La Belgique Blanche
Faites un reproche à la Belgique, on vous répondra qu'ailleurs
c'est pire. Ce n'est pas entièrement faux... La pire anecdote que j'aie
entendu au Congo est une bonne soeur qui transporte en voiture un
blessé grave vers un dispensaire de brousse. Il perd son sang, une
artère est probablement touchée. L'infirmier qui tient le dispensaire
lui dit d'emblée qu'il n'est pas question qu'il s'occupe d'un patient
si on n'a pas d'abord payé 10 zaïres. C'est peu d'argent pour un
occidental mais la bonne soeur n'a pas cette somme sur elle... Elle
supplié l'infirmier de commencer à soigner le blessé puis saute dans sa
voiture pour aller chercher l'argent. À son retour, l'infirmier attend
impassible à côté du blessé de pouvoir commencer à travailler. Il est
mort. Une telle chose est impossible en Belgique...
L'objet de ce texte n'étant pas de faire le procès de l'Afrique Noire,
racontons une anecdote inverse : en Belgique, j'ai vu des étudiants
africains s'occuper de jeunes belges à longueur d'années. Ils les
écoutaient, leur permettaient de guérir un peu de l'inhumanité de leurs
familles et de leurs enseignants. Je crois que ces petits belges leur
doivent en bonne part leur vie correcte actuelle.
L'Afrique Noire est une terre des extrêmes. Le matin, un jeune homme
peut vous expliquer avec le sourire qu'il ne faut surtout pas utiliser
de préservatif. Vous ne pouvez rien faire pour lui... Vous êtes comme
ces français qui regardaient passer les trains de juifs vers les camps.
Vous savez ce qui va se passer et vous êtes impuissant. Un des juifs
semble hilare, il a sauté dans le train et semble croire qu'on le mène
à un camp de vacances. Est-ce que cela vous met du baume au coeur ?
Non... mais cela vous fait vous poser des questions. Le soir, un vieux
papa africain vous résume en quelques phrases vos problème et ceux de
votre civilisation et vous vous demandez s'il ne faudrait pas confier
la destinée du monde aux africains...
Le Congo est une caricature de la Belgique. Il sert de terrain de
guerre aux pays limitrophes et aux superpuissances, tout comme la
Belgique aux siècles passés. La misère extrême de certaines parties du
Congo, est directement liée au mode de pensée de son colonisateur. La
mentalité des fonctionnaires, l'absence d'enseignement primaire
correct, tout cela copie la Belgique mais de façon plus
délirante.
Reprenons notre horrible anecdote du début. Deux éléments sont
caractéristiques du système belge :
- L'infirmier aurait probablement pu sauver la personne en ne
faisant presque aucun effort. Il aurait peut-être suffit d'un garrot ou
d'une compression. Cela ne lui aurait pris que 5 minutes et il aurait
peut-être pu le faire sans que cela n'entraine aucun coût. Un peu de
bonne volonté... en balance avec une vie humaine. Le chagrin d'une
mère, peut-être toute une famille qui dépend de cette personne...
Refuser un effort infime alors que cela va détruire une vie ou une
entreprise, est un fondement du système belge. Cela va de pair avec une
véritable industrie de l'art d'expliquer pourquoi il était vraiment
absolument impossible de faire ce petit effort.
- Suivre des règles de façon fanatisée. "Désolé, pour être soigné
il faut payer d'abord."
La même personne qui vous applique des règles de façon carcérale, sera
dénuée de la moindre réserve avec d'autres personnes "qu'elle connaît".
Là encore le Congo offre une bonne illustration : un dispensaire avait
été installé dans un quartier pauvre, avec à sa tête un infirmier
compétent. Peu après, toutes les armoires de médicaments et de matériel
médical étaient vides. Enquête faite, la famille de l'infirmier a
débarqué et s'est simplement servie dans les armoires, pour ses besoins
personnels et pour revendre. De leur point de vue, ce n'est pas du vol.
Tout ce qui appartient à un membre de leur famille leur appartient de
facto et doit servir la famille. Il était psychologiquement impossible
pour cet infirmier d'empêcher sa famille de se servir. C'est un mode de
fonctionnement tribal. Il leur était impossible de comprendre que si
l'infirmer dispose de ce matériel, il ne lui appartient pas pour
autant. Quand-bien même il lui aurait appartenu, sa famille ne pouvait
pas pour autant en disposer librement... Le fonctionnement tribal n'est
pas une mauvaise chose en soi. On n'est jamais aussi bien qu'au sein
d'une tribu... Mais il faut être capable de comprendre que, dans
l'intérêt général, tout ne peut pas fonctionner selon le mode tribal.
Ce que la justice belge interprète comme un délit, n'était souvent
qu'un réflexe tribal tout à fait sincère. Il y en a même tellement que
la justice n'ose plus y mettre le doigt. Ces réflexes tribaux belges ne
sont même pas forcément au profit d'amis ou de membre de la famille...
J'ai moi-même régulièrement eu des propositions d'en bénéficier, de la
part de personnes qui me connaissaient à peine et qui ne pensaient qu'à
bien faire. Le belge est généreux... mais profondément illettré. Un
"évolué" ; un congolais qui avait été à l'école et qui s'habillait
comme un blanc, en savait souvent bien plus que le belge moyen actuel.
Ces extrêmes sont liés. Un fonctionnaire belge est obligé de "saigner à
blanc" des personnes qui n'avaient pas grand chose à se reprocher,
parce qu'il lui faut un quota. Comme il a laissé faire des abominations
de la part "d'amis", il faut bien qu'il se rattrape sur d'autres
personnes... Réciproquement, c'est parce qu'on ne peut pas toujours
faire confiance à des infirmiers congolais, qu'on a endoctriné
l'infirmier de la première anecdote au respect des règles qui
garantissent le fonctionnement du dispensaire, au point qu'il laisse
mourir une personne à ses pieds.
On ne peut pas améliorer les règles. Il n'existe pas dans l'éther un
ensemble de règles magiques qui feraient que tout ira bien. Ce n'est
pas en forçant des enfants à apprendre des règles au lieu d'apprendre à
vivre, que l'on construira un pays. Si les fondamentalistes religieux
semblent difficiles à gérer en Belgique, c'est peut-être précisément
parce qu'ils poussent à son extrême l'idée générale du système.
Le problème est dans l'éducation. On a oublié que l'être humain est une
prodigieuse créature, capable de tout voir, de tout comprendre et de
s'adapter à toutes les situations. La Belgique se définit par l'idée
selon laquelle ce miracle ne doit pas avoir lieu.
Le Congo, ce ne sont pas que les quartiers miséreux et les campagnes en
guerre. Il y a aussi une classe aisée, qui travaille, qui a de la
culture et qui soigne ses enfants ; comme en Belgique... La différence
est dans les proportions. En Belgique la misère extrême ne constitue
pas une dominante du décors. Au Congo, il est absolument hilarant de
discuter avec un personne de la classe aisée et de s'entendre dire que
le Congo est parfaitement à la hauteur du reste du monde. Le même
prodige se passe en Belgique, où un élève du secondaire vous fera un
exposé enthousiaste sur le fait que l'enseignement belge est un des
plus raffinés qui soit. La propagande d'état fonctionne à plein...
La télévision belge, aidée par l'école, inculque des principes de base :
Nazi = très très méchant
Communisme = bête et méchant
Socialisme = a sauvé les ouvriers
Parti libéral = pestiférés qui ont la vie dure
Ce dont personne ne semble se rendre compte est que la Belgique somme
relativement bien les travers nazi et communistes. La majorité des
jeunes adultes ne savent pas écrire correctement ni comprendre un
texte. Ils sont la masse ouvrière non-allemande idéale, selon les
critères hitlériens. Les intercommunales, quant à elles, réalisent
l'idéal soviétique en étant des gros monstres poussifs au sein desquels
toute s'éteint et les ressources se volatilisent (quoique, une amie
prostituée à bénéficié du déluge d'argent dont disposait un
administrateur de quelques intercommunales et de quelques mandats
politiques, ma foi elle ne s'en est pas plainte).
Une autre amie m'a raconté la première visite de sa belle-famille chez
elle. Sa belle-mère a soudain vu ses livres dans des étagères. Une
expression de dégoût lui a tordu le visage. Peu après elle a mis son
fils en garde : "c'est une intellectuelle !" Le belge moyen a appris à
faire semblent d'aimer la science et la culture, comme le paysan
vietnamien saluait avec de grand sourires les GIs en patrouille. Dans
les campagnes on trouve encore des cheminées sur lesquelles trônent des
gros dictionnaires élimés. Mais qui écoute les paysans...
La déculturation permet par exemple que le MR présente comme programme
électorale une copie conforme de l'horrible petite mentalité des
bourgeois du 19ème siècle. Vous auriez cru que depuis le temps ils
auraient compris pourquoi cela ne fonctionne pas, en quoi c'est
inhumain... Apparemment non. Pourtant, "MR" veut dire "Mouvement
Réformateur". Ils font peut-être faire du neuf avec de l'ancien ? C'est
très écologique...
En Afrique, comme dans toutes les sociétés et civilisations anciennes,
il y a des sociétés religieuses en concurrence. Le mythe fondateur de
la tribu est en principe le même pour tous mais chaque individu
appartient à une société religieuse particulière. Dans certaines
petites tribus, il y a juste la société secrète des femmes et la
société secrète des hommes. Dans d'autres tribus, la division en
sociétés secrètes peut par exemple se faire sur base du corps de
métier... Dans des sociétés plus évoluées, comme les anciens grecs ou
égyptiens, les sociétés religieuses deviennent abstraites de la masse
populaire. Le culte de Râ, le culte d'Osiris, le culte d'Anubis...
chaque divinité a son clergé. Un corps de métier ou une classe sociale,
tendra
à se rattacher à une divinité en particulier, comme par exemple Saint
Joseph est le patron des menuisiers, mais tout le monde peut prier tous
les dieux. Dans certaines régions d'Asie, il est normal qu'une personne
embrase une religion après l'autre au fil de sa vie. L'intérêt pratique
de tout cela est que chaque société secrète, religion ou divinité,
véhicule des principes philosophiques. L'un vous apprendra la
tempérance, l'autre vous enjoindra à comprendre votre prochain... La
mythologie se veut une psychanalyse sous cellophane.
Les asiatiques ne voient pas d'inconvénient à ce que l'on prétende
qu'un Dieu unique est à la base de toutes choses. Les mythes fondateurs
africains parlent très explicitement du dieu ultime qui a tout
engendré. Le problème, c'est quand vous prétendez que l'on peut se
contenter de cela. "Dieu a créé le monde et puis voilà". Pas besoin de
réfléchir au delà de cette "vérité". On perd les notions
phylosophiques, la culture... Les belges se vantent d'être athées. Si
on considère l'athéisme comme un zéro-théisme, il pourrait être le
progrès ultime après le mono-théisme, tout comme ce dernier suivait le
poly-théisme... Un belge vous dira volontiers que les religions sont
tromperies et compagnie et que le bon sens les remplace
avantageusement. Le problème, c'est qu'en Belgique le bon sens se
construit sur un vide culturel. Alors vous retombez dans les travers
des tribus désagrégées, où les peurs et les besoins immédiats priment,
où des décisions désastreuses sont prises à la chaine. L'athéisme obtus
des belges n'a rien à envier à la religiosité délirante des
congolais... Les extrêmes se touchent dans la déculturation.
Le belge ignore en général les origines philosophiques du parti
politique auquel il adhère mollement. Plus grave : il croit que son
parti détient la vérité. Il déglutit contre les autres partis et se
lamente que "les gens" ne comprennent pas et ne votent pas pour son
parti. Il ne comprend pas que chaque parti véhicule une idée générale,
une valeur, des principes philosophiques... et que tout, système comme
individus, doit être un équilibre et une optimisation entre ces
principes.
Qui, en Belgique, sait ce qu'est un "soviet" ? L'URSS des communistes
russes tout rouges, était "l'Union Soviétique". Mais c'est quoi, un
soviet ? Lénine a-t-il inventé le soviétisme ? Le soviet est une notion
qui date d'avant Lénine. Dans la Russie impériale, tout est
hiérarchisé. Les ouvriers obéissent au contremaitre comme les soldats
obéissent aux sous-officiers. Les contremaitres obéissent aux
directeurs comme les sous-officiers obéissent aux officiers. Tout en
haut de l'édifice se trouve l'empereur, auquel tout le monde obéit et
qui promulgue des lois comme bon lui semble. L'autorité du supérieur
sur l'inférieur est absolue. Un inférieur sans supérieur pour le
commander et le guider, n'est plus rien. Si un inférieur se rebiffe ou
manque de zèle, le supérieur se doit de tout faire pour le casser
psychologiquement, pour le maintenir casé dans sa fonction d'inférieur,
ce dans son propre intérêt comme dans celui de l'empereur, donc dans
l'intérêt général, donc pour un mieux. Et n'oublions pas que le salut
de l'âme de l'inférieur est lui aussi conditionné à son obéissance,
donc même si vous aviez un doute, il est balayé quand vous prenez en
compte l'intérêt supérieur du salut de son âme. Ce système étant idiot,
il va à la ruine. Par exemple, pendant la Première Guerre Mondiale,
l'empereur a pris en personne la direction des opérations militaires
sur le front. La plus haute personne du pays prenant les rennes du
problème, cela ne peut qu'aller... Mais Nicolas II n'a pas la
compétence de ses généraux et il accumulera bourde sur bourde, menant
des millions de personnes au désastre. La Révolution Russe de 1917, ce
sont aussi les généraux qui n'en pouvaient plus et qui ont tenté de
forcer l'empereur à abdiquer en faveur de son jeune fils. C'est dans ce
cadre autoritariste que les "soviets" vont apparaître et prendre tout
leur sens. Un "soviet", c'est un petit groupe "d'inférieurs" qui arrive
à se débrouiller sans officier ni contremaitre. Dès 1905, dans une
Russie ou tout va de travers, de tels petits groupes vont remporter des
succès. C'est inimaginable pour la société russe... au lieu d'être
désorganisés et de se battre entre eux, ces petits groupes prennent des
décisions en concertation, les membres se font confiance les uns aux
autres... Il arrive même qu'un membre se sacrifie pour sauver le
groupe, ce qui est une abjection puisqu'on ne peut se sacrifier que
pour l'empereur et sur ordre d'un supérieur. Le soviet, ça
fonctionne... Les généraux qui ont forcé l'empereur à abdiqué, ont
formé un soviet, peut-être même sans s'en rendre compte. Le "soviet"
est une notion naturelle. Les pygmées et les boshimans vivent en
"soviets", sans véritable chef. Cette notion est dans nos gènes et elle
fait surface quand cela est nécessaire. Bien sûr, quand un
parti communiste décrétera plus tard que tout se fera désormais selon
la notion de soviet, c'est du délire. C'est contraire au sens-même de
soviet et cela amènera les abus que l'on sait, qui ont à leur tour mené
à la chute du communisme... Nonobstant, en 1950 la Chine et le Vietnam
sont essentiellement agraires et les paysans vivent en petits villages
qui sont autant de soviets naturels, où l'individu n'existe pas et le
groupe est tout. Quand ces populations pèseront pour le choix d'un
système politique national, elles choisiront le communisme soviétique,
non parce que ce serait le meilleur système, mais parce que c'est le
système qu'elles comprennent. Et parce qu'elles souffrent au jour le
jour des exactions gouvernementales. Les américains ont cru que les
paysans vietnamiens adopteraient naturellement le mode de vie moderne
si on les chassait de leurs campagnes. Cela a mené à un désastre
humanitaire où des millions de personnes ont trouvé la mort. En Chine,
la notion de groupe de vie fermé, le "daewen", se perd peu à peu.
Beaucoup de chinois vivent à présent d'une façon "moderne". Il a
souvent fallu deux générations pour que cela se fasse, pour que les
individus s'adaptent à cette logique selon laquelle l'individu doit
penser par lui-même et agir de façon autonome.
Penser de façon autonome... Les libéraux belges ont oublié que c'est la
valeur fondatrice de leur mouvement. Ils ont laissé le PS détruire tant
que faire se peut le niveau intellectuel des écoliers, et s'étonnent à
présent de leur peu de succès populaire et de leur propre dénaturation.
Un libéral, c'est James Bond ou MacGyver. C'est une personne qui pense
de façon indépendante et qui est capable de faire pour un mieux. Le
chef d'entreprise libéral mène sa barque en capitaine d'industrie. Il
se renseigne, il est cultivé, il réfléchit, il assume ses décisions et
il s'adapte. Son entreprise sera florissante, ses produits adaptés aux
besoins du marché et ses ouvriers épanouis. Le principe libéral
voudrait que cela suffise au bonheur de la civilisation ; une utopie de
libéraux bien élevés, se faisant politesses et amabilités pour se
croiser sans se heurter, se concurrencer sans se tuer. Dans la réalité,
au moins quelques patrons d'industrie ne joueront pas le jeu. Ils vont
opprimer leurs ouvriers pour produire à bas prix, voler des brevets,
soudoyer des politiciens... Leur concurrence déloyale force les autres
patrons à tendre à faire de même. S'ils ne le font pas, le sort de
leurs ouvriers et de leurs clients sera pire encore, puisqu'ils
tomberont sous la coupe des vraiment malhonnêtes. C'est ce qui a mené à
la misère sociale de la fin du 19ème siècle et à un concept aussi
simple qu'efficace : les ouvriers doivent s'organiser entre eux pour
contraindre les mauvais patrons à respecter les règles du jeu. En
commun, solidairement, ils ont la force pour contraindre. Le socialisme
est nécessaire pour que le libéralisme puisse s'épanouir... Encore
faut-il que les leaders syndicaux comprennent ce qu'est le
syndicalisme.
Pourquoi l'histoire de Robin des Bois a-t-elle autant de succès ?
Peut-être parce que la bande de Robin est un soviet qui roule et en
même temps chaque comparse semble avoir un esprit chevaleresque ; sa
propre personnalité et bonne volonté. Ils se battent contre le pouvoir
totalitaire du shérif et contre l'obéissance de masse de ses soldats.
La bande à Robin est le meilleur des deux mondes. La dictature implique
le contraire : exacerber certaines tendances humaines et casser les
autres. Toute conscience et responsabilité individuelle est réprimée en
Union Soviétique. Il ne faut agir qu'en tant que membre du groupe. Le
groupe, c'est toute la nation populaire. Le parti vous dit ce que veut
la conscience populaire... C'est crétin, mais si on prend la
peine de tuer les opposants, tout le monde fera mine de faire
fonctionner ce système et d'être content. Le fascisme suit la démarche
opposée : chaque homme adulte italien, japonais ou allemand, est un
chevalier qui se bat pour la nation. Comme ses supérieurs sont encore
plus chevaleresques que lui par définition, il convient de suivre leurs
instructions. Et tout en haut de l'édifice se trouvent le duce,
l'empereur et le fürher, dont la qualité chevaleresque est
manifestement exceptionnelle et quasi-divine. La Belgique, quant à
elle, essaye autant qu'elle le peut de cumuler le pire de ces deux
extrêmes. Les soviets de hauts fonctionnaires véreux se doivent
d'écraser les méchants chevaliers d'industrie. Lesdits industriels se
doivent à leur tour de cultiver le plus profond mépris pour l'amalgame
de bosons froids que constituent leurs ouvriers (et de rouler en 4x4
chromés pour compenser leurs déficiences sexuelles dues à une mauvaise
nutrition). Les administrations de
contrôle bouillonnent de petits
détournements de fonds et de persécutions diverses. Les ouvriers
s'entraident à en faire le moins possible (on aime bien qu'un seul
ouvrier fasse le travail des autres mais après un certain temps il faut
l'abattre...) Si vous vous plaignez, on vous dira de vous adresser aux
personnes dont vous vous plaignez.
En Belgique, autant c'est une coutume nationale de refuser les petites
dépenses qui peuvent tout changer, autant on brûle en continu des
masses d'argent et de moyens dans des organismes et des initiatives
vides de sens. On prend l'argent qui vous permettrait d'obtenir un
emploi positif, pour payer des fonctionnaires pour vous contraindre à
trouver un emploi où vous êtes malheureux et vous contribuez au déficit
de l'économie. L'esclavage n'est pas nécessaire, il est même démontré
qu'il nuit à la société, mais en Belgique on vous explique qu'on n'a
pas le choix et que de toute façon cela vaut mieux ainsi pour le
travailleur. On investit dans des méga-projets et on vous explique que,
ben oui, on aurait volontiers plutôt reconstruit un quartier de maisons
vétustes ou amélioré les sécurité des chemins de fer, mais voilà, les
statuts administratifs ne le permettent pas... On voudrait bien mais on
ne peut pas... On est contraint, bien malgré soi, de laisser les gens
dans la misère... L'enjeu, pour les refus de petites sommes comme pour
les gaspillages de fortunes, est le pouvoir. Il faut faire tourner les
structures au sein desquelles vos "amis" sont directeurs et
administrateurs...
Le génial Président Mobutu avait poussé l'idée belge à son paroxysme.
Au Zaïre, on ne faisait même plus semblant d'apprendre quelque chose
aux enfants. Les écoles étaient fermées à tours de bras. Parmi celles
qui subsistaient, la craie de l'instituteur servait à dessiner des
carrés sur le sol et "l'école" consistait à obliger "l'élève" à rester
assis dans ce carré toute la journée, sous peine de punitions
horribles. Ainsi, la population ne perdait plus son temps à essayer de
comprendre ce qu'on fait de ses impôts et de l'aide internationale.
Quel progrès politique !
On se plaint de la violence dans les écoles. Il ne vient à l'esprit de
personne que ces actes sont aussi des ultimes réflexes d'esprits qui
tentent de survivre. Si on ne détruisait pas les enfants dans les
écoles, ils ne supporteraient pas les circonstances de travail dans les
entreprises et les administrations. Certains prétendent que cela
justifie la méthode. Personne ne semble comprendre que cela détruit le
pays dans son ensemble. Les meilleurs esprits qui réussissent à
survivre sont obligés de quitter le pays. Beaucoup d'autres restent
mais sont obligés de se faire passer pour des incompétents ternes comme
tout le monde. Voir et se taire... On préfère nommer un incompétent à
un poste à responsabilité, parce qu'il sera redevable. L'économie du
pays n'est pas basée sur l'efficacité mais sur la dette. L'école
produit ce qui est demandé...
Un ami a été engagé par une grande administration publique belge. On
fait visiter les lieux au petit nouveau... fièrement, on lui montre un
nouveau système informatique. Il est constitué de plusieurs ordinateurs
hors de prix et plusieurs personnes ont travaillé dessus pendant
plusieurs mois... Mon ami est sidéré mais il ne dit rien. Le lendemain
matin, il débarque avec son ordinateur portable sous le bras. Pendant
la nuit, il a programmé exactement le même système. Enfin, pas tout à
fait exactement le même... Le système de l'administration a besoin de 5
minutes pour faire un calcul. Le portable de mon ami fait le même
calcul en 2 secondes. Le système de l'administration a de sérieux
bogues. Le système de mon ami n'a jamais présenté de problème... Les
personnes autour de lui sont très étonnées. On l'emmène montrer la
chose aux directeurs... Le résultat est que plus un directeur est élevé
dans la hiérarchie, plus il rejette le système de mon ami et plus les
raisons qu'il invoque pour cela sont sinistrement stupides. Le système
de mon ami est une menace directe pour les directeurs... Leur emploi
consiste à monter réunions après réunion et engager des frais
pontificaux, pour mener à la réalisation de ces systèmes les plus
volumineux et les plus inefficients possibles. Et surtout que cela
prenne le plus de temps possible et qu'à la fin on puisse faire une
sauterie avec des petits fours et du champagne et beaucoup se
congratuler. Mon ami a fini par émigrer... Quand vous racontez ce type
de chose à des belges, ils croient que ce sont des faits isolés ou que
cela ne cause qu'une légère augmentation des dépenses. Voire, que
l'économie y trouve son compte indirectement. Il est impossible de leur
faire comprendre que c'est une catastrophe nationale. À l'école on leur
apprend que le directeur fait *par définition* ce qu'il faut.
Les occidentaux se moquent facilement des superstitions des Africains.
Ils arrivent facilement à la conclusion qu'on ne peut rien pour des
personnes aussi bêtes, que quoi qu'on fasse elle ne peuvent que mourir
de leur bêtise. Par exemple, des populations entières au Congo croient
qu'il ne faut pas parler du SIDA parce que sinon on va l'attraper. Un
ami expert en art africain m'en a expliqué la raison. Les symptômes du
SIDA ressemblent à une maladie de "vampirisme". La faiblesse et la
lente dégradation physique du malade, donnent l'impression que
quelqu'un (le vampire) vient la nuit sucer l'énergie (le phlogiston...)
de la victime. Tout comme chez les occidentaux on croit qu'un vampire
ne peut entrer dans une maison que s'il y a auparavant été invité par
ses occupants, les africains croient que le vampire entend de très loin
quand on parle de lui ou de la malade et qu'il suit cette trace comme
un requin est appelé par l'odeur du sang. L'information médicale étant
la technique la plus efficace contre les épidémies, la superstition des
africains semble criminellement grotesque aux occidentaux. Ce
qu'il importe de comprendre est que la superstition des Africains leur
semble tout à fait logique et qu'elle sculpte leur mode de vie et
les rapport sociaux. Un autre exemple de superstitions qui font vomir
les occidentaux est les "enfants sorciers". Quand les choses vont mal,
on accuse un enfant de la famille d'en être l'instigateur.
On lui explique comment il a perpétré ses crimes. Un bout d'chou de 6
ans se voit accusé par le tribunal familial d'avoir déterré un cadavre
dans le but d'entrer par effraction chez sa tante pour la tuer... La
personne qui mène les procès jouit d'un grand prestige au sein de la
famille.
Ce que les occidentaux sont endoctrinés à ne pas comprendre est qu'ils
ont leurs propres superstitions, extrêmement destructrices pour
eux-mêmes et ne servant tout au plus qu'à asseoir le pouvoir de
quelques profiteurs courts de visière :
- Toute personne touchant à la drogue finit en cadavre ambulant et
volera et tuera pour sa prochaine dose.
- Si chacun n'est pas contraint à travailler ou au moins chercher
du travail, la société s'effondrera.
- Il faut contraindre les enfants à aller à l'école et à manger ce
qui est à table.
J'ai pris le temps d'observer ce qu'il en était. Mon constat est que :
- La quasi totalité des personnes qui touchent à la drogue arrêtent
assez rapidement, simplement parce qu'être drogué les fait bailler
d'ennui. La minorité de personnes qui s'enfoncent dans la drogue
constituent un problème de société très sérieux. Ce sont souvent des
personnes immatures, mal informées, primaires ou qui ont de sérieux
problèmes sociaux. Intervenir de façon musclée et médicalisée dans ces
cas-là est une approche de bon sens. Mais ce qu'on ne veut pas
comprendre est que la drogue est un phénomène inévitable chez les
humains. Dans une société cultivée et bien élevée, les abus de drogue
sont rarissimes. Les toxicomanes ne sont que les bubons à la surface
d'un corps malade. La violence, la désinformation et l'usage de
dépendances diverses que l'on met en oeuvre pour exploiter le peuple,
le mènent automatiquement à tomber sous la coupe d'exploiteurs encore
un peu plus pervers que sont les marchands de drogue.
- Il m'a fallu passer 20 ans en Belgique pour enfin pouvoir étudier
de près une personne qui réellement cherche à ne pas travailler. Ces
personnes sont à ce point rares que vous pouvez sans souci leur donner
des allocations sociales. La véritable raison du chômage est le fait
que les employeurs sont peu humains et le travail inutile. On commence
à comprendre que le tout à l'égout n'est pas écologique. On finira
peut-être par comprendre que le tout au travail ne l'est pas non plus.
Un ouvrier travaille d'abord pour avoir un statut, et simplement parce
qu'il se sent mal s'il ne travaille pas, tout comme des sportifs
deviennent dépressifs quand ils ne peuvent pas s'entrainer. Si vous
travaillez pour faire des choses dont vous savez qu'elles sont inutiles
et servent uniquement à alimenter les délires quasi-toxicomanes de
votre patron et de son banquier, vous n'avez pas de fierté de
vous-même. L'ouvrier est une unité de conscience humaine. S'il n'a pas
la possibilité de refuser un emploi, votre civilisation court à sa
perte par auto-empoisonnement. S'il refuse en emploi, c'est peut-être
parce qu'il a quelque chose à faire qui est plus utile à la société. On
admet que prendre les hommes dans les
campagnes pour nourrir les guerres et le prestige d'officiers idiots,
nuit à la santé d'une nation. On n'a pas encore compris que faire de
même pour une guerre économique et le prestige de joueurs de casino,
nuit tout autant à la santé de la nation. On vous explique qu'on a pas
le choix, qu'on est obligé de vous détruire votre famille dans votre
intérêt...
- Certaines choses doivent être apprises aux enfants sous la
contrainte. Par exemple lire et écrire. Nous ne sommes pas
génétiquement programmés pour cela et en même temps c'est devenu un
fondement de notre civilisation. Alors il faut contraindre les enfants.
Mais, de telles choses qui doivent impérativement être apprises, ne
demandent pas plus de quelques heures par semaine. Le reste du temps,
vous pouvez vous contenter d'accompagner les enfants dans leur démarche
d'apprentissage. Utiliser la contrainte et des méthodes superficielles
et stéréotypées pour leur apprendre tout, consiste à ne plus rien leur
apprendre, même pas à lire et à écrire... Pendant toute son
enfance un de mes amis a rechigné à manger du pain ou des pâtes. Il n'y
a pas eu de limites aux méthodes utilisées par ses parents pour l'y
contraindre. À plus de 40 ans, il a finalement appris qu'il
est allergique à une des protéines du blé et que le fait d'en avoir
consommé tous les jours pendant son enfance lui a causé des dommages
physiques et neurologiques irréversibles...
Des personnes qui abusent massivement de l'aide sociale, j'en ai vue.
Mais ce ne sont pas des chômeurs. Ce sont par exemple des bourgeois qui
louent des logements à ces chômeurs. Le logement est conforme aux
normes mais inhabitable... Si le chômeur demande au bourgeois
d'insonoriser un peu une cloison, parce qu'il n'en peut plus d'entendre
son voisin, le bourgeois lui répondra qu'il ne peut pas. Toutes les
excuses sont bonnes, comme par exemple que l'isolation augmenterait
l'épaisseur du mur et donc réduirait le volume de la pièce, qui dès
lors n'aurait plus la surface imposée par les normes. Croyez bien que
le bourgeois ne demanderait pas mieux que de faire plaisir mais il est
tenu par son strict respect des lois... Ne lui faites pas remarqué que
de l'autre coté de la cloison se trouve la cuisine du voisin et que
réduire un peu le volume d'une cuisine ne cause aucun problème au
niveau des normes... Vous pourriez gâcher son intense moment de
civisme. L'excuse la plus fréquente et la plus simple est que le
bourgeois n'a pas l'argent pour faire ces travaux. D'autres bourgeois
vous confirmeront qu'il vit pauvrement, que les banques lui ont joué
des tours... L'excuse est utilisée même quand ce que vous demandez ne
coûterait que quelques euros. Cela prouve que le bourgeois est vraiment
dans une misère extrême. Un peu plus tard vous apprenez que le
bourgeois possède quinze maisons et deux appartements à Ostende. Vous
vous demandez s'il ne pourrait pas vendre une de ces maisons pour
financer des travaux de bon sens dans les autres maisons... Un premier
obstacle à cette idée est que manifestement le bourgeois tient à
chacune de ses maisons. S'en défaire serait une souffrance à ce point
horrible que cela équilibre largement la solitude et l'alcoolisme dans
lequel ses locataires ont sombré faute de logement correct... Le
deuxième obstacle est qu'aucune de ses maisons ne lui appartient. Elles
appartiennent aux banques... Même les maisons dont il était
propriétaire, ne lui appartiennent plus, parce qu'elles ont été
hypothéquées pour acheter à crédit les autres maisons. Le bourgeois
rembourse ses emprunts aux banques. Pour cela, il doit reverser aux
banques l'entièreté des loyers qu'il touche et ne peut pas se permettre
le moindre frais. Renoncer à une maison pour améliorer les autres,
déclencherait un détricotage qui lui ferait perdre presque toutes ses
maisons... Et puis, si le chômeur était en meilleure santé, il
risquerait de pouvoir travailler et d'acheter une de ces maisons, au
nez et à la barbe de ses bienfaiteurs !
On se moque des Africains qui achètent des médicaments périmés par
sachets entiers. Vous les voyez ressortir de chez un "pharmacien" avec
deux ou trois sachets sales en main, à l'intérieur desquels se trouvent
en vrac des comprimés défraichis. Ils achètent un peu n'importe quoi,
en n'importe quelle quantité et l'utilisent un peu n'importe comment.
Cela représente un grand danger pour les pays occidentaux, parce que
l'usage massif et irrationnel d'antibiotiques par les habitants des
pays déculturés permet l'essor de souches bactériennes et virales
résistantes. Ne parlons pas simplement de l'état sanitaire de ces
populations... Les belges aussi pratiquent l'usage irrationnel
d'antibiotique mais chez eux cette déchéance est organisée. En
Belgique, des plantes médicinales efficaces et
sans danger ont été interdites à la vente par les herboristes (par
exemple la centella asiatica). Elles peuvent être vendues en
pharmacie... commercialisées par l'industrie pharmaceutiques, à des
prix exorbitants et dans des conditionnements inutilisables par qui
veut réellement se soigner. Discutez avec une personne malade, écoutez
ses propos dans une pharmacie ou dans la salle d'attente d'un
médecin... Parfois, la solution aux problèmes de la personne est
évidente. Mais... il est impossible de la lui expliquer. Elle préfère
prendre des médicaments industriels qui ne la guérissent pas mais qui
la soulagent. La sécurité sociale paye des milliers d'euros pour des
traitements à vie, là où un peu de bicarbonate de soude aurait suffit à
guérir la personne... Parfois, je peux en parler avec des médecins ou
des pharmaciens étrangers ou très âgés. Ils décodent la situation comme
moi... Mais ils ne peuvent souvent rien faire eux-mêmes. Les patients
et les clients ne *veulent* pas autre chose que ce qui enrichit des
exploiteurs. Un pharmacien m'en a fait la démonstration : devant
moi, il a recommandé le bon traitement à une personne. Il ne lui
aurait presque rien couté et il l'aurait peut-être guérie en quelques
semaines. La personne ne veut pas... Elle ne veut même pas essayer ou
même juste essayer de comprendre ce qu'on essaye de lui expliquer.
Croyez-vous que cela pourrait fonctionner dans un pays où les enfants
ont une véritable éducation scolaire, de vrais cours de biologie et de
philosophie ?
On se moque des Africains parce qu'ils vivent toujours dans des
coutumes et des superstitions qui datent des sociétés tribales.
Parfois, ces coutumes étaient objectivement condamnables. Le plus
souvent, les coutumes étaient relativement rationnelles et adaptées à
un mode de vie. Ce qu'on observe dans les villes africaines actuelles
ne sont que des projections dénaturées des coutumes. Le premier
responsable de ces schyzophrénies est le colonisateur, qui a détruit un
mode de vie pour ne pas le remplacer par un autre, au lieu de laisser
aux population le temps de s'adapter. Le belge, colonisé par essence,
depuis le Moyen Âge et par toutes les puissances d'Europe et
d'Amérique, ne tombe pas dans un travers différent. Les socialistes
durs partent du principe que l'enfant est intrinsèquement génial et ne
doit pas être éduqué. Il suffit de le laisser faire pour que sa majesté
s'épanouisse... Les échecs immondes de cette politique rousseauistes du
18ème siècle permettent à d'autres de prétendre fondées les théories
répressives d'un 19ème siècle catholique. L'enseignement fonctionne
encore d'après le canevas des écoles techniques du début de l'ère
industrielle, où le technicien n'avait à comprendre que le nécessaire
et devait surtout craindre le contremaitre et le directeur.
Les superstitions en Belgique sont peut-être un peu plus
intellectualisées
qu'au Congo. Elles tiennent un peu de la logique fantastique de
Magritte... Par exemple, vous êtes victime de quelque chose de tout à
fait illégal. Vous allez dans l'administration compétente et vous vous
asseyez devant un fonctionnaire. Vous lui expliquez... Il vous dit
d'emblée "c'est illégal !" Vous voilà rassuré... L'administration va
faire quelque chose, c'est évident. Hé bien non, il ne se passe rien.
Après plusieurs années vous finissez par comprendre ceci : par "c'est
illégal", les fonctionnaires entendent : "cela n'a pas à exister", ce
qui
se traduit par "fermez-là". Un autre exemple : vous habitez un immeuble
où il n'y a aucune insonorisation. Cela vous cause d'importants
problèmes et dégrade votre niveau de vie. Vous vous plaignez donc du
fait que vous entendez vos voisins... On répondra invariablement : "oui
mais eux aussi vous entendent et eux aussi cela leur pèse !" Dans
l'esprit du
fonctionnaire belge, l'agression que vous subissez de la part de vos
voisins est contrebalancée par l'agression que vous leur faites subir
et donc tout est bien. Vous essayez alors de leur expliquer que vous
vous plaignez de l'immeuble et non pas des voisin, que si on
investissait un peu d'argent dans l'immeuble cela irait infiniment
mieux pour tout le monde et que l'économie du pays en bénéficierait
aussitôt... Ils ne sont pas intellectuellement capables de suivre votre
raisonnement.
Chaque fois qu'il y a un accident en Belgique, il apparait que des
personnes avaient prévenu depuis longtemps que cela allait arriver.
Mais on n'a rien fait... Parce que si on devait faire quelque chose
pour un cas, il faudrait le faire pour tous... Par exemple, j'habite
dans un immeuble où toutes les conditions de sécurité-incendie sont
explosées : les extincteurs ne sont pas entretenus, le couloir d'entrée
est tapissé de caisses inflammables et un logement est entièrement
rempli de ces caisses inflammables, pour ne citer que les faits les
plus importants. Cela est rehaussé par l'absence de sortie de secours,
la cage d'escalier est étroite et en bois et les planchers sont en bois
d'allumette. J'ai écrit pour signaler le problème... On m'a rit au nez.
Au mieux, j'ai reçu des réponses embarrassées de fonctionnaires comme
quoi il n'y a pas de problème et de toute façon ce n'est pas de leur
ressort. J'ai écrit aux pompiers, ce qui me semblait de bon sens.
Sommes-toutes, leur propre sécurité est en jeu tant l'immeuble forme un
piège de flammes et de fumées toxiques. Ils m'ont répondu que leurs
statuts leur interdisent de faire quoi que ce soit... Cela dure ainsi
depuis près d'un an. Parallèlement, des amis me racontent comment des
fonctionnaires débarquent sur leurs lieux de travail et contraignent la
direction à faire des travaux inutiles dont le coût est exorbitant. Un
jour, vous vous faites injurier parce que la cantine utilise des
planches en bois pour découper la viande, deux mois plus tard vous êtes
traité de criminel parce que vous utilisez des planches en plastique...
On laisse faire ce qui est très grave et on écrase pour des détails qui
n'avaient posé aucun problème à personne. Les ingrédients de la recette
sont l'incompétence et la nécessité d'écraser. Par contre si vous avez
confié votre comptabilité ou la gestion de
votre immeuble à des amis des représentants politiques locaux,
étrangement on ne vous reproche plus jamais rien...
La compréhension de ce qu'est un état moderne est virtuellement nulle.
Elle se limite à quelques stéréotypes, que les plus doués des
politiciens réussissent à répéter devant les caméras, en les adaptant
tant bien que mal aux circonstances. Le mode de vie réel est pire que
tribal, ce n'est qu'une bande macaque ayant trouvé la caisse de vivre
d'un explorateur. Les ressources du pays sont gaspillées, comme le
macaque écrase un berlingot de jus de fruit pour ne réussir à en tirer
que quelques goutes à boire. Essayez de leur faire comprendre, ils vous
répondront hilares et ivres de joie que tout est bien ainsi.
Dans un état moderne comme dans une nation tribale, on fait la
différence entre le bien public et le bien privé. Vous pouvez vous
montrer généreux de vos propres biens ; les mettre en commun si cela
vous procure du bien-être, mais si vous avez la charge de la
gestion de biens publics, leur attribution doit suivre les règles
énoncées par la communauté... L'Africain qui puise sans malice dans la
caisse de son employeur pour donner à un ami, n'a pas appris la nuance.
Le wallon qui se sert de sa position administrative pour privilégier
des connaissances, a exactement le même problème. On essaye de faire
passer l'un et l'autre pour des malhonnêtes... On prétend que la police
les traque... À l'occasion on en pend quelques un en place
publique... On refuse de comprendre qu'il ne s'agit que d'un problème
d'éducation. On ne le leur a pas appris à l'école et on ne voudra
jamais admettre que l'école ne remplit pas des objectifs élémentaires.
Le sacrifice humain consiste à punir en justice une personne qui était
sûre de bien faire. Mieux vaut sacrifier quelques individus que le
système entier...
Apprendre et travailler pour le bien-être de la communauté, sont des
pulsions génétiquement programmées. Il faut 20 ans au système
d'éducation belge pour détruire le besoin d'apprendre et la capacité à
s'occuper d'autrui, et remplacer le tout par le besoin de choses
inutiles, la terreur de ceux qui étaient sensés vous protéger, l'art de
s'auto-détruire, l'incapacité au travail utile et la résignation.
Le Congo est un des pays le plus détruits alors que son sous-sol et son
agriculture sont les plus riches de la planète. La Belgique touche des
subsides de l'Europe et son enseignement est classé un des plus mauvais
d'Europe, alors qu'elle est le centre politique de la plus grande
puissance économique mondiale, située en bord d'océan et zébrée de
fleuves et de canaux. Arriéré judiciaire, prisons viviers du
banditisme, fonctionnaires fous partant à l'assaut des citoyens... Dire
que le Congo a été victime de la Belgique est une grossière erreur. Les
Belges comme les Congolais, sont victimes d'un même égrégore de bêtise
sordide et d'intérêts primaires. Les scientifiques congolais trouveront
en Belgique les descendants des coloniaux fascistes, tenant les mêmes
discours que leurs ancêtres. Les belges, à leur tour, trouveront au
Congo des caricatures de leurs administrations. Les deux nations
peuvent se tourner de concert vers les pays modernes et apprendre à
respecter les Droits de
l'Homme.
J'allais oublier : en Belgique comme au Congo, la nationalité est une
insulte. Au Congo, quand un congolais est vraiment très fâché sur un
autre congolais et qu'il veut lui manifesté l'ampleur de son dégoût,
vous entendiez articuler "Zaïrois !" avec lenteur et un brin de vomi
sur le ï. En Belgique, j'entends régulièrement des expressions
comme "mais c'est pas possible, ce type est vraiment un belge !" ou
encore "arrête de faire le belge".
Eric Brasseur
- 19 février 2010