Le babouinage
Quand j'essaye de définir la Wallonie, une image
revient : un camion de transport de bananes renversé sur une
petite route et une troupe de babouins occupée à ouvrir les caisses et
à s'empiffrer.
Une chose difficile à comprendre pour beaucoup de personnes, et c'est
peut-être là le nœud de la décrépitude sociale et économique de la
Wallonie, est que les babouins sont en guerre contre les cultivateurs
de bananes. Parce que, les cultivateurs de bananes voudraient bien
empêcher les babouins de saccager les camions.
Un autre élément étrange
est le fait que les babouins se font passer pour des cultivateurs de
bananes. Cela est nécessaire pour obtenir toujours plus de camions et
de bananes de l'état fédéral.
Les élus politiques favoris des babouins
sont ceux qui affirment la légitimité d'un flux constant de nouveaux
camions de bananes. Les personnes externes au système les perçoivent
comme des gangsters qui avilissent la population. Mais
pour les babouins, ils sont des héros. On les plébiscite aux
élections. On ne comprend pas bien que certains leurs reprochent d'être
assis sur des montagnes de caisses de bananes puisque, c'est bien là
leur rôle : régner sur les caisses de bananes. Chacun est flatté des
quelques caisses de bananes que tel ou tel élu lui a redistribué, du
petit flux de bananes qui lui a été garanti... Cela a pour conséquence
que beaucoup de babouins moins doués ne reçoivent pas assez de bananes
pour vivre dignement. Mais ils n'ont qu'à faire comme les babouins qui
réussissent... La preuve est là, devant tout le monde, que les babouins
qui s'agglutinent autour des élus babouins reçoivent de belles
bananes. Si on n'a pas assez de bananes pour vivre, c'est qu'on a fait
preuve de mauvaise volonté...
En réalité, les babouins défavorisés sont nécessaires au système, parce
qu'ils sont un de moyens de justifier la venue de camions de bananes.
On fait comprendre à l'état fédéral que si les sous-babouins
souffrent trop, ils pourraient se révolter. Et il y a tout un système
pour prélever un maximum des bananes qui leur étaient destinées. Si
vous critiquez la chose, les babouins vous
regarderont avec stupéfaction et un peu de pitié dans le regard. Vous
ne comprenez donc pas que ce système est nécessaire à la sécurité de
leur
vie sociale...
L'état fédéral prétend ne vouloir privilégier que les cultivateurs de
bananes. Cela oblige les babouins à de scabreuses gymnastiques pour
continuer à obtenir des camions de bananes :
- Il faut créer des écoles pour former des cultivateurs de bananes.
Tous les aspects de la culture de bananes sont abordés : la Botanique,
l'Agronomie, la Biologie, la
Comptabilité, la Science des Moteurs à Explosion, la Science des
Routes... Il s'agit de former des
personnes parfaitement à même d'être présentées à la télévision comme
d'éminents et d'éminentes cultivateurs et cultivatrices de bananes.
Mais il ne fait surtout pas
que ces personnes se mêlent le moins du monde de culture de bananes. Un
enfant qui aurait découvert que quand on plante un rhizome de bananier
on obtient des bananes, est un traitre à tous les babouins. Il est une
saloperie de cultivateur de bananes ! Pour qui se prend-il donc ?
Suivant les cas, ces enfants
apprennent à se cacher parmi les babouins, fuient le pays ou se
suicident.
- L'état fédéral impose des contrôles. Ça par contre, les babouins
aiment beaucoup. Parce que, il faut payer les babouins qui font les
contrôles... Donc cela justifie d'envoyer des camions de bananes...
Donc les babouins créent un maximum d'organismes de contrôles et
envoient des babouins contrôleurs partout partout et ils saccagent tout
et ils reçoivent plein de bananes. C'est merveilleux. Chaque règlement,
chaque norme... est autant de façons de faire
basculer les camions à bananes ou de faire comprendre aux cultivateurs
de bananes qu'ils feraient mieux de se suicider.
Avant toute chose, les babouins exigent le respect.
Je présente
mes excuses aux véritables babouins, pour les avoir utilisés dans le
présent texte
d'une façon qui ne rend pas justice à leur intelligence, à leur
organisation sociale, au soin qu'ils
portent à leurs jeunes...
Eric Brasseur
- 14 au 16 septembre 2011