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Le coup de pied au cul






Le coup de pied au cul est une base de la société humaine. Quand un employé a la flemme de faire un travail, il suffit que son patron approche pour que l'employé saute sur son ouvrage. Tout est dans l'attitude. Le patron dit juste une phrase sur un ton à peine plus ferme que d'habitude. Sa main fait une ébauche de geste énervé. Le patron exprime que la vue de l'employé inactif lui cause une décharge d'adrénaline dans le sang. Par le son et la gestuelle, cette décharge est transmise à l'employé. Sa propre glande lui assène une dose d'adrénaline qui le met au travail. L'adrénaline donne le moyen et le besoin à l'ouvrier de travailler. Il a reçu un coup de pied au cul. Le coup de pied au cul est le Verbe. Il sert aussi à mettre de l'ordre. Quand vous avez plusieurs possibilités et que vous ne savez pas laquelle choisir, cela peut vous rendre apathique. Vous êtes dans l'indécision. Un ami qui passe peut vous donner un coup de pied au cul. C'est comme des vidanges de lait dans un casier. Si vous donnez un coup de pied dedans il y aura toujours une bouteille qui sautera plus haut que les autres. L'ami vous fait choisir une des options. Peu importe que ce soit la meilleure du moment que c'est une bonne. Votre ami crée l'Ordre hors du Chaos. Un ami, c'est important. Il doit avoir de la mémoire, il se doit de bien vous connaître. Cela lui permet de vous donner les bons coups de pied au cul, aux bons moments. Ca, c'est l'Amour. Un véritable ami ne vous en tient pourtant pas rigueur si vous ne tenez pas compte de son coup de pied au cul. Pour cela il n'a aucune mémoire. C'est le Pardon. Dieu est un Coup de Pied au Cul qui fume des Havanes.

Je discutais par mail avec un ami. Nous parlions d'un jeune adolescent dont je m'occupe. Je lui expliquais combien cet adolescent est rétif à s'intéresser aux choses nobles de l'intelligence et de la réflexion. Il me répond : "Un truc qui marche bien, c'est le coup de pied au cul...". Il a raison bien sûr. Pourtant je sens que cela m'énerve. Le problème, c'est que nous vivons dans une société humainement très arriérée. Nous avons l'Ecole, Internet, la Télévision et la Voiture mais nous avons peu d'éducation et de maturité. Nous dénaturons chaque chose qui nous est donnée, nous la poussons à l'extrême de ses mauvais usages. Combien de fois n'ai-je pas vu le coup de pied au cul utilisé à des fins de domination ? Il devient le recours du lâche sur le faible. Des parents utilisent la connaissance qu'ils ont de leurs enfants pour les faire souffrir. Les démons des parents se nourrissent de la souffrance des enfants. Leurs peurs et leur rêves ne sont assouvis que si l'enfant a souffert. Le coup de pied au cul n'a plus de rapport avec ce que l'enfant a fait ou devrait faire. Il est tourné en instrument de vide et de terreur. Pris d'un accès de mauvaise foi je réponds à mon ami que les méthodes dures cela ne donne pas de résultats. La torture, cela détruit les individus et les sociétés et cela ne fait même pas plier les fortes têtes. Il me répond à son tour le paragraphe suivant :

Je me suis, comme d'habitude:-), mal exprimé. Voici un exemple de ce que je voulais dire, valable pour enfant ou adulte : prenons le cas des intoxiqués au café ou à la cigarette - donc banal, et l'intoxication, quoique l'on puisse en penser, n'est pas la même qu'avec des trucs durs. Pour un adolescent courant (= malheureusement très bête) qui demande des sous pour des cigarettes, ce que j'appelle le coup de pied au cul = chaque fois que tu fumes, ton argent de poche sera diminué - bien entendu à ne faire que si l'on est sur qu'il ne va pas voler pour fumer - le contrôle cigarette est facile par l'odeur - l'autre contrôle plus difficile. Au début, il va râler ...puis, ne pouvant plus acheter d'autres conneries, il va "choisir" - et le plus souvent, je crois, il préférera recevoir de l'argent de poche pour des conneries (jeux vidéos abrutissants etc...) que d'avoir beaucoup moins pour le faire partir en fumée:-) Je me rends compte que je m'exprime de nouveau très mal:-)

Je continue sur ma mauvaise foi et lui répond ceci :

Oui. Mais j'en ai une autre lecture. Tout individu est socialement dépendant, que ce soit au sein de sa famille ou de son entreprise. L'approbation sociale qu'il reçoit peut passer par divers média : le fait qu'on lui adresse la parole, le fait qu'on l'écoute, le fait qu'on le caresse, le grade qu'on lui donne, le montant de l'argent qu'on lui donne, le fait qu'on ne le frappe pas... La manifestation de ces divers critères d'approbation va lui libérer de la sérotonine dans le cerveau. Les familles occidentales sont aliénées au point que l'argent de poche devient le seul moyen de dialogue affectif. C'est dans ce cadre que cela fonctionnera. Raconte-ça à un Homo Sapiens, il va se demander dans quel monde tu vis. Lui aussi exerce des pressions sur ses enfants et même beaucoup plus fortes, mais par de la vraie tendresse.

Dans notre monde on a introduit les enjeux de la vie professionnelle dans la vie de famille. Les enfants doivent réussir à l'école comme les parents doivent réussir au travail, parce que la société est folle de terreur à l'idée que les enfants ne deviennent pas des travailleurs "productifs". Je ne demande pas que les enfants retournent se faire silicoser les poumons dans les mines mais est-ce que la situation d'antant où les enfants avaient un vrai métier mais recevaient de la vraie affection à la maison n'était pas plus saine ? Enfin, dans les quelques familles où les enfants recevaient de l'affection...

Quelle que soit la méthode utilisée, tu restes tenu de n'exercer des pression sur l'enfant que pour des choses justifiées. S'il voit à la télé les pubs anti-tabac qui montrent des artères de fumeur que l'on presse pour en sortir la plaque sous forme d'un épais liquide jaune, il comprendra que ses parents lui sucrent son argent de poche pour une raison qui le dérange mais qui est légitime. Il acceptera, au minimum il ne mettra pas en doute ses parents. Un enfant peut comprendre que ses parents prennent une décision qu'il n'est pas capable de prendre lui-même et les aimer particulièrement pour cela. Par contre si tu dis à un enfant qu'il pourra utiliser son ordinateur au prorata de ses meilleures notes à l'école alors qu'il ramène déjà des notes correctes, là tu contribues à perdre ton statut de parent. Cela se parachèvera si plus tard l'enfant tire ses revenus et son statut social de l'informatique.

Certains enfants font le nécessaire pour se faire punir parce que c'est la seule façon pour eux de sentir qu'on tient à eux, qu'ils comptent quelque part. Il n'y a plus d'autre moyen d'expression affectif dans la famille. A l'inverse certains parents cassent le rapport affectif en humiliant l'enfant. Ils le punissent d'une façon qui implique qu'ils n'ont pas d'affection pour lui, qu'ils ont leurs propres objectifs et que l'enfant n'a qu'à suivre. Là c'est l'aliénation. Dans le même esprit certains parents ne touchent jamais physiquement leurs enfants, pour ne pas devoir sentir les vrais besoins et l'identité de leurs enfants.

Un élément est quand un enfant utilise son argent de poche à des fins sociales : sortir avec les copains. Dans certaines familles on achète une position sociale élevée aux enfants simplement en leur donnant beaucoup d'argent de poche. Cela leur permet de sortir avec des copains plus friqués... Si tu baisses son argent de poche à un adolescent qui est dans ce schéma tu vas exercer une pression très forte sur lui, parce que ses copains c'est son monde. Mais les effets pervers sont innombrables. Il n'y a pas que le risque de vol. Des filles se prostituent pour continuer à pouvoir sortir avec la bande de copains. Des gamins deviennent petits dealers. Une variante du vol qui mérite d'être citée est le racket. Cela va jusqu'à la bande organisée, qui devient alors en soi le moteur de la vie sociale de l'enfant. Un adolescent sent parfaitement les enjeux de sa vie sociale avec ses copains. Si tu lui sabotes ça, tu lui expliques schémas à l'appui que tu es une planche pourrie.

Plus simplement, il n'est pas forcément bon de punir un enfant quand il a surtout besoin de témoignages d'affection : un câlin pour déstresser, un écoute, trouver une solution technique comme un professeur particulier, lui apprendre à faire ce qu'il n'arrive pas à faire... Si tu te contentes de gueuler/punir pour le forcer à travailler pour l'école, donc que tu augmentes encore son stress et ses blocages... A ce sujet n'oublions pas que la cigarette est un déstressant, un médicament pour adolescents perdus. Si en plus de l'engueuler tu lui sucres sa cigarette ou exerce des pressions en ce sens... On vit dans un monde de malades et j'en vois des indices tous les jours.

Pour moi une caractérisation du problème des adolescents aujourd'hui est que leurs parents ont un âge mental de 4 à 6 ans. Ils vivent dans le monde des trahisons et des représailles. Quand je vois certains parents punir, je vois un môme infect de 6 ans qui gueule et qui détruirait le Monde entier s'il le pouvait. Une bonne recommandation pour les pères est de porter leurs enfants dès la naissance. Parce que cela établit un rapport de confiance. Un enfant se sent en sécurité quand il est correctement porté par un adulte et il identifié cet adulte. Un enfant qui a été correctement porté, même à 60 ans il ira s'asseoir à côté de son vieux père de 80 ans quand ça va mal. Ce rapport de confiance, il se complique quand l'enfant grandit. Il ne faut plus seulement le porter par les bras, il faut le porter par la raison, la compréhension, etc, etc... Il faut mériter la confiance au jour le jour. Cela ne veut pas dire que tu dois être superman. Tu as le droit de démissionner et tu es même tenu de le faire. Mais il y a la façon. Un parent qui reconnaît ses limites et continue à faire ce qu'il peut n'a rien à craindre. Si tu t'occupes comme cela d'un enfant, suivant une courbe descendante de ton autorité et de ta valeur d'enseignement, l'enfant de son côté prend le relais au fur et à mesure. Les choses se passent bien, les problèmes de la vie ne détruisent pas. J'ai beaucoup entendu des parents et des ex-enfants m'expliquer qu'il est normal que la folie meurtrière règne dans une famille, que c'est ça une famille. J'ai aussi eu la possibilité de voir des familles où ce n'est pas le cas, des familles où les parents sont plus ou moins adultes. De par le Monde on inflige nombre d'horreurs aux enfants : excision, incorporation dans l'armée, section de membres, écoles parking, malnutrition, privation sensorielle, tout ce que tu veux. Mais "La Petite Maison dans la Prairie", ça existe aussi.

Un cas intéressant est quand un parent est dangereux et pas l'autre. Je connais deux familles qui en sont une bonne illustration. Dans les deux cas la mère est une catho démente. Leurs besoins sexuels n'ont jamais été assouvis et elles ont sombré dans l'alternative qui leur était offerte : la bigoterie agressive et souriante. C'est une sorte de cercle vicieux spécialement démoniaque. Dans un cas le père a laissé faire. Les enfants sont tous plus ou moins malades mentaux, un s'est même suicidé. Dans l'autre cas le père a mis des limites à la mère et s'est bien occupé des enfants. Enfant heureux de vivre et réussite sociale exemplaire... J'ai bien connu un des enfants de la deuxième famille, tu lui aurais parlé de diminution d'argent poche ou de "représailles" quelconques, il aurait rigolé. Il n'imaginerait pas son père faire ça. Il n'imagine pas non plus que son père interdise une chose sans qu'il y ait une bonne raison. Tout en sachant parfaitement que son père peut se tromper. Auquel cas il est assuré de trouver une oreille objective... il a confiance. Et il a cette confiance avec lui partout où il va.

La réponse de mon ami fut qu'il est absolument de mon avis et que je devrais publier ce texte. Cet ami est désarmant. Il répond à ma mauvaise foi par des louanges. Quelque part il a remporté la conversation. Bah, là où il y a de l'amour il n'y a que des vainqueurs. Là où il n'y a pas d'amour il n'y a que des vaincus.




Eric Brasseur
15 juillet 2004