de promoteur, de supporter... Il y a un très grand nombre de cas où l'on peut ou doit accepter de mourir et de renaître. On peut être un bandit qui se croyait Robin des Bois, comprendre qu'on a causé beaucoup de malheurs et désirer renaître honnête travailleur... La Passion du Christ est un symbole de ce processus de mort et de Résurrection. Dans la philosophie Alchimiste, héritée de la Chine Antique, le processus est décrit très en profondeur. Les longues phases traversées par la personne en mutation sont minutieusement décrites, de façon symbolique. Parfois ce processus peut prendre des années.

L'ami du sage est celui qui le critique.

Le sage sait que rien n'est intrinsèquement impur et que tout peut être nécessaire à toutes choses. Il amène donc toutes choses à lui, mais travaille longuement à en tisser des ensembles cohérents, efficaces, utiles. Une des phases les plus importantes est le choix judicieux de la quantité de chaque chose : la pondération. Un sage est une grande bibliothèque parsemée de machines qui ronronnent doucement. L'efficacité de cet ensemble dans le vie pratique est sensée être extraordinaire. Le sage est capable de faire des choses.

Il n'y a plus de problèmes dès l'instant où les images ont été énoncées, qu'elles ont été officialisées et perçues par tous. Prenons par exemple une personne qui a un handicap et qui parle difficilement. Ou une personne surdouée qui s'exprime dans des termes que personne ne comprend. Tous deux ont un problème de communication. Tous deux vont énerver leurs interlocuteurs, peut-être les fâcher. Si on explique à ces interlocuteurs la raison du problème, si on leur dit ce que ces deux personnes sont, alors ils ne s'énerveront plus. Ils prendront le temps d'écouter la personne handicapée et diront au surdoué de se calmer un peu. On pense parfois qu'il ne faut pas dire qu'une personne est handicapée, parce que c'est humiliant. Ou qu'il ne faut pas dire qu'une personne est surdouée, parce qu'elle sera rejetée ou vénérée ce qui revient au même. C'est idiot. Bien sûr ces problèmes existent, mais uniquement avec les personnes qui ont des problèmes d'éducation. De toute façon, tout le monde finira bien par se rendre compte que le handicapé est handicapé et le surdoué est surdoué. Mais si cela n'a pas été dit, énoncé, il subsistera toujours un problème, un inconfort. Que l'on soit handicapé ou surdoué n'est pas la question. Ce qui compte, c'est d'être un personne et avoir l'affection des autres personnes parmi les autres personnes. Le vrai privilège est là. Cela implique d'être reconnu pour ce que l'on est et de recevoir ce dont on a besoin. Alors on est ni mieux ni moins bien qu'un autre. On est. On fait ce qu'on a à faire.

On agit suivant l'image qu'on est. Améliorer et connaître cette image est donc primordial. Mais trop de personnes restent prisonnières de cette image. Elles sont comme piégées à l'intérieur. Elles vivent cette image mais elles ne la voient pas. Elles souffrent si quelqu'un critique une partie de cette image, comme une personne dont on a heurté une partie du corps. Le sage, lui, est capable de contempler son image de soi. Il peut devenir comme une personne externe, qui regarde calmement cette image, qui en voit les parties et les liens. Il peut donc gérer cette image avec beaucoup plus d'intelligence. Il souffre aussi beaucoup moins quand cette image est attaquée. Par exemple, le sage est capable de plaisanter sur ce qu'il est, il est capable d'en rire. On se moque parfois d'un nouveau venu. C'est souvent uniquement pour voir si c'est un sage ou non. Si c'est un sage, il surenchérira sur la plaisanterie, il en rira plus fort encore. Si ce n'est pas un sage, il sera vexé et blessé.

Que ce soient deux individus ou deux ethnies, chacun a son image de soi et des choses. Cela pose des problèmes quand ces deux individus ou ces deux ethnies sont obligés de vivre sur le même territoire. Comment concilier les actes et les ambitions de chacun dès lors que chacun pense les choses suivant des images différentes ? Il y a en gros trois gradations dans la confrontation. Au stade le plus bas il y a la guerre. On ne supporte pas le point de vue de l'autre. Alors on le force à partir ou on le détruit. On peut aussi le réduire en esclavage ce qui est une façon plus productive de le détruire. Au deuxième stade il y a les marchandages. On essaye de négocier, de s'arranger, de partager les ressources de façon plus ou moins équilibrée. Chacun présente ses arguments et dit ses priorités. On essaye de trouver le terrain d'entente le moins mauvais possible. C'est le travail des commerçants, des diplomates et des parlementaires. Pour que ce deuxième stade soit possible, il faut un pays avec un bon enseignement, où l'on apprend à parler et à calculer. Au troisième stade chacun essaye de comprendre et surtout de ressentir quelles sont les rêves et les émotions de l'autre. Chacun essaye de satisfaire au mieux les besoins et les espoirs de l'autre. Ce troisième stade demande un niveau culturel et spirituel très élevé.

On est parfois étonné de voir un sage imposer quelque chose de très dur à une personne et cette personne l'accepter. Alors que venant d'autrui elle ne l'aurait pas accepté. Une première raison est bien sûr que l'on peut supposer que le sage sait ce qu'il fait. Soit il est juste de faire ce qu'il fait, soit il y a un bénéfice à en escompter plus tard. Il y a une autre raison à laquelle on pense moins : le sage sait et ressent ce qu'il inflige à la personne. Il sait quelle sera la douleur de la personne ou ses angoisses. La personne le sait et c'est pour cette raison qu'elle l'accepte. Le sage a en lui l'image de ce que la personne ressent. Autrui n'aurait pas eu cette image et aurait imposé ses décisions sans tenir compte de ce que ressent le personne.

Les personnes pour lesquelles nous avons le plus de dépendance affective sont celles qui nous comprennent, qui ont en elles une image de nous-mêmes. Par exemple des parents peuvent avoir passé des années à s'occuper d'un enfant. Si à l'adolescence ils cessent de comprendre leur enfant, celui-ci considérera ses parents comme inintéressants voir comme des ennemis, des personnes à éviter. Par contre il suivra sans hésiter une personne qui ne lui donne rien mais qui le comprend. Le Dalaï Lama est très aimé des tibétains alors qu'il ne leur donne rien. Parce qu'ils savent qu'il les comprends, qu'il pense à eux et qu'il se tient au courant de ce qui leur arrive. Un poète qui révèle des choses que les gens sentent en eux, sera vénéré comme aucun chef d'état ne pourrait l'être. Un chef d'armées qui sait parler à ses hommes et réveiller en eux la pulsion du guerrier, pourra être aimé peut-être autant qu'un poète.

Ce qui est inconnu attire. Cela recèle des choses que nous pourrions ajouter à notre image de nous-mêmes. Cette attirance peut autant se manifester par de la fascination et une envie irrépressible que par de la peur et de la répugnance. L'inconnu engendre des sentiments extrêmes. Le sage n'a pas ces sentiments extrêmes. Il a visité l'inconnu, en personne ou par une poésie créée par un autre sage. Pour lui ce n'est plus l'inconnu. Il comprend et ressent cet inconnu, il est capable de dialoguer avec lui et de le vivre. Un sport national dans beaucoup de milieux consiste à essayer de se faire passer pour un sage. On dit de l'inconnu : "Oui oui je connais  !". On croit savoir ce qu'est l'inconnu. A cause de cela on engendre le mal. On prend des décisions pour des choses que l'on ne connaît pas.

Le sage est prêt à la mort de toute chose. Il l'accepte. Cela lui permet de vivre, de faire vivre et de laisser vivre. Si on n'accepte pas la mort possible des choses, on passe son temps à trembler, on commet des lâchetés. Si un époux n'accepte pas la mort possible de son couple, c'est à dire la possibilité du divorce, la vie de ce couple sera un enfer. Il y aura des tensions, des doutes, des menaces... Il n'y aura pas de vraie vie de couple, le couple n'est pas vivant. Si la possibilité du divorce est acceptée cela veut dire que l'on reconnaît l'autre comme un individu à part entière, qui pourrait vivre seul. Alors on peut vraiment s'intéresser à lui, on peut réellement l'aimer, lui donner ce dont il a besoin, vivre une vraie vie de couple. On est libre de ses idées et on offre cette liberté à l'autre. Si un parent n'accepte pas la mort possible de son enfant il va enfermer cet enfant. Cela causera de graves problèmes à l'enfant, qui peuvent le mener à la maladie ou au suicide. Si le parent accepte la mort possible de l'enfant, l'enfant pourra vivre. Le sage ne souhaite pas la mort. Il fera tout pour éviter les morts que l'on ne désire pas. Mais il les accepte. Il ne laissera pas un enfant faire des choses trop dangereuses mais il respectera le besoin d'exploration de l'enfant. Accepter la mort possible d'une chose et apprendre à aimer cette chose sont des démarches liées. On apprend à la connaître pour l'aider à vivre. Si elle meurt, on gardera des souvenirs. Ainsi elle ne disparaît pas vraiment de notre image de nous-mêmes, elle reste vivante en nous. On dit que les femmes recherchent des hommes qui n'ont plus peur de la mort. Ce sont des hommes qui n'ont pas peur de vivre, qui ne pleurnichent pas pour des bêtises. Devenir une personne qui craint moins la mort n'est pas simple. Il y a des pièges. Certains en meurent. Une femme peut être attirée par un rêveur ou par un drogué. Ils donnent l'impression de ne pas avoir peur de la mort alors qu'au fond d'eux-mêmes ils sont terrifiés.

Le sage est entraîné au mordant. "Entraîne au mordant" est un terme qu'utilisent les éleveurs de chiens. Ils expliquent qu'il faut apprendre à un chien à mordre. Quand le chien est petit il faut jouer avec lui avec des objets qu'il peut mordre. Par exemple une vieille serviette ou un anneau en plastique. Le chien mord dans l'objet d'un côté et vous tirez de l'autre côté. Vous jouez ainsi avec le chien à vous battre pour tirer l'objet. Plus tard il faut apprendre au chien à attaquer, à se servir de sa gueule pour tenir un ennemi en respect. On peut avoir l'impression que les éleveurs fabriquent ainsi des chiens monstrueux, prêts à attaquer le premier enfant qui passe. C'est tout le contraire. Ces chiens entraînés sont extrêmement fiables. Un enfant est bien plus en sécurité à côté d'un tel chien que si le chien n'était pas là. Un chien est génétiquement programmé pour protéger les personnes autour de lui, en particulier les enfants. Mordre un enfant n'aurait pas plus de sens pour lui que pour un garde du corps sortir son arme et abattre son client. Par contre il s'imagine bien donner sa vie pour sauver celle de son client. Ces chiens entraînés sont bien dans leur peau parce qu'ils ont une image précise en tête de leur gueule et de leurs dents. Ils savent que leur gueule est dangereuse et ils savent l'utiliser avec mesure. Les chiens dangereux, ce sont ceux qui n'ont pas d'image de leur gueule, qui n'ont pas appris à l'utiliser. Ces chiens-là se sentent en danger, ils ne comprennent pas ce qui se passe autour d'eux. Ils se sentent menacés et paniquent pour un rien. S'ils mordent, ce sera de toutes leurs forces. Attention : certains chiens, tout comme certains humains, ont des problèmes nerveux d'ordre médical. Dans ces quelques rares cas, apprendre le mordant peut empirer la situation. Mais ce sont des exceptions.

Un sage a en général un point de vue assez équilibré sur les choses. Il comprend les rouages du monde et les contemple de façon placide. Les autres personnes par contre voient le sage souvent de façons extrémistes. Certains adorent le sage, parce qu'ils savent que lui seul les comprend. D'autres au contraire sont effrayés par le fait que le sage les comprends et le détestent.

Il est parfois étonnant de voir la facilité avec laquelle un sage obtient des choses d'autrui. Il ne manipule pas, ne menace pas ni n'essaye de corrompre... pourtant il obtient tout ce dont il a besoin et avec le sourire. Une raison importante à cela est que le sage demande en général des choses raisonnables et qui sont bonnes pour tout le monde. Mais il faut chercher plus loin. Quand le sage s'adresse à une personne, il a en lui un sourire pour cette personne. Il connaît, au moins un peu, l'image de soi de son interlocuteur. Même inconsciemment, la personne sent que le sage la comprend et la respecte.



Conclusion

J'espère avoir réussi à montrer en quoi la construction de l'image de soi est un mécanisme de base du cerveau. Il sous-tend les événements les plus anodins de la vie tout comme les plus importants. Nous agissons en fonction de l'image que nous avons de nous-mêmes et nous essayons perpétuellement de modifier cette image. Parfois nous la modifions avec sagesse, parfois nous faisons n'importe quoi. Parfois nous négligeons des choses qui auraient été très intéressantes.

Une compréhension des mécanismes de l'image de soi devrait vous permettre d'éviter certains pièges et de comprendre des situations apparemment illogiques.

Les images ont bon dos. Méfiez-vous des images que l'on vous donne ou que vous vous donnez pour tel ou tel fait ou problème. Pour un même fait concret peuvent être proposées des images très différentes. Parfois certaines de ces images reviennent in fine au même. Parfois elles sont complémentaires. Souvent elles sont fausses et induisent des culpabilités ou des remèdes tout à fait déplacés. Essayez de trouver des images qui collent réellement aux situations. Peu importe que ces images soient poétiques, techniques, académiques, libres, répertoriées, relatives ou sensitives. Ce qui compte est qu'elles aient un rapport au moins indirect avec la réalité. Acceptez le fait que parfois on ne trouve pas de bonnes images. Même si des images correspondent raisonnablement bien à des faits, les conclusions que l'on peut en tirer ne sont pas forcément bonnes. Parce que si l'on tient compte d'images supplémentaires, plus larges, cela peut complètement changer la perspective. Comparez les images que donnent des livres de physique, chimie, médecine, psychologie, religion ou poésie, de lieux ou d'époques différents, pour des faits identiques. Cela ne veut pas dire qu'un seul de ces livres a raison. Ou pire qu'aucun de ces livres n'a raison. Cela veut juste dire que vous devez être prudent. Les images sont le support de notre intelligence. Elles sont notre bien le plus précieux. Mais sans esprit critique elles ne valent pas grand chose.

Note : ce texte contient des remarques acides contre le système Universitaire. Des amis qui sont passé par là m'ont dit qu'elles n'étaient pas exagérées. Mais il s'agit d'une Université belge en particulier. Des amis qui l'ont quittée et qui sont allés poursuivre leurs études dans une autre université belge m'ont dit que c'était le jour et la nuit, radicalement différent : des professeurs compétents, un respect des étudiants, une bonne atmosphère, un environnement de travail performant, des choses utiles à faire...



Eric Brasseur
1 août 1997 au
6 juin 2012