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Mon syndrome d'Asperger et la société







Qu'est-ce que le syndrome d'Asperger ?


L'explication la plus simple est une forme légère d'autisme. On le compare souvent à "l'autisme de haut niveau".

De nombreuses années avant que je ne me découvre Asperger, un ami avait fait remarquer que je suis comme un autiste mais qui mettrait son intelligence à profit pour compenser. C'est presque la définition médicale de l'Asperger... Une personne dont le cerveau ne réagit pas d'instinct à beaucoup de choses mais qui par le raisonnement et l'observation apprend à réagir malgré tout, plus ou moins correctement, dans beaucoup de situations.

Une mise en garde est à faire : on parle de "syndrome" d'Asperger. Cela veut dire qu'on diagnostique chez la personne un profil général  : des types de comportements, de problèmes et des particularités. On ne sait pas *pourquoi* la personne est ainsi. On peut comparer avec le mal de tête. On peut diagnostiquer chez une personne "le syndrome du mal de tête". Allez savoir à quoi ce mal de tête est dû. Grippe, rhume, coup sur la tête, gueule de bois, interlocuteur assommant... Une chose est sûre : l'aspirine fonctionne dans tous les cas. D'après mes dernières lectures, l'autisme serait causé par un problème de croissance du cerveau, dû à une agression du cerveau. Cette agression pourrait être le fait de crises d'épilepsie chez le nourrisson, un virus, une intoxication de la mère aux métaux lourds ou à des polluants chimiques... L'autisme ne serait pas génétique en soi mais il y aurait une prédisposition génétique à l'autisme : une moindre capacité à résister à ce type d'agression. Un peu tout peut influencer le développement du cerveau du foetus ou du nourrisson... On constate par exemple des problèmes de retard scolaire plus ou moins graves si la mère a fumé, bu de l'alcool ou pris de la cocaïne pendant la grossesse. On constate même des problèmes de retard scolaire chez des enfants qui ont regardé la télévision quand ils étaient bébés. Une approche médicale adaptée peut diminuer les dégâts faits au cerveau de l'enfant.

L'autisme semble être lié à un problème d'enzymes dans le cerveau. Un défaut génétique serait à l'origine de la malformation d'un ou quelques enzymes. Une équipe scientifique anglaise vient de réussir l'exploit de diminuer les comportements autistes chez des souris en inhibant un enzyme de leur cerveau. Une autre piste serait la toxoplasmose, dont le parasite infecte expressément les cellules du cerveau et modifie le comportement.

Peut-être certains cas d'autismes sont-ils causés par un défaut génétique, sans que l'environnement soit en faute. À l'autre extrême, des cas d'autisme sont certainement causés par une agression externe grave, alors que l'enfant n'avait aucune fragilité génétique. Entre les deux, il y aurait des cas d'autisme où une particularité génétique a induit une plus grande fragilité à une agression externe.

A peu près tout ce que contient le présent texte a été expérimenté par moi et par mon ami Dimitri. La majorité des renseignements utilisés proviennent de sites médicaux américains et français sur l'autisme et le syndrome d'Asperger.

Un "neurotypique" est une personne normale, qui n'est pas Asperger ni spécialement autre chose. J'aime bien utiliser ce terme.

Prononcez "Asperger" avec le "ge" comme le "gue" de "guenilles" et marquez bien le "r" final. Un peu comme "Aspergheure" mais avec le "heure" plus court.


Quels sont les symptômes du syndrome d'Asperger ?


Hans Asperger, un médecin Autrichien qui décrivit le phénomène dans les années 1940, observait des enfants qui avaient des difficultés d'intégration sociale et qui se comportaient comme "des petits professeurs". Les lecteurs de mon site verront sans doute tout de suite ce qu'il entendait par "petit professeur".

Ce site propose un résumé de l'article de Hans Asperger :

http://www.paulcooijmans.com/asperger/

Le problème fondamental que pose l'autisme est une difficulté à se faire "une idée générale cohérente des choses". Quand une personne neurotypique (une personne normale) voit par exemple un bureau, sur lequel se trouvent du papier, des stylos, une agrafeuse... elle se dit sans y penser : "voilà un bureau". En remarquant instinctivement la présence des outils de travail de bureau, aussi en remarquant le design du bureau et de la chaise qui se trouve devant, la personne arrive involontairement et en une fraction de seconde à la conclusion qu'elle se trouve devant un bureau. Un autiste, par contre, remarque certes la présence de papier, la présence de stylos... Il voit bien que cette table est grise et non rose bonbon... mais il n'arrivera pas forcément à la conclusion qu'il s'agit d'un bureau. C'est une démarche moins naturelle pour lui. Si vous déplacez un objet sur le bureau, pour une personne neurotypique ce sera toujours un bureau, utilisable pour travailler. Si vous enlevez un des stylos, il est toujours possible d'utiliser un de ceux qui restent... Pour déranger une personne normale, il faut par exemple remplacer le bureau par une table de cuisine, avec dessus des casseroles et des couteaux. Vous arrivez le matin au bureau et vous trouvez une table de cuisine à la place du bureau que vous aviez laissé la veille... ce changement peut vous rendre très inquiet. Vous a-t-on viré et a-t-on affecté votre bureau à un autre usage ? Etes-vous victime d'un collègue un peu sot ? Pour inquiéter un autiste, il peut suffire de changer un détail du bureau : changer un objet de place, enlever ou ajouter un objet... L'inverse est vrai aussi : si vous enlevez un élément essentiel du bureau, par exemple la chaise, une personne normale sentira instantanément que cela compromet l'utilisabilité de l'ensemble. Un autiste pourrait n'y voir que du feu. En toute généralité cela tend à empêcher un autiste de s'adapter aux événements. Une anecdote que j'ai lue dans un livre raconte qu'un autiste s'est un jour trouvé devant une signalisation piétonnière perpétuellement au rouge. Il ne pouvait pas traverser la rue... Une personne normale ne mettrait pas plus de quelques minutes à se rendre compte du fait que le feu rouge est manifestement en panne et elle traverserait en étant prudente. Elle n'aurait même pas vraiment besoin d'y réfléchir ; elle traversera "naturellement" la route, après un certain temps d'attente. Un autiste, par contre, peut rester piégé indéfiniment dans la règle "on ne traverse pas quand le feu est au rouge".

Dans le cas particulier d'un Asperger, un simple bureau modifié ou un feu rouge en panne, ne poseront pas de problème. Par contre je peux avoir les pires difficultés à comprendre ce que me veulent une personne ou un groupe de personnes. Si j'ai affaire à un seule personne ou si les relations entre les personnes sont standard et évidentes, cela se passe bien. Par contre quand le jeu social commence, avec ses non-dits et ses stratégies fluctuantes... je suis complètement perdu. Au mieux, en analysant laborieusement ce que j'observe je peux finir par comprendre beaucoup de choses, mais trop tard, quand la fête est déjà finie... Même dans des situations simples comme un dîner entre amis je peux déranger, parce que je ne suis pas dans l'atmosphère ou parce que je me trompe d'atmosphère.

Si une personne veut avoir une conversation avec moi et en même temps une télévision est allumée dans la pièce, mon cerveau est incapable d'isoler la télévision pour se consacrer à la personne. Il n'est pas non plus capable d'écouter à la fois la télévision et la personne, comme peuvent le faire beaucoup de personnes normales. Ce type de situation peut me mettre en état de confusion mentale très rapidement et effrayer un peu mon interlocuteur par ma supplique soudaine de couper la télévision. Pendant longtemps j'ai eu un cuisant problème : des amis me demandaient souvent de passer chez eux pour dépanner leur ordinateur ou un autre appareil. Pendant que je m'attelais à la tâche, ils s'asseyaient à côté de moi et me racontaient leurs petits malheurs. Cela m'a fait bâcler beaucoup de réparations et pouvait me mettre dans un état de souffrance. Je ne pouvais, ni ne pas réparer l'appareil, ni refuser de les écouter... À présent je m'emploie à leur expliquer de la façon la plus technique possible que je ferai une chose *après* l'autre. Ils le prennent parfois très mal et je dois faire usage d'autorité pour le leur imposer.

Un Asperger a en particulier des difficultés à percevoir le langage du corps d'un interlocuteur. Supposons que je démarre un flot d'explications pour répondre à une question. Pour une personne normale, il serait évident que mon interlocuteur voudrait que j'arrête de débiter des renseignements à la chaîne. La personne normale ne sait même pas pourquoi elle sent cela. Son cerveau décode inconsciemment les mouvements du corps de la victime, qui traduisent l'ennui ou la gêne. Pour moi, même si je remarque consciemment les mimiques du visage et du corps de l'interlocuteur, elles me paraîtront étranges, sans signification. Il m'est souvent arrivé de me dire, plusieurs heures ou plusieurs jours après : "mais... il aurait voulu que je m'arrête de parler..." Je m'entraîne à améliorer cela, à arrêter de parler dès que j'observe les signes d'ennui. Mais ce n'est pas naturel. (Plusieurs neurotypiques m'ont fait remarquer qu'ils ont le même problème et qu'ils ne considèrent pas cela comme un trait spécifiquement autiste ou Asperger. Ils ont bien sûr raison. C'est pour cela que l'Asperger correspond à un ensemble de traits et non à un fait particulier comme celui-ci. Mais quand on l'est, on l'est, et cela forme un personnage très typique.)

Un phénomène amusant de la part des Asperger est la tendance à "écrire aux autorités". Pour signaler une anomalie, un souci de sécurité publique... Combien de lettres de suggestion n'ai-je pas envoyées à la bibliothèque locale... Cela me vaut parfois de petits ennuis, comme le jour où ma lettre pour signaler un problème de sécurité sur un chantier public a été transmise à l'entrepreneur des travaux, avec mon adresse. Je l'ai eu devant ma porte, à me menacer de me faire un procès... Une partie des lettres que j'ai envoyées étaient creuses. Quand j'ai appris que c'est un symptômes possible de l'Asperger... je me suis senti un peu bête. Je continue à envoyer des lettres mais j'essaye d'en assurer la qualité et la pertinence. Le "problème" de l'Asperger est qu'il part du principe que s'il signale un problème concrêt aux autorités, elles feront automatiquement quelque chose pour y remédier. Comment pourrait-il en être autrement ? Parfois, mes lettres ont été suivies d'actions concrètes. Mais il y a des situations très graves, pour lesquelles j'ai donné des débuts de preuves, et les autorités n'ont jamais réellement réagi...

Les "neurones miroirs", découverts récemment, sont une possibilité pour expliquer l'autisme. Que sont les neurones miroir ? On savait déjà que quand une personne pense faire un geste -mais ne le fait pas- les régions du cerveau qui servent à coordonner le geste entrent en activité. Elles "calculent" ou "simulent" le geste, même si le geste n'est pas destiné à être mis à exécution. Il se trouve que ces régions du cerveau entrent également en activité *si la personne voit une autre personne faire le geste*. Ce serait le rôle des neurones miroirs. Pourquoi cette activité ? Parce que cela permet de comprendre *pourquoi* l'autre personne fait le geste. En somme, le cerveau délègue une partie du travail pour la compréhension d'un geste, aux régions du cerveau dont le rôle est de coordonner ce type de geste. C'est ce qui permettrait au cerveau de comprendre rapidement et sans efforts la majorité des gestes qu'il observe, faits par d'autres personnes. Les neurones miroirs interviennent aussi pour imiter les gestes d'une autre personnes. Ils interviendraient également dans des situations plus complexes, comme la constitution de l'identité. Un autiste aurait un dysfonctionnement des neurones miroir...

Un autre piste récente serait le cortisol, la noradrénaline et l'organe du cerveau qui contrôle la température du corps. Le cerveau d'une personne normale produit une décharge de cortisol et de noradrénaline quand la personne est confrontée à une situation neuve. C'est un "kick", qui met en route les mécanisme du cerveau nécessaires pour affronter la situation. Il semblerait que cela ne se produit pas chez les autistes et les Asperger. Le centre de contrôle de la température, qui est responsable de la production de ces deux substances, présente une déficience. Un phénomène qui a mené à cette hypothèse est qu'on a constaté qu'un enfant autiste perd en partie ses symptômes quand il a de la fièvre. On espère décrypter la chaîne biologique du problème et trouver des traitements appropriés...

L'autisme et l'Asperger seraient causés par une croissance anormale des connexions dans le cerveau. Les surcapacités de certains autistes pourraient s'expliquer par une tentative du cerveau de compenser le problème. Par exemple, on voit dans certains cerveaux un manque de connexions entre des neurones distants mais un excès de connexions entre neurones proches. L'origine du problème serait liée au dysfonctionnement de plusieurs gênes et à l'environnement. Avoir un ou deux de ces gênes "détraqués" ne poserait pas forcément un problème mais certaines combinaisons entraîneraient ces problèmes de croissance du cerveau. L'environnement, par exemple la pollution, pourrait dans certains cas faire la différence. Deux personnes peuvent avoir la même combinaison de gênes ayant un problème mais une seule des deux personnes va développer un problème dans le cerveau, parce qu'elle est d'avantage exposée à des métaux toxiques... Dans certains cas le problème de croissance du cerveau peut donc être compensé. Il y a des cas d'enfants autistes qui cessent de l'être grâce à une prise en charge médicale précoce. On développe actuellement la compréhension des divers mécanismes neurologiques impliqués et on arrivera certainement à  pallier de mieux en mieux aux divers cas de figure (en adaptant la nutrition, avec des moyens chimiques ayant un effet direct sur les neurones, en faisant de la rééducation pour amener le cerveau à se configurer de façon appropriée...)


Les avantages des inconvénients


Dans le film "Rain Man", le don pour les détails du héros autiste est mis à profit par son frère pour mémoriser des jeux de cartes et gagner au casino. Dans le même esprit, mon souci des détails peut faire de moi un excellent professeur. Si vous demandez à un homme de métier neurotypique de vous expliquer comment fonctionne son outil de travail, il ne comprendra peut-être même pas votre question. Pour lui, il suffit "de le faire fonctionner". Il n'a plus conscience du grand nombre de détails qu'il faut maîtriser. Si vous essayez de faire fonctionner l'outil, l'homme de métier sera très surpris de vos difficultés et prendra peut-être la peine de vous expliquer chaque chose sur laquelle vous butez. Si vous avez affaire à moi, vous aurez dès le départ des explications claires et complètes sur tout. Je vous mettrai en garde contre les pièges et les soucis de sécurité... Vous deviendrez aussi savant que moi. On peut reconnaître un Asperger à cela : si vous lui posez une question, il vous fera un exposé complet, d'une traite, en souhaitant ne pas être interrompu. Il ne vous récite pas un article d'encyclopédie comme le font certains neurotypiques pseudo-instruits. L'Asperger comprend tout ce qu'il vous dit. Vous souhaitez savoir, alors il vous fait cadeau de ce qu'il y a à savoir...

C'est une aptitude merveilleuse d'un cerveau neurotypique que de pouvoir se faire un concept de toute situation ; de dégager la cohérence la plus adéquate de tout événement. Vous voyez une table verte sur laquelle se trouvent des feuilles et des stylos, en une fraction de seconde vous pensez que c'est un bureau et vous avez bien raison. Dans toutes les circonstances de la vie les choses vous apparaissent ainsi, simplement et naturellement. Un Asperger, serait plutôt comme un machiniste du théâtre, qui vit dans les câble et les poulies des soubassements, qui assiste au maquillage des acteurs et à la pose des décors... mais qui ne comprend pas pourquoi le mari tue l'amant au second acte. Enfin si, il peut le comprendre, mais de façon technicienne, en lisant un livre de criminologie psychiatrique. Ce handicap peut aussi être un avantage. L'aptitude des neurotypiques a ses limites. En particulier, les neurotypiques ont une fâcheuse tendance à utiliser les stéréotypes qu'on leur a appris. L'intelligence d'un neurotypique se résume souvent à trouver rapidement dans quelle petite boîte il faut ranger une chose. Il y a la petite boîte "gentil" et la petite boîte "méchant", la petite boîte "utile" et la petite boîte "je ne le connais pas", la petite boîte "c'est un bureau" et la petite boîte "c'est une table de cuisine". Les neurotypiques ont une fâcheuse tendance à fonctionner comme les administrations. Par exemple, dès que j'ai eu 21 ans j'ai pris un registre de commerce pour travailler comme informaticien. L'intitulé de mon registre de commerce a été "atelier de mécanographie", parce que la petite boîte "informaticien" n'existait pas dans l'administration... N'importe quoi. Un "intellectuel" neurotypique est une personne qui lit des livres pour apprendre de nouvelles petites boîtes. Un chef de secte est un personne qui invente des petites boîtes pour ses adeptes. Si les petites boîtes sont adaptées aux émotions naturelles des adeptes, elles auront beaucoup de succès même si elles sont idiotes. Le travail d'un dictateur consiste à imposer à la population les boîtes qui lui sont utiles. Le drame de l'occident est le nombre restreint de ses petites boîtes. Dimitri et moi discutons souvent des problèmes de société. D'une certaine façon, les entreprises, les administrations, les académies et les familles, nous apparaissent comme autant de petites sectes. Nous passons notre temps à décoder leurs rouages. Parfois, les "boîtes" de ces petites sectes sont bien pensées et productives. On dit du patron de l'Aéropostale qu'il avait réussi à imposer la mystique du courrier ; "le courrier avant tout !" Trop souvent, les petites boîtes sont autant de superstitions ou ne servent qu'à exploiter et contrôler, au désavantage du plus grand nombre.

La confusion que certains spécialistes font parfois entre Asperger et schizophrénie est intéressante. Après avoir un peu étudié la schizophrénie, je la résumerais ainsi : le cerveau est devenu sensible au point de détecter des choses qui n'existent pas. Pensez par exemple à un antivol de voiture. Il contient un détecteur de mouvement. Si la voiture bouge, le détecteur s'en rend compte et cela fait entrer en action une sirène d'alarme. Tout est dans le degré de sensibilité du détecteur. S'il est trop peu sensible, un imposant haltérophile peut s'asseoir au volant de la voiture sans que le détecteur ne déclenche. L'antivol ne fonctionne pas correctement, par manque de sensibilité... Si à l'inverse le détecteur est réglé trop sensible, un simple chat sautant sur le capot fera déclencher la sirène d'alarme. Ça, c'est la paranoïa. C'est un dysfonctionnement, malgré tout cela reste dans le cadre du principe de fonctionnement de l'antivol. La schizophrénie, c'est quand le détecteur croit détecter du mouvement alors qu'il n'y a rien du tout. Régulièrement, l'antivol se met à sonner, alors qu'il n'y a eu rigoureusement aucun mouvement de la voiture. On rencontre cela par exemple chez des savants qui se sont confrontés à des problèmes trop complexes. Comme ils ne trouvent aucune solution, leur cerveau tend à devenir de plus en plus sensible aux idées, à la recherche de la moindre amorce de solution, de la plus fluette indication. Cette hypersensibilité finira par leur faire entendre des voix intérieure, leur fera croire à des complots... toutes choses qui n'existent pas du tout mais que leur cerveau détecte et génère à présent, "par mauvais réglage ; sensibilité au point de détecter ce qui n'existe pas". On rencontre cela également chez des personnes qui ont vécu longtemps dans des situations conflictuelles sans pouvoir trouver de repères pour réussir à composer. La schizophrénie a une base neurologique et héréditaire ; certaines personne sont plus susceptibles que d'autres d'entrer en schizophrénie. On peut agir sur la schizophrénie par des médicaments qui calment les neurones ; qui désensibilisent le cerveau et le ramènent vers une sensibilité plus réaliste. La meilleure approche est souvent, je suppose, de mettre la personne au calme et de lui réapprendre à communiquer. Les Asperger, quant à eux, sont réputés être des personnes très sensibles. Cela provient entre autres du fait que leur cerveau n'a pas les "filtres" pour éliminer automatiquement les informations superflues. C'est un handicap, mais c'est aussi parfois un avantage. Une personne normale est conditionnée par le système pour accepter certaines choses. Ses filtres lui sont taillés sur mesure. Un Asperger, par contre, est obligé de trier consciemment toutes les informations qui lui arrivent. Il échappe donc en partie au conditionnement général ; il va s'indigner pour des choses que les personnes normales ne remettent plus en question.

L'Asperger pourrait être un de ces "bons sauvages" dont fantasmais Rousseau. Les humains "normaux" sont conçus pour adopter les règles et le mode de vie de leur société ou de leur milieu social. On retrouve ainsi des mode de vie et des perceptions des choses radicalement différents d'un coin à l'autre de la planète. Un individu appartenant à un mode vie, peut trouver le mode de vie d'un autre groupe totalement absurde. Mais s'il reste de nombreuses années dans cet autre système, il peut finir par s'y assimiler et à présent trouver son mode de vie initial totalement absurde... Un niveau élevé d'éducation se caractérise par l'aptitude à au moins comprendre des modes de vie différents. Ces modes de vie différents, avec leurs logiques internes différentes et leurs références culturelles différentes, sont supposés être adaptés à la survie du groupe, à l'endroit de la planète où il se trouve et avec le niveau de technologie dont il dispose. Il est donc bon que les individus du groupe adoptent ce mode de vie, mais, en particulier, il est bon que tous les individus du groupe partagent cette même perception des choses, pour que tout soit fluide et efficace entre eux. Il vaut mieux un mode de vie un peu moins bien adapté, mais partagé par tous, que plusieurs modes de vie différents, plus performants, mais qui ne se comprennent pas entre eux et créent une société en perpétuelle dissonance... L'Asperger est fortement handicapé pour adopter un de ces modes de vie. Son handicap est au coeur de cette question. Mais si l'Asperger a des difficultés à s'intégrer à une société humaine, cela ne veut pas dire qu'il n'a pas des sentiments humains... Je constate chez tous les Asperger que j'ai fréquentés ou dont j'ai entendu parler, une forte tendance à l'altruisme et une grande affectivité. Ils sont comme ces tribus sauvages de quelques individus, où le tissu de société est très faible. Ils n'ont que leurs émotions humaines de base et ne peuvent pas s'intégrer correctement au jeu d'une société évoluée. Ils peuvent éventuellement intellectualiser la chose et devenir un de ces "sages" qui comprennent les différentes sociétés, en spectateurs externes... Ils peuvent se rendre très utiles de la sorte. Mais je crois que l'Asperger peut apporter une contribution plus importante encore, quand la société est détraquée. La société occidentale, par exemple, est en gros gouvernée par des mafias qui considèrent le reste de l'humanité comme un bétail que l'on exploite en le détruisant. Cela a amené un mode de vie où tout est détraqué : les relations affectives au sein des familles sont obliterrées par la volonté de parraître vis à vis de l'extérieur, on détruit les enfants en les gavant de sucre et de télévision, le bagage philosophique est réduit à presque rien... Tout fonctionne pour que les individus remettent leurs ressources aux mafias au détriment de leur survie. Par exemple, en achetant très cher des médicaments qui ne sont que des palliatifs, tout en continuant à payer très cher des aliments qui sont la cause des problèmes de santé. On force les individus à s'attaquer les uns les autres, au bénéfice des mafias. Vous n'êtes socialement accepté que si vous faites partie d'un groupe qui vole d'autres groupes. On s'étonne de la constitution de gangs armés dans les grandes villes mais cela n'est qu'une variation sur le mode de vie général. Tout le monde vit en logique de gang, à l'encontre de l'intérêt général. Ce système est totalement contre-nature mais la technologie moderne offre de nombreuses possibilités pour le maintenir en fonctionnement. Des parents et des enseignants torturent psychologiquement et physiquement les enfants pour qu'ils s'y plient. Ces éducateurs croient bien faire, puisqu'ils forcent les enfants à s'intégrer au système, donc en principe favorisent leur survie. Ils ne se rendent pas compte du fait que le système dans son ensemble est une atrocité. Au minimum ils croient que ce système est inéluctable et qu'il faut faire avec. C'est à mon sens là la première raison de la violence que l'on constate dans les écoles ou de l'usage anarchique de drogue par les adolescents. Ils sont malades d'un système malade. Dans la nature, les sociétés qui n'arrivent pas s'extraire par elles-mêmes de ces horreurs inutiles et auto-destructrices, finissent par disparaître. Il se pourrait d'ailleurs que la société occidentale disparaisse bientôt, dans une catastrophe planétaire déclenchée par elle... L'Asperger étant de facto réfractaire au moule de la société, il est une ressource quand le moule est mauvais. J'ai été toturé pendant mon enfance pour me forcer à accepter le jeu de la société : passages à tabac à sang, privation de nourriture deux jours par semaine, privation de sommeil, lavage de cerveau, humiliations en public... Cela ne fonctionne pas. Je constate la même chose chez les autres Asperger : incapacité maladive de nuire à autrui malgré des années de torture. Si un Asperger apprend ce qui est nécessaire pour que son handicap ne pose plus des problèmes directs à son entourage, il peut se rendre utile pour la reconstruction d'une société humaine.


La nutrition

Le contenu de ce texte : "Body acidity" a permis de relativiser en partie ce qui suit. Le contenu de ce texte-ci s'est avéré vital : "Comment éliminer les métaux toxiques".

Blé et lait

Ma première rencontre avec le syndrome d'Asperger avait été purement comportementale. Je lisais des descriptions de l'attitude des Asperger ; leur problèmes sociaux, leurs tics... Tout y était. Je me sentais Asperger, comme un bantou se sent africain en entendant le tam tam. La confrontation est devenue physique lorsque j'ai lu dans un article médical que les autistes ont un problème de digestion. Dans les intestins d'une personne normale, les protéines sont décomposées en acides aminés avant d'être absorbées dans le sang. Chez un autiste, des tronçons de protéines passeraient directement dans le sang, sans être complètement décomposés en acide aminés. Deux protéines en particulier posent problème : le gluten (blé) et la caséine (lait). Quand des tronçons de ces protéines passent dans le sang, ils se fixent dans le cerveau, sur les mêmes sites récepteurs que les dérivés de l'opium. J'apprenais ainsi que j'avais sans doute passé 38 ans shooté au blé et au lait... J'arrêtai donc immédiatement d'absorber quoi que ce soit qui puisse contenir du blé ou du lait. Il s'ensuivit une crise de manque horrible, qui dura deux semaines. Le lit et les draps inondés de sueur, des crampes musculaires, des angoisses horribles avec la conviction d'être foutu... Cela s'est terminé par une dépression nerveuse bien marquée. J'ai essayé tout ce que le bon sens et la grande surface du coin proposaient. Des concentrés de vitamine ont été la première chose à avoir de l'effet. Le ginseng a finalement apporté un soulagement extraordinaire. C'est comme si ma dépression se dissolvait dans le ginseng, en l'espace de quelques minutes. Enfin, le millepertuis est devenu une béquille indispensable (j'ai arrêté d'en consommer quand je me suis rendu compte que cela rend impuissant).

Arrêter d'absorber du gluten et de la caséine a eu des effets marqués sur de nombreuses choses :
Après mes deux semaines de sevrage j'ai fait des essais de consommation de pain. Cela fonctionne tout à fait comme ce que j'imagine d'une prise d'opiacé : chaleur, bien-être, détente, rêveries... Avant, je croyais que c'étaient les suites normales "d'un bon repas". Le riz n'a absolument pas ces effets-là... Plusieurs amis se sont étonnés que j'arrête de consommer du blé "alors qu'il me fait l'effet de la morphine". Demandez-vous pourquoi les médecins et les infirmiers ne consomment pas de la morphine alors qu'ils en ont sous la main... Primo, les effets secondaires sont peu ragoûtants. Un peu toutes les fonctions de l'organisme sont détraquées, de façons diversement douloureuses et humiliantes (cfr. plus haut). Secundo, je ne cherche pas mon petit bonheur tout chaud, je cherche d'abord à travailler. Je me suis toujours senti humilié de ne pas arriver à travailler, parfois plusieurs jours de suite. J'ai des choses à faire, des services à rendre... Avoir compris que le blé et le lait étaient une des principales choses qui m'en empêchaient, est une des plus belles choses qui me soient arrivée. Bien sûr au début j'ai ressenti des pulsions d'addiction. "Allez, un bon gros pain et au dodo, hmmm..." Je n'ai simplement pas un mental de toxicomane. En quelques mois j'ai développé un rejet du pain et des pâtes, j'ai l'impression que cela a mauvais goût.

Tout ce qui contribue à détruire les protéines pour les scinder en acides aminés semble utile : cuisson, fermentation... Dimitri cuit les viandes jusqu'à cinq heures d'affilée. Il me fait remarquer qu'il ne fait que rejoindre les modes de cuisson pratiqués par nos ancêtres. Du poulet cuit pendant seulement une heure peut lui causer des problèmes. Un des palliatifs utilisés pour les autistes est un apport nutritionnel d'enzymes de digestion.

Plusieurs céréales font partie de la famille du blé, contiennent du gluten et sont donc je suppose à éviter : blé, orge, épeautre, avoine...

Dimitri est dynamisé par le quinoa mais le millet l'assomme. Allez savoir pourquoi... Et il aime beaucoup l'huile d'argan ajoutée au quiñoa.

Certains aliments, comme les haricots, me font un effet semblable à celui du lait. Je suppose qu'ils contiennent des protéines proches de la caséine. Par contre Dimitri peut manger du fromage de chèvre ou de brebis sans dommages. Tout ce qui est fait avec du lait de vache déclenche des problèmes. L'impact le moins grave est causé par les vieux fromages très faits. Dimitri a découvert une chose qui m'étonne mais qui a résisté à l'expérience jusqu'à présent : la viande d'animaux nourris au lait de vache nous cause le même dommage que le lait lui-même. Il paraît que beaucoup d'industriels finissent le bétail au lait. Cela fait gonfler la viande avant l'abattage. Les poulets ne sont pas nourris au lait, ce qui expliquerait pourquoi cette viande-là ne nous cause aucun dommage même peu cuite. Dimitri n'a pas de problèmes avec la viande de boeufs et de cochons de ferme. Le fermier lui assure ne pas utiliser de lait...

La moutarde contient du gluten ou tout au moins une protéine posant le même problème.

Les noisettes contiennent une protéines qui semble ressembler aux protéines du lait. J'ai dû arrêter de manger tous les jours des barres de chocolat noir contenant un fourrage aux noisettes... Par contre d'autres types de noix ne posent pas de problème : noix romaines, noix du Brésil...

Irritants et détraquements intestinaux

Je ne suis pas allergique au gluten du blé ni à la caséine du lait. Mon médecin m'a fait passer un test d'allergie au gluten, qui s'est révélé négatif. Par contre je crois volontiers que le système nerveux qui contrôle la digestion, subit les effets opiacés autant que mon cerveau. Si mon cerveau n'est plus capable d'organiser des choses simples, comme mettre de l'ordre sur un table, il me paraît probable que le système digestif bâcle son travail lui aussi. Cela expliquerait les résultats de digestion abominables qui suivent la consommation de dérivés du blé ou du lait.

La qualité de la digestion est importante chez tout le monde mais chez moi elle est vitale. Si j'ai été incapable de travailler, je sais que je dois m'attendre à une mauvaise surprise pour le résultat de la digestion.

En règle générale je dois éviter tout ce qui est irritant pour les intestins : arachides, jus d'orange, produits torréfiés (café, chocolat), sources importantes de tanins (noix ou thé en grandes quantités)... Ces produits n'ont pas le moindre effet opiacé mais ils causent un rejet par les intestins et le repas est "perdu", avec tous les nutriments et vitamines qu'il contenait. Si je fais plusieurs repas irritants de suite, je deviens un triste zombie. A l'occasion, je fais un petit repas qui est un concentré de produits irritants : chocolat, café... J'ai besoin de ce que ces produits contiennent, alors autant les grouper en un seul repas "catastrophique", que je fais le moins souvent possible.

Les antioxydants sont très importants. Tout le monde sait de nos jours qu'il faut manger des fruits et des légumes mais chez moi la facture est virtuellement immédiate en cas d'oubli. Fatigue, problèmes immunitaires...

Le vinaigre est un produit miracle. J'en bois parfois deux cuillères à soupe après le début de chaque repas, éventuellement diluées dans un peu d'eau. Si le repas était particulièrement gras et que j'ai un peu d'écoeurement, je prends une troisième cuillèrée de vinaigre pour faire passer. L'effet du vinaigre est de rendre toutes les digestions "propres". Il semble résoudre les problèmes de fermentation intestinale.

Je crois que l'inflammation de l'intestin augmente fortement le risque d'angine et d'effets opioïdes, parce qu'elle rendrait les intestins poreux aux tronçons de protéines incomplètement digérés. L'angine sera la plus forte si j'ai mangé du pain en même temps que des glucides. Je me demande si des tronçons de protéines de viande ne passent pas dans le sang et sont interprétés par le système immunitaire comme le signe d'une infection bactérienne ou virale. Les tronçons de protéines de blé, quant à eux, ont cet effet opioïde sur le cerveau.

Coca Cola

J'ai été dépendant de deux produits : le millepertuis et le Coca Cola light. Sans coca, je ne pouvais en général pas travailler plus d'une heure par jour. L'orotate de manganèse et la centella asiatica peuvent aussi aider.

En toute généralité, j'ai l'impression de vivre constamment sous neuroleptiques. Tout ce qui est le contraire d'un neuroleptique est donc le bienvenu. Je retrouve cela fréquemment dans mes lectures sur le syndrome d'Asperger. Le rôle d'un neuroleptique est d'inhiber ou de réguler l'action de la dopamine.

Le café et le thé à forte dose ont le gros inconvénient d'empoisonner ou d'irriter les intestins. Je préfère à présent prendre simplement de la caféine. Une bonne dose le matin et un peu à midi. Si j'en prends beaucoup le matin puis plus du tout de la journée, les soirées sont assez désagréables, à cause des montées d'angoisse.

Gare au sucre

Si je prends du sucre, en particulier le matin, je ne peux plus rien faire de la journée. Cela n'est accompagné d'aucun malaise, mais simplement rien ne peut se faire. Je dois attendre que la journée se soit écoulée... Il s'agit du sucre "saccarose" ; ce qu'on appelle communément le sucre et qui est ajouté dans beaucoup de choses préparées industriellement. Manger des fruits ne me pose pas de problème ; ils contiennent des sucres différentes.

Fibres solubles

Une expérience s'est avérée une réussite : prendre avec la majorité des repas une bonne quantité de fibres solubles. En l'occurrence une à deux cuillères à soupe de granulés Spagulax, vendus 12 € pour 700 grammes. Il est impératif de boire une bonne quantité de liquide avec. Cela stabilise la digestion et l'améliore significativement.

La reprise du gluten

J'ai arrêté de manger du gluten pendant trois ans. J'ai souvent essayé d'en manger mais chaque fois cela ne se terminait pas très bien. Puis je suis tombé sur un article américain qui explicait ceci  :

La majorité des personnes qui se disent allergiques au gluten, se sont rendues allergiques en cessant d'en manger... Le gluten est un irritant pour tous les intestins mais si les intestins sont habitués au gluten il n'y a pas de problème. Si vous arrêtez de manger du gluten, de petites doses occasionnelles peuvent causer des problèmes significatifs.

On peut donc avoir des problèmes si on en mange soudain, après une période d'abstinence, et se croire allergique au blé, alors que ce n'est pas le cas. Il suffit d'en manger régulièrement, pour que les intestins retrouvent en entretiennent leur aptitude à le digérer.

Je me suis mis à manger du pain (Bio) presque tous les jours mais en respectant des règles, dont la principale est de prendre un peu d'acide citrique. Cela réduit fortement l'effet opioïde du blé.

Certaines personnes doivent impérativement éviter tout ce qui contient des dérivés du blé ou du lait, sous peine de détruire lentement leurs intestins ou même de mourir.

En pratique


En pratique, je suis devenu végétarien. J'ai fini par comprendre ce qu'on peut lire un peu partout : la viande dérange les intestins, engendre des toxines, produit des acides...

J'avais plusieurs fois essayé de manger végétarien. Pas par conviction, mais pour essayer-voir... Cela avait toujours raté, après quelques jours j'étais obligé de manger de la viande. Pourtant j'avais essayé de suivre les règles : manger des céréales qui se complètent pour les acides aminés, etc... Je crois que j'ai compris l'origine du problème. La viande est très riche en beaucoup de choses essentielles : vitamines B, acides aminés, fer... Quand on mange de la viande, les intestins prélèvent facilement ce qui est essentiel. Mais, la viande perturbe les intestins. Elle les rend incapables de faire un travail raffiné, qui permettrait d'extraire des nutriments de nourritures plus difficiles que la viande. Si je mange végétarien pendant quelques jours, mes intestins enflammés ne réussiront pas à faire des digestions correctes. Donc le besoin de viande se fait sentir et peut même devenir très pressant. Cela a changé, quand j'ai pris une aspirine avec chaque repas végétarien. Les intestins étant décongestionnés par l'action antiinflammatoire de l'aspirine, la digestion subtile nécessaire pour profiter d'un repas végétarien peut se faire. Après une semaine j'ai réduit la dose d'aspirine... À présent je n'en prends plus qu'à l'occasion et souvent un demi ou un quart de cachet.

Certains suppléments nutritionnels peuvent avoir un effet important sur le système nerveux de personnes atteintes d'autisme. En raison des risques j'ai placé les données dans le chapitre sur la médicalisation. Tout ce qui est proposé dans la littérature n'a pas eu d'effet intéressant mais certains suppléments me sont à présent indispensables.

L'eau du robinet me rend sérieusement malade. Je suis obligé d'acheter de l'eau en bouteilles de verre. Je suis même obligé de laver ma salade à l'eau de bouteille. Cela ne concerne que l'eau des grands villes. Celle de Liège est la pire. Je peux boire un verre d'eau de Bruxelles sans être malade, sans plus. Par contre de l'eau de distribution dans les Ardennes me convient très bien, même mieux que l'eau en bouteille.


Les problèmes neurologiques et l'isolement


Je ne pouvais en général pas travailler plus d'une heure par jour. Exceptionnellement il m'arrive de pouvoir travailler huit heure sur une journée... Bien sûr grâce à ce que j'ai expérimenté récemment (blé, lait, viande, cola light, bouchons dans les oreilles...), j'ai sensiblement amélioré les choses. Le fait demeure que je suis fortement limité et surtout que je ne contrôle pas vraiment ce qui se passe. Je ne peux pas m'organiser par exemple pour être sûr de travailler trois heures le lendemain. C'est un obstacle majeur pour trouver un travail "normal". Je suis obligé de travailler comme un artiste dans sa tour d'ivoire. Je dois attendre d'être capable de travailler. J'accumule pendant des semaines des idées de textes à écrire ou d'expérience à faire. Je voudrais écrire ces textes ou faire ces expériences mais je ne peux pas. La machine ne fonctionne pas... Quand soudain cela devient possible, je le sens comme une vague qui monte. Alors je réunis le matériel nécessaire, je m'organise pour en profiter au mieux. C'est la raison pour laquelle plusieurs textes de mon site ont la même date de sortie. C'est également la raison pour laquelle certains longs textes sont mal écrits : je suis obligé de tout faire en un jour. Toujours pour ces raisons, beaucoup de textes sont un patchwork de retouches faites au fil du temps, ad nauseam.

Si je force, même pour un travail simple, je deviens rapidement comme assommé. Seule une bonne nuite de sommeil pourra "me recharger les batteries". La façon la plus efficace pour finir gravement assommé consiste à avoir une conversation complexe prolongée avec un neurotypique. J'arrive en général relativement bien à comprendre ce que veut un neurotypique, à suivre le dialogue. Mais -sans que j'en aie conscience- cela demande un énorme effort de décodage à mon cerveau. Un effort qui semble ne pas être naturel, mais que je serai d'autant plus enclin à fournir et à prolonger que je veux rendre service à la personne. Je finirai la journée avec un enclume à la place de la tête. Ce n'est pas douloureux, mais c'est très perceptible et je ferai les pires erreurs ou distractions. Par contre si je parle avec Dimitri, je peux rester des heures au téléphone sans la moindre conséquence. Parler avec lui ne demande pas d'efforts anormaux à mon cerveau... Pourtant, les choses dont nous parlons ont un niveau technique que peu de neurotypiques arriveraient à suivre...

On peut devenir angoissé ou violent quand on ne comprend pas une situation. De telles réactions peuvent donc malheureusement être le lot des autistes. Dans mon cas, en particulier si j'ai "les neurones à zéro" en fin de journée, je peux ressentir de vives angoisses tout en étant rationnellement objectivement persuadé qu'il n'y a aucune raison d'angoisser. Supposons que le lendemain j'ai un rendez-vous. Tout est prêt pour ce rendez-vous, tous les documents nécessaires sont dans ma mallette... Je le sais parfaitement, pourtant je pourrai être vrillé d'angoisses. C'est la peur d'arriver en caleçon à l'école, mais éveillé et avec un pantalon sur les jambes. On dirait qu'une partie de mon cerveau n'est plus capable de comprendre qu'il n'y a pas de raison d'angoisser. Depuis que j'ai compris l'absurdité de la situation et le fait que ces angoisses sont vaines, je prends un anxyolitique quand cela arrive (le millepertuis, en vente libre mais consultez votre médecin ; il y a des contre-indications et des effets secondaires, entre autres cela rend impuissant). Souvent, l'idéal est de prendre du millepertuis le soir, pour passer une bonne nuit.

Certains bruits me sont insupportables. Je peux parfaitement travailler avec un marteau piqueur à vingt mètres ou dans un café bruyant. Par contre je suis nerveusement incapable de tenir le coup si par exemple j'entends des coups sourds fréquents et imprédictibles. Cela "casse" mes pensées. Je finis involontairement avec les muscles tendus et un état nerveux impossible. Beaucoup plus étrangement, je me suis rendu compte que le simple bruit d'un ventilateur de salon m'empêchait de travailler. J'avais moi-même bricolé ce ventilateur pour qu'il fasse un bruit faible, doux et agréable... Je l'aurais mis en route rien que pour l'entendre. Il m'a fallu plusieurs mois et le hasard pour me rendre compte qu'il m'empêchait de me concentrer. Le couper suffisait pour pouvoir travailler quelques minutes après. Des voix sourdes venant du voisinage peuvent également poser un gros problème. Entendre à l'occasion un bruit extérieur n'est pas un problème mais si par exemple un voisin parle longuement au téléphone, chaque fois qu'il commence une phrase mon cerveau s'arrête de travailler pour essayer de comprendre ce qu'il dit. C'est un réflexe incontrôlable. Mon cerveau semble incapable de classer la voix du voisin dans les choses auxquelles il ne faut pas prêter attention. J'essaye sans arrêt de revenir à mon travail ou à mon repos et je finis dans un état nerveux de crampes et de détresse.  Curieusement de tels bruits traversent même les bouchons dans les oreilles. Pire : je peux tomber dans un sale état nerveux *avant* de me rendre compte consciemment du fait que le voisin parle depuis un certain temps et que c'est la raison de mon malaise. La meilleure parade que j'ai trouvée est de diffuser un bruit de fond de basse fréquence. Dimitri m'a donné une veille enceinte Hi-Fi. J'ai "sculpté" un bruit de fond raisonnablement agréable qui masque le mieux possible les bruits extérieurs. Passer ce bruit de fond à faible volume en permanence, de façon préventive, est souverain. Ne me demandez pas pourquoi le bruit du ventilateur m'empêche de travailler alors que le bruit de fond diffusé par l'enceinte est presque un médicament... (Le bruit générique, qui conviendra en toutes circonstances, est ce qu'on appelle un "bruit brun" ou "brown noise" en anglais.) J'ai également sculpté un bruit de très basse fréquence pour survivre à des coups qu'un voisin donnait dans ses murs et ses planchers pendant des heures. Il me permettait de masquer les coups donc de "survivre", par contre un autre voisin auquel je l'ai fait écouter ne le supporte pas plus de quelques secondes. Il l'a appelé "le bruit Guantanamo" parce que d'après lui les prisonniers de Guantanamo auraient avoué tout de suite si on le leur avait fait écouter.

J'ai la chance d'avoir une bonne culture scientifique, un minimum d'honnêteté intellectuelle et de toujours avoir cherché à manger sainement. Cela m'a permis de comprendre rapidement ce qu'est le syndrome d'Asperger et d'essayer de nombreuses choses pour trouver mon chemin vers un mieux-être. En gros, la moitié des Aspergers que je connais (ou dont j'ai des échos) suivent la même démarche. Pour l'autre moitié... ils sont enfermés dans des superstitions et semblent avoir le cerveau fortement bloqué. Ils sont incapables de dialoguer sur le problème, deviennent facilement désagréables, refusent même de simples changements alimentaires... C'est une pitié. Ils sont une caricature des maux de l'humanité.

Certains disent que les Asperger sont asociaux. On pourrait dire qu'ils sont également hypersociaux... Leur sociabilité ne se réalise pas de la même façon que celle d'un neurotypique. En caricaturant, on pourrait dire qu'un neurotypique place ses relations sociales au dessus de tout. Un politicien neurotypique peut par exemple confier un contrat à son beau-frère, par courtoisie et respect social, même si cela va ruiner la qualité de vie dans un quartier pauvre. Un neurotypique peut acheter une télévision du dernier modèle, dont il n'a pas besoin, à un prix qui l'oblige à nourrir sa famille de pâtes blanches, juste pour "faire la nique" à son beau-frère ou à son voisin. Un Asperger, à l'inverse et toujours en caricaturant, est analphabète dans les jeux sociaux. Il peut même être détesté pour son "manque de courtoisie et de plasticité". Mais, il est malade à l'idée qu'un acte menace un quartier pauvre ou qu'il privilégie une caste au détriment de l'ensemble de la société. Un Asperger peut facilement avoir une conscience sociale dont sont incapables beaucoup de neurotypiques. Si un Asperger refuse de faire quelque chose, malgré le fait que cela peut lui rapporter gros ou au contraire qu'il va payer cher son refus, cela peut être parce qu'il comprend que cela a des répercutions néfastes pour la société.

Un Asperger est contraint de compenser son manque de spontanéité par du raisonnement. Comme il ne ressent pas les situations de façon naturelle, ou mal, il doit sans cesse réfléchir et adapter consciemment son comportement. Ce recours systématique à la raison va à la longue faire de lui une sorte de machine ultime d'intelligence. Un Asperger n'a pas de problème avec le langage, il peut donc devenir une sorte de gourou capable de persuader n'importe qui de n'importe quoi. Même si son interlocuteur a raison et l'Asperger a tort et même si tous les deux le savent, l'Asperger peut emberlificoter le sujet dans des considérations subtilement distendues qui mènent à la conclusion inéluctable qu'il a raison. Il peut falloir plusieurs années à sa victime pour surmonter l'implant de bêtise. La situation peut être encore bien plus grave si l'Asperger a réellement raison, parce qu'il va traumatiser sa victime de ses raisonnements, sans faire aucune considération affective. Il croit rendre service, en réalité il broie un interlocuteur qui demandait avant tout un peu de compréhension ou de tendresse.

Dimitri fait le lien entre les problèmes de socialisation des Asperger et le racisme. C'est un "problème de faciès". Même si un Asperger a la même forme et couleur de visage que les personnes autour de lui, il n'a pas les mêmes réactions de visage. Tout au moins, il y a des différences, des déphasages... Le visage de l'Asperger exprime des émotions différentes ou inattendues. Cela induit un malaise et parfois un rejet, inconsciemment. Ce serait un problème général d'éducation, comme pour le racisme, mais l'Asperger lui-même peut faire beaucoup de choses une fois qu'il a compris le problème. Il peut apprendre à gérer son expression faciale, mettre l'accent sur d'autres moyens d'expression comme l'intonation de la voix), prendre l'habitude d'expliquer le problème aux autres et les aider, apprendre à ne pas lui-même se renfermer à cause d'un échec de début de communication mais au contraire s'affirmer calmement et ainsi rassurer les autres... C'est un travail sur soi, qui demande du temps et peut mobiliser beaucoup de choses.

Voici un extrait de l'image que je me suis fabriquée comme fond d'écran. Le problème est qu'une image normale attire mon regard. Si je travaille avec des fleurs en fond d'écran, mon cerveau va tout le temps se dire "tiens, des fleurs ?" Cela me déconcentre, comme peuvent le faire les bruits extérieurs. Ce problème est sans doute incompréhensible pour une personne neurotypique, dont le cerveau est capable d'établir une fois pour toute le filtre selon lequel les fleurs en fond d'écran ne doivent pas être traitées/remarquées/conscientisées. À l'inverse, je n'étais pas content non plus d'un fond d'écran de couleur uniforme. Le fond d'écran uniforme n'offre pas de repères pour l'œil ; il ne permet pas au cerveau de savoir où exactement se trouve la paroi qu'il a devant lui. Je "sursaute" donc parce que mon cerveau fait des efforts pour trouver des points de repère. J'ai fait un compromis : une sorte de fond sablé, sans aucune structure mais avec assez de relief visuel pour que le cerveau identifie facilement la position de la surface. Cliquez sur l'image ci dessous pour avoir le fond d'écran en entier :


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La dissonance cognitive


Quelle rationalité puis-je trouver à mon syndrome ? Est-ce un simple accident, une erreur, ou s'inscrit-il dans des mécanismes plus globaux qui auraient leur raison d'être ? En d'autres termes : est-ce que cela sert à quelque chose ou c'est vraiment juste pour m'embêter ? Comment rentabiliser la chose malgré tout ?

L'intelligence humaine est infiniment supérieure à ce qui est strictement nécessaire à un individu pour survivre dans la savane. J'adhère à l'idée qu'elle a atteint ce niveau parce que l'homme vit en société. L'aspect abominable de la question est que l'homme est une jungle pour l'homme, bien plus redoutable que la vraie jungle. L'homme n'est plus en concurrence avec les autres prédateurs, il est en concurrence avec lui-même. Pour gravir les échelons d'une société humaine, il faut toujours plus de subtilité. C'est la survie du plus manipulateur. La pression évolutionniste vient de l'intérieur de la société humaine, elle ne vient plus de la Nature. Il n'y aura sans doute plus de limites aux progrès de l'intelligence, parce qu'on trouvera toujours moins intelligent que soi à écraser. Quelle connerie...

L'aspect merveilleux de la question est qu'une grande société humaine est capable de rentabiliser le génie de ses membres. Elle forme un ensemble complexe, capable de survivre aux pièges les plus inimaginables, qu'ils soient posés par la Nature ou par d'autres sociétés humaines. Une société qui contient des personnes intelligentes survivra mieux. Cela qui favorise l'augmentation de l'intelligence.

Nous sommes un groupe animal qui a évolué à marche forcée. Cette intelligence qui nous caractérise est un avantage à ce point énorme que nous avons pu nous permettre toute une série de handicaps : les maux de dos, le cancer... Ces déchets de l'évolution sont le prix de notre intelligence. Ils se résorberont sans doute au fil du temps. Le plus probable est que nous résoudrons ces inconvénients par génie génétique. C'est un autre débat... Pour l'heure, à quoi je sers ? Une possibilité est que le gènes que j'ai reçus permettent à d'autres d'être plus intelligents. Ou de mieux digérer les cacahuètes... Ces gènes seraient utiles à l'espèce humaine. J'en aurais reçu une mauvaise combinaison, qui vire alors au handicap...

Si le syndrome d'Asperger a une utilité quelconque, c'est forcément dans un cadre communautaire. Un Asperger a moins de chance du survivre dans la savane qu'un individu normal. Par contre un village qui contient un Asperger a plus de chances de survivre à des catastrophes, parce que l'Asperger peut trouver des solutions inattendues...

J'ai expliqué à une amie que je ne me considérais pas exactement comme un handicapé mais comme une personne dont l'intelligence est perpendiculaire à celle d'un être humain normal. Par contre j'ai été assez déçu du comportement de certains Asperger, qui refusent toute médicalisation ou régime voire qui revendiquent leur différence comme un sorte d'avantage qui les place au-dessus ou en dehors de l'humanité. Je ne suis pas moi-même mon régime de façon draconienne et je suis bien content de savoir faire des choses parfois exceptionnelles mais cela reste dans un cadre compatible avec "mon humanité et ma vie dans l'humanité". J'ai causé assez de problèmes à suffisamment de personnes pour ne pas me considérer comme intrinsèquement supérieur. Il manque à ces Asperger-là une sorte de dignité et de respect d'autrui... Ce problème n'est hélas en rien propre à l'Asperger. C'est une dérive que l'on rencontre partout : le complexe de supériorité lié à une certitude d'infériorité.


Le travail


Je le martèle avec insistance et détermination : je suis un travailleur compulsif. C'est assez curieux : je ne sais rien faire d'autre que travailler. Je n'ai pas de télévision, pas de vie sociale... Je travaille, c'est tout. Ou je peste parce que je n'arrive pas à travailler, auquel cas j'essayerai les choses les plus aberrantes dans l'espoir que cela remette la machine en route. Je me souviens encore du moment, je devais avoir huit ans, quand j'ai décidé d'engranger le maximum possible de connaissances et de résoudre le maximum possible de problèmes, dans le but d'être utile aux autres. Je suis arrivé à un certain résultat si j'en juge par le courrier des lecteurs de mon site. On me remercie, on me dit que je dois être un travailleur acharné... Curieusement, je reçois un retour diamétralement opposé de la société. On m'a condamné pour fainéantise, je me suis fais jeter de toutes les entreprises pour lesquelles j'ai travaillé... Je suis chômeur, à un montant inférieur au minimum légal. Je viens même de devoir renoncer à ma connexion Internet, je dois à présent me débrouiller entre des cybercafés bon-marchés et des postes d'accès publics.

Il est évident que mes problèmes sociaux ont été un handicap dans le monde du travail. Il n'est facile pour aucun chef d'entreprise de traiter avec un autiste, même léger et même s'il est de bonne volonté. Mais je suis à présent convaincu que le noeud du problème se trouve dans la société. Elle a oublié ce qu'est le travail. Elle s'est simplifié les choses en mettant l'intelligence de côté. Mes amis qui ne sont pas autistes ont eux aussi de sérieux problèmes dans le monde du "travail", malgré leurs souvent excellentes compétences. Je ne suis qu'un révélateur d'un problème endémique.

Je me suis fais jeter de toutes les entreprises pour lesquelles j'ai travaillé, malgré des prestations parfois extraordinaires. Je n'ai eu ces emplois que par les recommandations d'amis. Le schéma général est qu'on me fait venir parce qu'une équipe d'ingénieurs et de techniciens n'a pas réussi à résoudre un problème après deux ans de travail. Au début, je m'entends toujours fort bien avec le directeur de l'entreprise. Il me demande rapidement si je suis docteur ou professeur d'université... Si par exemple il me raconte un problème que l'entreprise à rencontré, j'adore inventer une solution en quelques fractions de secondes. Cela ne fonctionne bien évidemment pas à chaque fois, loin de là, mais j'adore voir mon interlocuteur être saisi et me répondre : "euh, et bien, oui, c'est ce que nous avons finalement fait. Mais il nous a fallu six mois pour trouver cette solution. Vous aviez déjà rencontré ce problème ?" Je lui réponds que non, ce qui est la stricte vérité. Dès que le contrat est passé, je rentre chez moi pour travailler. J'avais très peu de moyens. J'ai ainsi conçu plusieurs circuits électroniques sans même avoir un oscilloscope pour les essayer. Tout était fait par calculs et par simulations numériques et en utilisant des techniques de fabrication de prototypes très fiables que j'avais mises au point. Un mois plus tard je reviens dans l'entreprise, avec le prototype sous le bras. Il est quatre fois plus petit que prévu, il consomme dix fois moins de courant, etc, etc... On le branche... et il fonctionne du premier coup. Je remet bien sûr des plans complets et détaillés. Je demande un prix plancher, en gros le salaire d'un cadre pour un mois de travail. Je croyais qu'en procédant ainsi je serais vite "adopté". Et bien non... Un peu plus tard je me fais invectiver d'une façon ou d'une autre par le directeur, pour des motifs idiots. Et dehors... J'ai longtemps cherché pour essayer de comprendre ma déveine. Avais-je déstabilisé la structure hiérarchique de l'entreprise ? J'ai pu constater qu'après mon passage des techniciens se moquaient des ingénieurs. A raison selon moi mais je n'avais pas intentionnellement voulu la chose. Une autre explication serait le syndrome de sorcellerie. Dans les tribus sauvages, les sorciers sont mal vus. Si un sorcier a toujours rendu service aux autres, il sera toléré à la lisière du village. Est considéré comme sorcier toute personne faisant des choses incompréhensibles pour les autres. Un chasseur doué, par exemple ; qui ramène plus de gibier que les autres, sera considéré comme déjà un peu sorcier. En cas de problèmes et d'angoisses dans le village, il se pourrait bien qu'on s'en prenne à lui et qu'on le batte, le chasse ou le tue. Il va de soi que si un sorcier inconnu se présente dans un village, il sera immédiatement chassé quelles que soient ses éventuelles bonnes intentions. J'ai un peu l'impression que c'est ce qui m'est arrivé dans ces entreprises : la peur viscérale et ancestrale du sorcier. Au début ils croyaient que j'étais un consultant comme un autre, qui allait les baratiner, leur pomper beaucoup d'argent et peut-être tout de même apporter quelques solutions. Ils s'est passé le contraire : aucun baratin, demande d'argent très faible et des résultats à priori impossibles. Les patrons de ces entreprises ne savent pas pourquoi ils m'ont chassé. Ils se sont certainement inventé des raisons mais ils n'ont pas l'éducation nécessaire pour comprendre et gérer ces mécanisme ataviques.

Une des raisons pour lesquelles j'ai créé mon site internet est que je voulais me faire remarquer d'autres chefs d'entreprise, de chasseurs de tête... Sans résultat. J'ai même envoyé à la NASA un logiciel qui corrigeait des images d'une sonde spatiale mieux que leur propres logiciels. Sans résultat. Je ne dis pas tout à fait la vérité : peu après le début de la présence en ligne de mon site, une personne m'a contacté et a même insisté pour me voir. Je n'ai pas voulu, entre autres parce que je n'avais même pas les moyens pour m'acheter des vêtements corrects pour me présenter. J'ai aussi été invité à donner une conférence. Mais j'aurais bien été incapable d'avancer l'argent pour le voyage. Le simple fait de devoir organiser un voyage me pose un gros problème. Je suis autiste... fus-ce légèrement. Le fait demeure que les retours de mon site se résument à des mails de particuliers et de collégiens, pour me complimenter ou pour poser des questions.

J'ai été particulièrement déçu par le FOREM. Cet organisme belge est censé aider les chômeurs "à trouver leur voie". J'ai eu beau étaler le contenu de mon site internet et expliquer ce que j'avais fait pour des entreprises... Lors de la première rencontre je me suis vu menacer de perdre mon chômage si je ne prenais pas rendez-vous dans une associations qui s'occupe de personnes ayant des problèmes sociaux. C'est dingue : je travaille comme un âne, je suis capable de comprendre la structure d'un Trou Noir ou de concevoir un système informatique complet à partir de zéro... tout ce que la Wallonie trouve à mettre en face de moi est un fonctionnaire qui a les yeux qui brillent de bonheur parce qu'il croit pouvoir me terroriser. Lors de la deuxième rencontre, on m'a simplement dit que la seule solution était que je me trouve une pension de handicapé ou un équivalent quelconque. Avec ce que je suis capable de faire, je peux peut-être contribuer à créer des emplois pour des centaines ou des centaines de milliers de personnes. Tout ce que le FOREM trouve à faire est de me recommander d'aller m'installer dans un coin avec une pension de handicapé... Le dialogue est impossible : d'un côté une personne surcompétente qui ne peut pas s'empêcher de travailler, de l'autre des fonctionnaires qui viennent tirer leurs heures parce qu'ils touchent plus qu'au chômage... On voudrait pouvoir se dire qu'il faut les comprendre, que mon cas est trop fou pour qu'ils le comprennent... Je ne crois pas : j'ai observé les autres chômeurs qui ont affaire au FOREM, qui repartent de leur entretien avec une mine d'enterrement. J'ai écouté les histoires autour de moi. Cette amie qui a un diplôme de philosophie et que le FOREM a forcée à aller suivre des cours d'alphabétisation... On dirait qu'on veut mettre les chômeurs au travail en leur imposant plus de violences et d'humiliations qu'ils n'en subissent dans les mauvaises entreprises. Ne comprend-t-on pas que ces entreprises-là *nuisent* à l'économie et à la compétitivité du pays ? Au mieux cela enrichit quelques maffieux légaux, qui s'achèteront des montres en or et des politiciens et qui investiront le reste dans la destruction de la biosphère. Confier la question du chômage à ces fonctionnaires est une erreur stratégique. Quand un médecin a un rhume ou une jambe dans le plâtre, il est toujours capable de vous soigner, parce que la santé est dans sa tête. Les fonctionnaires du FOREM n'ont pas le travail dans la tête, pas d'avantage que leurs commanditaires. (J'y suis retourné, par journalisme d'investigation. Cette fois-là, surprise : je suis tombé sur une personne raisonnablement compétente. Somme toute c'est comme dans toutes les administrations  : moitié de personnes qui tentent de faire leur travail et moitié de crabes qui détruisent. On en vient à se dire que supprimer ce type d'administration aurait un impact neutre sur l'économie du pays. Quoi qu'il en soit, si la personne à laquelle vous avez affaire au Forem vous faut hurler... demandez une autre personne.)


Les études


Mes études primaires et secondaires, jusqu'à l'âge de 17 ans, se sont déroulées suivant le schéma Asperger standard : en constante baisse de régime. Résultats brillants à l'école primaire et sortie du secondaire sur un brancard. J'avais été placé en première primaire dès l'âge de cinq ans parce que j'étais doué. Un peu plus tard, un instituteur a laborieusement expliqué qu'il faudrait peut-être m'envoyer dans une école pour enfants mentalement retardés. On me fit passer des tests chez un psychologue, qui expliqua ceci : je n'étais pas retardé mental mais extrêmement intelligent. Etant extrêmement intelligent (si si), je comprenais tout de suite ce que l'instituteur expliquait. Mais il devait répéter pour les autres... donc je m'ennuyais et je m'endormais, ce qui pouvait donner l'impression que je ne suivais pas... Cet instituteur était expérimenté et très dévoué mais mon cas était à ce point particulier qu'il a glissé dessus comme sur une peau de banane. Je me suis toujours demandé si cela avait été une bonne chose de me mettre à l'école un an en avance. Certes en matière d'intelligence pure j'ai toujours été en avance sur les autres élèves. En milieu de secondaire je passais mes récrés à discuter informatique avec les surdoués de dernière année. Et encore, ils n'arrivaient pas toujours à suivre. Mais émotionnellement j'étais fortement en retard, incapable de m'intégrer... De ce point de vue là il aurait fallu me mettre un ou deux ans en retard. Allez savoir quel aurait été le meilleur calcul, si même un calcul était possible dans l'enseignement tel qu'il est. J'arrive à la conclusion qu'il n'est même pas adapté aux enfants de la classe sociale qu'il est conçu pour favoriser.

Les choses ont résolument pris le chemin du pédalage dans la guimauve quand je suis arrivé à l'université, en Ingénieur Civil. Ma matière fétiche était la Physique. Quand un ami ne comprenait pas quelque chose, il pouvait venir me trouver. Je lui répondais sans même ouvrir le cours. Bon, si je réponds du tac au tac quand on me pose les questions les plus difficiles, je dois forcément réussir l'examen... C'est logique. En plus j'avais autre chose à faire que d'étudier ce cours. A l'époque j'essayais de comprendre la Mécanique Quantique. Alors la bête physique de première année, pfff... A l'examen, j'ai été sprotché comme une mouche. Simplement parce que je n'arrivais pas à résoudre une longue liste d'exercices en deux heures. Inventer de nouvelles méthodes pour résoudre ces exercices, ça j'aurais su faire. A condition de me laisser un mois. Mais pas résoudre ce paquet d'exercices en deux heures... C'est un peu comme si vous imposez à un stratège militaire de se battre contre dix hommes à la fois. Et bien le stratège il finit en chich kebab. Ensuite vous nommez les dix hommes à la tête de l'armée et vous perdez la guerre... Ce qui est idiot aussi est qu'à l'époque je dessinais déjà des schémas électroniques d'une grande complexité. J'ai même inventé un convertisseur analogique-digital beaucoup plus rapide que tout ce qui se faisait. Et il tenait dans le creux de la main. J'avais en gros le niveau d'un bon ingénieur. Pas le niveau des plus brillants. Mais certainement un meilleur niveau que la production standard de l'université. On pouvait me donner mon diplôme tout de suite, sans me faire perdre mon temps. Ben non...

Une fois de plus, la question est : peut-on juger de la qualité d'une université sur base du fait qu'un Asperger caractériel ne s'y plaît pas ? Dimitri aussi en a été éjecté, à propos. Demandons à mes amis qui ne sont pas Asperger... Ils sont maintenant chefs d'entreprises, chercheurs, responsables de services... La différence entre eux et moi est que je reste poli. Eux, ils utilisent des mots comme "médiocrité" et "minables". Ils me racontent comment la majorité des étudiants ne comprend rigoureusement rien aux cours, jusqu'à poser les questions les plus ahurissantes. Toujours selon eux, sur cinq années d'études ils ont vu un seul professeur qui soit un vrai professeur et deux ou trois autres "qui n'étaient pas inintéressants". Après avoir présenté son Travail de Fin d'Etudes, un de mes amis a lu le papier signé par le personnel universitaire présent. D'après les commentaires qu'ils avaient écrits, la majorité d'entre eux n'avaient rien compris à la nature du travail. Il n'avait pourtant rien de compliqué.

A mon sens, en première approximation l'enseignement universitaire belge est un deal entre des fonctionnaires et des bourgeois : "vous nous laissez nos petits postes universitaires et nous on embête pas vos gamins qui veulent des diplômes (pour avoir des emplois bien payés, pour se payer les voitures et les nanas dont ils n'arrêtent pas de parler entre eux)." C'est réglo... Et on organise tout bien pour que ça ait l'air très sérieux, très international. Suivant les universités et les facultés, le niveau du deal sera plus ou moins grave. A certains endroits c'en est une caricature, à d'autres les étudiants sont malgré tout capables de faire des raisonnements. Un "bon" étudiant est une personne qui travaille continuellement et qui présente ses examens comme à l'abattage. Il n'en retient rien, il n'a même souvent rien appris du tout, mais il est approuvé. "L'élite" des étudiants sont des personnes qui ont de la logique et une excellente mémoire. Ils s'adonnent aux cours corps et âme. Ils en développent une maestra, ils jonglent avec la matière et s'attirent les plus grands éloges. Ce qui ne veut pas dire qu'ils comprennent la matière... Vous pouvez être capable de ranger des pots de peinture dans un ordre impeccable, vous ne serez pas pour autant capable de peindre un portrait. On les présente aux visiteurs de marque et on fait des projets pour les garder au sein de l'université. Et puis il y a des personnes comme moi et mes amis, qui comprenons réellement la Physique, les Mathématiques... qui voulons en faire un usage concret... qui tenons à prendre le temps de bien comprendre chaque cours... qui voulons faire de nouvelles découvertes... Au début je croyais que nous étions une cible ; des hommes à abattre. Je crois plutôt qu'il faut appliquer l'adage "ne cherche pas de la malice là où la bêtise suffit à expliquer les choses". Le personnel universitaire ne comprend simplement pas ce que nous faisons. Parfois cela leur fait peur, bien sûr. Alors ils peuvent avoir des réactions violentes. Comme cet ami qui a amené au cours d'Algorithmique un logiciel qu'il avait écrit et qui faisait quelque chose que le professeur avait prétendu impossible. A l'examen le professeur l'a injurié, humilié... J'avais fait le même coup au labo de Physique ; faire quelque chose dont l'assistant venait de dire haut et fort que c'était impossible. Il avait même ajouté la phrase "si vous obtenez cela, vous sortez d'ici en courant et vous allez déposer un brevet." Il n'a pas eu plus de dix minutes à attendre pour que je lève le doigt et le fasse venir. Mais lui, c'était quelqu'un de capable, une de ces personnes sur lesquelles l'université se repose quand il y a de vrais problèmes. Il a compris le fonctionnement de mon dispositif. Et il n'a rien dit aux autres, comme cela je n'ai pas eu d'ennuis. Mais, en général, quand nous sommes busés aux examens, c'est simplement "parce que nous ne faisons pas comme il faut". Ce que j'ai vu de "moins pire" dans les universités belges sont des étudiants qui certes n'ont pas le moindre souvenir de 90% de leurs cours, qui ne se souviennent pas de l'intitulé de ces cours et qui ne sont pas capables du moindre raisonnement censé avoir été appris dans ces cours, mais qui ont l'intention de travailler plus tard et qui finissent par développer une affinité avec un ou deux professeurs intéressants. Ils s'investissent dans la matière de ces professeurs, ils sont fiers de citer les réalisations de ces professeurs... Ce sont toujours des professeurs qui ont eu une carrière dans le privé, qui ont voyagé...

Tout ceci pour prétendre que si un Asperger ne réussit pas ses études ou ne trouve pas du travail, ce n'est pas forcément parce qu'il est fainéant, ni parce qu'il est bête, ni même parce qu'il ne comprend pas le système. Ce serait plutôt le contraire. Notez également que si je considère objectivement avoir un compte à régler avec l'université, ce n'est pas vis à vis de moi-même. Mon principal moteur est la violence que mes amis ont subie. J'ai un suicidé dans la liste, j'en ai vu un sortir avec une dépression nerveuse et mettre plusieurs années à se remettre, j'en ai un autre qui n'ose pas faire de publication alors qu'il fait des découvertes très intéressantes... Tout cela parce qu'ils ne servaient pas directement les intérêts du personnel universitaire. Enfin, je ne supporte pas les conséquences pour la société. La marée d'incompétents produite par les universités dégénère en une fractale de tas de poussières qu'on n'arrive plus à caser sous les coins de tapis.

Après avoir essayé de comprendre comment fonctionnent les grandes universités, j'ai un peu l'impression que j'ai instinctivement adopté une démarche d'étude plus proche de leurs méthodes. Dans l'université où j'ai essayé de faire des études, par contre, la majorité du travail consiste à apprendre par coeur et faire des travaux répétitifs. Mon approche consistait à m'intéresser à beaucoup moins de sujets mais à me confronter étroitement à leur réalité. J'ai oscillé en permanence entre la théorie et l'expérimentation, me cassant les dents sans cesse jusqu'à ce que mes prédictions se réalisent dans les dispositifs. Il y avait bien des labos organisés dans cette université, mais très peu et ils ne consistent qu'à suivre une procédure prédéfinie. Certains disent que ce sont deux méthodes d'étude différentes et que comparaison n'est pas raison... Je ne suis bien entendu pas de cet avis. Les étudiants ne retiennent virtuellement rien de la masse de choses qu'ils ont apprise par coeur. Quelques uns d'entre eux, très peu, ont par hasard la capacité de retenir ces matières plus longtemps. Ils sont incapables de les utiliser. Si je discute avec eux, ils se souviennent de mots et de quelques phrases mais ils disent bêtise sur bêtise. Ils n'ont que la capacité de paraître compétents auprès de personnes qui ne connaissent pas le sujet. Le pire, peut-être, est qu'ils se croient compétents eux-mêmes. Au fil des années, comme la plupart de mes amis, j'ai accumulé un savoir *utilisable* inconcevablement plus large... Leur approche n'est simplement pas la bonne. Elle est contraire à ce que la constitution belge demande des universités. Elle ne sert qu'à justifier avec facilité un volume d'activités et de financements qui assure les positions sociales d'une minorité au détriment du pays.


Les administrations


En théorie un autiste devrait bien s'entendre avec les administrations. Comme les ordinateurs, elles sont censées suivre des procédures et des règles bien établies. Les autistes "s'entendent" souvent très bien avec les ordinateurs. Ils sont tellement plus rationnels que les humains... On utilise spécifiquement des cours d'informatique pour les autistes parce que c'est une activité intellectuelle qui leur convient.

Quand j'ai affaire à une administration "sérieuse" je n'ai jamais de problèmes. Je réunis bien tous les documents qu'on me demande, je comprend les conditions et les procédures, je suis à l'heure aux rendez-vous... Le problème en Belgique est que la majorité des administrations sont un f... où règne l'arbitraire et l'incompétence, parfois la franche mauvaise volonté voire l'intention de nuire. La magie des "bourgeois" est qu'ils arrivent à survivre et même à fructifier dans cette jungle. Ils font le travail des fonctionnaires à leur place, ils se renseignent entre eux... Certains suivent des cours de gestion ou de droit pour apprendre à mieux traire le système... Si vous êtes un électrons libre, l'administration se hérisse de règlements contraire à vos projets. Si vous êtes l'ami de untel ou si vous criez assez fort, les piquants se replient dans l'autre sens et on n'arrête plus de vous trouver des avantages et des possibilités merveilleuses. Il m'est arrivé plusieurs fois de me faire refouler par une administration, puis d'apprendre par un fonctionnaire d'une autre administration que j'avais parfaitement droit à ce que je demandais.

Quand je suis arrivé en Belgique, j'ai été surpris de voir le nombre de clochards et de déshérités. Conformément à l'endoctrinement que j'avais reçu, je croyais que ces personnes ne *veulent* pas respecter le système, donc qu'il est normal qu'elles soient dans ces situations. Elles aiment ça, manifestement : sentir mauvais et traîner sur un trottoir... Elle font ça juste pour embêter les bourgeois... J'ai lentement fini par comprendre. Bien que je sois intelligent, de bonne volonté et que je n'ai commis aucun délit, je me suis vu explicitement menacé de finir à la rue, de perdre tout moyen de survie... J'ai dû prendre un avocat, menacer... Des amis m'ont aidé. Je suis juste assez bourgeois pour survivre aux administrations (touchons du bois). Mais je ne vois pas comment une personne plus faible que moi pourrait résister à la déclivité.

Le pire problème que j'ai rencontré est avec les "lois sociales", quand j'avais un registre de commerce. Comme mes revenus étaient inférieurs au minimum, j'étais censé ne pas payer de charges sociales. Dès que j'ai reçu les demandes de payement, j'ai répondu que mes revenus me dispensaient de payer... Pendant six ans j'ai reçu des demandes de payement et j'ai chaque fois répondu que mes revenus étaient inférieurs. J'ai envoyé des copies de mon facturier, etc... J'ai été condamné deux fois par un tribunal, pour un total de 15.000 €. On me demandait en charges sociales un montant supérieur à mes revenus ! Ma logique autiste ne comprenait pas : j'étais parfaitement dans les critères, j'envoyais tous les renseignements possibles à mes tortionnaires... et j'étais condamné comme un malfaiteur. Ce n'est qu'au bout des six ans que j'ai fini par recevoir une lettre m'expliquant que j'aurais dû demander un formulaire bien précis et l'envoyer à une administration bien précise. Ah bon... J'étais dégoûté. En plus j'avais les ongles qui poussaient en gondolant à cause de la malnutrition. J'ai jeté l'éponge et j'ai demandé le chômage. L'ONEM m'a d'abord refusé, il a fallu qu'un assistant social du CPAS leur téléphone pour mettre les points sur les i...

Le moteur le plus important des fonctionnaires semble être le besoin d'en faire le moins possible. Réfléchir le moins possible, aider le moins possible... juste rester dans son bureau à papoter. Ils sont tellement fatigués... Au minimum il ne vous renseigneront pas, au pire ils vous menaceront ou vous humilieront pour que vous quittiez les lieux ou leurs dossiers. Le deuxième moteur semble être les quotas. On leur donne des instructions pour diminuer tel ou tel avantage ou pour maximiser telle ou telle rentrée. Ils appliqueront ces instructions de la façon la plus primaire possible.

Ces problèmes se posent aussi dans les entreprises, qui ne sont jamais que des administrations privées. On croit qu'un chef d'entreprise ne veut que des employés dynamiques et que la concurrence l'oblige à être sérieux. C'est souvent faux. Les entreprises sont gérées par "des grandes familles". La symbiose humaine entre les administrations, les entreprises, les partis politiques, les média et les groupes d'influence divers est énorme. Le piège dans lequel les belges tombent continûment est qu'on leur promet de nouvelles lois et règlements pour améliorer la situation. Ces nouveaux règlements ne sont que des piquants supplémentaires, qui seront mis à profit par les "malins". Il faut au contraire drastiquement diminuer et rationaliser les règlements. Il faut légaliser le simple fait de vivre, de travailler, de gérer une famille... Plus important encore, il faut expliquer point par point ces dérives aux enfants dans les écoles. Il faut éviter qu'ils ne commence à comprendre la catastrophe générale que quand il est trop tard, quand ils sont déjà englués dans le système. Quand nous aurons des individus libres, nous aurons une société qui fonctionne.

Je comprend à présent parfaitement pourquoi des associations de défense de droits de l'homme sont présentes en Belgique et pourquoi elles ne s'occupent pas que d'affaires à l'étranger. De mon côté je rentabilise ce que j'ai appris en donnant des conseils. Je ne connais pourtant pas encore grand chose de l'édifice. J'ai rencontré de vieux directeurs d'école qui en sont toujours à passer des heures à essayer de comprendre les règlements. Les plus difficiles à aider sont les personnes qui tremblent à l'idée de ne pas respecter les règlements, qui se rendent aux argumentations du premier fonctionnaire venu. C'est une situation de lise de la société. Vous êtes à la merci du bon vouloir des chefs de bandes armées rencontrés au détour des routes.

J'avais été étonné d'entendre des chefs d'entreprises se plaindre du fait qu'ils passent plus de temps à faire des paperasseries pour les administrations qu'à gérer leurs entreprises. Cela m'avait paru étrange. A l'époque j'étais étudiant. On ne me demandait pas plus de quelques papiers administratifs par an... A présent je comprend mieux. Depuis un an presque toutes mes journées sont colonisées par les administrations. Souvent cela ne prend qu'une heure ou deux, régulièrement une demi journée. Des documents à réunir, des démarches à faire, des contrôles à domicile... Je travaille à tiers temps pour les administrations ! Sans être payé pour cela. Je ne suis pourtant qu'un infime chômeur... On dirait que la société belge n'est plus qu'une masse destinée à justifier les salaires des fonctionnaires, qu'on n'existe plus que pour être administré, qu'on est prié de n'avoir rien d'autre à faire de ses journées. Sachant que je ne peux souvent travailler qu'une à quelques heures par jour, l'impôt prélevé par les adminisitrations est catastrophique pour mes travaux scientifiques. Il y a des prisonniers politiques qui disposent de plus d'heures de travail que moi. Pour en revenir à l'époque où j'étais étudiant : je me rends à présent compte du fait que les papiers demandés par l'administration étaient les interrogations et les examens que je passais. En réalité, les administrations prenaient déjà à cette époque tout mon temps, du moins elles essayaient. La grande majorité de ces interrogations et examens n'apportent rigoureusement rien aux étudiants. Ce sont des matières creuses, comme la majorité des démarches administratives auxquelles on m'astreint au jour le jour.

On dit qu'un des principes de la civilisation est qu'on calme les instincts meurtriers des individus. On m'a décrit des tribus primitives bien moins meurtrières que certaines "civilisations" mais passons. Ce qu'on peut dire est que dans une civilisation on canalise massivement les instincts primaires des individus. On tente de les mettre à profit pour l'édifice. Par exemple, on conditionnera la montée viscérale d'un individu dans les hiérarchies à sa capacité à améliorer le sort de tous. Donnant-donnant. La démocratie est censée être un puissant levier en ce sens. La liberté des marchés est censée garantir que la lutte entre les entreprises se fait à l'avantage des clients, donc du peuple... Ces systèmes fonctionnent mais ils ont leurs limites ; leurs effets pervers. Seule l'éducation des masses permet de dépasser ces limites. En Belgique, par exemple, la lutte pour monter dans les hiérarchies a dégénéré en une bouillie d'entraide entre prédateurs. La Belgique entière n'est plus qu'un gigantesque réseau de relations, du gardien de nuit au Premier Ministre. Le réseau supplante tout. Les entreprises, les administrations, les académie... ne sont plus que des terrains de jeux dont on ne comprend plus vraiment les raisons d'être originelles. Tout est devenu virtuel, déphasé ou complètement détaché du réel. Le jeu vidéo ne se rend pas compte du fait que la prise de courant peut être tirée ou qu'un gros "Game Over" en rouge pourrait soudain s'afficher.


Prisonnier politique


Depuis cinq ans je vis comme un prisonnier politique. Torture par le bruit, par la chaleur... même par les ondes radio. J'avais un logement vieillot mais habitable. Tout à fait gratuitement, l'administration locale m'a forcé à déménager vers un logement très coquet mais totalement inhabitable, y compris pour des personnes normales. J'ai bien sûr écrit à l'administration communale et à d'autres endroits pour expliquer que ma situation est insupportable, attestations médicales à l'appui et témoignages signés par des amis. Aucune réaction... Cela ne dérange personne. Quand les américains font la même chose à des terroristes, on le leur reproche. La Belgique ne risque manifestement rien... J'ai écrit à Amnesty, sans réponse. (Un ami qui est en prison m'explique qu'il n'y a rien à attendre d'Amnesty...) Même signaler des faits graves comme un immeuble d'habitation de trois étages dont les extincteurs ne sont pas entretenus alors que la cage d'escalier est en bois et qu'il n'y a pas d'issue de secours, ne sert à rien. Il n'y a pas d'effet, où que je m'adresse. Beaucoup de personnes sont traitées comme moi... Il est certain qu'à aucun moment un fonctionnaire n'a pris la décision de me cibler en particulier. Dans ce sens là, je ne correspond pas au statut de prisonnier politique, puisque aucune décision n'a été prise spécifiquement contre moi.

Si je voulais bien apporter mes contributions aux pouvoirs locaux, ma situation s'améliorerait immédiatement. Aider des entreprises à créer des dossiers bidons pour obtenir des subsides... Mettre mes talents d'auteur et de manipulateur au service d'un parti politique... C'est parce que je suis moralement incapable de faire cela, que je dois pourrir dans ma situation. C'est de la persécution politique passive...

On vous explique à l'occasion qu'on aimerait bien améliorer les logements des personnes pauvres mais que cela coûterait trop d'argent. J'ai fait l'expérience de proposer des aménagements aux logements de mon immeuble, qui n'auraient virtuellement rien coûté et qui faisaient une différence importante. Il suffisait de bien vouloir le faire, voire juste de dire oui... Cela a toujours été refusé. Ce n'est pas une question d'argent... C'est un système. Alors je rempli le rôle que l'on m'a passivement assigné et je fais des articles sur mon site Internet pour dénoncer ce système...


Les femmes


"Si une femme vous dit oui, cela veut dire non. Si elle vous dit peut-être, cela veut dire oui." Le problème quand on est autiste est qu'on prend les choses à la lettre. Quand une femme me dit qu'elle ne veut pas que je la touche, je ne la touche pas. Si une femme me demande asile pour la nuit, asile = sécurité = pas toucher. J'ai fait perdre beaucoup de temps à beaucoup de femmes... Cela peut sembler cocasse mais c'est dramatique. Même en ayant parfaitement compris ces choses je n'ai pas avancé d'un pouce. Je ne conçois pas de tendresse physique sans qu'il y ait une complicité, une tendresse émotionnelle. L'effet que le comportement des femmes a sur moi, est la sensation qu'elles placent leurs lubies avant mes émotions. Elles renoncent par avance à toute complicité, simplement à voir qui je suis. Chose amusante, c'est traditionnellement ce que les femmes reprochent aux hommes. On m'a souvent dit que ce jeu est une sorte de danse rituelle, qui peut déboucher ensuite sur de l'amour. Et bien... j'ai de grosses difficultés à danser. En matière amoureuse, tout est dans les non-dits, les atmosphères, le langage du corps... tout ce qu'un Asperger ne sait pas faire. Je peux avoir une femme désireuse devant moi et simplement ne me rendre compte de rien. Ce n'est qu'en réfléchissant plusieurs heures après, de façon technicienne, que j'aboutis à la conclusion honteuse qu'elle aurait bien voulu que je la prenne dans mes bras. J'enregistre les événements, presque comme une caméra. J'ai de bonnes capacités d'analyse à posteriori. Mais aucune spontanéité... Une amie m'a même demandé si un Asperger avait des sentiments, s'il souffrait en perdant une personne qu'il aime... Au début, quand je ne comprenais rien du tout, j'ai envoyé des kilos de lettres de reproche à des femmes. Elles n'ont rien compris de ce qui leur arrivait. C'était une forme de violence de ma part, parce que je ne comprenais rien non plus. C'était aussi une tentative maladroite de dialogue, qui n'a jamais été comprise.

Un "plan femme" m'est arrivé plusieurs fois : la dame se sent séduite par moi, elle apprécie les éloges que l'on fait à mon sujet ou elle me confond avec un professeur qu'elle a apprécié à l'école... Elle me demande alors pourquoi je ne me trouve pas un travail bien payé. Avec mes capacités... L'une d'entre elle m'a même expliqué, sans aucune malice, qu'elle emménagerait avec moi si je trouvais le moyen de disposer d'un appartement ou d'une maison. Je suis incapable de remplir ces obligations qui me sont proposées... Certaines se vexent, d'autre se fâchent ou se lamentent. Invariablement elles changent de crémerie. Plusieurs m'ont dit, courroucée, que pour les câlins je pouvais me brosser. Câlins que je n'ai jamais reçus d'aucune... mais si j'avais rempli le contrat j'aurais eu droit au minimum syndical, au moins un temps.

En matière de tendresse physique je me contente de celle des petits animaux : chats, souris, chihuahuas... Ils me le rendent bien. Les problèmes relationnels sont un classique chez les Asperger. Nombre "restent chez leur mère." Ce n'est pas une règle. Il y en a aussi qui fondent une famille ou tout au moins qui ont une vie sentimentale. Ils semblent souvent être d'éternels incompris. Ils font peur... Ils sont déstabilisants pour une femme. Avec un homme normal, les choses sont plus simples... Pour ma part j'ai renoncé à faire des avances aux femmes. Si j'en fais, je les perds rapidement. Si je ne fais rien, je me fais traiter de sous-homme ou d'homosexuel, mais je peux les voir et m'occuper d'elles plus longtemps.


La médicalisation


Pour la Belgique, cette page donne accès à la liste des centres de référence conventionnés : www.inami.fgov.be/care/fr/revalidatie/convention/autism/

On m'a toujours mis en garde contre les psychiatres, les psychologues, les neurologues, les neuropsychiatres et les neuropsychologues. Ils vous font payer des séances interminables, ils vous prescrivent des médicaments qui rendent bête... Une personne bien élevée n'a pas besoin de psychiatre, dit-on. Historiquement, ce que certains psychiatres ont fait tient du crime contre l'humanité. Il y en a sans doute toujours en liberté. Mais quand j'ai compris que j'avais un problème neurologique sérieux et que j'ai décidé de demander l'aide d'une équipe médicale spécialisée dans l'autisme, je n'ai rencontré que des braves personnes. Les gens qui se méfient des psys feraient bien d'en voir un... Grâce à eux j'ai appris des choses auxquelles je ne m'attendais pas du tout. Par exemple le fait que je ne peux pas traiter deux sources d'informations semblables à la fois. On pourrait croire qu'on peut se rendre compte de ce genre de choses par soi-même... et bien non. Cela me permet maintenant de beaucoup mieux gérer certains problèmes. Une partie des recommandations que j'ai reçues "sont toutes bêtes", comme de travailler avec des bouchons dans les oreilles. Mais il m'aurait peut-être fallu plusieurs années pour y penser par moi-même.

Deux choses sont importantes en matière d'autisme et d'Asperger :
Errare humanum est, les équipes médicales font parfois des erreurs :
Un article de BBC sur les problèmes en France : http://www.bbc.co.uk/news/magazine-17583123

L'autisme a été présenté comme une maladie incurable, pour laquelle il n'existe que des palliatifs. Mais il semble que beaucoup de cas d'autisme sont liés à des infections bactériennes ou à une intoxication aux métaux. Dans ces cas-là, une cure d'antibiotiques ou une cure de détoxication, peuvent grandement améliorer la situation de l'enfant voire faire disparaître les traits autistes. Il faut s'y prendre le plus tôt possible mais sous sévère surveillance médicale.


Les suppléments nutritionnels

Voici l'adresse d'une page qui propose des suppléments nutritionnels et des médications adaptés aux cas d'autisme : www.autismcoach.com/Supplements.htm . Il y a trois classes de produits :
Après avoir essayé quelques suppléments nutritionnels je suis convaincu de leur utilité. Certains prétendent que par ces médications et suppléments des cas d'autismes pourraient être fortement soulagés voire guéris, à condition d'être pris dès la petite enfance ; afin que le cerveau puisse se développer de façon plus normale au fil de l'enfance et de l'adolescence. J'ai peu de preuves de la chose mais d'un point de vue théorique ce n'est pas insensé. Mais attention :
Une constante dans ces approches nutritionnelles est la gestion de l'énergie par les cellules du cerveau. Les neurones seraient dans l'incapacité d'utiliser correctement les sources d'énergie disponibles dans le sang. Cette déficience aurait empêché mon cerveau de se développer et de se "redéfinir" correctement à l'adolescence. Chez Dimitri, les différentes parties de son cerveau seraient mal interconnectées pour les mêmes raisons, ce qui amène des confusions de perception et expliquerait les douleurs aigües qu'il peut ressentir.

Une autre constante est l'amélioration du fonctionnement du système immunitaire.

J'ai pu faire une cure de détoxification ciblée sur les métaux lourds. Le résultat est impressionnant. Mon cerveau a redécouvert en quelques jours de nombreux modes de fonctionnement. Le gain en tonus et en capacité de travail est sensible. Les effets secondaires ont été assez légers en comparaison : acné et perte d'envie de manger de la viande. En l'état je ne peux pas prétendre que ces progrès sont bien dûs à l'élimination des métaux lourds. Peut-être la détoxification a-t-elle eu des effets physiologiques tout autres... Le fait demeure que le résultat est (d)étonnant. Deux remarques :

Manganèse

L'orotate de manganèse nous a apporté un mieux considérable. C'est une poudre blanche en vente en pharmacie. Cela revient un peu cher si le pharmacien n'en a pas de stock et vous oblige à en acheter un pot de 10 grammes. Compter 20 à 30 €. Mais avec un pot vous en avez pour des années... Ne vous servez pas dans le pot ! Le manganèse est dangereux à fortes doses. Vous devez en parler à votre médecin et vous faire faire une prescription. Une bonne base de départ consiste à faire préparer des gélules par votre pharmacien, contenant chacune 2 mg d'orotate de manganèse dihydrate (deux milligrammes). Comptez 16 € pour la fabrication de 60 gélules. Prenez-en une à chaque repas, soit trois par jour. (Ceci est la dose pour un adulte de poids moyen. Certaines personnes préfèrent 1mg.) Trois telles gélules représentent une dose de manganèse d'un peu plus de 1 mg. C'est moins que la dose journalière recommandée, qui est de 2,5 à 5 mg. Et beaucoup moins que la dose maximum, qui est de 10 mg. En principe, de la nourriture saine ou certains comprimés multivitamines contiennent bien plus que 1 mg de manganèse. Je ne sais pas pourquoi l'orotate de manganèse nous fait un effet énorme alors que les autres sources de manganèse semblent neutres... Nous parlons plus facilement en public, nous pouvons manger beaucoup plus librement, Dimitri n'a plus de douleurs musculaires, nous sommes beaucoup moins vite fatigués, etc, etc...

Deux mises en garde :
Le manganèse est un coenzyme et fait partie de certains enzymes essentiels. Encore une fois, c'est une question d'enzymes. Mais je n'ai aucune idée de la distance physiologique entre le manganèse et les enzymes malformés qui seraient le pivot de l'autisme.

À présent je ne prends presque plus jamais d'orotate de manganèse. On dirait que son "travail" est terminé. Peut-être mon alimentation actuelle rend-elle l'ajout de manganèse inutile... Mais j'en ai toujours un pot sous la main et j'aurais une angoisse à en être privé.

Centella asiatica

La centella asiatica, ou brahmi, ou gotu kola, ou herbe du tigre donne de très bons résultats. Je dois cette information à une chercheuse française. J'en prenais 100 mg d'extrait sec le matin à jeun avec de l'eau ou un peu de coca light. Il semble que cela favorise la circulation sanguine, donc l'apport de nutriments au cerveau. Si j'en prends en même temps qu'un repas cela défavorise la digestion. Il faut que ce soit de l'extrait sec très sec. Dès qu'il commence à prendre l'eau, il devient inopérant. L'extrait sec de centella asiatica est extrêment hygroscopique. De même, la teinture mère de centella asiatica, qui contient une part d'eau, est presque inefficace. Je n'ai plus réussi à m'en procurer et j'ai donc arrêté d'en prendre. Je le regrette un peu mais cette perte n'est pas très grave.

Vitamine B1

La vitamine B1 est très utile. Je me suis intéressé à elle quand j'ai appris qu'elle permettait au foie de digérer l'alcool, les sulfites et d'autres toxiques. Depuis que j'en prends un comprimé matin et soir la qualité de ma digestion a fortement augmenté. Mon tonus aussi... Plus tard j'ai appris qu'elle a été explicitement recommandée pour les autistes. Je prends des comprimés de 300 mg, ce qui est beaucoup trop. En principe cela ne présente pas de danger mais je vais essayer de trouver des comprimés de 50 mg.

Une autre vitamine, la B6, est également recommandée pour les autistes. Toutefois, après essai, cela m'a paru un piège : la B6 assoupit. On en recommande de fortes doses, associées à du magnésium, aux enfants hyperactifs. Ce mélange a un effet calmant, qui permet une scolarité plus stable par exemple. Dans mon cas cet effet calmant est négatif... quoique de petites doses de B6 sont peut-être utiles le soir...

Faites attention avec les vitamines B : on dit qu'on peut en prendre des doses massives sans danger mais c'est faux. On peut certes en prendre cent fois la dose recommandée sans risques notables. Mais à partir de mille fois la dose, des effets secondaires graves peuvent se manifester, voire il peut y avoir destruction de l'organisme (foie, système nerveux...). Ces ordres de grandeur varient d'une vitamine B à l'autre...

Le jus de radis noir

Malgré tous mes progrès je n'ai pas été capable de travailler pendant deux semaines. Je me sentais bien, je pouvais répondre à mes mails ou lire des textes pendant plusieurs heures par jour... mais j'étais incapable d'écrire des logiciels. J'avais une conscience très claire du principe et du mode d'action du logiciel *mais* je ne pouvais pas l'écrire. Un jour j'ai forcé sur les dopants jusqu'à en avoir les mains qui tremblaient un peu. J'étais en pleine forme, j'avais le sentiment de pouvoir bucheronner une forêt à moi tout seul... mais toujours incapable d'écrire une seule ligne de logiciel. Comme si j'étais devenu bête. Vers 14 heures mon instinct m'a fait sentir que je devrais prendre du radis noir pour me nettoyer le foie et le reste. A 15 heures j'en ai pris 3 ampoules. Je suis devenu relativement fatigué pendant deux heures. En approchant les 17 heures mon esprit a commencé à s'allumer. A 17 heures presque pile j'ai entrepris d'écrire le logiciel, comme si de rien n'était, avec naturel... J'ai pu écrire des logiciels pendant les jours suivants. Dimitri a pris du radis noir aussi, avec le même résultat. Il en est enchanté. Je crois qu'il nous faudrait un dépuratif encore plus puissant que le radis noir... L'élimination des métaux lourds semble conseillée dans notre cas, je ne sais pas si le radis noir est assez efficace pour s'attaquer à cela...

Gluconate de magnésium

Dimitri a trouvé quelque chose de remarquablement efficace : le gluconate de magnésium. Nous avons essayé un peu tous les sels de magnésium ; sulfate, orotate, oxyde, chlorure... Rien n'agit aussi bien que le gluconate. En vente en petits sachets à dissoudre dans un verre d'eau.

Abats, huile de foie de morue...

Les vitamines A et D, et d'autres choses typiquement contenues dans les abats, seraient particulièrement profitables aux Asperger... Cela pourrait indiquer que les Asperger auraient une composantes héréditaire de chasseurs néolithiques... Il faut toutefois toujours être prudent : la vitamine A, en particulier, peut avoir des conséquences horribles si elle est consommée en quantités toxiques.

Électrosensibilité

Je n'ai pu tester la chose que sur deux Asperger mais manifestement tous les deux sont électrosensibles. Depuis que je prends garde à me protéger et à éviter les endroits fortement irradiés par des émissions radio, mon volume de travail journalier a encore sensiblement augmenté et je ne subis plus certains états de détresse.

Coenzyme Q10

Il n'y a sans doute pas de lien direct entre le coenzyme Q10 et mon problème neurologique mais je constate une amélioration de tonus si j'en prends. En vente libre en pharmacie.

Ocytocine

L'ocytocine est une hormone propre aux mammifères. Il parait qu'en inhalation elle stimule le cerveau d'un Asperger ou d'un autiste vers une meilleure observation et prise en compte des interlocuteurs et partenaires.

Mastocytose

Un correspondant qui a été diagnostiqué Asperger, a également été diagnostiqué atteint de mastocytose. C'est un dérèglement du système immunitaire. Il y a un excès de cellules mastocytes et le système immunitaire agresse l'organisme, ce qui peut entraîner des crises d'asthme, des douleurs musculaires, une fragilité osseuse, des problèmes de fatigue... Un ami Asperger correspond assez bien à ce profil. Je lui correspondait pas trop mal non plus, jusqu'à ce que je passe deux ans à me détoxiquer des métaux et à apprendre à gérer mon acidité corporelle. Depuis je n'ai presque plus de problèmes...

Les vitamines

On prescrit de plus en plus souvent des vitamines aux enfants Asperger ou autistes. Pendant trente ans j'ai englouti des quantités astronomiques de comprimés de vitamines, essayant toutes les marques et me réjouissant d'avoir plus d'effet avec l'une qu'avec l'autre. Je prenais parfois plusieurs comprimés par jour. Il est évident que je m'en portais mieux. Mais... depuis que j'ai fait une cure de détoxication des métaux, je ne prends plus de vitamines. Je n'en ai plus besoin... Tout au plus, j'en achète parfois un pot et j'en consomme pendant quelques jours "comme tout le monde". J'ai l'impression que les vitamines que l'on donne à fortes doses, servent en réalité juste à compenser partiellement les conséquences de l'intoxication aux métaux. Les métaux toxiques "encrassent" les cellules du corps souvent précisément là où les vitamines doivent faire leur œuvre. Ils rendent les enzymes inopérants, ils freinent les flux moléculaires... Saturer les cellules de vitamines, permet de partiellement compenser cette situation. Mais il ne faut pas se contenter de prendre des vitamines. Il faut éliminer les métaux toxiques, pour résoudre le problème.

La rilatine

Un correspondant m'avait expliqué que la rilatine donnait de bons résultats pour lui. C'est ce médicament que l'on donne aux enfants hyperactifs aux USA. Une explication scientifique du fonctionnement de la rilatine est qu'un enfant manifeste une hyperactivité ou un déficit d'attention parce que ses neurones ne parviennent pas naturellement à fonctionner avec l'intensité nécessaire pour gérer la situation. L'enfant va alors d'instinct faire des choses exagérée et provocantes, dans un but inconscient de stimuler d'avantage l'activité de ses neurones. En lui donnant de la rilatine, qui est un peu assimilée aux amphétamines, on stimule ses neurones de façon chimique, ce qui résout son problème et lui permet de suivre calmement à l'école sans plus devoir déranger. Je n'ai pas réussi à obtenir une prescription médicale de rilatine, du moins pas par une voie qui respecterait ma dignité humaine. J'ai finalement pu obtenir un peu de rilatine et, si le résultat est beaucoup plus faible que ce que j'espérais, cela m'est utile. Je suis moins sensible aux ondes radio, plus amical en fin de journée... Mais je ne dois surtout pas en prendre trop. Sinon, en fin de journée cela m'aura vidé les neurones et je deviens incapable de gérer des situations simples. De plus, selon un principe connu, en prendre deux fois la dose idéale ne donne pas deux fois plus d'effets mais annule les effets. Il y a un travail à faire pour trouver la dose adéquate pour chaque personne.

La rilatine entraîne une dépendance. Il faut arrêter d'en prendre tous les quelques temps, pendant quelques jours. À long terme elle présente un risque de dérive, surtout chez les enfants, qui peuvent finir par développer des symptômes de schizophrénie ou de psychose. Les symptômes disparaissent un peu après l'arrêt de la rilatine. Il faut donc bien arrêter régulièrement.

La mélatonine

Elle m'a été recommandée par un ami dont les problèmes neurologiques n'ont pas de rapport avec l'autisme mais il avait identifié certains de mes problèmes comme semblables au siens. Les résultats sont très bons. Je dors mieux, je suis plus éveillé en journée... L'effet le plus étrange est que je maigris.

J'ai été étonné de constater que la dose optimale dans mon cas était de l'ordre de 10 mg, pris le soir avec le repas. La dose standard est de 2 mg ! Et certaines publications recommandent même de ne pas dépasser 0,3 mg, expliquant que 2 mg est déjà une dose de cheval, qui peut "écraser" les effets bénéfiques. Plus tard j'ai lu dans l'article de wikipedia sur la mélatonine que les autistes en ont un déficit marqué et qu'il peut leur falloir des doses jusqu'à 10 mg...


L'hypocondrie


J'ai commencé à comprendre que j'étais Asperger en lisant des textes sur Internet. Une amie m'avait posé des questions parce qu'elle avait des problèmes avec son petit ami. Elle supposait que c'était lié au fait qu'il est surdoué. J'ai fait une recherche sur Internet. Je suis tombé par hasard sur un site pour surdoués qui contenait une page sur le syndrome d'Asperger. Dès les premières lignes j'ai fait un "uh ooh" embarrassé. C'était il y a un an.

Tout le monde se sera senti un peu Asperger en lisant ce texte ou se sera demandé si son conjoint n'est pas un peu autiste, tout comme on se demande si on n'est pas un peu parano en lisant une description de la paranoïa. Il n'y a que les paranoïaques qui ne se posent pas ces questions... Mais on n'est pas bègue ou aphasique parce qu'on ne trouve pas ses mots à l'occasion. Ce qui ne fonctionne pas dans mon cerveau est susceptible de poser des problèmes à tout le monde. Tout le monde n'est pas Asperger pour autant. On est "neurotypique" quand on a en gros un peu tout qui fonctionne plus ou moins bien.

Inversement, les similitudes entre mes problèmes et ceux d'autres personnes sont parfois utiles. Il m'arrive de donner des trucs à des personnes qui sont "un peu autistes" ou d'expliquer le comportement "un peu autiste"d'un conjoint à sa moitié. De même, les problèmes d'alimentation que je rencontre sont proches de ceux de beaucoup d'autres personnes. Les solutions trouvées peuvent donc donner des idées, pour des cas qui n'ont strictement aucun rapport avec l'autisme.

Si vous soupçonnez que vous-mêmes ou un de vos proches avez un problème d'Asperger, le mieux à faire est de consulter une équipe médicale spécialisée. Au minimum, tapez "Asperger" dans un moteur de recherche et essayez de recueillir un maximum de sources. En Europe le syndrome d'Asperger est encore peu connu, même si l'autisme en toute généralité a fait de grands progrès.

Dans l'état actuel de la recherche je connais trois sources physiologiques possibles de l'autisme et du syndrome d'Asperger :
Je me demande bien sûr quels sont les liens entre ces faits plus ou moins prouvés. Est-ce que la perméabilité entraine une déficience au niveau des neurones moteurs et du locus coereleus ? Est-ce que le locus coereleus manque de réactivité parce qu'il n'est pas averti des événements par les neurones moteurs ? Est-ce que les neurones moteurs sont déficients parce qu'ils ne sont pas correctement stimulés par le locus coereleus ?


Le gaz sarin 16 juillet 2007


Le mode d'action du gaz sarin est le suivant. Les neurones (du cerveau et du système nerveux) utilisent des "neurotransmetteurs" pour se transmettre des informations. Un des neurotransmetteurs les plus utilisés est la molécule d'acétylcholine. Une particularité de l'acétylcholine est qu'il n'est pas "recapturé". Cela veut dire que quand un neurone a envoyé des acétylcholines vers un autre neurone, ces molécules d'acétylcholine ne sont ensuite pas récupérées par le neurone émetteur. Ces acétylcholines "utilisés" pourraient donc s'accumuler et devenir un problème... si l'enzyme d'acétylcholinestérase n'était pas là. Son rôle est de découper les molécules d'acétylcholine en acide acétique (vinaigre) et en choline. La propriété chimique de la molécule de gaz sarin est qu'elle peut se coller à une molécule d'acétylcholinestérase, de façon définitive. Cela empêche l'acétylcholinestérase de continuer à jouer son rôle. Les molécules d'acétylcholine vont alors s'accumuler, tout saturer et empoisonner. Les communications nerveuses deviennent de plus en plus difficile... le soldat ayant respiré ce gaz de combat arrive de plus en plus difficilement à faire fonctionner ses muscles respiratoires. Il meurt étouffé. L'organisme contient relativement peu de molécules d'acétylcholinestérase, parce qu'une seule molécule peut décomposer un très grand nombre d'acétylcholines. Il faut donc très peu de gaz sarin pour tuer une personne.

Il y a 15 ans j'avais consommé un "smart drink" (un nootropique) qui était un mélange de vitamines, de minéraux, d'acides aminés et entre autres de choline. Cela m'avait fait beaucoup d'effet, me permettant entre autres de lire des pages en petits caractères pendant des heures avec beaucoup d'attention. Je décide donc de demander à ma pharmacienne de la choline, qu'elle me donne sous forme de citrate de choline. Au début j'en prend des doses "raisonnables", ce qui ne me fait aucun effet particulier. Je décide donc d'en prendre une dose un peu exagérée. Surprise : il y a bien un effet mais pas du tout celui escompté. Je me retrouve comme enfermé dans ma tête, un peu hébété. C'est prodigieusement intéressant, parce que c'est un peu "mon état naturel", celui dont je me plains en tant qu'Asperger. Si je trouve le moyen de déclencher mon problème, cela me met sur la voie pour le résoudre...

La littérature scientifique confirme qu'une surdose d'acétylcholine peut amener dans un état d'hébétude. Une amie me donne un renseignement important : si elle prend même le double de la quantité de citrate de choline que j'ai prise, cela ne lui fait aucun effet sensible. J'ai donc bien un problème avec l'acétylcholine, sans doute avec l'acétylcholinestérase. Je fais un deuxième test : je mange une quantité importante mais raisonnable de chocolat. Il contient de la lécithine de soya, qui est un précurseur de la choline et donc de l'acétylcholine. Un gros avantage de la lécithine est que l'organisme contrôle mieux sa transformation en acétylcholine. J'attends que l'état dans lequel me met le chocolat se stabilise. Un état qui n'a rien de spécial, vaguement douillet tout au plus. Je prends alors une grosse lampée de vinaigre, donc d'acide acétique (l'autre moitié de la molécule d'acétylcholine). Et hop... enfermement des pensées. CQFD. Disons qu'on n'est sûr de rien mais on a une piste.

La question est : faut-il réduire la synthèse d'acétylcholine ou faut-il augmenter la synthèse d'acétylcholinestérase ? Je peux facilement sélectionner des aliments très pauvres en précuseurs de choline... le problème est que l'acétylcholine est un neurotransmetteur essentiel au fonctionnement de l'intelligence.

En temps normal je ne peux pas travailler plus d'une heure par jour. Ce n'est même souvent pas vraiment travailler, juste être un peu attentif. Ce n'est que très rarement, au hasard, de l'ordre d'une fois par mois, que je sens monter en moi la possibilité de travailler sérieusement pendant plusieurs heures. Alors j'en profite pour faire certains travaux, souvent pour calculer et écrire en vitesse les idées que j'ai eues au fil des jours du mois écoulé. Fort de mes découvertes supposées sur l'acétylcholine, je me demande si je ne peux pas trouver quelque chose qui me permettrait de créer cet état de capacité de travail artificiellement. Je ne trouve rien de façon logique mais mon intuition y pallie : elle me fait sentir qu'il me faut un mélange de gâteau au chocolat, d'aspirine, de fibres solubles et d'orotate de manganèse. Aussitôt fut fait...

Le résultat du mélange gâteau au chocolat, aspirine, fibres solubles et orotate de manganèse, pris tôt matin, fut à la hauteur des espoirs. J'ai pu me mettre au travail, en continu de 9h du matin à 17h de l'après-midi. Je n'osai pas arrêter de peur de perdre quelque chose. Mais... les effets secondaires sont assez durs : mal de tête, légère nausée, douleurs musculaires... Au début je croyais que c'était la conséquence du mélange douteux du matin, peut-être un peu écoeurant. Il y avait aussi quelque chose de paradoxal : j'avais mangé du gluten, qui a un effet morphinique sur moi, de l'aspirine qui est un antidouleur, de l'orotate de manganèse qui semble être un puissant antimigraineux, du chocolat qui est un euphorisant et un relaxant... Absorber tout cela et finir avec un mal de tête, des nausées et des douleurs musculaires, il faut être taré. Il y a quelque chose de pas logique dans l'équation.

Une solide indication est venue le jour suivant, quand j'ai arrêté de travailler en cours de journée. Les douleurs ont disparues en une vingtaine de minutes... Plus rien ! Je me suis remis au travail... le mal de tête a été le premier à se manifester, très rapidement. La douleur est donc causée par le travail... Du travail purement intellectuel. En réfléchissant je me suis souvenu avoir lu une description de la mort d'un soldat ayant été touché par un gaz de combat. Le début de son agonie ressemblait assez bien à mes douleurs. J'en déduis donc l'hypothèse suivante : la raison pour laquelle je suis très rapidement bloqué dans mon travail chaque jour est que mon cerveau sature en acétylcholines utilisées. Il se met alors graduellement en "protection" et empêche la poursuite de toute activité cérébrale. Si j'essaye de forcer, je finis rapidement comme assommé. L'effet du mélange détonnant de chocolat, gluten et manganèse, est de calmer le réflexe de protection. Et peut-être de stimuler le nettoyage des acétylcholines. Ce qui me permet de continuer a travailler... Mais les conséquences de l'empoisonnement à l'acétylcholine sont à ce point graves que malgré la présence d'antidouleurs je souffre notablement. Il faut donc que j'améliore la formule, probablement en ciblant l'acétylcholinestérase.

J'aimerais bien que les personnes devant juger des cas de harcellement au travail lisent ma comparaison entre un travail intellectuel forcé et les effets d'un gaz de combat.

Au fil du temps et des découvertes j'ai amélioré le brouet noir. Cela ne me détraque plus la digestion et ne cause plus de mal de tête. Voici la liste d'ingrédients actuelle. Ces proportions sont pour un individu de plus de 100 kg accoutumé au café. N'essayez pas cela chez vous :


Un grand merci à Françoise Westerloppe, Dimitri Gathy et Christophe Barrere.



Eric Brasseur  -  1 janvier 2007  au  5 avril 2012