Le présent texte repose sur une confusion entre l'état d'hypnose et le
rêve conscient.
L'état d'hypnose n'a pas de définition stricte. Une description souvent
acceptée consiste à dire qu'une personne qui n'est pas en état
d'hypnose se préoccupe consciemment et inconsciemment de tout ce qui se
trouve autour d'elle. Elle tient compte des personnes présentes, des
objets, mais aussi des règles de comportement, des usages... Mettre la
personne en hypnose consiste à faire en sorte qu'elle ne se préoccupe
plus de cet environnement global mais se focalise sur certaines choses
bien précises. Par exemple, si le cerveau d'une personne refuse de se
souvenir de quelque chose, parce que cette chose est trop pénible ou
culpabilisante, un hypnotiseur peut amener la personne à oublier
temporairement les règles de morales ou la douleur qui sont liés à ce
souvenir. Alors la personne peut se consacrer à ce souvenir et
l'énoncer. Autre exemple : une personne peut subir une opération
chirurgicale sans anesthésie, si un hypnotiseur réussit à faire en
sorte que son cerveau ne tienne plus compte des signaux de douleur et
de la situation dans la salle d'opération. Le cerveau de la personne se
focalisera sur l'idée qu'elle se trouve à un endroit agréable où elle
passe un peu de temps.
La suggestion est en toute généralité l'art d'induire quelqu'un à faire
quelque chose. En particulier, l'hypnotiseur fait usage de suggestion
pour mettre la personne en état d'hypnose. Une fois la personne en
hypnose, l'hypnotiseur continue à faire usage de suggestion pour mettre
à profit cet état.
Le rêve lucide est un état du cerveau, comme endormi et en train de
rêver, mais au lieu de subir le rêve ; de voir son déroulement comme un
film, on est un acteur conscient dans le rêve. On se trouve comme dans
un jeu vidéo où on commande son personnage. On observe, on prend la
décision de se déplacer ou de faire certaines choses... on peut
éventuellement décider de changer complètement le décors du rêve. C'est
une question d'entrainement. Sans entrainement, on décide de peu de
choses dans le rêve éveillé. Avec de l'entrainement par contre, on peut
devenir un corps à part entière, manipuler des objets avec ses mains...
Pour entrer en rêve lucide, j'ai utilisé des éléments propres à
l'hypnose. J'ai tiré du rêve lucide des bénéfices que l'on attribue
généralement à l'hypnose. Je suppose donc que ces états sont
apparentés. J'ai qualifié le rêve lucide d'état d'hypnose mais cela
peut être refusé par d'autres personnes sans que j'aie d'argument
particulier à opposer.
L'hypnose
L'hypnose est un état du cerveau où il "regarde" ce qu'il a en
lui au lieu de regarder le monde extérieur. Passer en état
d'hypnose, c'est un peu comme un gant que l'on retourne. L'intérieur du
gant, qui était caché, devient le monde où l'on se déplace. Une
personne en état d'hypnose est parfaitement consciente, mais elle est
dans un autre monde : son monde intérieur. Elle n'a que peu ou
plus de contacts avec le monde extérieur. En état éveillé on
voit, sent et entend le monde extérieur mais on a peu ou pas
conscience de ce qui se passe à l'intérieur du cerveau. En état
d'hypnose, c'est l'inverse. L'état d'hypnose n'est pas du
sommeil, même si cela y ressemble.
Pour entrer en état d'hypnose on recourt généralement à l'aide d'un
hypnotiseur. Mais cela peut
aussi arriver "par accident", quand les circonstances s'y
prêtent. Voici par exemple les conditions nécessaires pour que je
puisse passer en état
d'hypnose. (Il convient à chacun
de développer sa propre méthode mais l'expérience d'autrui est
une source de renseignements et d'indications.) :
Avoir l'esprit à ça. Je "sens" quand je pourrais entrer en
hypnose. C'est assez peu fréquent, une à deux fois par mois en
moyenne. Toujours le matin tôt, peu après le réveil.
Pour que le passage vers l'hypnose soit possible, il faut
s'isoler du monde. Il faut se mettre en isolation sensorielle.
Par exemple dans un lit, en recouvrant l'entièreté du corps et
en prenant la position la plus confortable possible. Il est
indispensable pour moi de recouvrir la tête avec des coussins
(tout en laissant un chemin à l'air). Il faut qu'il n'y ait
aucun bruit (je mets des boules dans les oreilles, en veillant à ne pas
sentir leur présence) et que mes
yeux ne reçoivent aucune lumière (fermer les paupières ne
suffit pas, je bande mes yeux ou je les recouvre d'un coussin).
Certaines personnes utilisent une musique douce. D'autres
utilisent un support visuel ; un objet ou une image, comme en
méditation (mais avec une intention différente de la
méditation : en méditation l'objet est là pour engendrer des
pensées, le but est de laisser venir ces pensées comme des
nuages
et en prendre distraitement conscience, alors qu'en hypnose
l'état d'esprit
engendré par l'objet ou les images n'est qu'un accessoire
utilisé pour passer en état d'hypnose). Je suis une fois passé très
facilement en ayant les yeux entrouverts et en contemplant
distraitement les reflets flous d'un peu de lumière sur le
tissu du coussin.
Il faut se détendre, relâcher patiemment tous les muscles,
se laisser aller, ne penser à rien. On peut se concentrer sur
sa respiration (respirer calmement et profondément, sans
forcer) ou sur les phosphènes (ces faibles formes jaunes qui
dansent devant les yeux).
Il faut avoir l'intention d'entrer en état d'hypnose,
avoir conscience du fait qu'on a est là pour ça. Mais essayer de forcer
les chose ne sert à rien, cela bloque le processus. Il faut se
laisser
emmener.
Le passage est un peu comme un court et imperceptible tunnel
noir, avec des moments d'inconscience. On "arrive" alors dans
un monde imaginaire, un décor. Dans mon cas c'est souvent le
jardin dans lequel j'ai vécu étant enfant, mais transformé :
l'herbe est plus drue, les arbres ont une autre forme, parfois
il y a de très grandes fleurs...
La première fois que je suis passé intentionnellement en état
d'hypnose, j'ai eu affaire à deux "gardiens", un peu comme ces
monstres que le héros des histoires fantastiques doit affronter
pour arriver à l'endroit qu'il recherche (la série des Thorgal,
par exemple). Le deuxième "gardien" a été le plus effrayant :
j'ai "vu" quelqu'un entrer dans ma chambre et me mettre un
sachet en plastique sur ma tête pour m'étouffer. C'est en gardant mon
calme, en me disant que c'était faux et en
"continuant ma route" que je suis arrivé dans le jardin.
Ce qui se passe en hypnose ressemble à un rêve. On se promène
dans un décors changeant. On rencontre des choses que l'on
connaît, on peut voir de très beaux paysages. On peut voler
au-dessus d'une forêt d'automne éclairée par le soleil
couchant. (La série Olivier Rameau et Colombe Tiredaile en est
la meilleure visualisation que je connaisse.) Parfois les
objets sont très bien reproduits, avec une quantité incroyable
de détails, de textures, de parfums... Je me souviens d'un
tableau au-dessus d'une cheminée : les méandres d'une
rivières sous le couvert d'une foret tropicale, à l'aube ou au
crépuscule.
J'ai pu voir la scène en trois dimensions, comme si elle
était réelle dans le tableau et percevoir l'humidité et
la fraîcheur qui montent du sol. Parfois des parties du
décors sont un peu floues, comme si le "générateur d'images" du
cerveau se reposait.
Il ne faut pas vouloir décider ce qui se passe en hypnose. Il
faut se laisser aller. Un contrôle de se qui se passe est
possible, mais de façon feutrée. Toute volonté de
contrôler fermement le déroulement des choses amène un retour
instantané à la réalité, on est véritablement "éjecté". Si on a
envie qu'il se passe quelque chose, on peut y penser ; "penser
distraitement l'envie", et cela peut se "réaliser" un peu
après. Je me souviens avoir
voulu passer au travers d'une vitre comme un fantôme et
finalement avoir rebondit après m'être un peu
écrasé contre elle, parce qu'au
dernier moment j'ai eu peur que cela ne fonctionne pas.
L'état d'hypnose présente plusieurs intérêts pour moi :
Un beau voyage.
La possibilité de voir les images que mon cerveau a
mémorisées au cours de ma vie et les symboles qu'il utilise.
C'est un peu comme une visite de musée.
Une sensation de détente et de bien-être après.
La possibilité de finaliser un processus de guérison.
Prenons par exemple le cas d'une culpabilité. J'ai fait quelque
chose de mal, que je regrette. J'ai eu le temps d'analyser mon
erreur et de bien décider que cela ne se reproduirait plus.
Pourtant je continue à souffrir de la culpabilité. C'est en
étant en état d'hypnose que cette culpabilité va éclater comme
une bulle. Je vais "pleurer" un bon coup et ensuite j'en serai
définitivement débarrassé. De ce point de vue, l'état d'hypnose
est un peu comme une voiture à l'arrêt dont on ouvre le capot
pour régler de l'intérieur ce qui ne va pas.
Les sources que j'ai pu consulter tendent à montrer que
l'hypnose est un vaste domaine, avec des états différents et
des degrés plus ou moins avancés d'hypnose. Mon expérience
personnelle se limite à ce que je raconte ici.
L'hypnose est utilisée dans divers domaines :
L'anesthésie. Une fois le patient en état d'hypnose, dans
son monde intérieur, il ne perçoit plus ce qui se passe autour
de lui et ce qui arrive à son corps. Il peut donc être opéré
sans utiliser d'anesthésie générale. Les résultats de cette
méthode sont très importants : le patient est en bien meilleure
forme après l'opération et guérit mieux. J'ai pu expérimenter
la chose : je m'étais une fois mis dans une position très
confortable pour "passer", mais au "retour" un de mes bras me
faisait un mal de chien. Je l'avais plié d'une façon où il
devait forcément développer une crampe. Cette crampe était là
depuis longtemps, mais je n'avais rien senti du tout. Ce n'est
qu'au "retour" que j'ai poussé un "Haw !" douloureux.
La psychothérapie. Les possibilités de guérison intérieure
que permet l'état d'hypnose sont un outil extraordinaire.
Peurs, phobies, angoisses, tics, complexes, réactions somatiques...
peuvent être définitivement résolus grâce à des passages sous
hypnose. Il faut que le thérapeute et le patient abordent les
problèmes d'abord en état d'éveil. Des passages en état d'hypnose
permettront ensuite de finaliser certaines choses. Parfois il n'est
même pas
nécessaire de plonger jusqu'à l'hypnose. Il suffit de demander
au patient de fermer les yeux quelques instants, de respirer calmement
et de visualiser ce qu'il voudrait.
L'enseignement. Prenons par exemple un élève qui bute sans
arrêt sur la même erreur. Mettons qu'il prononce "spychologie"
au lieu de "psychologie". Il sait qu'il doit prononcer
"psychologie", mais quand le mot vient dans la conversation il
dit systématiquement "spychologie". Cette mauvaise
prononciation est "câblée" dans son cerveau. Un passage sous
hypnose peut permettre rapidement le "recâblage" adéquat : du
jour au lendemain il se mettra à prononcer "psychologie"
parfaitement, sans effort.
La police. Parfois une personne n'arrive plus à retrouver
un souvenir (un visage, un renseignement...). La mettre en état
d'hypnose lui permet d'avoir accès au "contenu" de son cerveau,
"de l'intérieur".
Il existe plusieurs "états" possibles du cerveau. l'hypnose
est l'un d'entre eux. On appelle ces états des "transes".
Quelques exemples de transes :
Un danseur est
totalement parti dans ses mouvements.
Un état d'intense méditation.
La fureur ou le "mode de combat" d'un guerrier.
Toute personne
change un peu d'état d'esprit
tout au long de la journée mais on ne parle de transe
que quand il s'agit d'un état vraiment différent, avec des
propriétés caractéristiques. Chaque transe implique une
perception différente des choses. Par exemple la méditation
implique un isolement par rapport au monde réel présent tout en
amenant un travail approfondit, à la fois intuitif et logique,
sur les souvenirs du monde
réel. Le "mode de combat" implique un oubli de la douleur et
des souvenirs mais une perception aiguë et accélérée du monde réel.
L'hypnose implique un isolement total par rapport
au monde réel et une déambulation dans un monde intérieur aux allures
imaginaires.
Chaque transe a sa motivation et ses rites.
Pour me mettre dans la transe appropriée quand je dois faire un
long travail répétitif, par exemple, je me mets à siffloter
n'importe quoi.
Un ami me recommande une importante source de renseignements sur
l'hypnose : les livres écrits par Carlos Castaneda. Cet auteur a été
initié par un shaman indien d'Amazonie. Il décrit tout un
apprentissage. Au début, il faut se contenter de se dire, avant d'aller
dormir, que l'on voudrait se souvenir de ses rêves au réveil. Ensuite,
au fil du temps, il faut souhaiter pouvoir se déplacer à volonté dans
ses rêves, voir ses mains, voir son corps, pouvoir saisir des objets...
On finit paraît-il par être capable d'aller dans la chambre où l'on est
en train de dormir et de se voir en train de dormir.
J'ai pu aller dans un univers hypnotique un peu différent. Il n'y avait
aucun décors, pas même de notion de dimension. J'étais dans le noir
complet. Mais les idées, les concepts, étaient très présents. J'ai pu
traiter des problèmes ardus avec une grande facilité et obtenir des
réponses claires. J'ai fait cela en buvant une grande quantité de café
avant d'aller dormir. L'intuition de procéder ainsi m'est venue après
avoir lu la bande dessinée "âromm" de Pellejero et Zentner (Casterman).
Ce qui s'est passé lors de cet état d'hypnose ne ressemblait pas à ce
qui est raconté dans la bande dessinée, sauf sur un point : le fait
d'obtenir des réponses.
Les sorciers africains disent circuler la nuit. Ils se réunissent,
commettent des actes de magie, se battent... Après avoir lu le récit de
ces nuits de sorciers, il me semble tout à fait qu'ils sont en état
d'hypnose. Ces sorciers sont en réalité en train de dormir. S'ils
arrivent à faire des choses ensemble dans ce monde hypnotique, c'est
sans doute parce qu'ils partagent la même culture ou parce qu'ils en
parlent entre eux avant d'aller dormir. La suggestion et
l'auto-persuasion font le reste. Le monde hypnotique dans lequel ils
évoluent a comme décor leur village et ses alentours. Ils ont
conscience d'évoluer dans un monde parallèle calqué sur le monde réel.
Ce qu'ils y font a des répercussions dans le monde réel.
Réciproquement, les villageois n'hésitent pas à placer des pièges, un
peu comme des tapettes à souris, pour blesser les sorciers qui se
permettraient d'entrer chez eux. Ce petit univers de sorcellerie peut
sembler amusant raconté ainsi. Le problème, c'est que les africains
prennent cela au sérieux. Par exemple pour eux toutes les maladies ou
autres inconvénients sont la conséquence des actes, batailles ou
transactions que les sorciers font la nuit. La maladie d'une personne
est due au fait qu'un sorcier est venu prendre son énergie la nuit, par
un acte de vampirisme. Il s'ensuit des terreurs, des prises de pouvoir,
des dépenses d'argent et de temps énormes... pour quelque chose qui en
réalité n'existe pas. Les vraies causes des problèmes sont négligées.
Dans ces histoires de sorciers africains j'ai pu reconnaître une
anecdote qui m'est arrivée : un jeune garçon malade depuis longtemps
mais dont les médecins ne comprennent pas la maladie. D'après les tests
médicaux il est en parfaite santé. Conseillée par un médecin, sa mère
demande l'aide d'un sorcier. Le garçon passe une nuit chez ce sorcier.
Le lendemain il se sent beaucoup mieux, presque guéri. Officiellement
parce que le sorcier s'est battu pour lui toute la nuit, contre les
sorciers qui avaient pris son énergie. Une amie avait de gros problème
avec un voisin. Elle était au bout du rouleau. Elle est venue dormir
chez moi et le lendemain elle avait retrouvé toute sa vivacité. Je n'ai
pas le moindre souvenir d'avoir posé de quelconques actes hypnotiques
cette nuit là. Mais ceci montre que l'univers de la sorcellerie colle
en apparence à des faits concrets que l'on peut rencontrer. Cela montre
aussi que la maladie peut parfois être due davantage à des problèmes
sociaux qu'à un véritable microbe.
Dans ce texte plusieurs utilisations de l'hypnose ont été citées. Etre
en transe hypnotique permet de débloquer des traumatismes dans le
cerveau ou d'aborder certains problèmes avec plus d'intelligence sous
la main. Mais il me semble que l'hypnose à une importance plus
fondamentale pour les êtres humains. Au fil de sa vie un humain connaît
plusieurs mutations et évolutions. J'ai un peu l'impression que
certaines
transformations ou éclosions dans le cerveau ne peuvent se faire que
lors de passages sous hypnose. Ce serait une explication du fait que
l'on retrouve aussi souvent l'hypnose dans les rites initiatiques ou
shamaniques. Mon expérience personnelle de la question est qu'après des
passages sous hypnose je me suis découvert plus de souplesse d'esprit,
plus de facilité à traiter certains problèmes, un plus grand confort
intellectuel. Mais à aucun moment lors de ces moments d'hypnose je n'ai
eu conscience d'être confronté à la question ou de pousser un
quelconque interrupteur. En tout cas je n'en ai pas de souvenir. Il me
semble aussi qu'on y gagne en maturité. On aborde le Monde sous un
angle plus serein et responsable. Cet élément-là me semble très
important. Le Monde Occidental est en partie basé sur le maintien des
gens en enfance. La Consommation à outrance est un réflexe infantile.
Ce n'est pas Freud qui me contredirait. Un certain nombre de choix
politiques me semblent également faits par des gens infantiles ; imbus
d'eux-mêmes et peureux. Je n'ai pas l'impression qu'actuellement cela
soit voulu ou organisé par quiconque. Les gens immatures auront
tendance à empêcher les autres de devenir matures, certes. Mais il n'y
a pas quelque part sur la Planète un groupe de personnes ricanantes en
train de se frotter les mains. Par contre je crois que dans le passé
cela a été organisé, par exemple par certaines églises. Elles
détournent à leur profit les connaissances dont elles disposent.
L'enseignement que j'ai reçu à l'école me semble conçu de cette façon.
Il me semble
maintenent que cet enseignement est un traitement conçu pour
empêcher l'hypnose chez les enfants. Durant toute mon enfance je me
suis demandé à quoi pouvaient bien servir ces bon dieu de cours
interminables dont les élèves ne retiennent quasiment rien. L'Ecole est
une chose très importante. Elle fait la différence entre un paisible
pays riche et un pays pauvre en guerre. Mais si on se limitait à la
partie utile de l'école cela ne prendrait pas plus de quelques
passionnantes heures par semaine. Si on prend l'école comme moyen de
contrôle des esprits, alors tout ce que j'ai observé et subi me semble
prendre un sens. Les mauvaises églises permettaient l'hypnose, mais de
façon
très contrôlée. Elles endoctrinaient d'abord les personnes avec leurs
symboles et leur système de valeurs. Ensuite seulement elles
permettaient un peu d'hypnose.
Ainsi elles obtiennent des individus qui ont un certain degré de
maturité
et de responsabilité, mais entièrement dévoués à l'église, prêts à
soutenir les thèse les plus aberrantes avec une grande conviction. Ce
système a été cassé et c'est ce qui a permis l'essor de la Modernité et
des Droits de l'Homme. Mais il serait malvenu de jeter le Petit Jésus
avec l'eau du bain. L'hypnose n'est pas une technique de sectes mais
c'est un
outil important qui peut être détourné par les sectes. La
meilleure parade, c'est d'apprendre l'hypnose à tout le monde. Séance
chez l'hypnotiseur-shaman remboursée par la Sécurité Sociale. Libre
Choix de ses pensées et préoccupations, sur base de catalogues dodus et
pluralistes. Ainsi chacun pourra se développer dans toute la nature que
Dieu lui a conféré (si les athées me pardonnent le bref usage
strictement littéraire de ce symbole) et non dans les restrictions
planifiées par une secte ou un gouvernement immature.
Il existe des pratiques violentes en hypnose. La façon d'entrer en
transe consiste parfois à pousser le cerveau dans ces derniers
retranchements, à le faire dérailler : par la douleur, les privations
et l'épuisement. Par exemple chez les indiens d'Amerique du Nord on
s'inflige des douleurs atroces, on se prive de nourriture pendant des
jours ou on s'isole pendant des semaines. Sans parler de la
consommation de substances diverses. Dans certaines tribus africaines
on frotte du piment dans les yeux des candidats initiés. Des
scientifiques suggèrent que s'il y a eu autant de grands initiés au
Proche Orient et au Tibet, c'est parce que les conditions de vie y sont
extrêmes : insolation, déshydratation, manque d'oxygène... La Nature
vous impose l'initiation malgré vous. Je ne suis pas expert mais mon
avis est que tout cela est inutile, dangereux et sous-productif. Ce qui
est essentiel en hypnose, c'est d'avoir compris de quoi il s'agit et
d'être d'accord. Alors il suffit de s'y laisser glisser, en tout
confort. C'est l'idéal. Les tortures que l'on s'inflige dans les tribus
servent en quelque sorte à obtenir cet accord du cerveau, par
démission. Ce n'est pas très responsable et souvent les gens prennent
ce qui s'est alors passé sous hypnose trop au sérieux. Dans une bonne
pratique d'hypnose il peut y avoir un peu de travail, surtout au début.
Si une personne est trop nerveuse il faut prendre le temps de la
fatiguer un peu, en passant quelques heures avec elle. Il ne faut pas
avoir mangé trop lourd. Un peu de lecture, de recueillement ou de
méditation peuvent être indiqués. Si vous n'arrivez pas à entrer en
hypnose, demandez l'assistance d'un professionnel : psychologue ou
psychiatre. A la rigueur un père abbé amoureux des Droits de l'Homme ou
un moine tibétain reconnu par les autorités du Tibet Libre. N'allez pas
trouver un quelconque gourou qui irait vous imposer une pratique
violente ou abuserait de vous. Vous risquez de vous retrouver
avec une hépatite, des problèmes rénaux ou un quelconque handicap. Un
exemple d'abus moins graves mais qui représentent tout de même une
sérieuse
perte de temps : les personnes qui prétendent vous mettre en
hypnose simplement en vous faisant pratiquer par exemple le yoga. Il
est évident que le yoga est un bon outil pour faciliter l'hypnose. Il
est tout indiqué pour beaucoup de personnes. Mais le yoga en soi ne
fait pas l'hypnose. Vous pouvez passer des années à faire du yoga alors
qu'un psychologue formé vous mettrait en était d'hypnose en moins d'un
quart d'heure.
Si Salvadore Dali a peint des oeuvres aussi
extraordinaires, c'est peut-être parce qu'il passait du temps sous
hypnose.
L'hypnose produit des symboles. Réciproquement, les symboles ne peuvent
être vraiment assimilés que sous hypnose. Il faudrait se mettre en
hypnose après avoir contemplé une oeuvre de Dali. Ainsi un transfert
s'opère de l'hypnose de Dali à la vôtre. Dans les viles comme Rome ou
Jérusalem les hôpitaux sont habitués à recevoir des touristes
complètement hébétés, mis dans un état second par ce qu'ils ont vu. (Il
est bien dommage que les responsables israéliens et palestiniens soient
hermétiques à cela. La paix serait signée depuis longtemps.) Un de mes
amis s'est vivement intéressé aux symboles et aux choses de la foi.
Mais il en a fait un usage plat et idiot. Il est devenu intégriste,
autoritaire... Il était envahi par les symboles mais ne les a jamais
assimilés. La clé de son problème est peut-être qu'il n'a jamais réussi
à passer en hypnose. Il ne savait pas que c'est nécessaire. S'il
l'avait su, je crois qu'il y serait arrivé. Au fil du temps il est
devenu asocial, aliéné à la vie. Vivre était une souffrance pour lui.
La suggestion
La suggestion est la possibilité qu'a une personne de
prendre
le contrôle du cerveau d'une autre personne. Par exemple si je
dis à une personne avec autorité et insistance que sa main est
très froide, elle finira par réellement avoir l'impression que
sa main est glacée.
Les possibilités de la suggestion sont très importantes : on
peut rendre des parties du corps d'une personne insensibles à
la douleur, on peut amener une personne à développer des
maladies somatiques, on peut lui faire faire des choses
spéciales comme commettre un vol, on peut la mettre dans un
certain état d'esprit, on peut changer l'image qu'elle a
d'elle-même... On "endort", "masque" ou "déconnecte" une partie
du cerveau de la personne (son esprit critique, son centre de
la douleur, ses souvenirs...) et on prend le contrôle d'autres
parties. La personne devient une marionnette dont on tire une
ou plusieurs ficelles. Il y a moyen "d'attacher une ficelle" à
presque toutes les différentes parties du cerveau d'une
personne : perception de température, vision, ouïe, décisions,
état d'esprit, métabolisme, souvenirs... Les cas les plus
spectaculaires seraient des personnes qui développent carrément
des blessures par suggestion (?). Des brûlures au deuxième
degré, par exemple, alors que rien ni personne n'a approché la
zone "brûlée". (Je ne crois pas que la personne se soit
réellement "brûlée elle-même de l'intérieur", je crois plutôt
que son organisme a mis en route les mécanismes de réaction à
une brûlure, suite à un ordre du cerveau déclenché par
suggestion. Tout le processus de guérison d'une brûlure va donc
se dérouler, même s'il n'y pas réellement de brûlure.)
La suggestion n'est pas nécessairement un acte violent. On
peut aussi prendre le contrôle du cerveau d'une personne "en
collaboration" avec elle. Cela peut être un acte d'amour. C'est
souvent ce qu'un parent fait vis-à-vis d'un jeune enfant. (Un
parent qui recoure à la violence, à la contrainte, parce qu'il
n'arrive pas à utiliser la suggestion est un parent en échec :
un parent qui ne comprend pas les besoins de son enfant, qui
n'arrive pas à communiquer avec lui. Les résultats de la
violence sont très mauvais.)
La suggestion peut être directe ou détournée. On peut
explicitement formuler ce que doit faire le cerveau de la
personne, comme dans l'exemple de la main froide ci-dessus. On
peut aussi y aller par la bande : souffler des choses à la
personne pour amener son comportement dans une certaine
direction. Par exemple un employé habile peut amener son patron
à avoir une bonne idée en lui donnant quelques renseignements
bien ciblés. Le patron est convaincu que l'idée vient de lui,
en réalité elle est strictement l'oeuvre de son employé, qui de
surcroît a su implanter dans le cerveau du patron les pensées
adéquates pour que cette idée en découle automatiquement. Il
existe toute une panoplie de méthodes de suggestion, une
véritable boîte à outils...
La suggestion peut aussi provenir d'une image, d'un objet. La
publicité et la propagande sont basés la-dessus. C'est pour
cela aussi que les personnes qui pratiquent la méditation
attachent une grande importance à l'objet ou à l'image qui leur
sert de support de méditation. Une image pieuse, un arbre, le
reflet d'une bougie dans l'eau, un mandala, de la musique...
ces objets amèneront des pensées et des émotions différentes.
Il est par exemple comique de voir une personne qui médite vous
dire que tel objet est "vide" (il ne suscite aucune pensée) ou
qu'un autre est "mauvais" (il suscite des pensées négatives).
Un artiste est une personne capable de fabriquer des objets ou
des images "riches" (qui amènent beaucoup de pensées, des
pensées très élevées, profondes ou des pensées très belles).
Les messes, les meetings politiques, les manifestations, les
concerts, sont autant de "séances de suggestion collective".
Si la suggestion est à priori un acte d'une personne (ou d'un
objet) vers une autre personne, il est également possible de se
suggérer des choses à soi-même. C'est l'autosuggestion. Si l'on
se répète avec insistance "il fait chaud", on finira par avoir
réellement l'impression qu'il fait chaud. Une partie du cerveau
prend le contrôle d'une autre partie du cerveau, d'une façon
qui a priori n'était pas prévue par la Nature. Notre cerveau
peut même pratiquer l'autosuggestion sans s'en rendre compte.
Une personne qui sait qu'elle ne peut pas faire une chose peut
en quelques heures ou quelques jours se convaincre
inconsciemment qu'elle peut quand-même. C'est l'autosuggestion
inconsciente.
La suggestion est le moyen de la manipulation, à bon escient
ou à mauvais escient.
Les suggestions les plus nobles sont celles qui font jaillir
notre richesse intérieure, qui nous amènent à créer ou mettre
en route de nouvelles choses. (Que pensez-vous de cette
suggestion ?)
Hypnose et suggestion
On fait souvent un amalgame entre l'hypnose et la
suggestion.
Ce sont en réalité deux choses qui n'ont rien a voir entre
elles, comme vous avez pu vous en rendre compte au travers des
deux chapitres précédents. L'hypnose est un état du cerveau
alors que la suggestion est le fait de prendre le contrôle d'un
cerveau.
Le seul rapport entre les deux est que l'état d'hypnose peut
être amené par suggestion. Amener une personne en état
d'hypnose fait partie des très nombreuses choses qui peuvent
être faites par suggestion... C'est le rôle de l'hypnotiseur.
Il prend le contrôle du cerveau de l'hypnotisé pour l'amener en
état d'hypnose.
Il est également possible, toujours par suggestion, d'avoir un
certain contrôle sur le monde intérieur que parcours la
personne en état d'hypnose. C'est ce que va mettre à profit un
psychothérapeute pour amener son patient à aborder concrètement
le problème qu'il veut résoudre, une fois qu'il est en état
d'hypnose.
Le fait qu'en état d'hypnose le cerveau d'une personne soit "à
nu", qu'il y ait moyen d'y faire des changements en profondeur,
le fait qu'il y ait moyen de contrôler l'hypnose d'une
personne par suggestion, cela constitue évidemment un cocktail
explosif. D'une façon générale, il ne faut accepter les
suggestions que des personnes en qui on peut avoir confiance.
Alors quand il s'agit d'hypnose... Il y a eu des cas de
personnes ayant eu de sérieux problèmes à cause d'un
hypnotiseur malintentionné ou gaffeur.
La déontologie de l'hypnotiseur moderne lui interdit tout
autoritarisme vis à vis de son sujet. Son rôle doit se limiter
à "proposer des suggestions".