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La Belgique Blanche






Faites un reproche à la Belgique, on vous répondra qu'ailleurs c'est pire. Ce n'est pas entièrement faux... La pire anecdote que j'aie entendu au Congo est une bonne soeur qui transporte en voiture un blessé grave vers un dispensaire de brousse. Il perd son sang, une artère est probablement touchée. L'infirmier qui tient le dispensaire lui dit d'emblée qu'il n'est pas question qu'il s'occupe d'un patient si on n'a pas d'abord payé 10 zaïres. C'est peu d'argent pour un occidental mais la bonne soeur n'a pas cette somme sur elle... Elle supplié l'infirmier de commencer à soigner le blessé puis saute dans sa voiture pour aller chercher l'argent. À son retour, l'infirmier attend impassible à côté du blessé de pouvoir commencer à travailler. Il est mort. Une telle chose est impossible en Belgique...

L'objet de ce texte n'étant pas de faire le procès de l'Afrique Noire, racontons une anecdote inverse : en Belgique, j'ai vu des étudiants africains s'occuper de jeunes belges à longueur d'années. Ils les écoutaient, leur permettaient de guérir un peu de l'inhumanité de leurs familles et de leurs enseignants. Je crois que ces petits belges leur doivent en bonne part leur vie correcte actuelle.

L'Afrique Noire est une terre des extrêmes. Le matin, un jeune homme peut vous expliquer avec le sourire qu'il ne faut surtout pas utiliser de préservatif. Vous ne pouvez rien faire pour lui... Vous êtes comme ces français qui regardaient passer les trains de juifs vers les camps. Vous savez ce qui va se passer et vous êtes impuissant. Un des juifs semble hilare, il a sauté dans le train et semble croire qu'on le mène à un camp de vacances. Est-ce que cela vous met du baume au coeur ? Non... mais cela vous fait vous poser des questions. Le soir, un vieux papa africain vous résume en quelques phrases vos problème et ceux de votre civilisation et vous vous demandez s'il ne faudrait pas confier la destinée du monde aux africains...

Le Congo est une caricature de la Belgique. Il sert de terrain de guerre aux pays limitrophes et aux superpuissances, tout comme la Belgique aux siècles passés. La misère extrême de certaines parties du Congo, est directement liée au mode de pensée de son colonisateur. La mentalité des fonctionnaires, l'absence d'enseignement primaire correct, tout cela copie la Belgique mais de façon plus délirante.

Reprenons notre horrible anecdote du début. Deux éléments sont caractéristiques du système belge :
La même personne qui vous applique des règles de façon carcérale, sera dénuée de la moindre réserve avec d'autres personnes "qu'elle connaît". Là encore le Congo offre une bonne illustration : un dispensaire avait été installé dans un quartier pauvre, avec à sa tête un infirmier compétent. Peu après, toutes les armoires de médicaments et de matériel médical étaient vides. Enquête faite, la famille de l'infirmier a débarqué et s'est simplement servie dans les armoires, pour ses besoins personnels et pour revendre. De leur point de vue, ce n'est pas du vol. Tout ce qui appartient à un membre de leur famille leur appartient de facto et doit servir la famille. Il était psychologiquement impossible pour cet infirmier d'empêcher sa famille de se servir. C'est un mode de fonctionnement tribal. Il leur était impossible de comprendre que si l'infirmer dispose de ce matériel, il ne lui appartient pas pour autant. Quand-bien même il lui aurait appartenu, sa famille ne pouvait pas pour autant en disposer librement... Le fonctionnement tribal n'est pas une mauvaise chose en soi. On n'est jamais aussi bien qu'au sein d'une tribu... Mais il faut être capable de comprendre que, dans l'intérêt général, tout ne peut pas fonctionner selon le mode tribal. Ce que la justice belge interprète comme un délit, n'était souvent qu'un réflexe tribal tout à fait sincère. Il y en a même tellement que la justice n'ose plus y mettre le doigt. Ces réflexes tribaux belges ne sont même pas forcément au profit d'amis ou de membre de la famille... J'ai moi-même régulièrement eu des propositions d'en bénéficier, de la part de personnes qui me connaissaient à peine et qui ne pensaient qu'à bien faire. Le belge est généreux... mais profondément illettré. Un "évolué" ; un congolais qui avait été à l'école et qui s'habillait comme un blanc, en savait souvent bien plus que le belge moyen actuel.

Ces extrêmes sont liés. Un fonctionnaire belge est obligé de "saigner à blanc" des personnes qui n'avaient pas grand chose à se reprocher, parce qu'il lui faut un quota. Comme il a laissé faire des abominations de la part "d'amis", il faut bien qu'il se rattrape sur d'autres personnes... Réciproquement, c'est parce qu'on ne peut pas toujours faire confiance à des infirmiers congolais, qu'on a endoctriné l'infirmier de la première anecdote au respect des règles qui garantissent le fonctionnement du dispensaire, au point qu'il laisse mourir une personne à ses pieds.

On ne peut pas améliorer les règles. Il n'existe pas dans l'éther un ensemble de règles magiques qui feraient que tout ira bien. Ce n'est pas en forçant des enfants à apprendre des règles au lieu d'apprendre à vivre, que l'on construira un pays. Si les fondamentalistes religieux semblent difficiles à gérer en Belgique, c'est peut-être précisément parce qu'ils poussent à son extrême l'idée générale du système.

Le problème est dans l'éducation. On a oublié que l'être humain est une prodigieuse créature, capable de tout voir, de tout comprendre et de s'adapter à toutes les situations. La Belgique se définit par l'idée selon laquelle ce miracle ne doit pas avoir lieu.

Le Congo, ce ne sont pas que les quartiers miséreux et les campagnes en guerre. Il y a aussi une classe aisée, qui travaille, qui a de la culture et qui soigne ses enfants ; comme en Belgique... La différence est dans les proportions. En Belgique la misère extrême ne constitue pas une dominante du décors. Au Congo, il est absolument hilarant de discuter avec un personne de la classe aisée et de s'entendre dire que le Congo est parfaitement à la hauteur du reste du monde. Le même prodige se passe en Belgique, où un élève du secondaire vous fera un exposé enthousiaste sur le fait que l'enseignement belge est un des plus raffinés qui soit. La propagande d'état fonctionne à plein...

La télévision belge, aidée par l'école, inculque des principes de base :

Nazi = très très méchant

Communisme = bête et méchant

Socialisme = a sauvé les ouvriers

Parti libéral = pestiférés qui ont la vie dure

Ce dont personne ne semble se rendre compte est que la Belgique somme relativement bien les travers nazi et communistes. La majorité des jeunes adultes ne savent pas écrire correctement ni comprendre un texte. Ils sont la masse ouvrière non-allemande idéale, selon les critères hitlériens. Les intercommunales, quant à elles, réalisent l'idéal soviétique en étant des gros monstres poussifs au sein desquels toute s'éteint et les ressources se volatilisent (quoique, une amie prostituée à bénéficié du déluge d'argent dont disposait un administrateur de quelques intercommunales et de quelques mandats politiques, ma foi elle ne s'en est pas plainte).

Une autre amie m'a raconté la première visite de sa belle-famille chez elle. Sa belle-mère a soudain vu ses livres dans des étagères. Une expression de dégoût lui a tordu le visage. Peu après elle a mis son fils en garde : "c'est une intellectuelle !" Le belge moyen a appris à faire semblent d'aimer la science et la culture, comme le paysan vietnamien saluait avec de grand sourires les GIs en patrouille. Dans les campagnes on trouve encore des cheminées sur lesquelles trônent des gros dictionnaires élimés. Mais qui écoute les paysans...

La déculturation permet par exemple que le MR présente comme programme électorale une copie conforme de l'horrible petite mentalité des bourgeois du 19ème siècle. Vous auriez cru que depuis le temps ils auraient compris pourquoi cela ne fonctionne pas, en quoi c'est inhumain... Apparemment non. Pourtant, "MR" veut dire "Mouvement Réformateur". Ils font peut-être faire du neuf avec de l'ancien ? C'est très écologique...

En Afrique, comme dans toutes les sociétés et civilisations anciennes, il y a des sociétés religieuses en concurrence. Le mythe fondateur de la tribu est en principe le même pour tous mais chaque individu appartient à une société religieuse particulière. Dans certaines petites tribus, il y a juste la société secrète des femmes et la société secrète des hommes. Dans d'autres tribus, la division en sociétés secrètes peut par exemple se faire sur base du corps de métier... Dans des sociétés plus évoluées, comme les anciens grecs ou égyptiens, les sociétés religieuses deviennent abstraites de la masse populaire. Le culte de Râ, le culte d'Osiris, le culte d'Anubis... chaque divinité a son clergé. Un corps de métier ou une classe sociale, tendra à se rattacher à une divinité en particulier, comme par exemple Saint Joseph est le patron des menuisiers, mais tout le monde peut prier tous les dieux. Dans certaines régions d'Asie, il est normal qu'une personne embrase une religion après l'autre au fil de sa vie. L'intérêt pratique de tout cela est que chaque société secrète, religion ou divinité, véhicule des principes philosophiques. L'un vous apprendra la tempérance, l'autre vous enjoindra à comprendre votre prochain... La mythologie se veut une psychanalyse sous cellophane.

Les asiatiques ne voient pas d'inconvénient à ce que l'on prétende qu'un Dieu unique est à la base de toutes choses. Les mythes fondateurs africains parlent très explicitement du dieu ultime qui a tout engendré. Le problème, c'est quand vous prétendez que l'on peut se contenter de cela. "Dieu a créé le monde et puis voilà". Pas besoin de réfléchir au delà de cette "vérité". On perd les notions phylosophiques, la culture... Les belges se vantent d'être athées. Si on considère l'athéisme comme un zéro-théisme, il pourrait être le progrès ultime après le mono-théisme, tout comme ce dernier suivait le poly-théisme... Un belge vous dira volontiers que les religions sont tromperies et compagnie et que le bon sens les remplace avantageusement. Le problème, c'est qu'en Belgique le bon sens se construit sur un vide culturel. Alors vous retombez dans les travers des tribus désagrégées, où les peurs et les besoins immédiats priment, où des décisions désastreuses sont prises à la chaine. L'athéisme obtus des belges n'a rien à envier à la religiosité délirante des congolais... Les extrêmes se touchent dans la déculturation.

Le belge ignore en général les origines philosophiques du parti politique auquel il adhère mollement. Plus grave : il croit que son parti détient la vérité. Il déglutit contre les autres partis et se lamente que "les gens" ne comprennent pas et ne votent pas pour son parti. Il ne comprend pas que chaque parti véhicule une idée générale, une valeur, des principes philosophiques... et que tout, système comme individus, doit être un équilibre et une optimisation entre ces principes.

Qui, en Belgique, sait ce qu'est un "soviet" ? L'URSS des communistes russes tout rouges, était "l'Union Soviétique". Mais c'est quoi, un soviet ? Lénine a-t-il inventé le soviétisme ? Le soviet est une notion qui date d'avant Lénine. Dans la Russie impériale, tout est hiérarchisé. Les ouvriers obéissent au contremaitre comme les soldats obéissent aux sous-officiers. Les contremaitres obéissent aux directeurs comme les sous-officiers obéissent aux officiers. Tout en haut de l'édifice se trouve l'empereur, auquel tout le monde obéit et qui promulgue des lois comme bon lui semble. L'autorité du supérieur sur l'inférieur est absolue. Un inférieur sans supérieur pour le commander et le guider, n'est plus rien. Si un inférieur se rebiffe ou manque de zèle, le supérieur se doit de tout faire pour le casser psychologiquement, pour le maintenir casé dans sa fonction d'inférieur, ce dans son propre intérêt comme dans celui de l'empereur, donc dans l'intérêt général, donc pour un mieux. Et n'oublions pas que le salut de l'âme de l'inférieur est lui aussi conditionné à son obéissance, donc même si vous aviez un doute, il est balayé quand vous prenez en compte l'intérêt supérieur du salut de son âme. Ce système étant idiot, il va à la ruine. Par exemple, pendant la Première Guerre Mondiale, l'empereur a pris en personne la direction des opérations militaires sur le front. La plus haute personne du pays prenant les rennes du problème, cela ne peut qu'aller... Mais Nicolas II n'a pas la compétence de ses généraux et il accumulera bourde sur bourde, menant des millions de personnes au désastre. La Révolution Russe de 1917, ce sont aussi les généraux qui n'en pouvaient plus et qui ont tenté de forcer l'empereur à abdiquer en faveur de son jeune fils. C'est dans ce cadre autoritariste que les "soviets" vont apparaître et prendre tout leur sens. Un "soviet", c'est un petit groupe "d'inférieurs" qui arrive à se débrouiller sans officier ni contremaitre. Dès 1905, dans une Russie ou tout va de travers, de tels petits groupes vont remporter des succès. C'est inimaginable pour la société russe... au lieu d'être désorganisés et de se battre entre eux, ces petits groupes prennent des décisions en concertation, les membres se font confiance les uns aux autres... Il arrive même qu'un membre se sacrifie pour sauver le groupe, ce qui est une abjection puisqu'on ne peut se sacrifier que pour l'empereur et sur ordre d'un supérieur. Le soviet, ça fonctionne... Les généraux qui ont forcé l'empereur à abdiqué, ont formé un soviet, peut-être même sans s'en rendre compte. Le "soviet" est une notion naturelle. Les pygmées et les boshimans vivent en "soviets", sans véritable chef. Cette notion est dans nos gènes et elle fait surface quand cela est nécessaire. Bien sûr, quand un parti communiste décrétera plus tard que tout se fera désormais selon la notion de soviet, c'est du délire. C'est contraire au sens-même de soviet et cela amènera les abus que l'on sait, qui ont à leur tour mené à la chute du communisme... Nonobstant, en 1950 la Chine et le Vietnam sont essentiellement agraires et les paysans vivent en petits villages qui sont autant de soviets naturels, où l'individu n'existe pas et le groupe est tout. Quand ces populations pèseront pour le choix d'un système politique national, elles choisiront le communisme soviétique, non parce que ce serait le meilleur système, mais parce que c'est le système qu'elles comprennent. Et parce qu'elles souffrent au jour le jour des exactions gouvernementales. Les américains ont cru que les paysans vietnamiens adopteraient naturellement le mode de vie moderne si on les chassait de leurs campagnes. Cela a mené à un désastre humanitaire où des millions de personnes ont trouvé la mort. En Chine, la notion de groupe de vie fermé, le "daewen", se perd peu à peu. Beaucoup de chinois vivent à présent d'une façon "moderne". Il a souvent fallu deux générations pour que cela se fasse, pour que les individus s'adaptent à cette logique selon laquelle l'individu doit penser par lui-même et agir de façon autonome.

Penser de façon autonome... Les libéraux belges ont oublié que c'est la valeur fondatrice de leur mouvement. Ils ont laissé le PS détruire tant que faire se peut le niveau intellectuel des écoliers, et s'étonnent à présent de leur peu de succès populaire et de leur propre dénaturation. Un libéral, c'est James Bond ou MacGyver. C'est une personne qui pense de façon indépendante et qui est capable de faire pour un mieux. Le chef d'entreprise libéral mène sa barque en capitaine d'industrie. Il se renseigne, il est cultivé, il réfléchit, il assume ses décisions et il s'adapte. Son entreprise sera florissante, ses produits adaptés aux besoins du marché et ses ouvriers épanouis. Le principe libéral voudrait que cela suffise au bonheur de la civilisation ; une utopie de libéraux bien élevés, se faisant politesses et amabilités pour se croiser sans se heurter, se concurrencer sans se tuer. Dans la réalité, au moins quelques patrons d'industrie ne joueront pas le jeu. Ils vont opprimer leurs ouvriers pour produire à bas prix, voler des brevets, soudoyer des politiciens... Leur concurrence déloyale force les autres patrons à tendre à faire de même. S'ils ne le font pas, le sort de leurs ouvriers et de leurs clients sera pire encore, puisqu'ils tomberont sous la coupe des vraiment malhonnêtes. C'est ce qui a mené à la misère sociale de la fin du 19ème siècle et à un concept aussi simple qu'efficace : les ouvriers doivent s'organiser entre eux pour contraindre les mauvais patrons à respecter les règles du jeu. En commun, solidairement, ils ont la force pour contraindre. Le socialisme est nécessaire pour que le libéralisme puisse s'épanouir... Encore faut-il que les leaders syndicaux comprennent ce qu'est le syndicalisme.

Pourquoi l'histoire de Robin des Bois a-t-elle autant de succès ? Peut-être parce que la bande de Robin est un soviet qui roule et en même temps chaque comparse semble avoir un esprit chevaleresque ; sa propre personnalité et bonne volonté. Ils se battent contre le pouvoir totalitaire du shérif et contre l'obéissance de masse de ses soldats. La bande à Robin est le meilleur des deux mondes. La dictature implique le contraire : exacerber certaines tendances humaines et casser les autres. Toute conscience et responsabilité individuelle est réprimée en Union Soviétique. Il ne faut agir qu'en tant que membre du groupe. Le groupe, c'est toute la nation populaire. Le parti vous dit ce que veut la conscience populaire... C'est crétin, mais si on prend la peine de tuer les opposants, tout le monde fera mine de faire fonctionner ce système et d'être content. Le fascisme suit la démarche opposée : chaque homme adulte italien, japonais ou allemand, est un chevalier qui se bat pour la nation. Comme ses supérieurs sont encore plus chevaleresques que lui par définition, il convient de suivre leurs instructions. Et tout en haut de l'édifice se trouvent le duce, l'empereur et le fürher, dont la qualité chevaleresque est manifestement exceptionnelle et quasi-divine. La Belgique, quant à elle, essaye autant qu'elle le peut de cumuler le pire de ces deux extrêmes. Les soviets de hauts fonctionnaires véreux se doivent d'écraser les méchants chevaliers d'industrie. Lesdits industriels se doivent à leur tour de cultiver le plus profond mépris pour l'amalgame de bosons froids que constituent leurs ouvriers (et de rouler en 4x4 chromés pour compenser leurs déficiences sexuelles dues à une mauvaise nutrition). Les administrations de contrôle bouillonnent de petits détournements de fonds et de persécutions diverses. Les ouvriers s'entraident à en faire le moins possible (on aime bien qu'un seul ouvrier fasse le travail des autres mais après un certain temps il faut l'abattre...) Si vous vous plaignez, on vous dira de vous adresser aux personnes dont vous vous plaignez.

En Belgique, autant c'est une coutume nationale de refuser les petites dépenses qui peuvent tout changer, autant on brûle en continu des masses d'argent et de moyens dans des organismes et des initiatives vides de sens. On prend l'argent qui vous permettrait d'obtenir un emploi positif, pour payer des fonctionnaires pour vous contraindre à trouver un emploi où vous êtes malheureux et vous contribuez au déficit de l'économie. L'esclavage n'est pas nécessaire, il est même démontré qu'il nuit à la société, mais en Belgique on vous explique qu'on n'a pas le choix et que de toute façon cela vaut mieux ainsi pour le travailleur. On investit dans des méga-projets et on vous explique que, ben oui, on aurait volontiers plutôt reconstruit un quartier de maisons vétustes ou amélioré les sécurité des chemins de fer, mais voilà, les statuts administratifs ne le permettent pas... On voudrait bien mais on ne peut pas... On est contraint, bien malgré soi, de laisser les gens dans la misère... L'enjeu, pour les refus de petites sommes comme pour les gaspillages de fortunes, est le pouvoir. Il faut faire tourner les structures au sein desquelles vos "amis" sont directeurs et administrateurs...

Le génial Président Mobutu avait poussé l'idée belge à son paroxysme. Au Zaïre, on ne faisait même plus semblant d'apprendre quelque chose aux enfants. Les écoles étaient fermées à tours de bras. Parmi celles qui subsistaient, la craie de l'instituteur servait à dessiner des carrés sur le sol et "l'école" consistait à obliger "l'élève" à rester assis dans ce carré toute la journée, sous peine de punitions horribles. Ainsi, la population ne perdait plus son temps à essayer de comprendre ce qu'on fait de ses impôts et de l'aide internationale. Quel progrès politique !

On se plaint de la violence dans les écoles. Il ne vient à l'esprit de personne que ces actes sont aussi des ultimes réflexes d'esprits qui tentent de survivre. Si on ne détruisait pas les enfants dans les écoles, ils ne supporteraient pas les circonstances de travail dans les entreprises et les administrations. Certains prétendent que cela justifie la méthode. Personne ne semble comprendre que cela détruit le pays dans son ensemble. Les meilleurs esprits qui réussissent à survivre sont obligés de quitter le pays. Beaucoup d'autres restent mais sont obligés de se faire passer pour des incompétents ternes comme tout le monde. Voir et se taire... On préfère nommer un incompétent à un poste à responsabilité, parce qu'il sera redevable. L'économie du pays n'est pas basée sur l'efficacité mais sur la dette. L'école produit ce qui est demandé...

Un ami a été engagé par une grande administration publique belge. On fait visiter les lieux au petit nouveau... fièrement, on lui montre un nouveau système informatique. Il est constitué de plusieurs ordinateurs hors de prix et plusieurs personnes ont travaillé dessus pendant plusieurs mois... Mon ami est sidéré mais il ne dit rien. Le lendemain matin, il débarque avec son ordinateur portable sous le bras. Pendant la nuit, il a programmé exactement le même système. Enfin, pas tout à fait exactement le même... Le système de l'administration a besoin de 5 minutes pour faire un calcul. Le portable de mon ami fait le même calcul en 2 secondes. Le système de l'administration a de sérieux bogues. Le système de mon ami n'a jamais présenté de problème... Les personnes autour de lui sont très étonnées. On l'emmène montrer la chose aux directeurs... Le résultat est que plus un directeur est élevé dans la hiérarchie, plus il rejette le système de mon ami et plus les raisons qu'il invoque pour cela sont sinistrement stupides. Le système de mon ami est une menace directe pour les directeurs... Leur emploi consiste à monter réunions après réunion et engager des frais pontificaux, pour mener à la réalisation de ces systèmes les plus volumineux et les plus inefficients possibles. Et surtout que cela prenne le plus de temps possible et qu'à la fin on puisse faire une sauterie avec des petits fours et du champagne et beaucoup se congratuler. Mon ami a fini par émigrer... Quand vous racontez ce type de chose à des belges, ils croient que ce sont des faits isolés ou que cela ne cause qu'une légère augmentation des dépenses. Voire, que l'économie y trouve son compte indirectement. Il est impossible de leur faire comprendre que c'est une catastrophe nationale. À l'école on leur apprend que le directeur fait *par définition* ce qu'il faut.

Les occidentaux se moquent facilement des superstitions des Africains. Ils arrivent facilement à la conclusion qu'on ne peut rien pour des personnes aussi bêtes, que quoi qu'on fasse elle ne peuvent que mourir de leur bêtise. Par exemple, des populations entières au Congo croient qu'il ne faut pas parler du SIDA parce que sinon on va l'attraper. Un ami expert en art africain m'en a expliqué la raison. Les symptômes du SIDA ressemblent à une maladie de "vampirisme". La faiblesse et la lente dégradation physique du malade, donnent l'impression que quelqu'un (le vampire) vient la nuit sucer l'énergie (le phlogiston...) de la victime. Tout comme chez les occidentaux on croit qu'un vampire ne peut entrer dans une maison que s'il y a auparavant été invité par ses occupants, les africains croient que le vampire entend de très loin quand on parle de lui ou de la malade et qu'il suit cette trace comme un requin est appelé par l'odeur du sang. L'information médicale étant la technique la plus efficace contre les épidémies, la superstition des africains semble criminellement grotesque aux occidentaux. Ce qu'il importe de comprendre est que la superstition des Africains leur semble tout à fait logique et qu'elle sculpte leur mode de vie et les rapport sociaux. Un autre exemple de superstitions qui font vomir les occidentaux est les "enfants sorciers". Quand les choses vont mal, on accuse un enfant de la famille d'en être l'instigateur. On lui explique comment il a perpétré ses crimes. Un bout d'chou de 6 ans se voit accusé par le tribunal familial d'avoir déterré un cadavre dans le but d'entrer par effraction chez sa tante pour la tuer... La personne qui mène les procès jouit d'un grand prestige au sein de la famille.

Ce que les occidentaux sont endoctrinés à ne pas comprendre est qu'ils ont leurs propres superstitions, extrêmement destructrices pour eux-mêmes et ne servant tout au plus qu'à asseoir le pouvoir de quelques profiteurs courts de visière :
J'ai pris le temps d'observer ce qu'il en était. Mon constat est que :
Des personnes qui abusent massivement de l'aide sociale, j'en ai vue. Mais ce ne sont pas des chômeurs. Ce sont par exemple des bourgeois qui louent des logements à ces chômeurs. Le logement est conforme aux normes mais inhabitable... Si le chômeur demande au bourgeois d'insonoriser un peu une cloison, parce qu'il n'en peut plus d'entendre son voisin, le bourgeois lui répondra qu'il ne peut pas. Toutes les excuses sont bonnes, comme par exemple que l'isolation augmenterait l'épaisseur du mur et donc réduirait le volume de la pièce, qui dès lors n'aurait plus la surface imposée par les normes. Croyez bien que le bourgeois ne demanderait pas mieux que de faire plaisir mais il est tenu par son strict respect des lois... Ne lui faites pas remarqué que de l'autre coté de la cloison se trouve la cuisine du voisin et que réduire un peu le volume d'une cuisine ne cause aucun problème au niveau des normes... Vous pourriez gâcher son intense moment de civisme. L'excuse la plus fréquente et la plus simple est que le bourgeois n'a pas l'argent pour faire ces travaux. D'autres bourgeois vous confirmeront qu'il vit pauvrement, que les banques lui ont joué des tours... L'excuse est utilisée même quand ce que vous demandez ne coûterait que quelques euros. Cela prouve que le bourgeois est vraiment dans une misère extrême. Un peu plus tard vous apprenez que le bourgeois possède quinze maisons et deux appartements à Ostende. Vous vous demandez s'il ne pourrait pas vendre une de ces maisons pour financer des travaux de bon sens dans les autres maisons... Un premier obstacle à cette idée est que manifestement le bourgeois tient à chacune de ses maisons. S'en défaire serait une souffrance à ce point horrible que cela équilibre largement la solitude et l'alcoolisme dans lequel ses locataires ont sombré faute de logement correct... Le deuxième obstacle est qu'aucune de ses maisons ne lui appartient. Elles appartiennent aux banques... Même les maisons dont il était propriétaire, ne lui appartiennent plus, parce qu'elles ont été hypothéquées pour acheter à crédit les autres maisons. Le bourgeois rembourse ses emprunts aux banques. Pour cela, il doit reverser aux banques l'entièreté des loyers qu'il touche et ne peut pas se permettre le moindre frais. Renoncer à une maison pour améliorer les autres, déclencherait un détricotage qui lui ferait perdre presque toutes ses maisons... Et puis, si le chômeur était en meilleure santé, il risquerait de pouvoir travailler et d'acheter une de ces maisons, au nez et à la barbe de ses bienfaiteurs !

On se moque des Africains qui achètent des médicaments périmés par sachets entiers. Vous les voyez ressortir de chez un "pharmacien" avec deux ou trois sachets sales en main, à l'intérieur desquels se trouvent en vrac des comprimés défraichis. Ils achètent un peu n'importe quoi, en n'importe quelle quantité et l'utilisent un peu n'importe comment. Cela représente un grand danger pour les pays occidentaux, parce que l'usage massif et irrationnel d'antibiotiques par les habitants des pays déculturés permet l'essor de souches bactériennes et virales résistantes. Ne parlons pas simplement de l'état sanitaire de ces populations... Les belges aussi pratiquent l'usage irrationnel d'antibiotique mais chez eux cette déchéance est organisée. En Belgique, des plantes médicinales efficaces et sans danger ont été interdites à la vente par les herboristes (par exemple la centella asiatica). Elles peuvent être vendues en pharmacie... commercialisées par l'industrie pharmaceutiques, à des prix exorbitants et dans des conditionnements inutilisables par qui veut réellement se soigner. Discutez avec une personne malade, écoutez ses propos dans une pharmacie ou dans la salle d'attente d'un médecin... Parfois, la solution aux problèmes de la personne est évidente. Mais... il est impossible de la lui expliquer. Elle préfère prendre des médicaments industriels qui ne la guérissent pas mais qui la soulagent. La sécurité sociale paye des milliers d'euros pour des traitements à vie, là où un peu de bicarbonate de soude aurait suffit à guérir la personne... Parfois, je peux en parler avec des médecins ou des pharmaciens étrangers ou très âgés. Ils décodent la situation comme moi... Mais ils ne peuvent souvent rien faire eux-mêmes. Les patients et les clients ne *veulent* pas autre chose que ce qui enrichit des exploiteurs. Un pharmacien m'en a fait la démonstration : devant moi, il a recommandé le bon traitement à une personne. Il ne lui aurait presque rien couté et il l'aurait peut-être guérie en quelques semaines. La personne ne veut pas... Elle ne veut même pas essayer ou même juste essayer de comprendre ce qu'on essaye de lui expliquer. Croyez-vous que cela pourrait fonctionner dans un pays où les enfants ont une véritable éducation scolaire, de vrais cours de biologie et de philosophie ?

On se moque des Africains parce qu'ils vivent toujours dans des coutumes et des superstitions qui datent des sociétés tribales. Parfois, ces coutumes étaient objectivement condamnables. Le plus souvent, les coutumes étaient relativement rationnelles et adaptées à un mode de vie. Ce qu'on observe dans les villes africaines actuelles ne sont que des projections dénaturées des coutumes. Le premier responsable de ces schyzophrénies est le colonisateur, qui a détruit un mode de vie pour ne pas le remplacer par un autre, au lieu de laisser aux population le temps de s'adapter. Le belge, colonisé par essence, depuis le Moyen Âge et par toutes les puissances d'Europe et d'Amérique, ne tombe pas dans un travers différent. Les socialistes durs partent du principe que l'enfant est intrinsèquement génial et ne doit pas être éduqué. Il suffit de le laisser faire pour que sa majesté s'épanouisse... Les échecs immondes de cette politique rousseauistes du 18ème siècle permettent à d'autres de prétendre fondées les théories répressives d'un 19ème siècle catholique. L'enseignement fonctionne encore d'après le canevas des écoles techniques du début de l'ère industrielle, où le technicien n'avait à comprendre que le nécessaire et devait surtout craindre le contremaitre et le directeur.

Les superstitions en Belgique sont peut-être un peu plus intellectualisées qu'au Congo. Elles tiennent un peu de la logique fantastique de Magritte... Par exemple, vous êtes victime de quelque chose de tout à fait illégal. Vous allez dans l'administration compétente et vous vous asseyez devant un fonctionnaire. Vous lui expliquez... Il vous dit d'emblée "c'est illégal !" Vous voilà rassuré... L'administration va faire quelque chose, c'est évident. Hé bien non, il ne se passe rien. Après plusieurs années vous finissez par comprendre ceci : par "c'est illégal", les fonctionnaires entendent : "cela n'a pas à exister", ce qui se traduit par "fermez-là". Un autre exemple : vous habitez un immeuble où il n'y a aucune insonorisation. Cela vous cause d'importants problèmes et dégrade votre niveau de vie. Vous vous plaignez donc du fait que vous entendez vos voisins... On répondra invariablement : "oui mais eux aussi vous entendent et eux aussi cela leur pèse !" Dans l'esprit du fonctionnaire belge, l'agression que vous subissez de la part de vos voisins est contrebalancée par l'agression que vous leur faites subir et donc tout est bien. Vous essayez alors de leur expliquer que vous vous plaignez de l'immeuble et non pas des voisin, que si on investissait un peu d'argent dans l'immeuble cela irait infiniment mieux pour tout le monde et que l'économie du pays en bénéficierait aussitôt... Ils ne sont pas intellectuellement capables de suivre votre raisonnement.

Chaque fois qu'il y a un accident en Belgique, il apparait que des personnes avaient prévenu depuis longtemps que cela allait arriver. Mais on n'a rien fait... Parce que si on devait faire quelque chose pour un cas, il faudrait le faire pour tous... Par exemple, j'habite dans un immeuble où toutes les conditions de sécurité-incendie sont explosées : les extincteurs ne sont pas entretenus, le couloir d'entrée est tapissé de caisses inflammables et un logement est entièrement rempli de ces caisses inflammables, pour ne citer que les faits les plus importants. Cela est rehaussé par l'absence de sortie de secours, la cage d'escalier est étroite et en bois et les planchers sont en bois d'allumette. J'ai écrit pour signaler le problème... On m'a rit au nez. Au mieux, j'ai reçu des réponses embarrassées de fonctionnaires comme quoi il n'y a pas de problème et de toute façon ce n'est pas de leur ressort. J'ai écrit aux pompiers, ce qui me semblait de bon sens. Sommes-toutes, leur propre sécurité est en jeu tant l'immeuble forme un piège de flammes et de fumées toxiques. Ils m'ont répondu que leurs statuts leur interdisent de faire quoi que ce soit... Cela dure ainsi depuis près d'un an. Parallèlement, des amis me racontent comment des fonctionnaires débarquent sur leurs lieux de travail et contraignent la direction à faire des travaux inutiles dont le coût est exorbitant. Un jour, vous vous faites injurier parce que la cantine utilise des planches en bois pour découper la viande, deux mois plus tard vous êtes traité de criminel parce que vous utilisez des planches en plastique... On laisse faire ce qui est très grave et on écrase pour des détails qui n'avaient posé aucun problème à personne. Les ingrédients de la recette sont l'incompétence et la nécessité d'écraser. Par contre si vous avez confié votre comptabilité ou la gestion de votre immeuble à des amis des représentants politiques locaux, étrangement on ne vous reproche plus jamais rien...

La compréhension de ce qu'est un état moderne est virtuellement nulle. Elle se limite à quelques stéréotypes, que les plus doués des politiciens réussissent à répéter devant les caméras, en les adaptant tant bien que mal aux circonstances. Le mode de vie réel est pire que tribal, ce n'est qu'une bande macaque ayant trouvé la caisse de vivre d'un explorateur. Les ressources du pays sont gaspillées, comme le macaque écrase un berlingot de jus de fruit pour ne réussir à en tirer que quelques goutes à boire. Essayez de leur faire comprendre, ils vous répondront hilares et ivres de joie que tout est bien ainsi.

Dans un état moderne comme dans une nation tribale, on fait la différence entre le bien public et le bien privé. Vous pouvez vous montrer généreux de vos propres biens ; les mettre en commun si cela vous procure du bien-être, mais si vous avez la charge de la gestion de biens publics, leur attribution doit suivre les règles énoncées par la communauté... L'Africain qui puise sans malice dans la caisse de son employeur pour donner à un ami, n'a pas appris la nuance. Le wallon qui se sert de sa position administrative pour privilégier des connaissances, a exactement le même problème. On essaye de faire passer l'un et l'autre pour des malhonnêtes... On prétend que la police les traque... À l'occasion on en pend quelques un en place publique... On refuse de comprendre qu'il ne s'agit que d'un problème d'éducation. On ne le leur a pas appris à l'école et on ne voudra jamais admettre que l'école ne remplit pas des objectifs élémentaires. Le sacrifice humain consiste à punir en justice une personne qui était sûre de bien faire. Mieux vaut sacrifier quelques individus que le système entier...

Apprendre et travailler pour le bien-être de la communauté, sont des pulsions génétiquement programmées. Il faut 20 ans au système d'éducation belge pour détruire le besoin d'apprendre et la capacité à s'occuper d'autrui, et remplacer le tout par le besoin de choses inutiles, la terreur de ceux qui étaient sensés vous protéger, l'art de s'auto-détruire, l'incapacité au travail utile et la résignation.

Le Congo est un des pays le plus détruits alors que son sous-sol et son agriculture sont les plus riches de la planète. La Belgique touche des subsides de l'Europe et son enseignement est classé un des plus mauvais d'Europe, alors qu'elle est le centre politique de la plus grande puissance économique mondiale, située en bord d'océan et zébrée de fleuves et de canaux. Arriéré judiciaire, prisons viviers du banditisme, fonctionnaires fous partant à l'assaut des citoyens... Dire que le Congo a été victime de la Belgique est une grossière erreur. Les Belges comme les Congolais, sont victimes d'un même égrégore de bêtise sordide et d'intérêts primaires. Les scientifiques congolais trouveront en Belgique les descendants des coloniaux fascistes, tenant les mêmes discours que leurs ancêtres. Les belges, à leur tour, trouveront au Congo des caricatures de leurs administrations. Les deux nations peuvent se tourner de concert vers les pays modernes et apprendre à respecter les Droits de l'Homme.

J'allais oublier : en Belgique comme au Congo, la nationalité est une insulte. Au Congo, quand un congolais est vraiment très fâché sur un autre congolais et qu'il veut lui manifesté l'ampleur de son dégoût, vous entendiez articuler "Zaïrois !" avec lenteur et un brin de vomi sur le ï. En Belgique, j'entends régulièrement des expressions comme "mais c'est pas possible, ce type est vraiment un belge !" ou encore "arrête de faire le belge".



Eric Brasseur  -  19 février 2010