Comment est-ce possible ?
Un site d'émission de chaines de radio FM a été placé presque au milieu
de la Ville de Liège. J'ai constaté que cela a des conséquences graves
et facilement observables pour la santé des habitants. Pourtant, en
près de deux ans, je ne suis pas arrivé à obtenir que les autorités
fassent par exemple simplement une vérification de mes observations.
Il est naturel et souhaitable que l'on doute de ce que je prétends.
Mais que l'on ne prenne pas la peine de vérifier, alors que je donne
des explications techniques et précises... Le problème n'est pas que
l'on ne me croit pas. Beaucoup de personnes
estiment très possible que j'aie raison. Je n'ai rencontré personne qui
semble sincèrement convaincu que j'aie tort.
Il y a plusieurs questions :
- Comment peut-on en arriver à installer pareille abomination au
milieu d'une ville ?
- Pourquoi faut-il attendre qu'un clochard qui a un fer à souder se
pose des questions pour que le problème soit relevé ?
- Pourquoi ne fait-on rien quand la personne signale le problème ?
On n'essaye
même pas de vérifier alors qu'il y a en jeu une somme hallucinante de
souffrances
inutiles pour la population ?
La population est exposée à une force de champ équivalent à la tension
d'une pile électrique. En soi, cela devrait faire se poser des
questions... J'en ai fait un pamphlet :
Un coup d'œil sur fmscan.org
montre qu'en Allemagne de l'Ouest il n'y a pas d'émetteurs à
l'intérieur des
villes. Ils se trouvent dans la campagne environnante, tout au plus ils
touchent une banlieue. C'est un peu la situation de l'antenne du Bol
d'Air. Elle a été construite quand le Sart-Tilman était virtuellement
inhabité. C'est par après, que l'on a développé la zone et installé les
bâtiments de l'université. Ces implantations "responsables" d'antennes
constituent
malgré tout une source de pollution inacceptable... mais il est clair
qu'il y a une volonté de bon sens. Pour les professionnels du domaine
comme un de mes amis, il a toujours été évident qu'on ne peut pas placer ça à côté d'êtres
humains.
D'après mon ami, le problème a commencé avec les radios pirates, qui
surfaient sur la vague de "libertés" propagée par la réélection de
François Mitterand. Leurs émetteurs étaient très faibles et ils
étaient nécessairement implantés à l'intérieur des villes. On a essayé
de réglementer, entre autres pour ne pas saturer l'allocation de bandes
de fréquences. Leur puissance a été limitée à 50 Watt. Autant qu'elles
le pouvaient, elles ont acheté du matériel plus puissant, en jouant au
chat et à la souris avec les organismes de contrôle. Ce n'était pas du
matériel professionnel mais des bricolages faits à la chaine par des
individus louches. Cela crachait beaucoup de parasites et
perturbait les autres chaines. Il fallait émettre toujours plus fort,
ne fut-ce que pour couvrir les parasites de la concurrence, tout en
émettant soi-même d'autant plus de parasites. Au fil du temps, les
radios
"pirates" sont devenues des radios "libres". Elles se sont
institutionalisées, en acceptant de la publicité, en rémunérant leurs
opérateurs et en particulier en servant de tribune à certains élus
locaux. Cela a abouti à des monstres comme l'émetteur de la Citadelle,
qui se trouve presque au centre de la ville et émet avec une puissance
de 10.000 Watt. Le matériel est semble-t-il toujours un bricolage, plus
ou moins standardisé. Si quelqu'un se plaint, on lui met la loi
sous le nez : "nous respectons les normes !" En réalité, cette
norme de 3 V/m ne pourrait concerner que des cas particuliers. Si un
ouvrier est brièvement exposé à 3 V/m au cours de sa journée de travail
et il en est informé, cela me semble acceptable. Mais exposer toute une
ville à cela ou même au dixième, en permanence...
J'ai entendu des interprétations de la situation qui sont manifestement
un peu allumées :
- On a placé ces émetteurs dans les villes pour assommer la
population. "Dominer les esclaves, écraser le bétail !"
- Ils se fichent bien de rendre les gens malades. Ils amassent du
pognon avec la publicité et le reste ça les fait rire.
On m'a expliqué que je risquais de disparaitre un jour ou simplement de
me faire abattre en rue. "Il ne faut pas déranger ces gens-là." Un ami
qui travaille à la Ville de Liège m'a donné des explications très
techniques sur le fait que mon combat était certes noble mais cela ne
sert à rien, pour survivre il faut se fondre dans la masse et ne
s'occuper que de ses affaires. Il a répété plusieurs fois "tu vas te
faire flinguer !"
Ces attitudes résignées voire désespérées font partie du problème. Il
est
possible que même des personnes officielles pensent ainsi et ne font
rien à cause de cela. Mais selon moi cela occulte un problème plus
profond. Croire que des esprits pervers organisent la situation, c'est
encore s'imaginer qu'il y a une forme d'intelligence derrière tout
cela. Une forme d'intelligence... qui aurait malgré tout certaines
limites dans ses exactions, ne fut-ce que pour préserver ses propres
intérêts. Cet espoir noir est encore une illusion. Il ne faut pas
chercher de la malice quand la bêtise suffit pour expliquer la
situation.
Avant de développer le sujet de la bêtise des liégeois, il faut
préciser que j'ai envoyé plusieurs lettres en Flandre. Là aussi, il y a
des émetteurs puissants au centre de grandes villes. Il n'y a pas eu de
suite, au delà de quelques accusés de réception... La pollution radio
absurde et inutile, est présente un peu partout dans le monde. Liège
n'est pas la tache noire de la planète à cet égard. Ce que j'ai observé
en Wallonie justifierait largement qu'une région voisine ait une
pulsion de répugnance pour se détacher de ce furoncle... mais je crois
que les protagonistes de la chose sont le premier foyer d'infection qui
menace la Flandre elle-même. Liège est ce que j'ai sous les yeux et que
je peux commenter plus en détails. Il appartient aux habitants des
autres villes, régions ou pays d'étudier comment ces problèmes se
déclinent chez eux.
C'est comme les trous dans l'emmenthal. Parfois, les trous sont isolés,
loin les uns des autres. Et parfois, les trous communiquent entre eux
et peuvent être la majorité du volume. Les trous, ce sont les gens
compétents. J'en ai rencontrés ! Il y a des personnes capables un peu
partout... Il y a par ci, par là, des étages entiers dans des
administrations, ou certaines petites entreprises, où on sait ce qu'on
fait. Mais il y en a trop peu. Elles empêchent le bazar de s'effondrer
encore plus bas mais elles ne peuvent pas s'organiser entre elles pour
développer une activité économique saine ou prendre en charge un
problème complexe comme la pollution radio.
J'ai contacté plusieurs sites internet wallons qui s'occupent de la
problématique de la pollution radio. Il n'y a pas de réaction... Au
mieux, je reçois une réponse qui répète les données sur les
antennes-relais GSM.
À l'université, de fil en aiguille j'ai rencontré plusieurs personnes
qui ont bien compris mon propos et qui n'ont rien accepté comme allant
de soi. J'ai dû répondre à un crible de questions bien structuré. Elles
me donnent à présent de l'aide. Mais ce ne sont que
quelques personnes éparses dans la masse. Quand j'ai contacté des
personnes spécifiques, la
probabilité que je tombe sur quelqu'un qui a réellement un
esprit universitaire, était faible. Il n'y en a eu aucune ; juste des
premiers de classe qui tournent en rond dans une
routine.
Le niveau des études à Liège est exécrable.
Le
contenu
des
cours
est
très
complet...
anormalement
exact et
exhaustif... mais essayez de trouver quelqu'un qui les comprend
réellement. Dans les entreprises, j'ai rencontré des ingénieurs en
électronique qui ont à peu près le niveau de compétence jouette que
j'avais à 13 ans. Il y a plusieurs entreprises qui font de
l'électronique de façon fiable à Liège mais elles se contentent
d'utiliser des schémas standards.
J'ai essayé de discuter de façon un
peu technique des ondes radio avec un jeune qui venait de terminer ses
études. Il a eu plusieurs cours qui avaient trait à
l'électromagnétisme, il a fait des labos, passé des examens... mais il
n'avait pas la moindre maitrise des notions élémentaires. C'est
quelqu'un d'intelligent et de bonne volonté mais on l'a arnaqué. On lui
a fait croire qu'on lui donnait une formation.
Plusieurs de mes amis
ont été à l'université et sont sur-compétents. Mais cette compétence
résulte toujours d'une démarche personnelle. L'université les a freinés
pour cela. Quand ils regardent des syllabus qui concernent les matières
où ils excellent, ils ont les cheveux qui se hérissent, d'indignation
et de répulsion. Ils peuvent parler de quelques professeurs et de
quelques assistants avec lesquels ils ont eu des échanges constructifs,
sans plus, sur plusieurs centaines de personnes.
Je crois qu'il y a toujours eu un problème à Liège, depuis au moins le
19ème siècle. L'exploitation capitaliste des ouvriers, l'assommoir de
la
religion, l'autoritarisme et les hiérarchies... Un ami historien
m'explique que vers 1920 déjà on voit que des
personnes installent une industrie mais se contentent de la
rentabiliser puis s'enfuient en laissant tout pourrir sur place. On m'a
raconté le suicide d'un jeune mathématicien brillant, dans les années
1960. L'examen d'un des
professeurs à l'université consistait à connaitre par cœur une sorte de
bottin téléphonique de formules. Il n' a jamais réussi à mémoriser le
bottin... Mais, il y a comme un effondrement supplémentaire quand le PS
prend le pouvoir dans les années '60. Pas n'importe quel PS
: une certaine fédération, qui a noyauté les lieux de pouvoir et a
éjecté autant les autres partis que les autres fédérations socialistes.
Cette fédération est menée par des personnes stupides mais ordonnées
dans les procédés, qui ont
détourné à leur profit la vague de prise de conscience sociale.
L'assassinat d'André Cools pourrait en être un aboutissement. Ces
personnes n'ont pas pour intention d'entrainer la ruine de la région...
mais elles sont stupides. Cela laisse les mains libres à des escrocs
pour manger le tissu économique. En particulier, cela instaure un
système où pour exister il faut être "sympathique" et non plus
"compétent". Il faut être un bon camarade... On force des entreprises
ou des administrations à prendre des "très bons camarades" parmi les
directeurs, parce qu'il est temps que tout le monde profite d'un gros
salaire.
L'intelligentia a fui la ville et se serait réfugiée à Huy. Leurs
subalternes prennent le relais mais ne disposent pas du niveau
d'éducation requis. Ils jouent à être des personnes responsables. Cela
donne un bourgeonnement continu d'associations, de syndicats, d'ASBL,
de services universitaires, d'entreprises et de groupes
d'investissement sans queue ni tête. On se drape dans les vêtements de
l'empereur, on acquiert un poids quelconque, on justifie des dépenses,
on attire des subsides et on torture les employés jusqu'à ce que chacun
ait appris à jouer son rôle dans la pièce... On paye très cher des
opérations maketing. On reconnait qu'il y a bien quelques problèmes par
ci, par là... ce qui est la preuve qu'on est des personnes
responsables ! Aucun journaliste n'oserait commencer à expliquer que
c'est un gigantesque décors de théâtre et une foutaise générale. Il
n'arriverait même pas à se faire comprendre.
On dirait, que ces subalternes auréolés ont développé une répulsion à
l'encontre de tout ce qui ressemble à leurs anciens maitres. On m'a
raconté quelques cas de chefs d'entreprises dont l'activité a été
explosée dans une sorte de vague de fièvre. Ils se sont fait bouffer,
comme si le système immunitaire de la région les avait soudain
identifiés comme un organe étranger. Au minimum, on ne les a pas aidés
quand ils ont eu un problème (on ne vascularise pas l'ennemi).
Certains arrivent à survivre mais en prenant soin d'avoir des
relations et de les caresser dans le sens du poil. Il faut boire des
chopes avec elles, faire des cadeaux à leurs enfants... être un bon
camarade ! La survie semble également possible pour certains grands
comptes, qui ont l'habitude des régions sauvages, disposent d'une armée
d'avocats et sont capables de se retirer avec peu de pertes en très peu
de temps. Cela fonctionne comme les implantations coloniales. Elles
contribuent au confort des subalternes comme un envahisseur offre un
caissette de verroterie à un chef tribal. Et tout le monde fait la fête
dans la tribu.
Dans les écoles, cela donne cette situation où les cours ont
l'apparence de la perfection. Mais de toutes les façons possibles,
diplomatiques ou non, on éjectera ou on cassera l'élève qui fait preuve
d'une démarche personnelle. Pour réveiller le système immunitaire, il
ne doit même pas contredire le professeur. Il suffit qu'il s'intéresse
réellement à un sujet, qu'il acquière des compétences... En bref qu'il
menace de devenir comme une de ces personnes qui développent de vraies
entreprises, qui font des choses utiles et qui donnent un vrai travail
à la population. Quand je rencontre une personne éveillée à Liège, soit
elle n'est pas originaire de Liège, soit elle me parle d'un professeur
à l'école qui lui a ouvert les yeux. Il semble y avoir une ou deux
personnes de cette qualité dans certaines écoles, en général assez mal
perçues par le reste du corps enseignant de même que par beaucoup de
parents. "Ce professeur, il ne fait pas comme il faut."
Optimiste malgré tout, j'ai demandé à un ami qui venait de terminer ses
études de me donner quelques noms de professeurs dont il juge qu'ils
ont de la personnalité. L'intention était de leur écrire pour expliquer
ce problème de pollution radio. Je ne demandais pas qu'ils aient des
compétences en médecine ou en physique mais juste que ce soient des
personnes capables de s'indigner. J'espérais qu'elles feraient
certaines choses comme simplement en parler ou essayer de pousser des
services de l'université à investiguer. Il m'a regardé avec désarroi, a
réfléchi... et m'a répondu qu'il n'en voyait aucun. Je me suis dit
qu'il exagérait peut-être (il est un peu révolte comme moi...) J'ai
demandé à un de ses amis, qui venait lui aussi de terminer ses études,
dans la même faculté et qui est beaucoup plus rangé et diplomate. J'ai
obtenu la même réponse...
J'ai aussi demandé à mes amis à l'université si cela avait une utilité
d'écrire à telle ou telle autorité académique. Soit ils me regardaient
incrédules, soit ils pouffaient de rire. J'ai écrit à certaines de ces
autorités et il faut bien dire qu'il n'y a pas la moindre réaction.
J'ai l'impression que la population ne vaut pas mieux. J'ai
tenté de faire circuler des pamphlets, lancé deux-trois pétitions... Le
résultat est catastrophique. Il ne se passe rien. Tout au plus cela a
augmenté mon quota de sympathie de la part des quelques personnes qui
sont déjà convaincues. Un pays moderne, où ni les autorités
politiques ou morales, ni la population, ne réagissent quand on leur
explique une situation catastrophique mais très simple et observable,
est-ce bien un pays moderne ? Ce pays est-il capable d'assumer d'autres
formes de responsabilités ?
Un cas immédiatement comparable, de par la nature du problème et de par
sa proximité, est l'empoisonnement au plomb de l'eau de distribution à
Verviers. Là aussi, l'impact est très différent d'une personne à
l'autre. Les symptômes sont différents et beaucoup de personnes ne
présentent aucun problème. Peu de personnes présentent des problèmes
très graves. Il a fallu 1 siècle pour que l'on place une canalisation
sans plomb ! Le problème du plomb est connu depuis
l'antiquité... Dans les années 1970, l'université de Liège a fait des
analyses médicales et a prouvé scientifiquement les cas de saturnisme.
Il a fallu attendre qu'une directive européenne réglemente le taux de
plomb, pour que des verviétois aient la possibilité de faire quelque
chose. Seules quelques familles se sont organisées, lâchées par le
reste de la population. Les avocats de Verviers ont refusé de les
aider, il a fallu recourir à un avocat de Liège. Elles ont perdu le
procès à Verviers, malgré toutes les preuves et le non-respect flagrant
des normes ! C'est encore une fois Liège qui est venue à la rescousse :
le procès a été gagné en appel à Liège. Pour de plus amples détails :
Eric Brasseur
- 18 février 2011