Mon syndrome d'Asperger et la société
Qu'est-ce que le syndrome d'Asperger ?
L'explication la plus simple est une forme légère d'autisme. On le
compare souvent à "l'autisme de haut niveau".
De nombreuses années avant que je ne me découvre Asperger, un ami
avait fait remarquer que je suis comme un autiste mais qui mettrait
son intelligence à profit pour compenser. C'est presque la
définition médicale de l'Asperger... Une personne dont le cerveau ne
réagit pas d'instinct à beaucoup de choses mais qui par le
raisonnement et l'observation apprend à réagir malgré tout, plus ou
moins correctement, dans beaucoup de situations.
Une mise en garde est à faire : on parle de "syndrome" d'Asperger.
Cela veut dire qu'on diagnostique chez la personne un profil général
: des types de comportements, de problèmes et des particularités. On
ne sait pas *pourquoi* la personne est ainsi. On peut comparer avec
le mal de tête. On peut diagnostiquer chez une personne "le syndrome
du mal de tête". Allez savoir à quoi ce mal de tête est dû. Grippe,
rhume, coup sur la tête, gueule de bois, interlocuteur assommant...
Une chose est sûre : l'aspirine fonctionne dans tous les cas.
D'après mes dernières lectures, l'autisme serait causé par un
problème de croissance du cerveau, dû à une agression du cerveau.
Cette agression pourrait être le fait de crises d'épilepsie chez le
nourrisson, un virus, une intoxication de la mère aux métaux lourds
ou à des polluants chimiques... L'autisme ne serait pas génétique en
soi mais il y aurait une prédisposition génétique à l'autisme : une
moindre capacité à résister à ce type d'agression. Un peu tout peut
influencer le développement du cerveau du foetus ou du nourrisson...
On constate par exemple des problèmes de retard scolaire plus ou
moins graves si la mère a fumé, bu de l'alcool ou pris de la cocaïne
pendant la grossesse. On constate même des problèmes de retard
scolaire chez des enfants qui ont regardé la télévision quand ils
étaient bébés. Une approche médicale adaptée peut diminuer les
dégâts faits au cerveau de l'enfant.
L'autisme semble être lié à un problème d'enzymes
dans le cerveau. Un défaut génétique serait à l'origine de la
malformation d'un ou quelques enzymes. Une équipe scientifique
anglaise vient de réussir l'exploit de diminuer les comportements
autistes chez des souris en inhibant un enzyme de leur cerveau. Une
autre piste serait la toxoplasmose, dont le parasite infecte
expressément les cellules du cerveau et modifie le comportement.
Peut-être certains cas d'autismes sont-ils causés par un défaut
génétique, sans que l'environnement soit en faute. À l'autre
extrême, des cas d'autisme sont certainement causés par une
agression externe grave, alors que l'enfant n'avait aucune fragilité
génétique. Entre les deux, il y aurait des cas d'autisme où une
particularité génétique a induit une plus grande fragilité à une
agression externe.
A peu près tout ce que contient le présent texte a été expérimenté
par moi et par mon ami Dimitri. La majorité des renseignements
utilisés proviennent de sites médicaux américains et français sur
l'autisme et le syndrome d'Asperger.
Un "neurotypique" est une personne normale, qui n'est pas Asperger
ni spécialement autre chose. J'aime bien utiliser ce terme.
Prononcez "Asperger" avec le "ge" comme le "gue" de "guenilles" et
marquez bien le "r" final. Un peu comme "Aspergheure" mais avec le
"heure" plus court.
Quels sont les symptômes du syndrome
d'Asperger ?
Hans Asperger, un médecin Autrichien qui décrivit le phénomène dans
les années 1940, observait des enfants qui avaient des difficultés
d'intégration sociale et qui se comportaient comme "des petits
professeurs". Les lecteurs de mon site verront sans doute tout de
suite ce qu'il entendait par "petit professeur".
Ce site propose un résumé de l'article de Hans Asperger :
Le problème fondamental que pose l'autisme est une difficulté à
se faire "une idée générale cohérente des choses". Quand une
personne neurotypique (une personne normale) voit par exemple un
bureau, sur lequel se trouvent du papier, des stylos, une
agrafeuse... elle se dit sans y penser : "voilà un bureau". En
remarquant instinctivement la présence des outils de travail de
bureau, aussi en remarquant le design du bureau et de la chaise qui
se trouve devant, la personne arrive involontairement et en une
fraction de seconde à la conclusion qu'elle se trouve devant un
bureau. Un autiste, par contre, remarque certes la présence de
papier, la présence de stylos... Il voit bien que cette table est
grise et non rose bonbon... mais il n'arrivera pas forcément à la
conclusion qu'il s'agit d'un bureau. C'est une démarche moins
naturelle pour lui. Si vous déplacez un objet sur le bureau, pour
une personne neurotypique ce sera toujours un bureau, utilisable
pour travailler. Si vous enlevez un des stylos, il est toujours
possible d'utiliser un de ceux qui restent... Pour déranger une
personne normale, il faut par exemple remplacer le bureau par une
table de cuisine, avec dessus des casseroles et des couteaux. Vous
arrivez le matin au bureau et vous trouvez une table de cuisine à la
place du bureau que vous aviez laissé la veille... ce changement
peut vous rendre très inquiet. Vous a-t-on viré et a-t-on affecté
votre bureau à un autre usage ? Etes-vous victime d'un collègue un
peu sot ? Pour inquiéter un autiste, il peut suffire de changer un
détail du bureau : changer un objet de place, enlever ou ajouter un
objet... L'inverse est vrai aussi : si vous enlevez un élément
essentiel du bureau, par exemple la chaise, une personne normale
sentira instantanément que cela compromet l'utilisabilité de
l'ensemble. Un autiste pourrait n'y voir que du feu. En toute
généralité cela tend à empêcher un autiste de s'adapter aux
événements. Une anecdote que j'ai lue dans un livre raconte qu'un
autiste s'est un jour trouvé devant une signalisation piétonnière
perpétuellement au rouge. Il ne pouvait pas traverser la rue... Une
personne normale ne mettrait pas plus de quelques minutes à se
rendre compte du fait que le feu rouge est manifestement en panne et
elle traverserait en étant prudente. Elle n'aurait même pas vraiment
besoin d'y réfléchir ; elle traversera "naturellement" la route,
après un certain temps d'attente. Un autiste, par contre, peut
rester piégé indéfiniment dans la règle "on ne traverse pas quand le
feu est au rouge".
Dans le cas particulier d'un Asperger, un simple bureau modifié ou
un feu rouge en panne, ne poseront pas de problème. Par contre je
peux avoir les pires difficultés à comprendre ce que me veulent une
personne ou un groupe de personnes. Si j'ai affaire à un seule
personne ou si les relations entre les personnes sont standard et
évidentes, cela se passe bien. Par contre quand le jeu social
commence, avec ses non-dits et ses stratégies fluctuantes... je suis
complètement perdu. Au mieux, en analysant laborieusement ce que
j'observe je peux finir par comprendre beaucoup de choses, mais trop
tard, quand la fête est déjà finie... Même dans des situations
simples comme un dîner entre amis je peux déranger, parce que je ne
suis pas dans l'atmosphère ou parce que je me trompe d'atmosphère.
Si une personne veut avoir une conversation avec moi et en même
temps une télévision est allumée dans la pièce, mon cerveau est
incapable d'isoler la télévision pour se consacrer à la personne. Il
n'est pas non plus capable d'écouter à la fois la télévision et la
personne, comme peuvent le faire beaucoup de personnes normales. Ce
type de situation peut me mettre en état de confusion mentale très
rapidement et effrayer un peu mon interlocuteur par ma supplique
soudaine de couper la télévision. Pendant longtemps j'ai eu un
cuisant problème : des amis me demandaient souvent de passer chez
eux pour dépanner leur ordinateur ou un autre appareil. Pendant que
je m'attelais à la tâche, ils s'asseyaient à côté de moi et me
racontaient leurs petits malheurs. Cela m'a fait bâcler beaucoup de
réparations et pouvait me mettre dans un état de souffrance. Je ne
pouvais, ni ne pas réparer l'appareil, ni refuser de les écouter...
À présent je m'emploie à leur expliquer de la façon la plus
technique possible que je ferai une chose *après* l'autre. Ils le
prennent parfois très mal et je dois faire usage d'autorité pour le
leur imposer.
Un Asperger a en particulier des difficultés à percevoir le langage
du corps d'un interlocuteur. Supposons que je démarre un flot
d'explications pour répondre à une question. Pour une personne
normale, il serait évident que mon interlocuteur voudrait que
j'arrête de débiter des renseignements à la chaîne. La personne
normale ne sait même pas pourquoi elle sent cela. Son cerveau décode
inconsciemment les mouvements du corps de la victime, qui traduisent
l'ennui ou la gêne. Pour moi, même si je remarque consciemment les
mimiques du visage et du corps de l'interlocuteur, elles me
paraîtront étranges, sans signification. Il m'est souvent arrivé de
me dire, plusieurs heures ou plusieurs jours après : "mais... il
aurait voulu que je m'arrête de parler..." Je m'entraîne à améliorer
cela, à arrêter de parler dès que j'observe les signes d'ennui. Mais
ce n'est pas naturel. (Plusieurs neurotypiques m'ont fait remarquer
qu'ils ont le même problème et qu'ils ne considèrent pas cela comme
un trait spécifiquement autiste ou Asperger. Ils ont bien sûr
raison. C'est pour cela que l'Asperger correspond à un ensemble de
traits et non à un fait particulier comme celui-ci. Mais quand on
l'est, on l'est, et cela forme un personnage très typique.)
Un phénomène amusant de la part des Asperger est la tendance à
"écrire aux autorités". Pour signaler une anomalie, un souci de
sécurité publique... Combien de lettres de suggestion n'ai-je pas
envoyées à la bibliothèque locale... Cela me vaut parfois de petits
ennuis, comme le jour où ma lettre pour signaler un problème de
sécurité sur un chantier public a été transmise à l'entrepreneur des
travaux, avec mon adresse. Je l'ai eu devant ma porte, à me menacer
de me faire un procès... Une partie des lettres que j'ai envoyées
étaient creuses. Quand j'ai appris que c'est un symptômes possible
de l'Asperger... je me suis senti un peu bête. Je continue à envoyer
des lettres mais j'essaye d'en assurer la qualité et la pertinence.
Le "problème" de l'Asperger est qu'il part du principe que s'il
signale un problème concrêt aux autorités, elles feront
automatiquement quelque chose pour y remédier. Comment pourrait-il
en être autrement ? Parfois, mes lettres ont été suivies d'actions
concrètes. Mais il y a des situations très graves, pour lesquelles
j'ai donné des débuts de preuves, et les autorités n'ont jamais
réellement réagi...
Les "neurones miroirs", découverts récemment, sont une possibilité
pour expliquer l'autisme. Que sont les neurones miroir ? On savait
déjà que quand une personne pense faire un geste -mais ne le fait
pas- les régions du cerveau qui servent à coordonner le geste
entrent en activité. Elles "calculent" ou "simulent" le geste, même
si le geste n'est pas destiné à être mis à exécution. Il se trouve
que ces régions du cerveau entrent également en activité *si la
personne voit une autre personne faire le geste*. Ce serait le rôle
des neurones miroirs. Pourquoi cette activité ? Parce que cela
permet de comprendre *pourquoi* l'autre personne fait le geste. En
somme, le cerveau délègue une partie du travail pour la
compréhension d'un geste, aux régions du cerveau dont le rôle est de
coordonner ce type de geste. C'est ce qui permettrait au cerveau de
comprendre rapidement et sans efforts la majorité des gestes qu'il
observe, faits par d'autres personnes. Les neurones miroirs
interviennent aussi pour imiter les gestes d'une autre personnes.
Ils interviendraient également dans des situations plus complexes,
comme la constitution de l'identité. Un autiste aurait un
dysfonctionnement des neurones miroir...
Un autre piste récente serait le cortisol, la noradrénaline et
l'organe du cerveau qui contrôle la température du corps. Le cerveau
d'une personne normale produit une décharge de cortisol et de
noradrénaline quand la personne est confrontée à une situation
neuve. C'est un "kick", qui met en route les mécanisme du cerveau
nécessaires pour affronter la situation. Il semblerait que cela ne
se produit pas chez les autistes et les Asperger. Le centre de
contrôle de la température, qui est responsable de la production de
ces deux substances, présente une déficience. Un phénomène qui a
mené à cette hypothèse est qu'on a constaté qu'un enfant autiste
perd en partie ses symptômes quand il a de la fièvre. On espère
décrypter la chaîne biologique du problème et trouver des
traitements appropriés...
L'autisme et l'Asperger seraient causés par une croissance anormale
des connexions dans le cerveau. Les surcapacités de certains
autistes pourraient s'expliquer par une tentative du cerveau de
compenser le problème. Par exemple, on voit dans certains cerveaux
un manque de connexions entre des neurones distants mais un excès de
connexions entre neurones proches. L'origine du problème serait liée
au dysfonctionnement de plusieurs gênes et à l'environnement. Avoir
un ou deux de ces gênes "détraqués" ne poserait pas forcément un
problème mais certaines combinaisons entraîneraient ces problèmes de
croissance du cerveau. L'environnement, par exemple la pollution,
pourrait dans certains cas faire la différence. Deux personnes
peuvent avoir la même combinaison de gênes ayant un problème mais
une seule des deux personnes va développer un problème dans le
cerveau, parce qu'elle est d'avantage exposée à des métaux
toxiques... Dans certains cas le problème de croissance du cerveau
peut donc être compensé. Il y a des cas d'enfants autistes qui
cessent de l'être grâce à une prise en charge médicale précoce. On
développe actuellement la compréhension des divers mécanismes
neurologiques impliqués et on arrivera certainement à pallier
de mieux en mieux aux divers cas de figure (en adaptant la
nutrition, avec des moyens chimiques ayant un effet direct sur les
neurones, en faisant de la rééducation pour amener le cerveau à se
configurer de façon appropriée...)
Les avantages des inconvénients
Dans le film "Rain Man", le don pour les détails du héros autiste
est mis à profit par son frère pour mémoriser des jeux de cartes et
gagner au casino. Dans le même esprit, mon souci des détails peut
faire de moi un excellent professeur. Si vous demandez à un homme de
métier neurotypique de vous expliquer comment fonctionne son outil
de travail, il ne comprendra peut-être même pas votre question. Pour
lui, il suffit "de le faire fonctionner". Il n'a plus conscience du
grand nombre de détails qu'il faut maîtriser. Si vous essayez de
faire fonctionner l'outil, l'homme de métier sera très surpris de
vos difficultés et prendra peut-être la peine de vous expliquer
chaque chose sur laquelle vous butez. Si vous avez affaire à moi,
vous aurez dès le départ des explications claires et complètes sur
tout. Je vous mettrai en garde contre les pièges et les soucis de
sécurité... Vous deviendrez aussi savant que moi. On peut
reconnaître un Asperger à cela : si vous lui posez une question, il
vous fera un exposé complet, d'une traite, en souhaitant ne pas être
interrompu. Il ne vous récite pas un article d'encyclopédie comme le
font certains neurotypiques pseudo-instruits. L'Asperger comprend
tout ce qu'il vous dit. Vous souhaitez savoir, alors il vous fait
cadeau de ce qu'il y a à savoir...
C'est
une aptitude merveilleuse d'un cerveau neurotypique que de pouvoir
se faire un concept de toute situation ; de dégager la cohérence la
plus adéquate de tout événement. Vous voyez une table verte sur
laquelle se trouvent des feuilles et des stylos, en une fraction de
seconde vous pensez que c'est un bureau et vous avez bien raison.
Dans toutes les circonstances de la vie les choses vous apparaissent
ainsi, simplement et naturellement. Un Asperger, serait plutôt comme
un machiniste du théâtre, qui vit dans les câble et les poulies des
soubassements, qui assiste au maquillage des acteurs et à la pose
des décors... mais qui ne comprend pas pourquoi le mari tue l'amant
au second acte. Enfin si, il peut le comprendre, mais de façon
technicienne, en lisant un livre de criminologie psychiatrique. Ce
handicap peut aussi être un avantage. L'aptitude des neurotypiques a
ses limites. En particulier, les neurotypiques ont une fâcheuse
tendance à utiliser les stéréotypes qu'on leur a appris.
L'intelligence d'un neurotypique se résume souvent à trouver
rapidement dans quelle petite boîte il faut ranger une chose. Il y a
la petite boîte "gentil" et la petite boîte "méchant", la petite
boîte "utile" et la petite boîte "je ne le connais pas", la petite
boîte "c'est un bureau" et la petite boîte "c'est une table de
cuisine". Les neurotypiques ont une fâcheuse tendance à fonctionner
comme les administrations. Par exemple, dès que j'ai eu 21 ans j'ai
pris un registre de commerce pour travailler comme informaticien.
L'intitulé de mon registre de commerce a été "atelier de
mécanographie", parce que la petite boîte "informaticien" n'existait
pas dans l'administration... N'importe quoi. Un "intellectuel"
neurotypique est une personne qui lit des livres pour apprendre de
nouvelles petites boîtes. Un chef de secte est un personne qui
invente des petites boîtes pour ses adeptes. Si les petites boîtes
sont adaptées aux émotions naturelles des adeptes, elles auront
beaucoup de succès même si elles sont idiotes. Le travail d'un
dictateur consiste à imposer à la population les boîtes qui lui sont
utiles. Le drame de l'occident est le nombre restreint de ses
petites boîtes. Dimitri et moi discutons souvent des problèmes de
société. D'une certaine façon, les entreprises, les administrations,
les académies et les familles, nous apparaissent comme autant de
petites sectes. Nous passons notre temps à décoder leurs rouages.
Parfois, les "boîtes" de ces petites sectes sont bien pensées et
productives. On dit du patron de l'Aéropostale qu'il avait réussi à
imposer la mystique du courrier ; "le courrier avant tout !" Trop
souvent, les petites boîtes sont autant de superstitions ou ne
servent qu'à exploiter et contrôler, au désavantage du plus grand
nombre.
La confusion que certains spécialistes font parfois
entre Asperger et schyzophrénie est intéressante. Après avoir un peu
étudié la schyzophrénie, je la résumerais ainsi : le cerveau est
devenu sensible au point de détecter des choses qui n'existent pas.
Pensez par exemple à un antivol de voiture. Il contient un détecteur
de mouvement. Si la voiture bouge, le détecteur s'en rend compte et
cela fait entrer en action une sirène d'alarme. Tout est dans le
degré de sensibilité du détecteur. S'il est trop peu sensible, un
imposant haltérophile peut s'asseoir au volant de la voiture sans
que le détecteur ne déclenche. L'antivol ne fonctionne pas
correctement, par manque de sensibilité... Si à l'inverse le
détecteur est réglé trop sensible, un simple chat sautant sur le
capot fera déclencher la sirène d'alarme. Ça, c'est la paranoïa.
C'est un dysfonctionnement, malgré tout cela reste dans le cadre du
principe de fonctionnement de l'antivol. La schyzophrénie, c'est
quand le détecteur croit détecter du mouvement alors qu'il n'y a
rien du tout. Régulièrement, l'antivol se met à sonner, alors qu'il
n'y a eu rigoureusement aucun mouvement de la voiture. On rencontre
cela par exemple chez des savants qui se sont confrontés à des
problèmes trop complexes. Comme ils ne trouvent aucune solution,
leur cerveau tend à devenir de plus en plus sensible aux idées, à la
recherche de la moindre amorce de solution, de la plus fluette
indication. Cette hypersensibilité finira par leur faire entendre
des voix intérieure, leur fera croire à des complots... toutes
choses qui n'existent pas du tout mais que leur cerveau détecte et
génère à présent, "par mauvais réglage ; sensibilité au point de
détecter ce qui n'existe pas". On rencontre cela également chez des
personnes qui ont vécu longtemps dans des situations conflictuelles
sans pouvoir trouver de repères pour réussir à composer. La
schizophrénie a une base neurologique et héréditaire ; certaines
personne sont plus susceptibles que d'autres d'entrer en
schizophrénie. On peut agir sur la schyzophrénie par des médicaments
qui calment les neurones ; qui désensibilisent le cerveau et le
ramènent vers une sensibilité plus réaliste. La meilleure approche
est souvent, je suppose, de mettre la personne au calme et de lui
réapprendre à communiquer. Les Asperger, quant à eux, sont réputés
être des personnes très sensibles. Cela provient entre autres du
fait que leur cerveau n'a pas les "filtres" pour éliminer
automatiquement les informations superflues. C'est un handicap, mais
c'est aussi parfois un avantage. Une personne normale est
conditionnée par le système pour accepter certaines choses. Ses
filtres lui sont taillés sur mesure. Un Asperger, par contre, est
obligé de trier consciemment toutes les informations qui lui
arrivent. Il échappe donc en partie au conditionnement général ; il
va s'indigner pour des choses que les personnes normales ne
remettent plus en question.
L'Asperger pourrait être un de ces "bons sauvages" dont fantasmais
Rousseau. Les humains "normaux" sont conçus pour adopter les règles
et le mode de vie de leur société ou de leur milieu social. On
retrouve ainsi des mode de vie et des perceptions des choses
radicalement différents d'un coin à l'autre de la planète. Un
individu appartenant à un mode vie, peut trouver le mode de vie d'un
autre groupe totalement absurde. Mais s'il reste de nombreuses
années dans cet autre système, il peut finir par s'y assimiler et à
présent trouver son mode de vie initial totalement absurde... Un
niveau élevé d'éducation se caractérise par l'aptitude à au moins
comprendre des modes de vie différents. Ces modes de vie différents,
avec leurs logiques internes différentes et leurs références
culturelles différentes, sont supposés être adaptés à la survie du
groupe, à l'endroit de la planète où il se trouve et avec le niveau
de technologie dont il dispose. Il est donc bon que les individus du
groupe adoptent ce mode de vie, mais, en particulier, il est bon que
tous les individus du groupe partagent cette même perception des
choses, pour que tout soit fluide et efficace entre eux. Il vaut
mieux un mode de vie un peu moins bien adapté, mais partagé par
tous, que plusieurs modes de vie différents, plus performants, mais
qui ne se comprennent pas entre eux et créent une société en
perpétuelle dissonance... L'Asperger est fortement handicapé pour
adopter un de ces modes de vie. Son handicap est au coeur de cette
question. Mais si l'Asperger a des difficultés à s'intégrer à une
société humaine, cela ne veut pas dire qu'il n'a pas des sentiments
humains... Je constate chez tous les Asperger que j'ai fréquentés ou
dont j'ai entendu parler, une forte tendance à l'altruisme et une
grande affectivité. Ils sont comme ces tribus sauvages de quelques
individus, où le tissu de société est très faible. Ils n'ont que
leurs émotions humaines de base et ne peuvent pas s'intégrer
correctement au jeu d'une société évoluée. Ils peuvent
éventuellement intellectualiser la chose et devenir un de ces
"sages" qui comprennent les différentes sociétés, en spectateurs
externes... Ils peuvent se rendre très utiles de la sorte. Mais je
crois que l'Asperger peut apporter une contribution plus importante
encore, quand la société est détraquée. La société occidentale, par
exemple, est en gros gouvernée par des mafias qui considèrent le
reste de l'humanité comme un bétail que l'on exploite en le
détruisant. Cela a amené un mode de vie où tout est détraqué : les
relations affectives au sein des familles sont obliterrées par la
volonté de parraître vis à vis de l'extérieur, on détruit les
enfants en les gavant de sucre et de télévision, le bagage
philosophique est réduit à presque rien... Tout fonctionne pour que
les individus remettent leurs ressources aux mafias au détriment de
leur survie. Par exemple, en achetant très cher des médicaments qui
ne sont que des palliatifs, tout en continuant à payer très cher des
aliments qui sont la cause des problèmes de santé. On force les
individus à s'attaquer les uns les autres, au bénéfice des mafias.
Vous n'êtes socialement accepté que si vous faites partie d'un
groupe qui vole d'autres groupes. On s'étonne de la constitution de
gangs armés dans les grandes villes mais cela n'est qu'une variation
sur le mode de vie général. Tout le monde vit en logique de gang, à
l'encontre de l'intérêt général. Ce système est totalement
contre-nature mais la technologie moderne offre de nombreuses
possibilités pour le maintenir en fonctionnement. Des parents et des
enseignants torturent psychologiquement et physiquement les enfants
pour qu'ils s'y plient. Ces éducateurs croient bien faire,
puisqu'ils forcent les enfants à s'intégrer au système, donc en
principe favorisent leur survie. Ils ne se rendent pas compte du
fait que le système dans son ensemble est une atrocité. Au minimum
ils croient que ce système est inéluctable et qu'il faut faire avec.
C'est à mon sens là la première raison de la violence que l'on
constate dans les écoles ou de l'usage anarchique de drogue par les
adolescents. Ils sont malades d'un système malade. Dans la nature,
les sociétés qui n'arrivent pas s'extraire par elles-mêmes de ces
horreurs inutiles et auto-destructrices, finissent par disparaître.
Il se pourrait d'ailleurs que la société occidentale disparaisse
bientôt, dans une catastrophe planétaire déclenchée par elle...
L'Asperger étant de facto réfractaire au moule de la société, il est
une ressource quand le moule est mauvais. J'ai été toturé pendant
mon enfance pour me forcer à accepter le jeu de la société :
passages à tabac à sang, privation de nourriture deux jours par
semaine, privation de sommeil, lavage de cerveau, humiliations en
public... Cela ne fonctionne pas. Je constate la même chose chez les
autres Asperger : incapacité maladive de nuire à autrui malgré des
années de torture. Si un Asperger apprend ce qui est nécessaire pour
que son handicap ne pose plus des problèmes directs à son entourage,
il peut se rendre utile pour la reconstruction d'une société
humaine.
La nutrition
Le contenu de ce texte : "Body
acidity" a permis de relativiser en partie ce qui suit. Le
contenu de ce texte-ci s'est avéré vital : "Comment éliminer les métaux toxiques".
Blé et lait
Ma première rencontre avec le syndrome d'Asperger avait été purement
comportementale. Je lisais des descriptions de l'attitude des
Asperger ; leur problèmes sociaux, leurs tics... Tout y était. Je me
sentais Asperger, comme un bantou se sent africain en entendant le
tam tam. La confrontation est devenue physique lorsque j'ai lu dans
un article médical que les autistes ont un problème de digestion.
Dans les intestins d'une personne normale, les protéines sont
décomposées en acides aminés avant d'être absorbées dans le sang.
Chez un autiste, des tronçons de protéines passeraient directement
dans le sang, sans être complètement décomposés en acide aminés.
Deux protéines en particulier posent problème : le gluten (blé) et
la caséine (lait). Quand des tronçons de ces protéines passent dans
le sang, ils se fixent dans le cerveau, sur les mêmes sites
récepteurs que les dérivés de l'opium. J'apprenais ainsi que j'avais
sans doute passé 38 ans shooté au blé et au lait... J'arrêtai donc
immédiatement d'absorber quoi que ce soit qui puisse contenir du blé
ou du lait. Il s'ensuivit une crise de manque horrible, qui dura
deux semaines. Le lit et les draps inondés de sueur, des crampes
musculaires, des angoisses horribles avec la conviction d'être
foutu... Cela s'est terminé par une dépression nerveuse bien
marquée. J'ai essayé tout ce que le bon sens et la grande surface du
coin proposaient. Des concentrés de vitamine ont été la première
chose à avoir de l'effet. Le ginseng a finalement apporté un
soulagement extraordinaire. C'est comme si ma dépression se
dissolvait dans le ginseng, en l'espace de quelques minutes. Enfin,
le millepertuis est devenu une béquille indispensable (j'ai arrêté
d'en consommer quand je me suis rendu compte que cela rend
impuissant).
Arrêter d'absorber du gluten et de la caséine a eu des effets
marqués sur de nombreuses choses :
- Mes yeux étaient très sensibles aux ultra-violets. Par plein
Soleil je n'avais pas de problèmes. Mais dès qu'apparaissait une
couche nuageuse, les UV me donnaient des maux de tête qui
dégénéraient en une forte nausée. Même si je me mettais à
l'abri, la migraine et l'envie de vomir pouvaient durer des
heures. Il peut sembler étonnant que je n'avais pas de problèmes
par plein Soleil mais bien par temps nuageux. La raison en est,
je crois, que les nuages bloquent une partie importante de la
lumière visible mais laissent passer les UV. Dès lors les
pupilles se dilatent, laissant passer d'avantage d'UV que par
beau temps. Je devais toujours avoir sur moi des appliques
solaires. Je les plaçais sur mes lunettes dès que le ciel se
couvrait un peu. En cas d'oubli, la facture était salée. Depuis
que ne mange plus de gluten ni de caséine... je n'ai plus de
problème avec les UV ! Il m'arrive de chausser mes appliques,
par confort, mais je n'ai plus jamais eu de mal de tête ni de
nausée.
- J'avais toujours eu de gros problèmes de sudation. Dès que je
faisais des effort physiques, ou simplement en fin de journée,
je me couvrais d'une couche de graisse jaune et gluante. L'odeur
était pas mal non plus. Quand je prenais ma douche, malgré le
shampoing mes cheveux semblaient comme gonflés d'argile. J'étais
obligé de me couper les cheveux très courts sinon des mycoses
irritantes se développaient. En été la chaleur était un torture,
je me tondais les poils du corps pour survivre. Depuis que je ne
consomme plus de dérivés du blé ni du lait...
- J'avais de gros problèmes de distraction. Cartes de banque
oubliées dans des automates, objets perdus... Le pire étaient
les distractions quand je rédigeais des codes sources de
programmes informatiques. Il est normal de faire des erreurs
mais j'en faisais presque une par ligne. Je passais ensuite
beaucoup de temps à déboguer. C'est une des choses qui m'a le
plus surpris quand j'ai arrêté de consommer du blé : mes codes
sources étaient bons dès le départ ! Quelques coquilles, sans
plus...
- Des douleurs dentaires abominables. Je me suis blessé
l'estomac à coup d'antidouleurs. Si je mange un dérivé du blé,
les névralgies ne sont pas automatiques mais probables. La
douleur dentaire semble causée par la perméabilité de la
dentine. Chez une personne normale ce ne serait que peu ou pas
sensible. Chez moi, le système nerveux en faisait une douleur
épouvantable. Cela ressemble à ce qui subit un héroïnomane en
manque... Depuis que j'évite blé et lait, je suis devenu une
sorte de personne normale... (Un dentiste m'a prescrit un gel
fluoré qui a contribué à résorber le problème.) Chez Dimitri ce
problème était plus grave : il se soldait par des douleurs
musculaires généralisées, très handicapantes et des migraines
abominables qui peuvent le mettre en arrêt maladie pour une
semaine. Un ami Asperger d'une amie a décrit des symptômes
identiques. Ces douleurs peuvent durer plusieurs jours après un
repas qui ne contenait qu'une petite quantité de blé ou de lait.
- Je ne supportais pas la fumée de mauvais tabac. Je ne l'aime
toujours pas mais elle ne me donne plus de maux de têtes. Je
peux même fumer un mauvais cigare sans avoir de problèmes. (Avec
le vrai tabac et les vrais cigares je n'ai jamais eu de
problèmes...) Le fait s'est encore accentué après les cures de
détoxication et de détoxination et la prise en charge de
l'acidité de mon duodénum. Je suis étonné à présent de voir des
amis devenir rouges et mal à l'aise dans des restaurants bondés
de monde et de vapeurs de cuisson, alors que je me sens frais
comme une rose. Avant, c'était moi qui flanchait le premier.
Après mes deux semaines de sevrage j'ai fait des essais de
consommation de pain. Cela fonctionne tout à fait comme ce que
j'imagine d'une prise d'opiacé : chaleur, bien-être, détente,
rêveries... Avant, je croyais que c'étaient les suites normales
"d'un bon repas". Le riz n'a absolument pas ces effets-là...
Plusieurs amis se sont étonnés que j'arrête de consommer du blé
"alors qu'il me fait l'effet de la morphine". Demandez-vous pourquoi
les médecins et les infirmiers ne consomment pas de la morphine
alors qu'ils en ont sous la main... Primo, les effets secondaires
sont peu ragoûtants. Un peu toutes les fonctions de l'organisme sont
détraquées, de façons diversement douloureuses et humiliantes (cfr.
plus haut). Secundo, je ne cherche pas mon petit bonheur tout chaud,
je cherche d'abord à travailler. Je me suis toujours senti humilié
de ne pas arriver à travailler, parfois plusieurs jours de suite.
J'ai des choses à faire, des services à rendre... Avoir compris que
le blé et le lait étaient une des principales choses qui m'en
empêchaient, est une des plus belles choses qui me soient arrivée.
Bien sûr au début j'ai ressenti des pulsions d'addiction. "Allez, un
bon gros pain et au dodo, hmmm..." Je n'ai simplement pas un mental
de toxicomane. En quelques mois j'ai développé un rejet du pain et
des pâtes, j'ai l'impression que cela a mauvais goût.
Tout ce qui contribue à détruire les protéines pour les scinder en
acides aminés semble utile : cuisson, fermentation... Dimitri cuit
les viandes jusqu'à cinq heures d'affilée. Il me fait remarquer
qu'il ne fait que rejoindre les modes de cuisson pratiqués par nos
ancêtres. Du poulet cuit pendant seulement une heure peut lui causer
des problèmes. Un des palliatifs utilisés pour les autistes est un
apport nutritionnel d'enzymes de digestion.
Plusieurs céréales font partie de la famille du blé, contiennent du
gluten et sont donc je suppose à éviter : blé, orge, épeautre,
avoine...
Dimitri est dynamisé par le quinoa mais le millet l'assomme. Allez
savoir pourquoi... Et il aime beaucoup l'huile d'argan ajoutée au
quiñoa.
Certains aliments, comme les haricots, me font un effet semblable à
celui du lait. Je suppose qu'ils contiennent des protéines proches
de la caséine. Par contre Dimitri peut manger du fromage de chèvre
ou de brebis sans dommages. Tout ce qui est fait avec du lait de
vache déclenche des problèmes. L'impact le moins grave est causé par
les vieux fromages très faits. Dimitri a découvert une chose qui
m'étonne mais qui a résisté à l'expérience jusqu'à présent : la
viande d'animaux nourris au lait de vache nous cause le même dommage
que le lait lui-même. Il paraît que beaucoup d'industriels finissent
le bétail au lait. Cela fait gonfler la viande avant l'abattage. Les
poulets ne sont pas nourris au lait, ce qui expliquerait pourquoi
cette viande-là ne nous cause aucun dommage même peu cuite. Dimitri
n'a pas de problèmes avec la viande de boeufs et de cochons de
ferme. Le fermier lui assure ne pas utiliser de lait...
La moutarde contient du gluten ou tout au moins une protéine posant
le même problème.
Les noisettes contiennent une protéines qui semble ressembler aux
protéines du lait. J'ai dû arrêter de manger tous les jours des
barres de chocolat noir contenant un fourrage aux noisettes... Par
contre d'autres types de noix ne posent pas de problème : noix
romaines, noix du Brésil...
Irritants et détraquements intestinaux
Je ne suis pas allergique au gluten du blé ni à la caséine du lait.
Mon médecin m'a fait passer un test d'allergie au gluten, qui s'est
révélé négatif. Par contre je crois volontiers que le système
nerveux qui contrôle la digestion, subit les effets opiacés autant
que mon cerveau. Si mon cerveau n'est plus capable d'organiser des
choses simples, comme mettre de l'ordre sur un table, il me paraît
probable que le système digestif bâcle son travail lui aussi. Cela
expliquerait les résultats de digestion abominables qui suivent la
consommation de dérivés du blé ou du lait.
La qualité de la digestion est importante chez tout le monde mais
chez moi elle est vitale. Si j'ai été incapable de travailler, je
sais que je dois m'attendre à une mauvaise surprise pour le résultat
de la digestion.
En règle générale je dois éviter tout ce qui est irritant pour les
intestins : arachides, jus d'orange, produits torréfiés (café,
chocolat), sources importantes de tanins (noix ou thé en grandes
quantités)... Ces produits n'ont pas le moindre effet opiacé mais
ils causent un rejet par les intestins et le repas est "perdu", avec
tous les nutriments et vitamines qu'il contenait. Si je fais
plusieurs repas irritants de suite, je deviens un triste zombie. A
l'occasion, je fais un petit repas qui est un concentré de produits
irritants : chocolat, café... J'ai besoin de ce que ces produits
contiennent, alors autant les grouper en un seul repas
"catastrophique", que je fais le moins souvent possible.
Les antioxydants sont très importants. Tout le monde sait de nos
jours qu'il faut manger des fruits et des légumes mais chez moi la
facture est virtuellement immédiate en cas d'oubli. Fatigue,
problèmes immunitaires...
Le vinaigre est un produit miracle. J'en bois parfois deux
cuillères à soupe après le début de chaque repas, éventuellement
diluées dans un peu d'eau. Si le repas était particulièrement gras
et que j'ai un peu d'écoeurement, je prends une troisième cuillèrée
de vinaigre pour faire passer. L'effet du vinaigre est de rendre
toutes les digestions "propres". Il semble résoudre les problèmes de
fermentation intestinale.
Je crois que l'inflammation de l'intestin augmente fortement le
risque d'angine et d'effets opioïdes, parce qu'elle rendrait les
intestins poreux aux tronçons de protéines incomplètement digérés.
L'angine sera la plus forte si j'ai mangé du pain en même temps que
des glucides. Je me demande si des tronçons de protéines de viande
ne passent pas dans le sang et sont interprétés par le système
immunitaire comme le signe d'une infection bactérienne ou virale.
Les tronçons de protéines de blé, quant à eux, ont cet effet opioïde
sur le cerveau.
Coca Cola
J'ai été dépendant de deux produits : le millepertuis et le Coca
Cola light. Sans coca, je ne pouvais en général pas travailler plus
d'une heure par jour. L'orotate de manganèse et la centella asiatica
peuvent aussi aider.
En toute généralité, j'ai l'impression de vivre constamment sous
neuroleptiques. Tout ce qui est le contraire d'un neuroleptique est
donc le bienvenu. Je retrouve cela fréquemment dans mes lectures sur
le syndrome d'Asperger. Le rôle d'un neuroleptique est d'inhiber ou
de réguler l'action de la dopamine.
Le café et le thé à forte dose ont le gros inconvénient
d'empoisonner ou d'irriter les intestins. Je préfère à présent
prendre simplement de la caféine. Une bonne dose le matin et un peu
à midi. Si j'en prends beaucoup le matin puis plus du tout de la
journée, les soirées sont assez désagréables, à cause des montées
d'angoisse.
Gare au sucre
Si je prends du sucre, en particulier le matin, je ne peux plus rien
faire de la journée. Cela n'est accompagné d'aucun malaise, mais
simplement rien ne peut se faire. Je dois attendre que la journée se
soit écoulée... Il s'agit du sucre "saccarose" ; ce qu'on appelle
communément le sucre et qui est ajouté dans beaucoup de choses
préparées industriellement. Manger des fruits ne me pose pas de
problème ; ils contiennent des sucres différentes.
Fibres solubles
Une expérience s'est avérée une réussite : prendre avec la majorité
des repas une bonne quantité de fibres solubles. En l'occurrence une
à deux cuillères à soupe de granulés Spagulax, vendus 12 € pour 700
grammes. Il est impératif de boire une bonne quantité de liquide
avec. Cela stabilise la digestion et l'améliore significativement.
La reprise du gluten
J'ai arrêté de manger du gluten pendant trois ans. J'ai souvent
essayé d'en manger mais chaque fois cela ne se terminait pas très
bien. Puis je suis tombé sur un article américain qui explicait ceci
:
La majorité des personnes qui se
disent allergiques au gluten, se sont rendues allergiques en
cessant d'en manger... Le gluten est un irritant pour tous les
intestins mais si les intestins sont habitués au gluten il n'y a
pas de problème. Si vous arrêtez de manger du gluten, de petites
doses occasionnelles peuvent causer des problèmes significatifs.
On peut donc avoir des problèmes si on en mange soudain, après une
période d'abstinence, et se croire allergique au blé, alors que ce
n'est pas le cas. Il suffit d'en manger régulièrement, pour que les
intestins retrouvent en entretiennent leur aptitude à le digérer.
Je me suis mis à manger du pain (Bio) presque tous les jours mais en
respectant des règles, dont la principale est de prendre un peu
d'acide citrique. Cela réduit fortement l'effet opioïde du blé.
Certaines personnes doivent impérativement éviter tout ce qui
contient des dérivés du blé ou du lait, sous peine de détruire
lentement leurs intestins ou même de mourir.
En pratique, je suis devenu végétarien. J'ai fini par comprendre ce
qu'on peut lire un peu partout : la viande dérange les intestins,
engendre des toxines, produit des acides...
J'avais plusieurs fois essayé de manger végétarien. Pas par
conviction, mais pour essayer-voir... Cela avait toujours raté,
après quelques jours j'étais obligé de manger de la viande. Pourtant
j'avais essayé de suivre les règles : manger des céréales qui se
complètent pour les acides aminés, etc... Je crois que j'ai compris
l'origine du problème. La viande est très riche en beaucoup de
choses essentielles : vitamines B, acides aminés, fer... Quand on
mange de la viande, les intestins prélèvent facilement ce qui est
essentiel. Mais, la viande perturbe les intestins. Elle les rend
incapables de faire un travail raffiné, qui permettrait d'extraire
des nutriments de nourritures plus difficiles que la viande. Si je
mange végétarien pendant quelques jours, mes intestins enflammés ne
réussiront pas à faire des digestions correctes. Donc le besoin de
viande se fait sentir et peut même devenir très pressant. Cela a
changé, quand j'ai pris une aspirine avec chaque repas végétarien.
Les intestins étant décongestionnés par l'action antiinflammatoire
de l'aspirine, la digestion subtile nécessaire pour profiter d'un
repas végétarien peut se faire. Après une semaine j'ai réduit la
dose d'aspirine... À présent je n'en prends plus qu'à l'occasion et
souvent un demi ou un quart de cachet.
Certains suppléments nutritionnels peuvent avoir un effet important
sur le système nerveux de personnes atteintes d'autisme. En raison
des risques j'ai placé les données dans le chapitre sur la médicalisation. Tout ce qui
est proposé dans la littérature n'a pas eu d'effet intéressant mais
certains suppléments me sont à présent indispensables.
L'eau du robinet me rend sérieusement malade. Je suis obligé
d'acheter de l'eau en bouteilles de verre. Je suis même obligé de
laver ma salade à l'eau de bouteille. Cela ne concerne que l'eau des
grands villes. Celle de Liège est la pire. Je peux boire un verre
d'eau de Bruxelles sans être malade, sans plus. Par contre de l'eau
de distribution dans les Ardennes me convient très bien, même mieux
que l'eau en bouteille.
Les problèmes neurologiques et
l'isolement
Je ne pouvais en général pas travailler plus d'une heure par jour.
Exceptionnellement il m'arrive de pouvoir travailler huit heure sur
une journée... Bien sûr grâce à ce que j'ai expérimenté récemment
(blé, lait, viande, cola light, bouchons dans les oreilles...), j'ai
sensiblement amélioré les choses. Le fait demeure que je suis
fortement limité et surtout que je ne contrôle pas vraiment ce qui
se passe. Je ne peux pas m'organiser par exemple pour être sûr de
travailler trois heures le lendemain. C'est un obstacle majeur pour
trouver un travail "normal". Je suis obligé de travailler comme un
artiste dans sa tour d'ivoire. Je dois attendre d'être capable de
travailler. J'accumule pendant des semaines des idées de textes à
écrire ou d'expérience à faire. Je voudrais écrire ces textes ou
faire ces expériences mais je ne peux pas. La machine ne fonctionne
pas... Quand soudain cela devient possible, je le sens comme une
vague qui monte. Alors je réunis le matériel nécessaire, je
m'organise pour en profiter au mieux. C'est la raison pour laquelle
plusieurs textes de mon site ont la même date de sortie. C'est
également la raison pour laquelle certains longs textes sont mal
écrits : je suis obligé de tout faire en un jour. Toujours pour ces
raisons, beaucoup de textes sont un patchwork de retouches faites au
fil du temps, ad nauseam.
Si je force, même pour un travail simple, je deviens rapidement
comme assommé. Seule une bonne nuite de sommeil pourra "me recharger
les batteries". La façon la plus efficace pour finir gravement
assommé consiste à avoir une conversation complexe prolongée avec un
neurotypique. J'arrive en général relativement bien à comprendre ce
que veut un neurotypique, à suivre le dialogue. Mais -sans que j'en
aie conscience- cela demande un énorme effort de décodage à mon
cerveau. Un effort qui semble ne pas être naturel, mais que je serai
d'autant plus enclin à fournir et à prolonger que je veux rendre
service à la personne. Je finirai la journée avec un enclume à la
place de la tête. Ce n'est pas douloureux, mais c'est très
perceptible et je ferai les pires erreurs ou distractions. Par
contre si je parle avec Dimitri, je peux rester des heures au
téléphone sans la moindre conséquence. Parler avec lui ne demande
pas d'efforts anormaux à mon cerveau... Pourtant, les choses dont
nous parlons ont un niveau technique que peu de neurotypiques
arriveraient à suivre...
On peut devenir angoissé ou violent quand on ne comprend pas une
situation. De telles réactions peuvent donc malheureusement être le
lot des autistes. Dans mon cas, en particulier si j'ai "les neurones
à zéro" en fin de journée, je peux ressentir de vives angoisses tout
en étant rationnellement objectivement persuadé qu'il n'y a aucune
raison d'angoisser. Supposons que le lendemain j'ai un rendez-vous.
Tout est prêt pour ce rendez-vous, tous les documents nécessaires
sont dans ma mallette... Je le sais parfaitement, pourtant je
pourrai être vrillé d'angoisses. C'est la peur d'arriver en caleçon
à l'école, mais éveillé et avec un pantalon sur les jambes. On
dirait qu'une partie de mon cerveau n'est plus capable de comprendre
qu'il n'y a pas de raison d'angoisser. Depuis que j'ai compris
l'absurdité de la situation et le fait que ces angoisses sont
vaines, je prends un anxyolitique quand cela arrive (le
millepertuis, en vente libre mais consultez votre médecin ; il y a
des contre-indications et des effets secondaires, entre autres cela
rend impuissant). Souvent, l'idéal est de prendre du millepertuis le
soir, pour passer une bonne nuit.
Certains bruits me sont insupportables. Je peux parfaitement
travailler avec un marteau piqueur à vingt mètres ou dans un café
bruyant. Par contre je suis nerveusement incapable de tenir le coup
si par exemple j'entends des coups sourds fréquents et
imprédictibles. Cela "casse" mes pensées. Je finis involontairement
avec les muscles tendus et un état nerveux impossible. Beaucoup plus
étrangement, je me suis rendu compte que le simple bruit d'un
ventilateur de salon m'empêchait de travailler. J'avais moi-même
bricolé ce ventilateur pour qu'il fasse un bruit faible, doux et
agréable... Je l'aurais mis en route rien que pour l'entendre. Il
m'a fallu plusieurs mois et le hasard pour me rendre compte qu'il
m'empêchait de me concentrer. Le couper suffisait pour pouvoir
travailler quelques minutes après. Des voix sourdes venant du
voisinage peuvent également poser un gros problème. Entendre à
l'occasion un bruit extérieur n'est pas un problème mais si par
exemple un voisin parle longuement au téléphone, chaque fois qu'il
commence une phrase mon cerveau s'arrête de travailler pour essayer
de comprendre ce qu'il dit. C'est un réflexe incontrôlable. Mon
cerveau semble incapable de classer la voix du voisin dans les
choses auxquelles il ne faut pas prêter attention. J'essaye sans
arrêt de revenir à mon travail ou à mon repos et je finis dans un
état nerveux de crampes et de détresse. Curieusement de tels
bruits traversent même les bouchons dans les oreilles. Pire : je
peux tomber dans un sale état nerveux *avant* de me rendre compte
consciemment du fait que le voisin parle depuis un certain temps et
que c'est la raison de mon malaise. La meilleure parade que j'ai
trouvée est de diffuser un bruit de fond de basse fréquence. Dimitri
m'a donné une veille enceinte Hi-Fi. J'ai "sculpté" un bruit de fond
raisonnablement agréable qui masque le mieux possible les bruits
extérieurs. Passer ce bruit de fond à faible volume en permanence,
de façon préventive, est souverain. Ne me demandez pas pourquoi le
bruit du ventilateur m'empêche de travailler alors que le bruit de
fond diffusé par l'enceinte est presque un médicament... (Le bruit
générique, qui conviendra en toutes circonstances, est ce qu'on
appelle un "bruit brun" ou "brown noise" en anglais.) J'ai également
sculpté un bruit de très basse fréquence pour survivre à des coups
qu'un voisin donnait dans ses murs et ses planchers pendant des
heures. Il me permettait de masquer les coups donc de "survivre",
par contre un autre voisin auquel je l'ai fait écouter ne le
supporte pas plus de quelques secondes. Il l'a appelé "le bruit
Guantanamo" parce que d'après lui les prisonniers de Guantanamo
auraient avoué tout de suite si on le leur avait fait écouter.
J'ai la chance d'avoir une bonne culture scientifique, un minimum
d'honnêteté intellectuelle et de toujours avoir cherché à manger
sainement. Cela m'a permis de comprendre rapidement ce qu'est le
syndrome d'Asperger et d'essayer de nombreuses choses pour trouver
mon chemin vers un mieux-être. En gros, la moitié des Aspergers que
je connais (ou dont j'ai des échos) suivent la même démarche. Pour
l'autre moitié... ils sont enfermés dans des superstitions et
semblent avoir le cerveau fortement bloqué. Ils sont incapables de
dialoguer sur le problème, deviennent facilement désagréables,
refusent même de simples changements alimentaires... C'est une
pitié. Ils sont une caricature des maux de l'humanité.
Certains disent que les Asperger sont asociaux. On pourrait dire
qu'ils sont également hypersociaux... Leur sociabilité ne se réalise
pas de la même façon que celle d'un neurotypique. En caricaturant,
on pourrait dire qu'un neurotypique place ses relations sociales au
dessus de tout. Un politicien neurotypique peut par exemple confier
un contrat à son beau-frère, par courtoisie et respect social, même
si cela va ruiner la qualité de vie dans un quartier pauvre. Un
neurotypique peut acheter une télévision du dernier modèle, dont il
n'a pas besoin, à un prix qui l'oblige à nourrir sa famille de pâtes
blanches, juste pour "faire la nique" à son beau-frère ou à son
voisin. Un Asperger, à l'inverse et toujours en caricaturant, est
analphabète dans les jeux sociaux. Il peut même être détesté pour
son "manque de courtoisie et de plasticité". Mais, il est malade à
l'idée qu'un acte menace un quartier pauvre ou qu'il privilégie une
caste au détriment de l'ensemble de la société. Un Asperger peut
facilement avoir une conscience sociale dont sont incapables
beaucoup de neurotypiques. Si un Asperger refuse de faire quelque
chose, malgré le fait que cela peut lui rapporter gros ou au
contraire qu'il va payer cher son refus, cela peut être parce qu'il
comprend que cela a des répercutions néfastes pour la société.
Un Asperger est contraint de compenser son manque de spontanéité par
du raisonnement. Comme il ne ressent pas les situations de façon
naturelle, ou mal, il doit sans cesse réfléchir et adapter
consciemment son comportement. Ce recours systématique à la raison
va à la longue faire de lui une sorte de machine ultime
d'intelligence. Un Asperger n'a pas de problème avec le langage, il
peut donc devenir une sorte de gourou capable de persuader n'importe
qui de n'importe quoi. Même si son interlocuteur a raison et
l'Asperger a tort et même si tous les deux le savent, l'Asperger
peut emberlificoter le sujet dans des considérations subtilement
distendues qui mènent à la conclusion inéluctable qu'il a raison. Il
peut falloir plusieurs années à sa victime pour surmonter l'implant
de bêtise. La situation peut être encore bien plus grave si
l'Asperger a réellement raison, parce qu'il va traumatiser sa
victime de ses raisonnements, sans faire aucune considération
affective. Il croit rendre service, en réalité il broie un
interlocuteur qui demandait avant tout un peu de compréhension ou de
tendresse.
Dimitri fait le lien entre les problèmes de socialisation des
Asperger et le racisme. C'est un "problème de faciès". Même si un
Asperger a la même forme et couleur de visage que les personnes
autour de lui, il n'a pas les mêmes réactions de visage. Tout au
moins, il y a des différences, des déphasages... Le visage de
l'Asperger exprime des émotions différentes ou inattendues. Cela
induit un malaise et parfois un rejet, inconsciemment. Ce serait un
problème général d'éducation, comme pour le racisme, mais l'Asperger
lui-même peut faire beaucoup de choses une fois qu'il a compris le
problème. Il peut apprendre à gérer son expression faciale, mettre
l'accent sur d'autres moyens d'expression comme l'intonation de la
voix), prendre l'habitude d'expliquer le problème aux autres et les
aider, apprendre à ne pas lui-même se renfermer à cause d'un échec
de début de communication mais au contraire s'affirmer calmement et
ainsi rassurer les autres... C'est un travail sur soi, qui demande
du temps et peut mobiliser beaucoup de choses.
Voici un extrait de l'image que je me suis fabriquée comme fond
d'écran. Le problème est qu'une image normale attire mon regard. Si
je travaille avec des fleurs en fond d'écran, mon cerveau va tout le
temps se dire "tiens, des fleurs ?" Cela me déconcentre, comme
peuvent le faire les bruits extérieurs. Ce problème est sans doute
incompréhensible pour une personne neurotypique, dont le cerveau est
capable d'établir une fois pour toute le filtre selon lequel les
fleurs en fond d'écran ne doivent pas être
traitées/remarquées/conscientisées. À l'inverse, je n'étais pas
content non plus d'un fond d'écran de couleur uniforme. Le fond
d'écran uniforme n'offre pas de repères pour l'œil ; il ne permet
pas au cerveau de savoir où exactement se trouve la paroi qu'il a
devant lui. Je "sursaute" donc parce que mon cerveau fait des
efforts pour trouver des points de repère. J'ai fait un compromis :
une sorte de fond sablé, sans aucune structure mais avec assez de
relief visuel pour que le cerveau identifie facilement la position
de la surface. Cliquez sur l'image ci dessous pour avoir le fond
d'écran en entier :
La dissonance cognitive
Quelle rationalité puis-je trouver à mon syndrome ? Est-ce un simple
accident, une erreur, ou s'inscrit-il dans des mécanismes plus
globaux qui auraient leur raison d'être ? En d'autres termes :
est-ce que cela sert à quelque chose ou c'est vraiment juste pour
m'embêter ? Comment rentabiliser la chose malgré tout ?
L'intelligence humaine est infiniment supérieure à ce qui est
strictement nécessaire à un individu pour survivre dans la savane.
J'adhère à l'idée qu'elle a atteint ce niveau parce que l'homme vit
en société. L'aspect abominable de la question est que l'homme est
une jungle pour l'homme, bien plus redoutable que la vraie jungle.
L'homme n'est plus en concurrence avec les autres prédateurs, il est
en concurrence avec lui-même. Pour gravir les échelons d'une société
humaine, il faut toujours plus de subtilité. C'est la survie du plus
manipulateur. La pression évolutionniste vient de l'intérieur de la
société humaine, elle ne vient plus de la Nature. Il n'y aura sans
doute plus de limites aux progrès de l'intelligence, parce qu'on
trouvera toujours moins intelligent que soi à écraser. Quelle
connerie...
L'aspect merveilleux de la question est qu'une grande société
humaine est capable de rentabiliser le génie de ses membres. Elle
forme un ensemble complexe, capable de survivre aux pièges les plus
inimaginables, qu'ils soient posés par la Nature ou par d'autres
sociétés humaines. Une société qui contient des personnes
intelligentes survivra mieux. Cela qui favorise l'augmentation de
l'intelligence.
Nous sommes un groupe animal qui a évolué à marche forcée. Cette
intelligence qui nous caractérise est un avantage à ce point énorme
que nous avons pu nous permettre toute une série de handicaps : les
maux de dos, le cancer... Ces déchets de l'évolution sont le prix de
notre intelligence. Ils se résorberont sans doute au fil du temps.
Le plus probable est que nous résoudrons ces inconvénients par génie
génétique. C'est un autre débat... Pour l'heure, à quoi je sers ?
Une possibilité est que le gènes que j'ai reçus permettent à
d'autres d'être plus intelligents. Ou de mieux digérer les
cacahuètes... Ces gènes seraient utiles à l'espèce humaine. J'en
aurais reçu une mauvaise combinaison, qui vire alors au handicap...
Si le syndrome d'Asperger a une utilité quelconque, c'est forcément
dans un cadre communautaire. Un Asperger a moins de chance du
survivre dans la savane qu'un individu normal. Par contre un village
qui contient un Asperger a plus de chances de survivre à des
catastrophes, parce que l'Asperger peut trouver des solutions
inattendues...
J'ai expliqué à une amie que je ne me considérais pas exactement
comme un handicapé mais comme une personne dont l'intelligence est
perpendiculaire à celle d'un être humain normal. Par contre j'ai été
assez déçu du comportement de certains Asperger, qui refusent toute
médicalisation ou régime voire qui revendiquent leur différence
comme un sorte d'avantage qui les place au-dessus ou en dehors de
l'humanité. Je ne suis pas moi-même mon régime de façon draconienne
et je suis bien content de savoir faire des choses parfois
exceptionnelles mais cela reste dans un cadre compatible avec "mon
humanité et ma vie dans l'humanité". J'ai causé assez de problèmes à
suffisamment de personnes pour ne pas me considérer comme
intrinsèquement supérieur. Il manque à ces Asperger-là une sorte de
dignité et de respect d'autrui... Ce problème n'est hélas en rien
propre à l'Asperger. C'est une dérive que l'on rencontre partout :
le complexe de supériorité lié à une certitude d'infériorité.
Le travail
Je le martèle avec insistance et détermination : je suis un
travailleur compulsif. C'est assez curieux : je ne sais rien faire
d'autre que travailler. Je n'ai pas de télévision, pas de vie
sociale... Je travaille, c'est tout. Ou je peste parce que je
n'arrive pas à travailler, auquel cas j'essayerai les choses les
plus aberrantes dans l'espoir que cela remette la machine en route.
Je me souviens encore du moment, je devais avoir huit ans, quand
j'ai décidé d'engranger le maximum possible de connaissances et de
résoudre le maximum possible de problèmes, dans le but d'être utile
aux autres. Je suis arrivé à un certain résultat si j'en juge par le
courrier des lecteurs de mon site. On me remercie, on me dit que je
dois être un travailleur acharné... Curieusement, je reçois un
retour diamétralement opposé de la société. On m'a condamné pour
fainéantise, je me suis fais jeter de toutes les entreprises pour
lesquelles j'ai travaillé... Je suis chômeur, à un montant inférieur
au minimum légal. Je viens même de devoir renoncer à ma connexion
Internet, je dois à présent me débrouiller entre des cybercafés
bon-marchés et des postes d'accès publics.
Il est évident que mes problèmes sociaux ont été un handicap dans le
monde du travail. Il n'est facile pour aucun chef d'entreprise de
traiter avec un autiste, même léger et même s'il est de bonne
volonté. Mais je suis à présent convaincu que le noeud du problème
se trouve dans la société. Elle a oublié ce qu'est le travail. Elle
s'est simplifié les choses en mettant l'intelligence de côté. Mes
amis qui ne sont pas autistes ont eux aussi de sérieux problèmes
dans le monde du "travail", malgré leurs souvent excellentes
compétences. Je ne suis qu'un révélateur d'un problème endémique.
Je me suis fais jeter de toutes les entreprises pour lesquelles j'ai
travaillé, malgré des prestations parfois extraordinaires. Je n'ai
eu ces emplois que par les recommandations d'amis. Le schéma général
est qu'on me fait venir parce qu'une équipe d'ingénieurs et de
techniciens n'a pas réussi à résoudre un problème après deux ans de
travail. Au début, je m'entends toujours fort bien avec le directeur
de l'entreprise. Il me demande rapidement si je suis docteur ou
professeur d'université... Si par exemple il me raconte un problème
que l'entreprise à rencontré, j'adore inventer une solution en
quelques fractions de secondes. Cela ne fonctionne bien évidemment
pas à chaque fois, loin de là, mais j'adore voir mon interlocuteur
être saisi et me répondre : "euh, et bien, oui, c'est ce que nous
avons finalement fait. Mais il nous a fallu six mois pour trouver
cette solution. Vous aviez déjà rencontré ce problème ?" Je lui
réponds que non, ce qui est la stricte vérité. Dès que le contrat
est passé, je rentre chez moi pour travailler. J'avais très peu de
moyens. J'ai ainsi conçu plusieurs circuits électroniques sans même
avoir un oscilloscope pour les essayer. Tout était fait par calculs
et par simulations numériques et en utilisant des techniques de
fabrication de prototypes très fiables que j'avais mises au point.
Un mois plus tard je reviens dans l'entreprise, avec le prototype
sous le bras. Il est quatre fois plus petit que prévu, il consomme
dix fois moins de courant, etc, etc... On le branche... et il
fonctionne du premier coup. Je remet bien sûr des plans complets et
détaillés. Je demande un prix plancher, en gros le salaire d'un
cadre pour un mois de travail. Je croyais qu'en procédant ainsi je
serais vite "adopté". Et bien non... Un peu plus tard je me fais
invectiver d'une façon ou d'une autre par le directeur, pour des
motifs idiots. Et dehors... J'ai longtemps cherché pour essayer de
comprendre ma déveine. Avais-je déstabilisé la structure
hiérarchique de l'entreprise ? J'ai pu constater qu'après mon
passage des techniciens se moquaient des ingénieurs. A raison selon
moi mais je n'avais pas intentionnellement voulu la chose. Une autre
explication serait le syndrome de sorcellerie. Dans les tribus
sauvages, les sorciers sont mal vus. Si un sorcier a toujours rendu
service aux autres, il sera toléré à la lisière du village. Est
considéré comme sorcier toute personne faisant des choses
incompréhensibles pour les autres. Un chasseur doué, par exemple ;
qui ramène plus de gibier que les autres, sera considéré comme déjà
un peu sorcier. En cas de problèmes et d'angoisses dans le village,
il se pourrait bien qu'on s'en prenne à lui et qu'on le batte, le
chasse ou le tue. Il va de soi que si un sorcier inconnu se présente
dans un village, il sera immédiatement chassé quelles que soient ses
éventuelles bonnes intentions. J'ai un peu l'impression que c'est ce
qui m'est arrivé dans ces entreprises : la peur viscérale et
ancestrale du sorcier. Au début ils croyaient que j'étais un
consultant comme un autre, qui allait les baratiner, leur pomper
beaucoup d'argent et peut-être tout de même apporter quelques
solutions. Ils s'est passé le contraire : aucun baratin, demande
d'argent très faible et des résultats à priori impossibles. Les
patrons de ces entreprises ne savent pas pourquoi ils m'ont chassé.
Ils se sont certainement inventé des raisons mais ils n'ont pas
l'éducation nécessaire pour comprendre et gérer ces mécanisme
ataviques.
Une des raisons pour lesquelles j'ai créé mon site internet est que
je voulais me faire remarquer d'autres chefs d'entreprise, de
chasseurs de tête... Sans résultat. J'ai même envoyé à la NASA un
logiciel qui corrigeait des images d'une sonde spatiale mieux que
leur propres logiciels. Sans résultat. Je ne dis pas tout à fait la
vérité : peu après le début de la présence en ligne de mon site, une
personne m'a contacté et a même insisté pour me voir. Je n'ai pas
voulu, entre autres parce que je n'avais même pas les moyens pour
m'acheter des vêtements corrects pour me présenter. J'ai aussi été
invité à donner une conférence. Mais j'aurais bien été incapable
d'avancer l'argent pour le voyage. Le simple fait de devoir
organiser un voyage me pose un gros problème. Je suis autiste...
fus-ce légèrement. Le fait demeure que les retours de mon site se
résument à des mails de particuliers et de collégiens, pour me
complimenter ou pour poser des questions.
J'ai été particulièrement déçu par le FOREM. Cet organisme belge est
censé aider les chômeurs "à trouver leur voie". J'ai eu beau étaler
le contenu de mon site internet et expliquer ce que j'avais fait
pour des entreprises... Lors de la première rencontre je me suis vu
menacer de perdre mon chômage si je ne prenais pas rendez-vous dans
une associations qui s'occupe de personnes ayant des problèmes
sociaux. C'est dingue : je travaille comme un âne, je suis capable
de comprendre la structure d'un Trou Noir ou de concevoir un système
informatique complet à partir de zéro... tout ce que la Wallonie
trouve à mettre en face de moi est un fonctionnaire qui a les yeux
qui brillent de bonheur parce qu'il croit pouvoir me terroriser.
Lors de la deuxième rencontre, on m'a simplement dit que la seule
solution était que je me trouve une pension de handicapé ou un
équivalent quelconque. Avec ce que je suis capable de faire, je peux
peut-être contribuer à créer des emplois pour des centaines ou des
centaines de milliers de personnes. Tout ce que le FOREM trouve à
faire est de me recommander d'aller m'installer dans un coin avec
une pension de handicapé... Le dialogue est impossible : d'un côté
une personne surcompétente qui ne peut pas s'empêcher de travailler,
de l'autre des fonctionnaires qui viennent tirer leurs heures parce
qu'ils touchent plus qu'au chômage... On voudrait pouvoir se dire
qu'il faut les comprendre, que mon cas est trop fou pour qu'ils le
comprennent... Je ne crois pas : j'ai observé les autres chômeurs
qui ont affaire au FOREM, qui repartent de leur entretien avec une
mine d'enterrement. J'ai écouté les histoires autour de moi. Cette
amie qui a un diplôme de philosophie et que le FOREM a forcée à
aller suivre des cours d'alphabétisation... On dirait qu'on veut
mettre les chômeurs au travail en leur imposant plus de violences et
d'humiliations qu'ils n'en subissent dans les mauvaises entreprises.
Ne comprend-t-on pas que ces entreprises-là *nuisent* à l'économie
et à la compétitivité du pays ? Au mieux cela enrichit quelques
maffieux légaux, qui s'achèteront des montres en or et des
politiciens et qui investiront le reste dans la destruction de la
biosphère. Confier la question du chômage à ces fonctionnaires est
une erreur stratégique. Quand un médecin a un rhume ou une jambe
dans le plâtre, il est toujours capable de vous soigner, parce que
la santé est dans sa tête. Les fonctionnaires du FOREM n'ont pas le
travail dans la tête, pas d'avantage que leurs commanditaires. (J'y
suis retourné, par journalisme d'investigation. Cette fois-là,
surprise : je suis tombé sur une personne raisonnablement
compétente. Somme toute c'est comme dans toutes les administrations
: moitié de personnes qui tentent de faire leur travail et moitié de
crabes qui détruisent. On en vient à se dire que supprimer ce type
d'administration aurait un impact neutre sur l'économie du pays.
Quoi qu'il en soit, si la personne à laquelle vous avez affaire au
Forem vous faut hurler... demandez une autre personne.)
Les études
Mes études primaires et secondaires, jusqu'à l'âge de 17 ans, se
sont déroulées suivant le schéma Asperger standard : en constante
baisse de régime. Résultats brillants à l'école primaire et sortie
du secondaire sur un brancard. J'avais été placé en première
primaire dès l'âge de cinq ans parce que j'étais doué. Un peu plus
tard, un instituteur a laborieusement expliqué qu'il faudrait
peut-être m'envoyer dans une école pour enfants mentalement
retardés. On me fit passer des tests chez un psychologue, qui
expliqua ceci : je n'étais pas retardé mental mais extrêmement
intelligent. Etant extrêmement intelligent (si si), je comprenais
tout de suite ce que l'instituteur expliquait. Mais il devait
répéter pour les autres... donc je m'ennuyais et je m'endormais, ce
qui pouvait donner l'impression que je ne suivais pas... Cet
instituteur était expérimenté et très dévoué mais mon cas était à ce
point particulier qu'il a glissé dessus comme sur une peau de
banane. Je me suis toujours demandé si cela avait été une bonne
chose de me mettre à l'école un an en avance. Certes en matière
d'intelligence pure j'ai toujours été en avance sur les autres
élèves. En milieu de secondaire je passais mes récrés à discuter
informatique avec les surdoués de dernière année. Et encore, ils
n'arrivaient pas toujours à suivre. Mais émotionnellement j'étais
fortement en retard, incapable de m'intégrer... De ce point de vue
là il aurait fallu me mettre un ou deux ans en retard. Allez savoir
quel aurait été le meilleur calcul, si même un calcul était possible
dans l'enseignement tel qu'il est. J'arrive à la conclusion qu'il
n'est même pas adapté aux enfants de la classe sociale qu'il est
conçu pour favoriser.
Les choses ont résolument pris le chemin du pédalage dans la
guimauve quand je suis arrivé à l'université, en Ingénieur Civil. Ma
matière fétiche était la Physique. Quand un ami ne comprenait pas
quelque chose, il pouvait venir me trouver. Je lui répondais sans
même ouvrir le cours. Bon, si je réponds du tac au tac quand on me
pose les questions les plus difficiles, je dois forcément réussir
l'examen... C'est logique. En plus j'avais autre chose à faire que
d'étudier ce cours. A l'époque j'essayais de comprendre la Mécanique
Quantique. Alors la bête physique de première année, pfff... A
l'examen, j'ai été sprotché comme une mouche. Simplement parce que
je n'arrivais pas à résoudre une longue liste d'exercices en deux
heures. Inventer de nouvelles méthodes pour résoudre ces exercices,
ça j'aurais su faire. A condition de me laisser un mois. Mais pas
résoudre ce paquet d'exercices en deux heures... C'est un peu comme
si vous imposez à un stratège militaire de se battre contre dix
hommes à la fois. Et bien le stratège il finit en chich kebab.
Ensuite vous nommez les dix hommes à la tête de l'armée et vous
perdez la guerre... Ce qui est idiot aussi est qu'à l'époque je
dessinais déjà des schémas électroniques d'une grande complexité.
J'ai même inventé un convertisseur analogique-digital beaucoup plus
rapide que tout ce qui se faisait. Et il tenait dans le creux de la
main. J'avais en gros le niveau d'un bon ingénieur. Pas le niveau
des plus brillants. Mais certainement un meilleur niveau que la
production standard de l'université. On pouvait me donner mon
diplôme tout de suite, sans me faire perdre mon temps. Ben non...
Une fois de plus, la question est : peut-on juger de la qualité
d'une université sur base du fait qu'un Asperger caractériel ne s'y
plaît pas ? Dimitri aussi en a été éjecté, à propos. Demandons à mes
amis qui ne sont pas Asperger... Ils sont maintenant chefs
d'entreprises, chercheurs, responsables de services... La différence
entre eux et moi est que je reste poli. Eux, ils utilisent des mots
comme "médiocrité" et "minables". Ils me racontent comment la
majorité des étudiants ne comprend rigoureusement rien aux cours,
jusqu'à poser les questions les plus ahurissantes. Toujours selon
eux, sur cinq années d'études ils ont vu un seul professeur qui soit
un vrai professeur et deux ou trois autres "qui n'étaient pas
inintéressants". Après avoir présenté son Travail de Fin d'Etudes,
un de mes amis a lu le papier signé par le personnel universitaire
présent. D'après les commentaires qu'ils avaient écrits, la majorité
d'entre eux n'avaient rien compris à la nature du travail. Il
n'avait pourtant rien de compliqué.
A mon sens, en première approximation l'enseignement universitaire
belge est un deal entre des fonctionnaires et des bourgeois : "vous
nous laissez nos petits postes universitaires et nous on embête pas
vos gamins qui veulent des diplômes (pour avoir des emplois bien
payés, pour se payer les voitures et les nanas dont ils n'arrêtent
pas de parler entre eux)." C'est réglo... Et on organise tout bien
pour que ça ait l'air très sérieux, très international. Suivant les
universités et les facultés, le niveau du deal sera plus ou moins
grave. A certains endroits c'en est une caricature, à d'autres les
étudiants sont malgré tout capables de faire des raisonnements. Un
"bon" étudiant est une personne qui travaille continuellement et qui
présente ses examens comme à l'abattage. Il n'en retient rien, il
n'a même souvent rien appris du tout, mais il est approuvé.
"L'élite" des étudiants sont des personnes qui ont de la logique et
une excellente mémoire. Ils s'adonnent aux cours corps et âme. Ils
en développent une maestra, ils jonglent avec la matière et
s'attirent les plus grands éloges. Ce qui ne veut pas dire qu'ils
comprennent la matière... Vous pouvez être capable de ranger des
pots de peinture dans un ordre impeccable, vous ne serez pas pour
autant capable de peindre un portrait. On les présente aux visiteurs
de marque et on fait des projets pour les garder au sein de
l'université. Et puis il y a des personnes comme moi et mes amis,
qui comprenons réellement la Physique, les Mathématiques... qui
voulons en faire un usage concret... qui tenons à prendre le temps
de bien comprendre chaque cours... qui voulons faire de nouvelles
découvertes... Au début je croyais que nous étions une cible ; des
hommes à abattre. Je crois plutôt qu'il faut appliquer l'adage "ne
cherche pas de la malice là où la bêtise suffit à expliquer les
choses". Le personnel universitaire ne comprend simplement pas ce
que nous faisons. Parfois cela leur fait peur, bien sûr. Alors ils
peuvent avoir des réactions violentes. Comme cet ami qui a amené au
cours d'Algorithmique un logiciel qu'il avait écrit et qui faisait
quelque chose que le professeur avait prétendu impossible. A
l'examen le professeur l'a injurié, humilié... J'avais fait le même
coup au labo de Physique ; faire quelque chose dont l'assistant
venait de dire haut et fort que c'était impossible. Il avait même
ajouté la phrase "si vous obtenez cela, vous sortez d'ici en courant
et vous allez déposer un brevet." Il n'a pas eu plus de dix minutes
à attendre pour que je lève le doigt et le fasse venir. Mais lui,
c'était quelqu'un de capable, une de ces personnes sur lesquelles
l'université se repose quand il y a de vrais problèmes. Il a compris
le fonctionnement de mon dispositif. Et il n'a rien dit aux autres,
comme cela je n'ai pas eu d'ennuis. Mais, en général, quand nous
sommes busés aux examens, c'est simplement "parce que nous ne
faisons pas comme il faut". Ce que j'ai vu de "moins pire" dans les
universités belges sont des étudiants qui certes n'ont pas le
moindre souvenir de 90% de leurs cours, qui ne se souviennent pas de
l'intitulé de ces cours et qui ne sont pas capables du moindre
raisonnement censé avoir été appris dans ces cours, mais qui ont
l'intention de travailler plus tard et qui finissent par développer
une affinité avec un ou deux professeurs intéressants. Ils
s'investissent dans la matière de ces professeurs, ils sont fiers de
citer les réalisations de ces professeurs... Ce sont toujours des
professeurs qui ont eu une carrière dans le privé, qui ont voyagé...
Tout ceci pour prétendre que si un Asperger ne réussit pas ses
études ou ne trouve pas du travail, ce n'est pas forcément parce
qu'il est fainéant, ni parce qu'il est bête, ni même parce qu'il ne
comprend pas le système. Ce serait plutôt le contraire. Notez
également que si je considère objectivement avoir un compte à régler
avec l'université, ce n'est pas vis à vis de moi-même. Mon principal
moteur est la violence que mes amis ont subie. J'ai un suicidé dans
la liste, j'en ai vu un sortir avec une dépression nerveuse et
mettre plusieurs années à se remettre, j'en ai un autre qui n'ose
pas faire de publication alors qu'il fait des découvertes très
intéressantes... Tout cela parce qu'ils ne servaient pas directement
les intérêts du personnel universitaire. Enfin, je ne supporte pas
les conséquences pour la société. La marée d'incompétents produite
par les universités dégénère en une fractale de tas de poussières
qu'on n'arrive plus à caser sous les coins de tapis.
Après avoir essayé de comprendre comment fonctionnent les grandes
universités, j'ai un peu l'impression que j'ai instinctivement
adopté une démarche d'étude plus proche de leurs méthodes. Dans
l'université où j'ai essayé de faire des études, par contre, la
majorité du travail consiste à apprendre par coeur et faire des
travaux répétitifs. Mon approche consistait à m'intéresser à
beaucoup moins de sujets mais à me confronter étroitement à leur
réalité. J'ai oscillé en permanence entre la théorie et
l'expérimentation, me cassant les dents sans cesse jusqu'à ce que
mes prédictions se réalisent dans les dispositifs. Il y avait bien
des labos organisés dans cette université, mais très peu et ils ne
consistent qu'à suivre une procédure prédéfinie. Certains disent que
ce sont deux méthodes d'étude différentes et que comparaison n'est
pas raison... Je ne suis bien entendu pas de cet avis. Les étudiants
ne retiennent virtuellement rien de la masse de choses qu'ils ont
apprise par coeur. Quelques uns d'entre eux, très peu, ont par
hasard la capacité de retenir ces matières plus longtemps. Ils sont
incapables de les utiliser. Si je discute avec eux, ils se
souviennent de mots et de quelques phrases mais ils disent bêtise
sur bêtise. Ils n'ont que la capacité de paraître compétents auprès
de personnes qui ne connaissent pas le sujet. Le pire, peut-être,
est qu'ils se croient compétents eux-mêmes. Au fil des années, comme
la plupart de mes amis, j'ai accumulé un savoir *utilisable*
inconcevablement plus large... Leur approche n'est simplement pas la
bonne. Elle est contraire à ce que la constitution belge demande des
universités. Elle ne sert qu'à justifier avec facilité un volume
d'activités et de financements qui assure les positions sociales
d'une minorité au détriment du pays.
Les administrations
En théorie un autiste devrait bien s'entendre avec les
administrations. Comme les ordinateurs, elles sont censées suivre
des procédures et des règles bien établies. Les autistes
"s'entendent" souvent très bien avec les ordinateurs. Ils sont
tellement plus rationnels que les humains... On utilise
spécifiquement des cours d'informatique pour les autistes parce que
c'est une activité intellectuelle qui leur convient.
Quand j'ai affaire à une administration "sérieuse" je n'ai jamais de
problèmes. Je réunis bien tous les documents qu'on me demande, je
comprend les conditions et les procédures, je suis à l'heure aux
rendez-vous... Le problème en Belgique est que la majorité des
administrations sont un f... où règne l'arbitraire et
l'incompétence, parfois la franche mauvaise volonté voire
l'intention de nuire. La magie des "bourgeois" est qu'ils arrivent à
survivre et même à fructifier dans cette jungle. Ils font le travail
des fonctionnaires à leur place, ils se renseignent entre eux...
Certains suivent des cours de gestion ou de droit pour apprendre à
mieux traire le système... Si vous êtes un électrons libre,
l'administration se hérisse de règlements contraire à vos projets.
Si vous êtes l'ami de untel ou si vous criez assez fort, les
piquants se replient dans l'autre sens et on n'arrête plus de vous
trouver des avantages et des possibilités merveilleuses. Il m'est
arrivé plusieurs fois de me faire refouler par une administration,
puis d'apprendre par un fonctionnaire d'une autre administration que
j'avais parfaitement droit à ce que je demandais.
Quand je suis arrivé en Belgique, j'ai été surpris de voir le nombre
de clochards et de déshérités. Conformément à l'endoctrinement que
j'avais reçu, je croyais que ces personnes ne *veulent* pas
respecter le système, donc qu'il est normal qu'elles soient dans ces
situations. Elles aiment ça, manifestement : sentir mauvais et
traîner sur un trottoir... Elle font ça juste pour embêter les
bourgeois... J'ai lentement fini par comprendre. Bien que je sois
intelligent, de bonne volonté et que je n'ai commis aucun délit, je
me suis vu explicitement menacé de finir à la rue, de perdre tout
moyen de survie... J'ai dû prendre un avocat, menacer... Des amis
m'ont aidé. Je suis juste assez bourgeois pour survivre aux
administrations (touchons du bois). Mais je ne vois pas comment une
personne plus faible que moi pourrait résister à la déclivité.
Le pire problème que j'ai rencontré est avec les "lois sociales",
quand j'avais un registre de commerce. Comme mes revenus étaient
inférieurs au minimum, j'étais censé ne pas payer de charges
sociales. Dès que j'ai reçu les demandes de payement, j'ai répondu
que mes revenus me dispensaient de payer... Pendant six ans j'ai
reçu des demandes de payement et j'ai chaque fois répondu que mes
revenus étaient inférieurs. J'ai envoyé des copies de mon facturier,
etc... J'ai été condamné deux fois par un tribunal, pour un total de
15.000 €. On me demandait en charges sociales un montant supérieur à
mes revenus ! Ma logique autiste ne comprenait pas : j'étais
parfaitement dans les critères, j'envoyais tous les renseignements
possibles à mes tortionnaires... et j'étais condamné comme un
malfaiteur. Ce n'est qu'au bout des six ans que j'ai fini par
recevoir une lettre m'expliquant que j'aurais dû demander un
formulaire bien précis et l'envoyer à une administration bien
précise. Ah bon... J'étais dégoûté. En plus j'avais les ongles qui
poussaient en gondolant à cause de la malnutrition. J'ai jeté
l'éponge et j'ai demandé le chômage. L'ONEM m'a d'abord refusé, il a
fallu qu'un assistant social du CPAS leur téléphone pour mettre les
points sur les i...
Le moteur le plus important des fonctionnaires semble être le besoin
d'en faire le moins possible. Réfléchir le moins possible, aider le
moins possible... juste rester dans son bureau à papoter. Ils sont
tellement fatigués... Au minimum il ne vous renseigneront pas, au
pire ils vous menaceront ou vous humilieront pour que vous quittiez
les lieux ou leurs dossiers. Le deuxième moteur semble être les
quotas. On leur donne des instructions pour diminuer tel ou tel
avantage ou pour maximiser telle ou telle rentrée. Ils appliqueront
ces instructions de la façon la plus primaire possible.
Ces problèmes se posent aussi dans les entreprises, qui ne sont
jamais que des administrations privées. On croit qu'un chef
d'entreprise ne veut que des employés dynamiques et que la
concurrence l'oblige à être sérieux. C'est souvent faux. Les
entreprises sont gérées par "des grandes familles". La symbiose
humaine entre les administrations, les entreprises, les partis
politiques, les média et les groupes d'influence divers est énorme.
Le piège dans lequel les belges tombent continûment est qu'on leur
promet de nouvelles lois et règlements pour améliorer la situation.
Ces nouveaux règlements ne sont que des piquants supplémentaires,
qui seront mis à profit par les "malins". Il faut au contraire
drastiquement diminuer et rationaliser les règlements. Il faut
légaliser le simple fait de vivre, de travailler, de gérer une
famille... Plus important encore, il faut expliquer point par point
ces dérives aux enfants dans les écoles. Il faut éviter qu'ils ne
commence à comprendre la catastrophe générale que quand il est trop
tard, quand ils sont déjà englués dans le système. Quand nous aurons
des individus libres, nous aurons une société qui fonctionne.
Je comprend à présent parfaitement pourquoi des associations de
défense de droits de l'homme sont présentes en Belgique et pourquoi
elles ne s'occupent pas que d'affaires à l'étranger. De mon côté je
rentabilise ce que j'ai appris en donnant des conseils. Je ne
connais pourtant pas encore grand chose de l'édifice. J'ai rencontré
de vieux directeurs d'école qui en sont toujours à passer des heures
à essayer de comprendre les règlements. Les plus difficiles à aider
sont les personnes qui tremblent à l'idée de ne pas respecter les
règlements, qui se rendent aux argumentations du premier
fonctionnaire venu. C'est une situation de lise de la société. Vous
êtes à la merci du bon vouloir des chefs de bandes armées rencontrés
au détour des routes.
J'avais été étonné d'entendre des chefs d'entreprises se plaindre du
fait qu'ils passent plus de temps à faire des paperasseries pour les
administrations qu'à gérer leurs entreprises. Cela m'avait paru
étrange. A l'époque j'étais étudiant. On ne me demandait pas plus de
quelques papiers administratifs par an... A présent je comprend
mieux. Depuis un an presque toutes mes journées sont colonisées par
les administrations. Souvent cela ne prend qu'une heure ou deux,
régulièrement une demi journée. Des documents à réunir, des
démarches à faire, des contrôles à domicile... Je travaille à tiers
temps pour les administrations ! Sans être payé pour cela. Je ne
suis pourtant qu'un infime chômeur... On dirait que la société belge
n'est plus qu'une masse destinée à justifier les salaires des
fonctionnaires, qu'on n'existe plus que pour être administré, qu'on
est prié de n'avoir rien d'autre à faire de ses journées. Sachant
que je ne peux souvent travailler qu'une à quelques heures par jour,
l'impôt prélevé par les adminisitrations est catastrophique pour mes
travaux scientifiques. Il y a des prisonniers politiques qui
disposent de plus d'heures de travail que moi. Pour en revenir à
l'époque où j'étais étudiant : je me rends à présent compte du fait
que les papiers demandés par l'administration étaient les
interrogations et les examens que je passais. En réalité, les
administrations prenaient déjà à cette époque tout mon temps, du
moins elles essayaient. La grande majorité de ces interrogations et
examens n'apportent rigoureusement rien aux étudiants. Ce sont des
matières creuses, comme la majorité des démarches administratives
auxquelles on m'astreint au jour le jour.
On dit qu'un des principes de la civilisation est qu'on calme les
instincts meurtriers des individus. On m'a décrit des tribus
primitives bien moins meurtrières que certaines "civilisations" mais
passons. Ce qu'on peut dire est que dans une civilisation on
canalise massivement les instincts primaires des individus. On tente
de les mettre à profit pour l'édifice. Par exemple, on conditionnera
la montée viscérale d'un individu dans les hiérarchies à sa capacité
à améliorer le sort de tous. Donnant-donnant. La démocratie est
censée être un puissant levier en ce sens. La liberté des marchés
est censée garantir que la lutte entre les entreprises se fait à
l'avantage des clients, donc du peuple... Ces systèmes fonctionnent
mais ils ont leurs limites ; leurs effets pervers. Seule l'éducation
des masses permet de dépasser ces limites. En Belgique, par exemple,
la lutte pour monter dans les hiérarchies a dégénéré en une bouillie
d'entraide entre prédateurs. La Belgique entière n'est plus qu'un
gigantesque réseau de relations, du gardien de nuit au Premier
Ministre. Le réseau supplante tout. Les entreprises, les
administrations, les académie... ne sont plus que des terrains de
jeux dont on ne comprend plus vraiment les raisons d'être
originelles. Tout est devenu virtuel, déphasé ou complètement
détaché du réel. Le jeu vidéo ne se rend pas compte du fait que la
prise de courant peut être tirée ou qu'un gros "Game Over" en rouge
pourrait soudain s'afficher.
Prisonnier politique
Depuis cinq ans je vis comme un prisonnier politique. Torture par le
bruit, par la chaleur... même par les ondes radio. J'avais un
logement vieillot mais habitable. Tout à fait gratuitement,
l'administration locale m'a forcé à déménager vers un logement très
coquet mais totalement inhabitable, y compris pour des personnes
normales. J'ai bien sûr écrit à l'administration communale et à
d'autres endroits pour expliquer que ma situation est insupportable,
attestations médicales à l'appui et témoignages signés par des amis.
Aucune réaction... Cela ne dérange personne. Quand les américains
font la même chose à des terroristes, on le leur reproche. La
Belgique ne risque manifestement rien... J'ai écrit à Amnesty, sans
réponse. (Un ami qui est en prison m'explique qu'il n'y a rien à
attendre d'Amnesty...) Même signaler des faits graves comme un
immeuble d'habitation de trois étages dont les extincteurs ne sont
pas entretenus alors que la cage d'escalier est en bois et qu'il n'y
a pas d'issue de secours, ne sert à rien. Il n'y a pas d'effet, où
que je m'adresse. Beaucoup de personnes sont traitées comme moi...
Il est certain qu'à aucun moment un fonctionnaire n'a pris la
décision de me cibler en particulier. Dans ce sens là, je ne
correspond pas au statut de prisonnier politique, puisque aucune
décision n'a été prise spécifiquement contre moi.
Si je voulais bien apporter mes contributions aux pouvoirs locaux,
ma situation s'améliorerait immédiatement. Aider des entreprises à
créer des dossiers bidons pour obtenir des subsides... Mettre mes
talents d'auteur et de manipulateur au service d'un parti
politique... C'est parce que je suis moralement incapable de faire
cela, que je dois pourrir dans ma situation. C'est de la persécution
politique passive...
On vous explique à l'occasion qu'on aimerait bien améliorer les
logements des personnes pauvres mais que cela coûterait trop
d'argent. J'ai fait l'expérience de proposer des aménagements aux
logements de mon immeuble, qui n'auraient virtuellement rien coûté
et qui faisaient une différence importante. Il suffisait de bien
vouloir le faire, voire juste de dire oui... Cela a toujours été
refusé. Ce n'est pas une question d'argent... C'est un système.
Alors je rempli le rôle que l'on m'a passivement assigné et je fais
des articles sur mon site Internet pour dénoncer ce système...
Les femmes
"Si une femme vous dit oui, cela veut dire non. Si elle vous dit
peut-être, cela veut dire oui." Le problème quand on est autiste est
qu'on prend les choses à la lettre. Quand une femme me dit qu'elle
ne veut pas que je la touche, je ne la touche pas. Si une femme me
demande asile pour la nuit, asile = sécurité = pas toucher. J'ai
fait perdre beaucoup de temps à beaucoup de femmes... Cela peut
sembler cocasse mais c'est dramatique. Même en ayant parfaitement
compris ces choses je n'ai pas avancé d'un pouce. Je ne conçois pas
de tendresse physique sans qu'il y ait une complicité, une tendresse
émotionnelle. L'effet que le comportement des femmes a sur moi, est
la sensation qu'elles placent leurs lubies avant mes émotions. Elles
renoncent par avance à toute complicité, simplement à voir qui je
suis. Chose amusante, c'est traditionnellement ce que les femmes
reprochent aux hommes. On m'a souvent dit que ce jeu est une sorte
de danse rituelle, qui peut déboucher ensuite sur de l'amour. Et
bien... j'ai de grosses difficultés à danser. En matière amoureuse,
tout est dans les non-dits, les atmosphères, le langage du corps...
tout ce qu'un Asperger ne sait pas faire. Je peux avoir une femme
désireuse devant moi et simplement ne me rendre compte de rien. Ce
n'est qu'en réfléchissant plusieurs heures après, de façon
technicienne, que j'aboutis à la conclusion honteuse qu'elle aurait
bien voulu que je la prenne dans mes bras. J'enregistre les
événements, presque comme une caméra. J'ai de bonnes capacités
d'analyse à posteriori. Mais aucune spontanéité... Une amie m'a même
demandé si un Asperger avait des sentiments, s'il souffrait en
perdant une personne qu'il aime... Au début, quand je ne comprenais
rien du tout, j'ai envoyé des kilos de lettres de reproche à des
femmes. Elles n'ont rien compris de ce qui leur arrivait. C'était
une forme de violence de ma part, parce que je ne comprenais rien
non plus. C'était aussi une tentative maladroite de dialogue, qui
n'a jamais été comprise.
Un "plan femme" m'est arrivé plusieurs fois : la dame se sent
séduite par moi, elle apprécie les éloges que l'on fait à mon sujet
ou elle me confond avec un professeur qu'elle a apprécié à
l'école... Elle me demande alors pourquoi je ne me trouve pas un
travail bien payé. Avec mes capacités... L'une d'entre elle m'a même
expliqué, sans aucune malice, qu'elle emménagerait avec moi si je
trouvais le moyen de disposer d'un appartement ou d'une maison. Je
suis incapable de remplir ces obligations qui me sont proposées...
Certaines se vexent, d'autre se fâchent ou se lamentent.
Invariablement elles changent de crémerie. Plusieurs m'ont dit,
courroucée, que pour les câlins je pouvais me brosser. Câlins que je
n'ai jamais reçus d'aucune... mais si j'avais rempli le contrat
j'aurais eu droit au minimum syndical, au moins un temps.
En matière de tendresse physique je me contente de celle des petits
animaux : chats, souris, chihuahuas... Ils me le rendent bien. Les
problèmes relationnels sont un classique chez les Asperger. Nombre
"restent chez leur mère." Ce n'est pas une règle. Il y en a aussi
qui fondent une famille ou tout au moins qui ont une vie
sentimentale. Ils semblent souvent être d'éternels incompris. Ils
font peur... Ils sont déstabilisants pour une femme. Avec un homme
normal, les choses sont plus simples... Pour ma part j'ai renoncé à
faire des avances aux femmes. Si j'en fais, je les perds rapidement.
Si je ne fais rien, je me fais traiter de sous-homme ou
d'homosexuel, mais je peux les voir et m'occuper d'elles plus
longtemps.
La médicalisation
Pour la Belgique, cette page donne accès à la liste des centres de
référence conventionnés : www.inami.fgov.be/care/fr/revalidatie/convention/autism/
On m'a toujours mis en garde contre les psychiatres, les
psychologues, les neurologues, les neuropsychiatres et les
neuropsychologues. Ils vous font payer des séances interminables,
ils vous prescrivent des médicaments qui rendent bête... Une
personne bien élevée n'a pas besoin de psychiatre, dit-on.
Historiquement, ce que certains psychiatres ont fait tient du crime
contre l'humanité. Il y en a sans doute toujours en liberté. Mais
quand j'ai compris que j'avais un problème neurologique sérieux et
que j'ai décidé de demander l'aide d'une équipe médicale spécialisée
dans l'autisme, je n'ai rencontré que des braves personnes. Les gens
qui se méfient des psys feraient bien d'en voir un... Grâce à eux
j'ai appris des choses auxquelles je ne m'attendais pas du tout. Par
exemple le fait que je ne peux pas traiter deux sources
d'informations semblables à la fois. On pourrait croire qu'on peut
se rendre compte de ce genre de choses par soi-même... et bien non.
Cela me permet maintenant de beaucoup mieux gérer certains
problèmes. Une partie des recommandations que j'ai reçues "sont
toutes bêtes", comme de travailler avec des bouchons dans les
oreilles. Mais il m'aurait peut-être fallu plusieurs années pour y
penser par moi-même.
Deux choses sont importantes en matière d'autisme et d'Asperger :
- Il faut faire un dépistage précoce. Plus tôt se fait la prise
en charge médicale, mieux les problèmes pourront être gérés.
Chez un enfant autiste, le problème peut être diagnostiqué dès
la petite enfance. Le cas d'un Asperger est plus difficile à
percer. Les problèmes lourds ne commenceront souvent qu'au début
de l'âge adulte...
- Il faut faire comprendre la situation à l'entourage de la
personne, leur expliquer comment un autiste fonctionne. On peut
faire beaucoup de choses pour améliorer la situation mais on ne
peut pas forcément résoudre ou guérir l'autisme en lui-même.
Donc l'entourage doit pouvoir s'adapter.
Errare humanum est, les équipes médicales font parfois des erreurs :
- Certains Asperger ont d'abord été diagnostiqués comme
schizophrènes. Un Asperger ne peut certes pas se construire la
même représentation du monde qu'une personne normale mais sa
représentation tente d'adhérer à la réalité et le dialogue est
possible. (J'ai aussi entendu parler de personnes ayant
manifestement des symptômes Asperger et que l'on classe ensuite
ailleurs. S'il s'agit d'un diagnostic plus pointu, c'est une
excellente chose...)
- Il faut éviter que l'Asperger devienne un fourre-tout
socialement correct pour adolescents à problèmes. Beaucoup de
jeunes gens intelligents ont juste besoin qu'on leur apprenne à
étudier. Jusqu'à un âge de 14 à 16 ans ils ont réussi leur
examens "par dessus la jambe", "en regardant distraitement le
tableau noir", parce qu'ils ont une bonne mémoire et qu'ils sont
malins. Vers la fin des études secondaires et certainement dans
les études supérieures, ce mode d'étude "animal" n'est plus
suffisant. Il faut apprendre à s'organiser ; à travailler et
développer les informations. Il faut apprendre à faire des
raisonnement structurés suivant des modes de pensée qui ne sont
pas instinctifs. Il faut aussi apprendre à faire la courbette
devant des autorités intellectuellement très peu compétentes,
qui ne vous apprennent rien voire vous empêchent d'apprendre,
mais c'est un autre sujet...
- Certains refusent presque de faire un diagnostic, sous
prétexte qu'il ne faut pas coller d'étiquettes aux gens.
Intention louable mais il faut savoir appeler un chat un chat.
On a besoin de savoir, comme on a besoin de savoir comment s'est
passé un accident. C'est nécessaire pour comprendre, pour
pouvoir s'organiser, éventuellement pour pouvoir remettre en
question, et simplement pour pouvoir faire le deuil de certaines
choses. Il faut savoir sortir de sa petite boîte mais pour cela
il faut commencer par en avoir une.
- Certaines équipes partent du principe qu'on diagnostique
l'Asperger en relevant des traits autistiques. L'Asperger ayant
un rapport avec l'autisme, cela peut paraître sensé.
Malheureusement on pousse parfois le raisonnement trop loin :
- Une différence entre un autiste et un Asperger est
qu'un autiste tendra à présenter des difficultés d'élocution
tandis qu'un Asperger parle plutôt bien (jugez-en d'après le
contenu du présent texte). Donc on peut utiliser la capacité
d'élocution comme indication pour déterminer si une personne
est autiste ou Asperger. Malheureusement, dans une équipe
médicale farfelue on considérera que si une personne parle
bien, elle n'est donc pas autiste, donc elle n'est pas
Asperger. C'est une erreur plate puisque si la personne parle
bien cela indique qu'elle est probablement Asperger...
- Les tests de fonctionnement de la mémoire permettent de
révéler des traits autistiques. Mais beaucoup de personnes
atteintes d'Asperger ne présentent peu ou pas de
particularités au niveau de la mémoire. Le syndrome d'Asperger
est comportamental.
Il est malheureux de voir une personne qui est une carricature
de comportement Asperger se voir refuser le diagnostic. Les
psychologues et les psychiatres de l'équipe attestent que la
personne a bien un mode de vie et de raisonnement nettement
Asperger, ce qui devrait emporter le dossier. Le diagnostic
est pourtant refusé parce que la personne a des résultats
normaux ou presque aux tests de mémoire...
- Une des erreurs de diagnostic est la maniaco-dépression. Un
ami Asperger en a été victime. Au fil de ses recherches sur
l'Asperger et en particulier sur ses problèmes de digestion, il
a peut-être trouvé l'explication. Il a une très forte réaction
allergique au blé et au lait de vache. Plus précisément à la
prolamine y contenue. Un des effets possible de cette forme
d'allergie est un comportement maniaco-dépressif... C'est ce qui
aurait induit le psychologue qui l'examinait en erreur... Il a
fait un diagnostic correct mais superficiel. Notez à ce propos
que cette allergie ne se manifeste pas, médicalement, comme une
allergie habituelle au blé ou au lait. Si votre médecin ne
connaît pas spécifiquement cette forme-là d'allergie, il ne
pourra pas poser de diagnostic. (Bien entendu, rien n'empêche
qu'une personne soit à la fois maniaco-dépressive et Asperger.
Dans ce cas il faut traiter la maniaco-dépression comme il se
doit. Mais il ne faut pas que cela occulte le diagnostic
d'Asperger.)
Un article de BBC sur les problèmes en France : http://www.bbc.co.uk/news/magazine-17583123
L'autisme a été présenté comme une maladie incurable, pour laquelle
il n'existe que des palliatifs. Mais il semble que beaucoup de cas
d'autisme sont liés à des infections bactériennes ou à une
intoxication aux métaux. Dans ces cas-là, une cure d'antibiotiques
ou une cure de détoxication, peuvent grandement améliorer la
situation de l'enfant voire faire disparaître les traits autistes.
Il faut s'y prendre le plus tôt possible mais sous sévère
surveillance médicale.
Les suppléments nutritionnels
Voici l'adresse d'une page qui propose des suppléments nutritionnels
et des médications adaptés aux cas d'autisme : www.autismcoach.com/Supplements.htm
. Il y a trois classes de produits :
- Des enzymes pour mieux digérer les repas.
- Des produits destinés à évacuer les métaux lourds du cerveau.
Cela ne peut être fait que sous contrôle médical étroit.
- Des suppléments nutritionnels destinés à palier certains
fonctionnement déficients des neurones. Vitamines, acides
aminés, oligo-éléments...
Après avoir essayé quelques suppléments nutritionnels je suis
convaincu de leur utilité. Certains prétendent que par ces
médications et suppléments des cas d'autismes pourraient être
fortement soulagés voire guéris, à condition d'être pris dès la
petite enfance ; afin que le cerveau puisse se développer de façon
plus normale au fil de l'enfance et de l'adolescence. J'ai peu de
preuves de la chose mais d'un point de vue théorique ce n'est pas
insensé. Mais attention :
- Un cas d'autisme n'est pas l'autre. Inutile de faire prendre à
une personne un supplément qui n'a rien à voir avec son problème
particulier d'autisme. Inversement, ce qui n'a pas fonctionné
pour l'un fonctionnera peut-être pour l'autre.
- La page www.preventingharm.org/execsum.html
donne une liste de produits suspectés de causer des formes
d'autisme. Certains sont présents dans cette liste et dans les suppléments
nutritionnels proposés dans la page liée ci-dessus. Cela n'a
rien d'anormal. Un produit peut détraquer le cerveau d'un foetus
s'il est absorbé par la mère à fortes doses, et être utile à un
enfant ou un adulte autiste s'il est pris à des doses normales.
Cela indique clairement qu'une prise en charge médicale est
nécessaire. Il ne faut pas jouer avec ces produits. Un dosage
doit être réalisé par un médecin ou un spécialiste, adapté à
chaque cas. Il faut faire des expérimentations et des
observations, des prises de sang et des analyses...
Une constante dans ces approches nutritionnelles est la gestion de
l'énergie par les cellules du cerveau. Les neurones seraient dans
l'incapacité d'utiliser correctement les sources d'énergie
disponibles dans le sang. Cette déficience aurait empêché mon
cerveau de se développer et de se "redéfinir" correctement à
l'adolescence. Chez Dimitri, les différentes parties de son cerveau
seraient mal interconnectées pour les mêmes raisons, ce qui amène
des confusions de perception et expliquerait les douleurs aigües
qu'il peut ressentir.
Une autre constante est l'amélioration du fonctionnement du système
immunitaire.
J'ai pu faire une cure de détoxification ciblée sur les métaux
lourds. Le résultat est impressionnant. Mon cerveau a redécouvert en
quelques jours de nombreux modes de fonctionnement. Le gain en tonus
et en capacité de travail est sensible. Les effets secondaires ont
été assez légers en comparaison : acné et perte d'envie de manger de
la viande. En l'état je ne peux pas prétendre que ces progrès sont
bien dûs à l'élimination des métaux lourds. Peut-être la
détoxification a-t-elle eu des effets physiologiques tout autres...
Le fait demeure que le résultat est (d)étonnant. Deux remarques :
- L'idée suivant laquelle l'autisme ou l'Asperger sont causés ou
aggravés par des métaux lourds me semble à présent encore plus
vraissemblable. Donc également l'idée suivant laquelle une
détoxification régulière du cerveau des enfants menacés
d'autisme ou d'Asperger pourrait leur permettre un développement
plus proche de celui d'un enfant normal (quid du degré
d'intoxication de la mère pendant la grossesse et la
transmission à l'enfant...) Voir ce texte : Comment éliminer les métaux toxiques.
Une amie m'a raconté le cas d'un enfant Asperger de dix ans qui
a été placé sous neuroleptiques. Je peux me tromper complètement
mais j'ai eu mal en pensant à cet enfant. Il a certainement des
troubles de la personnalité à cause de ses problèmes
neurologiques, raison pour laquelle on a réduit en bloc
l'activité de son cerveau. On a ajouté le neuroleptique aux
métaux lourds, pour faire un mélange compact...
- Beaucoup de conseils diététiques contenus dans ce texte sont
également intéressants pour des personnes qui n'ont aucun
problème de la sphère autistique. Ils ne relèvent presque que de
l'hygiène alimentaire. Je crois que beaucoup de problèmes
psychologiques et physiologiques, de natures très diverses,
seraient évités ou diminués en prenant plus au sérieux la
question des polluants industriels minéraux et organiques.
Manganèse
L'orotate de manganèse nous a apporté un mieux considérable. C'est
une poudre blanche en vente en pharmacie. Cela revient un peu cher
si le pharmacien n'en a pas de stock et vous oblige à en acheter un
pot de 10 grammes. Compter 20 à 30 €. Mais avec un pot vous en avez
pour des années... Ne vous servez pas dans le pot ! Le manganèse est
dangereux à fortes doses. Vous devez en parler à votre médecin et
vous faire faire une prescription. Une bonne base de départ consiste
à faire préparer des gélules par votre pharmacien, contenant chacune
2 mg d'orotate de manganèse dihydrate (deux milligrammes). Comptez
16 € pour la fabrication de 60 gélules. Prenez-en une à chaque
repas, soit trois par jour. (Ceci est la dose pour un adulte de
poids moyen. Certaines personnes préfèrent 1mg.) Trois telles
gélules représentent une dose de manganèse d'un peu plus de 1 mg.
C'est moins que la dose journalière recommandée, qui est de 2,5 à 5
mg. Et beaucoup moins que la dose maximum, qui est de 10 mg. En
principe, de la nourriture saine ou certains comprimés
multivitamines contiennent bien plus que 1 mg de manganèse. Je ne
sais pas pourquoi l'orotate de manganèse nous fait un effet énorme
alors que les autres sources de manganèse semblent neutres... Nous
parlons plus facilement en public, nous pouvons manger beaucoup plus
librement, Dimitri n'a plus de douleurs musculaires, nous sommes
beaucoup moins vite fatigués, etc, etc...
Deux mises en garde :
- Le manganèse en excès toxique est l'un des déclencheurs
supposés de l'autisme. Si vous avez un enfant autiste ou
Asperger, il y a une possibilité qu'il soit déjà en
surexposition au manganèse. Ceci est une raison impérative pour
faire l'expérience sous contrôle médical.
- J'ai proposé à d'autres amis d'essayer l'orotate de manganèse.
Ils avaient des problèmes graves comme nous, mais pas du tout
liés à l'autisme. Cela leur a apporté un mieux significatif,
voire est devenu la solution à leur problème. Je ne peux donc
pas prétendre que l'orotate de manganèse est une solution
spécifique à l'autisme ou au syndrome d'Asperger. On dirait
qu'en toute généralité l'orotate permet au manganèse d'agir plus
efficacement, ce qui permet aux cellules du corps de mieux
disposer de l'énergie véhiculée par le sang et donc leur permet
de mieux gérer les problèmes... quels qu'ils soient.
Le manganèse est un coenzyme et fait partie de certains enzymes
essentiels. Encore une fois, c'est une question d'enzymes. Mais je
n'ai aucune idée de la distance physiologique entre le manganèse et
les enzymes malformés qui seraient le pivot de l'autisme.
À présent je ne prends presque plus jamais d'orotate de manganèse.
On dirait que son "travail" est terminé. Peut-être mon alimentation
actuelle rend-elle l'ajout de manganèse inutile... Mais j'en ai
toujours un pot sous la main et j'aurais une angoisse à en être
privé.
Centella asiatica
La centella asiatica, ou brahmi, ou gotu kola, ou herbe du tigre
donne de très bons résultats. Je dois cette information à une
chercheuse française. J'en prenais 100 mg d'extrait sec le matin à
jeun avec de l'eau ou un peu de coca light. Il semble que cela
favorise la circulation sanguine, donc l'apport de nutriments au
cerveau. Si j'en prends en même temps qu'un repas cela défavorise la
digestion. Il faut que ce soit de l'extrait sec très sec. Dès qu'il
commence à prendre l'eau, il devient inopérant. L'extrait sec de
centella asiatica est extrêment hygroscopique. De même, la teinture
mère de centella asiatica, qui contient une part d'eau, est presque
inefficace. Je n'ai plus réussi à m'en procurer et j'ai donc arrêté
d'en prendre. Je le regrette un peu mais cette perte n'est pas très
grave.
Vitamine B1
La vitamine B1 est très utile. Je me suis intéressé à elle quand
j'ai appris qu'elle permettait au foie de digérer l'alcool, les
sulfites et d'autres toxiques. Depuis que j'en prends un comprimé
matin et soir la qualité de ma digestion a fortement augmenté. Mon
tonus aussi... Plus tard j'ai appris qu'elle a été explicitement
recommandée pour les autistes. Je prends des comprimés de 300 mg, ce
qui est beaucoup trop. En principe cela ne présente pas de danger
mais je vais essayer de trouver des comprimés de 50 mg.
Une autre vitamine, la B6, est également recommandée pour les
autistes. Toutefois, après essai, cela m'a paru un piège : la B6
assoupit. On en recommande de fortes doses, associées à du
magnésium, aux enfants hyperactifs. Ce mélange a un effet calmant,
qui permet une scolarité plus stable par exemple. Dans mon cas cet
effet calmant est négatif... quoique de petites doses de B6 sont
peut-être utiles le soir...
Faites attention avec les vitamines B : on dit qu'on peut en prendre
des doses massives sans danger mais c'est faux. On peut certes en
prendre cent fois la dose recommandée sans risques notables. Mais à
partir de mille fois la dose, des effets secondaires graves peuvent
se manifester, voire il peut y avoir destruction de l'organisme
(foie, système nerveux...). Ces ordres de grandeur varient d'une
vitamine B à l'autre...
Le jus de radis noir
Malgré tous mes progrès je n'ai pas été capable de travailler
pendant deux semaines. Je me sentais bien, je pouvais répondre à mes
mails ou lire des textes pendant plusieurs heures par jour... mais
j'étais incapable d'écrire des logiciels. J'avais une conscience
très claire du principe et du mode d'action du logiciel *mais* je ne
pouvais pas l'écrire. Un jour j'ai forcé sur les dopants jusqu'à en
avoir les mains qui tremblaient un peu. J'étais en pleine forme,
j'avais le sentiment de pouvoir bucheronner une forêt à moi tout
seul... mais toujours incapable d'écrire une seule ligne de
logiciel. Comme si j'étais devenu bête. Vers 14 heures mon instinct
m'a fait sentir que je devrais prendre du radis noir pour me
nettoyer le foie et le reste. A 15 heures j'en ai pris 3 ampoules.
Je suis devenu relativement fatigué pendant deux heures. En
approchant les 17 heures mon esprit a commencé à s'allumer. A 17
heures presque pile j'ai entrepris d'écrire le logiciel, comme si de
rien n'était, avec naturel... J'ai pu écrire des logiciels pendant
les jours suivants. Dimitri a pris du radis noir aussi, avec le même
résultat. Il en est enchanté. Je crois qu'il nous faudrait un
dépuratif encore plus puissant que le radis noir... L'élimination
des métaux lourds semble conseillée dans notre cas, je ne sais pas
si le radis noir est assez efficace pour s'attaquer à cela...
Gluconate de magnésium
Dimitri a trouvé quelque chose de remarquablement efficace : le
gluconate de magnésium. Nous avons essayé un peu tous les sels de
magnésium ; sulfate, orotate, oxyde, chlorure... Rien n'agit aussi
bien que le gluconate. En vente en petits sachets à dissoudre dans
un verre d'eau.
Abats, huile de foie de morue...
Les vitamines A et D, et d'autres choses typiquement contenues dans
les abats, seraient particulièrement profitables aux Asperger...
Cela pourrait indiquer que les Asperger auraient une composantes
héréditaire de chasseurs néolithiques... Il faut toutefois toujours
être prudent : la vitamine A, en particulier, peut avoir des
conséquences horribles si elle est consommée en quantités toxiques.
Électrosensibilité
Je n'ai pu tester la chose que sur deux Asperger mais manifestement
tous les deux sont électrosensibles. Depuis que je prends garde à me
protéger et à éviter les endroits fortement irradiés par des
émissions radio, mon volume de travail journalier a encore
sensiblement augmenté et je ne subis plus certains états de
détresse.
Coenzyme Q10
Il n'y a sans doute pas de lien direct entre le coenzyme Q10 et mon
problème neurologique mais je constate une amélioration de tonus si
j'en prends. En vente libre en pharmacie.
Ocytocine
L'ocytocine est une hormone propre aux mammifères. Il parait qu'en
inhalation elle stimule le cerveau d'un Asperger ou d'un autiste
vers une meilleure observation et prise en compte des interlocuteurs
et partenaires.
Mastocytose
Un correspondant qui a été diagnostiqué Asperger, a également été
diagnostiqué atteint de mastocytose. C'est un dérèglement du système
immunitaire. Il y a un excès de cellules mastocytes et le système
immunitaire agresse l'organisme, ce qui peut entraîner des crises
d'asthme, des douleurs musculaires, une fragilité osseuse, des
problèmes de fatigue... Un ami Asperger correspond assez bien à ce
profil. Je lui correspondait pas trop mal non plus, jusqu'à ce que
je passe deux ans à me détoxiquer des métaux et à apprendre à gérer
mon acidité corporelle. Depuis je n'ai presque plus de problèmes...
Les vitamines
On prescrit de plus en plus souvent des vitamines aux enfants
Asperger ou autistes. Pendant trente ans j'ai englouti des quantités
astronomiques de comprimés de vitamines, essayant toutes les marques
et me réjouissant d'avoir plus d'effet avec l'une qu'avec l'autre.
Je prenais parfois plusieurs comprimés par jour. Il est évident que
je m'en portais mieux. Mais... depuis que j'ai fait une cure de
détoxication des métaux, je ne prends plus de vitamines. Je n'en ai
plus besoin... Tout au plus, j'en achète parfois un pot et j'en
consomme pendant quelques jours "comme tout le monde". J'ai
l'impression que les vitamines que l'on donne à fortes doses,
servent en réalité juste à compenser partiellement les conséquences
de l'intoxication aux métaux. Les métaux toxiques "encrassent" les
cellules du corps souvent précisément là où les vitamines doivent
faire leur œuvre. Ils rendent les enzymes inopérants, ils freinent
les flux moléculaires... Saturer les cellules de vitamines, permet
de partiellement compenser cette situation. Mais il ne faut pas se
contenter de prendre des vitamines. Il faut éliminer les métaux
toxiques, pour résoudre le problème.
La rilatine
Un correspondant m'avait expliqué que la rilatine donnait de bons
résultats pour lui. C'est ce médicament que l'on donne aux enfants
hyperactifs aux USA. Une explication scientifique du fonctionnement
de la rilatine est qu'un enfant manifeste une hyperactivité ou un
déficit d'attention parce que ses neurones ne parviennent pas
naturellement à fonctionner avec l'intensité nécessaire pour gérer
la situation. L'enfant va alors d'instinct faire des choses exagérée
et provocantes, dans un but inconscient de stimuler d'avantage
l'activité de ses neurones. En lui donnant de la rilatine, qui est
un peu assimilée aux amphétamines, on stimule ses neurones de façon
chimique, ce qui résout son problème et lui permet de suivre
calmement à l'école sans plus devoir déranger. Je n'ai pas réussi à
obtenir une prescription médicale de rilatine, du moins pas par une
voie qui respecterait ma dignité humaine. J'ai finalement pu obtenir
un peu de rilatine et, si le résultat est beaucoup plus faible que
ce que j'espérais, cela m'est utile. Je suis moins sensible aux
ondes radio, plus amical en fin de journée... Mais je ne dois
surtout pas en prendre trop. Sinon, en fin de journée cela m'aura
vidé les neurones et je deviens incapable de gérer des situations
simples. De plus, selon un principe connu, en prendre deux fois la
dose idéale ne donne pas deux fois plus d'effets mais annule les
effets. Il y a un travail à faire pour trouver la dose adéquate pour
chaque personne.
La rilatine entraîne une dépendance. Il faut arrêter d'en prendre
tous les quelques temps, pendant quelques jours. À long terme elle
présente un risque de dérive, surtout chez les enfants, qui peuvent
finir par développer des symptômes de schizophrénie ou de psychose.
Les symptômes disparaissent un peu après l'arrêt de la rilatine. Il
faut donc bien arrêter régulièrement.
La mélatonine
Elle m'a été recommandée par un ami dont les problèmes neurologiques
n'ont pas de rapport avec l'autisme mais il avait identifié certains
de mes problèmes comme semblables au siens. Les résultats sont très
bons. Je dors mieux, je suis plus éveillé en journée... L'effet le
plus étrange est que je maigris.
J'ai été étonné de constater que la dose optimale dans mon cas était
de l'ordre de 10 mg, pris le soir avec le repas. La dose standard
est de 2 mg ! Et certaines publications recommandent même de ne pas
dépasser 0,3 mg, expliquant que 2 mg est déjà une dose de cheval,
qui peut "écraser" les effets bénéfiques. Plus tard j'ai lu dans
l'article de wikipedia sur la mélatonine que les autistes en ont un
déficit marqué et qu'il peut leur falloir des doses jusqu'à 10 mg...
L'hypocondrie
J'ai commencé à comprendre que j'étais Asperger en lisant des textes
sur Internet. Une amie m'avait posé des questions parce qu'elle
avait des problèmes avec son petit ami. Elle supposait que c'était
lié au fait qu'il est surdoué. J'ai fait une recherche sur Internet.
Je suis tombé par hasard sur un site pour surdoués qui contenait une
page sur le syndrome d'Asperger. Dès les premières lignes j'ai fait
un "uh ooh" embarrassé. C'était il y a un an.
Tout le monde se sera senti un peu Asperger en lisant ce texte ou se
sera demandé si son conjoint n'est pas un peu autiste, tout comme on
se demande si on n'est pas un peu parano en lisant une description
de la paranoïa. Il n'y a que les paranoïaques qui ne se posent pas
ces questions... Mais on n'est pas bègue ou aphasique parce qu'on ne
trouve pas ses mots à l'occasion. Ce qui ne fonctionne pas dans mon
cerveau est susceptible de poser des problèmes à tout le monde. Tout
le monde n'est pas Asperger pour autant. On est "neurotypique" quand
on a en gros un peu tout qui fonctionne plus ou moins bien.
Inversement, les similitudes entre mes problèmes et ceux d'autres
personnes sont parfois utiles. Il m'arrive de donner des trucs à des
personnes qui sont "un peu autistes" ou d'expliquer le comportement
"un peu autiste"d'un conjoint à sa moitié. De même, les problèmes
d'alimentation que je rencontre sont proches de ceux de beaucoup
d'autres personnes. Les solutions trouvées peuvent donc donner des
idées, pour des cas qui n'ont strictement aucun rapport avec
l'autisme.
Si vous soupçonnez que vous-mêmes ou un de vos proches avez un
problème d'Asperger, le mieux à faire est de consulter une équipe
médicale spécialisée. Au minimum, tapez "Asperger" dans un moteur de
recherche et essayez de recueillir un maximum de sources. En Europe
le syndrome d'Asperger est encore peu connu, même si l'autisme en
toute généralité a fait de grands progrès.
Dans l'état actuel de la recherche je connais trois sources
physiologiques possibles de l'autisme et du syndrome d'Asperger :
- Une trop grand perméabilité cellulaire, qui permet à des
molécules ou des métaux néfastes de se propager et de
s'implanter de façon anarchique dans l'organisme, en particulier
dans le cerveau.
- Une déficience au niveau de neurones miroir, dont le rôle est
d'analyser les gestes et les comportements d'autres personnes
autour de soi de façon automatique et inconsciente. Ces neurones
permettent aussi de reproduire les gestes d'autrui.
- Une déficience au niveau du locus coereleus, le centre du
contrôle de la température du corps, dans le cerveau. Il
déclenche la fièvre mais il est aussi responsable des décharges
de cortisol et de noradrélanine, qui stimulent le cerveau à
affronter les situation nouvelles.
Je me demande bien sûr quels sont les liens entre ces faits plus ou
moins prouvés. Est-ce que la perméabilité entraine une déficience au
niveau des neurones moteurs et du locus coereleus ? Est-ce que le
locus coereleus manque de réactivité parce qu'il n'est pas averti
des événements par les neurones moteurs ? Est-ce que les neurones
moteurs sont déficients parce qu'ils ne sont pas correctement
stimulés par le locus coereleus ?
Le gaz sarin 16
juillet 2007
Le mode d'action du gaz sarin est le suivant. Les neurones (du
cerveau et du système nerveux) utilisent des "neurotransmetteurs"
pour se transmettre des informations. Un des neurotransmetteurs les
plus utilisés est la molécule d'acétylcholine. Une particularité de
l'acétylcholine est qu'il n'est pas "recapturé". Cela veut dire que
quand un neurone a envoyé des acétylcholines vers un autre neurone,
ces molécules d'acétylcholine ne sont ensuite pas récupérées par le
neurone émetteur. Ces acétylcholines "utilisés" pourraient donc
s'accumuler et devenir un problème... si l'enzyme
d'acétylcholinestérase n'était pas là. Son rôle est de découper les
molécules d'acétylcholine en acide acétique (vinaigre) et en
choline. La propriété chimique de la molécule de gaz sarin est
qu'elle peut se coller à une molécule d'acétylcholinestérase, de
façon définitive. Cela empêche l'acétylcholinestérase de continuer à
jouer son rôle. Les molécules d'acétylcholine vont alors
s'accumuler, tout saturer et empoisonner. Les communications
nerveuses deviennent de plus en plus difficile... le soldat ayant
respiré ce gaz de combat arrive de plus en plus difficilement à
faire fonctionner ses muscles respiratoires. Il meurt étouffé.
L'organisme contient relativement peu de molécules
d'acétylcholinestérase, parce qu'une seule molécule peut décomposer
un très grand nombre d'acétylcholines. Il faut donc très peu de gaz
sarin pour tuer une personne.
Il y a 15 ans j'avais consommé un "smart drink" (un nootropique) qui
était un mélange de vitamines, de minéraux, d'acides aminés et entre
autres de choline. Cela m'avait fait beaucoup d'effet, me permettant
entre autres de lire des pages en petits caractères pendant des
heures avec beaucoup d'attention. Je décide donc de demander à ma
pharmacienne de la choline, qu'elle me donne sous forme de citrate
de choline. Au début j'en prend des doses "raisonnables", ce qui ne
me fait aucun effet particulier. Je décide donc d'en prendre une
dose un peu exagérée. Surprise : il y a bien un effet mais pas du
tout celui escompté. Je me retrouve comme enfermé dans ma tête, un
peu hébété. C'est prodigieusement intéressant, parce que c'est un
peu "mon état naturel", celui dont je me plains en tant qu'Asperger.
Si je trouve le moyen de déclencher mon problème, cela me met sur la
voie pour le résoudre...
La littérature scientifique confirme qu'une surdose d'acétylcholine
peut amener dans un état d'hébétude. Une amie me donne un
renseignement important : si elle prend même le double de la
quantité de citrate de choline que j'ai prise, cela ne lui fait
aucun effet sensible. J'ai donc bien un problème avec
l'acétylcholine, sans doute avec l'acétylcholinestérase. Je fais un
deuxième test : je mange une quantité importante mais raisonnable de
chocolat. Il contient de la lécithine de soya, qui est un précurseur
de la choline et donc de l'acétylcholine. Un gros avantage de la
lécithine est que l'organisme contrôle mieux sa transformation en
acétylcholine. J'attends que l'état dans lequel me met le chocolat
se stabilise. Un état qui n'a rien de spécial, vaguement douillet
tout au plus. Je prends alors une grosse lampée de vinaigre, donc
d'acide acétique (l'autre moitié de la molécule d'acétylcholine). Et
hop... enfermement des pensées. CQFD. Disons qu'on n'est sûr de rien
mais on a une piste.
La question est : faut-il réduire la synthèse d'acétylcholine ou
faut-il augmenter la synthèse d'acétylcholinestérase ? Je peux
facilement sélectionner des aliments très pauvres en précuseurs de
choline... le problème est que l'acétylcholine est un
neurotransmetteur essentiel au fonctionnement de l'intelligence.
En temps normal je ne peux pas travailler plus d'une heure par jour.
Ce n'est même souvent pas vraiment travailler, juste être un peu
attentif. Ce n'est que très rarement, au hasard, de l'ordre d'une
fois par mois, que je sens monter en moi la possibilité de
travailler sérieusement pendant plusieurs heures. Alors j'en profite
pour faire certains travaux, souvent pour calculer et écrire en
vitesse les idées que j'ai eues au fil des jours du mois écoulé.
Fort de mes découvertes supposées sur l'acétylcholine, je me demande
si je ne peux pas trouver quelque chose qui me permettrait de créer
cet état de capacité de travail artificiellement. Je ne trouve rien
de façon logique mais mon intuition y pallie : elle me fait sentir
qu'il me faut un mélange de gâteau au chocolat, d'aspirine, de
fibres solubles et d'orotate de manganèse. Aussitôt fut fait...
Le résultat du mélange gâteau au chocolat, aspirine, fibres solubles
et orotate de manganèse, pris tôt matin, fut à la hauteur des
espoirs. J'ai pu me mettre au travail, en continu de 9h du matin à
17h de l'après-midi. Je n'osai pas arrêter de peur de perdre quelque
chose. Mais... les effets secondaires sont assez durs : mal de tête,
légère nausée, douleurs musculaires... Au début je croyais que
c'était la conséquence du mélange douteux du matin, peut-être un peu
écoeurant. Il y avait aussi quelque chose de paradoxal : j'avais
mangé du gluten, qui a un effet morphinique sur moi, de l'aspirine
qui est un antidouleur, de l'orotate de manganèse qui semble être un
puissant antimigraineux, du chocolat qui est un euphorisant et un
relaxant... Absorber tout cela et finir avec un mal de tête, des
nausées et des douleurs musculaires, il faut être taré. Il y a
quelque chose de pas logique dans l'équation.
Une solide indication est venue le jour suivant, quand j'ai arrêté
de travailler en cours de journée. Les douleurs ont disparues en une
vingtaine de minutes... Plus rien ! Je me suis remis au travail...
le mal de tête a été le premier à se manifester, très rapidement. La
douleur est donc causée par le travail... Du travail purement
intellectuel. En réfléchissant je me suis souvenu avoir lu une
description de la mort d'un soldat ayant été touché par un gaz de
combat. Le début de son agonie ressemblait assez bien à mes
douleurs. J'en déduis donc l'hypothèse suivante : la raison pour
laquelle je suis très rapidement bloqué dans mon travail chaque jour
est que mon cerveau sature en acétylcholines utilisées. Il se met
alors graduellement en "protection" et empêche la poursuite de toute
activité cérébrale. Si j'essaye de forcer, je finis rapidement comme
assommé. L'effet du mélange détonnant de chocolat, gluten et
manganèse, est de calmer le réflexe de protection. Et peut-être de
stimuler le nettoyage des acétylcholines. Ce qui me permet de
continuer a travailler... Mais les conséquences de l'empoisonnement
à l'acétylcholine sont à ce point graves que malgré la présence
d'antidouleurs je souffre notablement. Il faut donc que j'améliore
la formule, probablement en ciblant l'acétylcholinestérase.
J'aimerais bien que les personnes devant juger des cas de
harcellement au travail lisent ma comparaison entre un travail
intellectuel forcé et les effets d'un gaz de combat.
Au fil du temps et des découvertes j'ai amélioré le brouet noir.
Cela ne me détraque plus la digestion et ne cause plus de mal de
tête. Voici la liste d'ingrédients actuelle. Ces proportions
sont pour un individu de plus de 100 kg accoutumé au café. N'essayez
pas cela chez vous :
- Un paquet de 300 grammes de gaufres molles.
- Mettre du café moulu pour six personnes dans un filtre et
verser de l'eau bouillante pour une seule tasse.
- Deux aspirines ou un comprimé d'ibuprofen.
- Trois centimètres cube d'acide citrique.
Un grand merci à Françoise
Westerloppe, Dimitri Gathy et Christophe Barrere.
Eric Brasseur - 1 janvier 2007
au 5 avril 2012