La "baisse" de la criminalité à Liège
On annonce une baisse de la criminalité à Liège. Ne s'agirait-il pas
plutôt d'une baisse du nombre de crimes enregistrés ?
- Un commerçant m'a expliqué que son agent de quartier déploie de
grands
efforts pour obtenir qu'on ne dépose pas plainte, quand des vitrines
ont été taguées. Cela lui évite de devoir faire la paperasse.
- La boite aux lettres du commerce d'un ami est défoncée à coup de
poing par un toxicomane. Un client de mon ami en est outragé et prend
le toxicomane par
le collet pour l'amener au poste de police qui se trouve cent mètres
plus
loin. Il croit qu'on va prendre son témoignage... mais on lui dit que
ce ne sera pas nécessaire. Cinq minutes plus tard le toxicomane est en
liberté. Mon ami arrive un peu plus tard au poste, pour déposer plainte
pour le bris de sa boite aux lettres. S'il n'y a pas depôt de plainte,
il n'y
aura pas de poursuites... On lui répond qu'on ne retrouve pas le
dossier et que ah c'est dommage mais il ne va pas pouvoir déposer
plainte.
- Des gamins ont tenté plusieurs fois de voler la voiture d'un ami.
Ils
font cela dans tout le quartier. Leurs parents ne veulent plus d'eux.
On les a bien placés en IPPJ mais ils se sont évadés. Le policier a
expliqué à mon ami que ben oui on ne peut rien faire... et puis il lui
a reproché de ne pas acheter une nouvelle voiture, plus moderne, plus
difficile à voler. Il y a aussi eu des cambriolages. Quand une victime
téléphone à la police parce que les gamins viennent d'entrer, on lui
répond de surtout les laisser faire.
Les policiers ne sont pas la source du problème. J'ai aussi des
anecdotes en leur faveur... Un ami me raconte encore comment un agent a
patiemment travaillé pour retrouver un escroc qui l'avait embobiné.
J'ai assisté à des interventions où les policiers prennent des risques
et sont impressionnants d'efficacité. J'ai vu des policiers déployer un
grand raffinement de psychologie pour reprendre en main des gamins sur
la mauvaise pente. Ils sont remarquables.
Le problème vient d'en haut. Pour se faciliter la vie et donner une
bonne image de la ville dans les statistiques... il suffit d'arrêter
d'embêter les criminels. C'est logique. Et très social ! (Le Président
Mobutu avait fait le contraire : en prévision du match de boxe
légendaire qui s'était déroulé à Kinshasa sur son invitation, il avait
fait emprisonner ou exécuter une partie des délinquants. Les autres
avaient compris et s'étaient tenus cois. Chacun sa méthode...)
Lors d'événements publics, des policiers ont reçu instruction de ne pas
faire la chasse aux pickpockets. Ils devaient se contenter de faire
acte de présence. Parce que, les pickpockets sont couvés par diverses
associations de protection des droits de l'homme. Dès qu'on en arrête
un, cela engendre un très fatigant va et vient d'avocats scandalisés.
Les agents subissent un peu la même chose que les victimes des
agressions... On relâche
immédiatement les personnes qu'ils arrêtent, les scellés qu'ils placent
sont violés en toute impunité... Leurs horaires de travail sont
aberrants, ils
manquent de matériel... Pas étonnant que certains finissent par être
démotivés, voire sombrent dans l'alcool ou se suicident. On leur fait
comprendre qu'ils ont un salaire donc que tout va bien pour eux et que
l'idéal est de ne pas faire de vagues.
On dirait presque que malfrats et notables, même combat. Un mot d'ordre
: être discret. Vous faites ce que vous voulez, mais cela ne doit pas
faire la une des journaux. Si vous êtes trop bête pour jouer le jeu, si
vraiment il
faut se fatiguer à vous arrêter et vous condamner, alors la prison de
Lantin vous
accueille. Crasse, rackets, oppression, torture par le bruit ou par le
froid, drogue à gogo et obligation de rendre service aux dealers. Cette
déshumanisation va vous pousser à vous insérer dans la société...
Eric Brasseur
- 17 juin 2011