Un individu,
une
famille, un clan, une société ou une
civilisation peuvent connaître deux états opposés :
L'état Chaud, c'est ce que peut vivre une petite
tribu dans la forêt quand tout va bien. Il n'y a pas d'ennemis,
pas de maladies. Il n'y a pas vraiment
de chef. Chacun peut se
blottir bien au Chaud dans les bras des autres, leur prête beaucoup
d'attention et essaye de les comprendre et de leur donner ce
dont ils ont besoin. Chaque membre de la tribu est le bienvenu,
quoi qu'il ait fait de sa journée.
L'état Froid, c'est la guerre et la détresse, la
survie dans un environnement hostile. Il faut sacrifier des
individus, d'autres finissent estropiés. Les
individus ne s'occupent pas beaucoup les uns des autres. Ils sont
concentrés sur les ordres que hurle le chef. Chaque acte est
jugé et éventuellement puni.
Certains disent
que le Chaud est le Paradis, le Froid est l'Enfer.
Cela me semble naïf. Certaines personnes raffolent des situations
de guerre. L'action, le suspens,
l'autorité... cela leur donne des sensations fabuleuses. C'est
leur Paradis. Le Chaud les ennuie. Des grands chefs de guerre comme
Alexandre le Grand et Napoleon Bonaparte sont vénérés par leurs
soldats. Les civilisations très
Chaudes sont fragiles ; elles sont exterminées ou réduites
en esclavage par le premier envahisseur venu. Des tribus ont été
ravagées par une simple maladie, parce que les personnes saines
venaient se blottir contre les malades pour leur donner du Chaud. La
contagion a fait le reste. Le Chaud ne peut être
considéré comme le Paradis que par des personnes obligées de
vivre dans le Froid. Par exemple un peuple réduit en esclavage par ses
chefs. Les chefs se servent du mirage du Chaud pour manipuler ce
peuple.
On dit aussi
que
les femmes sont Chaudes et les hommes sont Froids. Ce
n'est pas vrai pour toutes les femmes. Il faut entendre le ton cassant
sur lequel certaines parlent à leurs maris quand ils ne se plient
pas aux objectifs. Parfois jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Beaucoup d'hommes ne peuvent trouver amitié et
compréhension que chez un ami homme. S'il faut prendre un
symbole du Chaud, pourquoi pas une femme tenant un enfant dans ses
bras. Mais faire des hommes un symbole du Froid...
Le Chaud comme le Froid sont utilisés pour
contrôler le peuple :
Les prêtres du Chaud vendent des
drogues aux gens pour les tenir calmes. Ils font des listes des
drogues autorisées et des drogues
interdites. Ils font des promesses et disent de belles
paroles pour consoler et rassurer. Ils installent des
objets hypnotiques dans les maisons.
Les prêtres du Froid inventent des ennemis pour faire peur. Cela
leur permet d'édicter des objectifs et des obligations.
Une société qui
ne fait que du Chaud ou que du Froid est
condamnée à la destruction. Il faut un équilibre
entre les deux. C'est pour cela que la majorité des dirigeants
"soufflent le Chaud et le Froid". Ils gèrent cela comme on
choisit la température de son bain, en modulant les
robinets d'eau chaude et d'eau froide. Ils montrent des ennemis du
doigt tout en rassurant le peuple.
Le jeu entre le
Chaud et le Froid dépend du niveau culturel
d'une société. Considérons par exemple le sang versé :
Si les individus sont très peu éduqués, les
superstitions et les à-prioris l'emportent. Il se passera tout
et n'importe quoi. Il suffit de faire un geste inhabituel pour être
accusé d'un crime. Des clans se jettent les uns contre les autres
et s'exterminent à moitié. C'est ce qui s'est passé pendant la
Première Guerre Mondiale.
Après la lutte et les flots de sang, les
survivants rentrent chez eux, apaisés.
Si le niveau d'éducation est un peu plus
élevé, les chefs s'organisent et essayent de limiter les
dégâts. Au lieu d'exterminer des populations entières, ils se
contentent de sacrifier quelques individus. Cela suffit à calmer
les autres. Par exemple chaque année on prend une vierge, on fait
une belle cérémonie, on lui donne un message à
transmettre aux dieux et on la jette au crocodiles. Quand il y a des
problèmes, on choisit quelqu'un, peu importe qu'il soit innocent
ou coupable, on l'accuse de tous les maux et on le fait lapider par la
foule. Cela
permet à chaque lanceur de pierre de faire gicler le sang. Dans
certaines régions les conflits entre tribus se règlent
par un affrontement armé mais on arrête le conflit
au premier mort ou blessé grave. Dans les sociétés
actuelles il peut devenir difficile de faire des sacrifices. Certains
trouvent toujours bien un moyen. Des sectes
sacrifient des enfants en leur refusant des soins médicaux. En
façade ils se prétendent civilisés : en refusant
par exemple les transfusions sanguines, ils refusent de faire couler le
sang...
Dans les faits il s'agit bien de sacrifices humains et c'est bien la
notion de
sang versé qui est en jeu. Dans certains pays on met à mort les
criminels tout en sachant pertinemment qu'une partie des
condamnés sont innocents. La subtilité est poussée
à son extrême quand on refuse une mort digne aux malades
incurables qui souffrent. Officiellement on refuse le sacrifice
puisqu'on refuse de mettre fin à la vie de ces personnes. La
réalité est qu'on se sert d'elles pour impressionner le
peuple, en les condamnant à mourir dans la
déchéance et les souffrances. Un certain pays atteint des sommets en
envoyant des astronautes dans l'Espace en utilisant un véhicule dont
les experts disent qu'il n'est pas fiable et qui a déjà tué 14
astronautes. Les astronautes étant une élite, il s'agit peut-être là
d'une variante du sacrifice de la vierge. J'ai une photo de 7
astronautes prêts à embarquer. Il sont assis à une table comme les
apôtres sur une peinture de la cène. Le progrès démocratique
réside peut-être dans le fait qu'on prend le risque de les sacrifier
tous les 7 au lieu de ne sacrifier que celui du milieu... Dans ce pays
aussi, certains groupes religieux considèrent que la peine de mort est
nécessaire pour contrôler les enfants. Par exemple ils n'acceptent pas
que l'on donne aux jeunes filles un vaccin qui les protège d'un virus
qui peut déclencher un cancer, sous prétexte que ce virus se transmet
par voie sexuelle. Si la menace de mort n'existe plus, les jeunes
filles auront un comportement sexuel débridé, disent-ils... On peut se
demander quelle opinion ces religieux ont de leurs enfants, des femmes,
de leur système d'éducation et de leur capacité à donner de la
tendresse à leurs enfants.
Quand le niveau monte encore, on n'accepte plus les sacrifices
humains. On sacrifie à la place des animaux ou des objets, des
plantes... On
organise par exemple des cérémonies où un animal
est accusé des problèmes de la communauté et égorgé en public.
Dans les sociétés très
évoluées, la notion de sacrifice n'est plus
acceptée. On ne cherche plus de boucs émissaires. On
demande à chacun de prendre ses responsabilités et on
recherche les vraies causes des problèmes. C'est le monde de la
Recherche Scientifique et des Procédures Judiciaires. Le
christianisme consacre symboliquement cela en faisant du Christ
"l'Agneau de Dieu". Il est le dernier sacrifice, donné par Dieu
à l'Humanité, afin que plus jamais personne ne soit
sacrifié. A la messe tous les dimanches on rappelle ce dernier
sacrifice avec un peu de pain et de vin et on s'en contente.
L'Inquisition n'était donc pas un mouvement chrétien, les Croisades non
plus.
Le Paradis est
dans l'équilibre entre le Chaud et le Froid.
On se met dans l'esprit du Froid pour sortir de chez soi et partir
chasser du gibier. Quand on revient à la maison, on retrouve le Chaud
de la famille
et on guérit ses blessures. L'harmonie est dans cette
perpétuelle respiration entre le Chaud et le Froid. Si on est bien
chaud douillet dans sa famille, on affrontera bien le Froid. Plus on se
fait mal dans le Froid, mieux on profitera du Chaud une fois revenu à
la maison. Une personne qui
n'a pas droit à du Chaud à la maison voit ses capacités s'effondrer et
peut même attraper des maladies graves. Certains médecins
guérissent leurs patients juste en
dialoguant avec eux, parfois en trouvant un excuse pour les toucher. Il
existe de nombreux
détraquements de cet équilibre. Certains dominants ne donnent
un peu de Chaud à leurs victimes que si elles ont obéi dans le Froid.
Un ami me racontait le malheur de sa vie : il est resté coincé entre le
Froid du père et le Chaud de la mère. Quand il était jeune enfant son
père était régulièrement très dur avec lui, il le punissait sévèrement.
Ensuite sa mère le consolait. Elle le prenait dans ses bras et lui
parlait doucement. Il est devenu accro à cette consolation. Malgré son
âgé de 60 ans, il cherche perpétuellement à se faire punir. Quand il
discuté avec des amis, il se montre buté, il refuse de comprendre les
arguments des autres... cela débouche sur des hausses de tons et des
reproches. Il peut s'échanger des noms d'oiseaux, il y a de
l'énervement et des menaces... Après il se montre dépité, malheureux...
et se trouve quelqu'un pour le consoler. Il a raté sa vie
professionnelle à cause de cela, causant ratages après ratages à la
recherche d'un peu de consolation après. Un exemple notoire de
confusion entre le Chaud et le Froid est le sado-masochisme. Certaines
religions ont condamné le corps et les sensations charnelles. Le corps
est revenu par la fenêtre, sous forme de punitions corporelles
"spéciales". Officiellement, la flagellation est une punition, donc
elle est conforme à la religion. En réalité elle est donnée d'une façon
qui crée un lien corporel entre le pseudo-punisseur et le pseudo-puni.
De là le plaisir que les deux peuvent en ressentir. Les autorités
religieuses ont vite appris à se servir de ces méthodes. Dans certains
cas on administre de véritables punitions, qui causent une véritable
souffrance et détruisent l'individu. Dans d'autres cas on administre la
"punition" de sorte à ce qu'elle crée ou maintiennent un lien de Chaud
entre les personnes. En façade, tout le monde est puni et traité de la
même façon... L'Inquisition a poussé ce système à un haut degré de
perversion. Certaines salles de torture n'étaient équipées d'aucun
instrument destiné à réellement faire souffrir ou estropier le
supplicié. On y "travaille" la personne pour créer un lien charnel.
C'est une forme de viol. L'Inquisiteur s'impose à sa victime, il casse
sa personnalité et l'assujettit, en s'imposant au corps de la victime.
Il impose son Froid par du Chaud déguisé en Froid.
Les tribus les
plus arriérées et les plus sanguinaires ont aussi leurs
moments de Chaud. On ne peut pas pour autant dire qu'elles vivent en
harmonie. Elles font vivre leurs membres dans un excès
perpétuel de Chaud ou de Froid, donc en Enfer. Elles oscillent
entre des périodes de Froid exagéré et des moments
de Chaud inadéquats. La Culture, la Spiritualité,
l'Education, le Dialogue... servent à construire, à
tisser un savant équilibre entre le Chaud et le Froid.
C'est alors qu'on parle de "raffinement" et de "civilisation". Ces
équilibres sont fragiles et demandent une attention permanente. Il faut
toujours être prêt à s'adapter aux changements.
Le travail des
chefs est difficile et parsemé de pièges :
Quand un chef a
réussi à trouver un équilibre, lui ou ses
successeurs vont tendre à
figer la société dans cet équilibre. Ils
vont par exemple limiter le niveau de l'enseignement, pour que la
société
ne puisse pas évoluer vers un nouvel équilibre, différent. Dans ce
niveau différent les chefs en place ne trouveraient plus
leurs marques. Ils n'arriveraient plus à gérer la
société et perdraient leurs privilèges. Certains chefs poussent la
plaisanterie jusqu'à déclarer leur équilibre "sacré". Toute personne le
mettant en doute est considérée comme sacrilège, insane, ignoble...
Si la société s'est formée pour se
protéger d'une situation de guerre, les chefs vont tendre
à la maintenir en situation de guerre.
Quand un groupe de chefs est en place, il y a toujours un autre
groupe de
candidats chefs qui essaye de les chasser pour prendre leur place. Le
deuxième groupe propose un équilibre différent. En général ce nouvel
équilibre est soit un peu plus évolué que celui en place, soit un peu
moins évolué. Dans les démocraties cela donne l'alternance entre les
partis de Gauche et les partis de Droite. Un ami vietnamien m'a
expliqué que selon lui le seul avantage du Communisme était d'être un
système différent du Capitalisme. Il permettait à un groupe de
candidats chefs de prendre les armes. Que l'équilibre communiste soit
meilleur ou non leur importait peu.
Les chefs peuvent se
désolidariser du reste de la population et construire leur petit
Paradis entre eux, aux dépends du reste de la population.
On observe que
dans des coins opposés de la Planète des hommes peuvent
arriver à des équilibres très similaires. Il n'est pourtant pas aisé de
prédire quel équilibre choisira un groupe d'humain largué à un endroit
donné. Suivant le hasard, la météorologie, leur tempérament, leur
niveau culturel et technologique, la personnalité des gourous... ils
peuvent évoluer vers l'un ou l'autre équilibre radicalement différents.
Le Chaud et le
Froid
sont aussi une simple question de chimie.
L'adrénaline est produite par l'organisme dans les situations de Froid.
L'ocytocine est produite dans les situations de Chaud. Les
drogues ont diverses actions sur l'état de Chaud et de Froid
d'une personne. Un ami m'explique régulièrement que la
nicotine est une drogue redoutable parce qu'elle est à la fois
un calmant et un excitant. Elle induit l'équilibre de
façon artificielle, pour ceux qui n'ont pas appris à le
trouver par eux-mêmes.
Le Libre
Arbitre
est la possibilité pour chaque individu de trouver son
équilibre par lui-même. Ce n'est possible que dans les civilisations
évoluées, où l'on apprend une quantité de choses de la vie aux enfants.
Le Libre Arbitre donne à chaque individu une chance de fournir son
meilleur rendement. Dans les civilisations faiblement cultivées, les
individus laissés à eux-mêmes risquent fort de faire n'importe quoi et
surtout des choses destructrices. On est obligé de les soumettre à un
ordre.
Dans les civilisations avancées, l'art du Froid consiste à faire des
choses spectaculaires mais en gérant les risques : sport, challenges
technologiques... On propose beaucoup de choses aux amateurs de Froid
mais en imposant des règles de sécurité, la surveillance par des
moniteurs compétents...
L'Enseignement est un haut lieu du Chaud et du Froid. Il faut beaucoup
de Froid pour casser lentement les murs de l'ignorance. Il faut des
flots de Chaud pour s'entraider, partager les progrès. Il peut y avoir
des dérapages. Dans beaucoup d'établissements on fait
travailler les étudiants comme des bêtes mais à des choses qui ne
servent à rien. On donne l'illusion du Froid. Un bon professeur a une
grande capacité de Chaud envers ses étudiants. Il les comprend, il peut
les tenir par la main et les rassurer pour les mener sur les chemins
escarpés. Hélas c'est souvent l'inverse qui se produit. Ils ne donnent
pas grand-chose aux étudiants mais leur demandent beaucoup de Chaud :
ils doivent chercher et comprendre ce que le professeur a envie
d'entendre, la façon dont il veut être vénéré, la façon dont il rêve
que l'on réponde à ses examens... Presque plus aucun Chaud n'est
investit
pour maîtriser la Connaissance. Il n'y a qu'une illusion
d'enseignement, une grande comédie.
Un ami et moi nous occupons parfois d'un enfant de 7 ans. Quand je fais
une remarque à cet enfant, il m'écoute avec beaucoup d'attention. Il
essaye toujours de me faire plaisir. Il fait des efforts pour tenir
compte de ce que je lui dit. Je n'ai vraiment aucun problème avec lui.
Par contre avec mon ami c'est une catastrophe. S'il fait une bêtise et
que mon ami le gronde, cinq minutes après il recommence. Il
se fout complètement de ce que mon ami lui dit. Pourtant cet ami passe
pas mal de temps avec lui et se montre autoritaire. Il lui fait rendre
de petits services... lui dit qu'il aimerait parfois le frapper... Un
jour la situation était caricaturale. Mon ami faisait des reproches à
l'enfant sur son comportement des heures passées. L'enfant était rivé
sur mon regard. Ce que l'ami disait ou pensait de lui importait peu,
par contre il était tétanisé à l'idée de ce que moi j'en pensais. D'où
vient cette différence entre mon ami et moi ? Je crois que la première
erreur de mon ami est de ne souffler que le froid. Il se contente de
subir, de faire des reproches, de menacer et de donner des
instructions. Il a un blocage à l'idée de montrer de l'affection à cet
enfant, peut-être à cause de ce que cet enfant lui fait régulièrement
subir. C'est un cercle vicieux. Plus mon ami se montre froid, plus
l'enfant sera indifférent à lui et lui fera subir des problèmes. La
deuxième erreur est que mon ami invente des raisons de gronder
l'enfant. Son intention est louable : il veut discipliner l'enfant,
pour son bien. Mais un enfant sent rapidement quand on lui dit des
choses qui sont fabriquées de toutes pièces. Il ne vous prend plus au
sérieux. Tout cela est spontané et instinctif. Il n'y a aucune
stratégie ni aucune intention chez cet enfant. Simplement son cerveau
fonctionne de cette façon, inconsciemment. De même il n'a jamais décidé
de faire attention à ce que je dis. Son cerveau se met naturellement en
état de stress et d'attention quand ma voix devient grave. Il s'est
construit un lien fort entre ma voix et son attention. Pourquoi ? Parce
que je lui donne beaucoup de chaud et que je ne souffle le froid que
quand il y a lieu. Je joue avec lui, je lui explique des choses... Son
jeu préféré est de se "battre à main nues" contre moi. Cela donne des
"pugilats" et des "luttes" épiques. Cela développe sa
motricité... J'essaye de régulièrement lui montrer quelque chose de
nouveau. Je sais beaucoup de choses sur cet enfant : ce qu'il aime, les
règlements de ses parents, ses habitudes... J'en tiens tout le temps
compte. Je fais respecter les règlements tout autant que je respecte
les envies et les besoins de l'enfant lui-même. Je lui demande son
avis. Quand je le gronde, je suis très ferme. Parfois je lui confisque
quelque chose pour quelques heures. Mais je ne l'ai jamais menacé de
quoi que ce soit. Je lui explique les règles et s'il fait une bêtise
j'applique ce qui a été dit sans chercher à discuter. Au début j'ai dû
être ferme avec lui plusieurs fois et le laisser mariner dans son jus.
Maintenant ce n'est plus nécessaire. S'il fait un bêtise, je lui en
fais le reproche avec calme, je vois que cela le touche beaucoup, je
lui demande confirmation qu'il a bien enregistré et tout de suite après
on peut recommencer à jouer. Si je fais une bêtise, par exemple si je
le gronde pour rien, je m'en excuse tout de suite. Je lui explique que
je me suis trompé ou que j'ai mal compris ses intentions. Le plus
important dans tout cela est d'avoir le cerveau qui fonctionne.
Certains croient s'en tirer en appliquant bêtement des méthodes : être
ferme avec les enfants pour les discipliner ou à l'inverse leur laisser
tout faire pour qu'ils apprennent. Cela ne fonctionne pas. La bonne
méthode est de faire un peu de tout suivant ce qui est approprié. Il
faut entretenir le dialogue et ne pas chercher à manipuler. Un enfant
ne vous reprochera jamais de vous être fâché, si c'est une émotion
sincère que vous aviez. Si vous aviez tort de vous fâcher, ce n'est pas
grave, du moment que vous étiez sincère. Par contre si vous trichez,
par exemple si vous faites semblant de rester fâché ou si vous faites
semblant d'être content, les choses vont mal tourner. Si vous êtes
sincère quand vous vous fâchez contre l'enfant, vous l'êtes aussi quand
votre visage s'éclaire de joie lorsque vous rencontrez l'enfant, quand
vous écartez grand les bras pour lui faire une grosse poutoune. Cette
sincérité-là est le fondement de l'identité humaine. Vous devez
montrer le bon exemple, en vous intéressant aux autres et en
reconnaissant vos erreurs. Et savoir qu'un enfant apprend les choses,
donc qu'il fait des essais et des bêtises. Parfois il doit essayer et
se tromper plusieurs fois avant d'avoir compris. C'est normal. Il faut
le laisser faire. Pour être capable de tout cela, il faut une certaine
maturité. Par exemple pour être capable de montrer ses émotions.
Beaucoup d'adultes immatures montrent les émotions qu'ils croient
qu'ils doivent avoir. Si on les a endoctrinés qu'un enfant
c'est merveilleux et qu'il faut le laisser faire, ils vont sourire et
sincèrement se croire convaincus que tout va bien. Pendant ce
temps la rancoeur et les reproches contre l'enfant s'accumulent en eux.
Cette masse
deviendra de la haine, qui débouchera sur des petites ou des grandes
atrocités. Les plus "doués" peuvent arriver à estropier
l'enfant tout en gardant le sourire et en lui disant combien il est
gentil.
Chaud et froid ne doivent pas forcément être alternés. Ils peuvent
aussi être mélangés. Par exemple quand on aide un enfant à faire ses
devoirs, il acceptera des injonction à faire des efforts, même des
efforts pénibles, si en même temps il reçoit de l'affection. Les
enfants sont primaires. Il est plus difficile de leur faire accepter le
froid en leur faisant miroiter le chaud. Il est même déconseillé de
promettre une récompense à un enfant en échange de bons résultats
scolaires. Donner du chaud à un enfant ne permettra pas de lui faire
faire n'importe quoi. Il y a des limites, propres à la nature et aux
capacités de l'enfant. Mais un parent qui a bien compris cette
composition, peut arriver à des résultats impressionnants. Et que
l'enfant en redemande. A la base, un enfant trouve sa satisfaction dans
l'approbation et l'affection de ses parents. Un bon parent se doit de
graduellement apprendre à l'enfant à trouver aussi sa satisfaction dans
le travail bien fait et les résultats concrêts qu'il offre.