L'explication la plus simple est une forme légère d'autisme.
On le compare souvent à "l'autisme de haut niveau".
Une mise en garde est à faire : on parle de "syndrome" d'Asperger. Cela
veut dire qu'on diagnostique chez la personne un profil général : des
types de comportements, de problèmes et des particularités. On ne sait
pas *pourquoi* la personne est ainsi. On peut comparer avec le mal de
tête. On peut diagnostiquer chez une personne "le syndrome du mal de
tête". Allez savoir à quoi ce mal de tête est dû. Grippe, rhume, coup
sur la tête, gueule de bois, interlocuteur assommant... Une chose est
sûre : l'aspirine fonctionne dans tous les cas. D'après mes dernières
lectures, l'autisme serait causé par un problème de croissance du
cerveau, dû à une agression du cerveau. Cette agression pourrait être
le fait de crises d'épilepsie chez le nourrisson, un virus, une
intoxication de la mère aux métaux lourds ou à des polluants
chimiques...
L'autisme ne serait pas génétique en soi mais il y aurait une
prédisposition génétique à l'autisme : une moindre capacité à résister
à ce type d'agression. Un peu tout peut influencer le
développement du cerveau du foetus ou du nourrisson... On constate par
exemple des problèmes de retard scolaire plus ou
moins graves si la mère a fumé, bu de l'alcool ou pris de la cocaïne
pendant la grossesse. On constate même des problèmes de
retard scolaire chez des enfants qui ont regardé la télévision quand
ils étaient bébés. Une approche médicale adaptée peut diminuer les
dégâts faits au cerveau de l'enfant.
L'autisme
semble être lié à un problème d'enzymes dans le cerveau. Un défaut
génétique serait à l'origine de la malformation d'un ou quelques
enzymes. Une équipe scientifique anglaise vient de réussir l'exploit de
diminuer les comportements autistes chez des souris en inhibant un
enzyme de leur cerveau.
A peu près tout ce que contient le présent texte a été expérimenté par
moi et par mon ami Dimitri. La majorité des renseignements utilisés
proviennent de sites médicaux américains et français sur l'autisme et
le syndrome d'Asperger.
Un "neurotypique" est une personne normale, qui n'est pas Asperger ni
spécialement autre chose. J'aime bien utiliser ce terme.
Prononcez "Asperger" avec le "ge" comme le "gue" de "guenilles" et
marquez bien le "r" final. Un peu comme "Aspergheure" mais avec le
"heure" plus court.
Quels sont les
symptômes du syndrome d'Asperger ?
Hans Asperger, un médecin Autrichien qui décrivit le phénomène dans les
années 1940,
observait des enfants qui avaient des difficultés d'intégration sociale
et qui se comportaient comme "des petits professeurs". Les lecteurs de
mon site verront sans doute tout de suite ce qu'il entendait par "petit
professeur".
Le problème fondamental que pose l'autisme est une difficulté à se
faire "une idée générale cohérente des choses". Quand une personne
neurotypique (une personne normale) voit par exemple un bureau, sur
lequel se trouvent du papier, des stylos, une agrafeuse... elle se dit
sans y penser : "voilà un bureau". En remarquant instinctivement la
présence des outils de travail de bureau, aussi en remarquant le design
du bureau et de la chaise qui se trouve devant, la personne arrive
involontairement et en une fraction de seconde à la conclusion qu'elle
se trouve devant un bureau. Un autiste, par contre, remarque certes la
présence de papier, la présence de stylos... Il voit bien que cette
table est grise et non rose bonbon... mais il n'arrivera pas forcément
à la conclusion qu'il s'agit d'un bureau. C'est une démarche moins
naturelle pour lui. Si vous déplacez un objet sur le bureau, pour une
personne neurotypique ce sera toujours un bureau, utilisable pour
travailler. Si vous enlevez un des stylos, il est toujours possible
d'utiliser un de ceux qui restent... Pour déranger une
personne normale, il faut par exemple remplacer le bureau par une table
de cuisine, avec dessus des casseroles et des couteaux. Vous arrivez le
matin au bureau et vous trouvez une table de cuisine à la place du
bureau que vous aviez laissé la veille... ce changement peut vous
rendre très inquiet. Vous a-t-on viré et a-t-on affecté votre bureau à
un autre usage ? Etes-vous victime d'un collègue un peu sot ? Pour
inquiéter un autiste, il peut suffire de changer un détail du bureau :
changer un objet de place, enlever ou ajouter un objet... L'inverse est
vrai aussi : si vous enlevez un élément essentiel du bureau, par
exemple la chaise, une personne normale sentira instantanément que cela
compromet l'utilisabilité de l'ensemble. Un autiste pourrait n'y voir
que du feu. En toute généralité cela tend à empêcher un autiste de
s'adapter aux événements. Une anecdote que j'ai lue dans un livre
raconte qu'un autiste s'est un jour trouvé devant une signalisation
piétonnière perpétuellement au rouge. Il ne pouvait pas traverser la
rue... Une personne normale ne mettrait pas plus de quelques minutes à
se rendre compte du fait que le feu rouge est manifestement en panne et
elle traverserait en étant prudente. Elle n'aurait même pas vraiment
besoin d'y réfléchir ; elle traversera "naturellement" la route, après
un certain temps d'attente. Un autiste, par contre, peut rester piégé
indéfiniment dans la règle "on ne traverse pas quand le feu est au
rouge".
Dans le cas particulier d'un Asperger, un simple bureau modifié ou un
feu rouge en panne, ne
poseront pas de problème. Par contre je peux avoir les pires
difficultés
à comprendre ce que me veulent une personne ou un groupe de personnes.
Si j'ai affaire à un seule personne ou si les relations entre les
personnes sont standard et évidentes, cela se passe bien. Par contre
quand le jeu social commence, avec ses non-dits et ses stratégies
fluctuantes... je suis complètement perdu. Au mieux, en analysant
laborieusement ce que j'observe je peux finir par comprendre beaucoup
de choses, mais trop tard, quand la fête est déjà finie... Même dans
des situations simples comme un dîner entre amis je peux déranger,
parce que je ne suis pas dans l'atmosphère ou parce que je me trompe
d'atmosphère.
Si une personne veut avoir une conversation avec moi et en même temps
une télévision est allumée dans la pièce, mon cerveau est incapable
d'isoler la télévision pour se consacrer à la personne. Il n'est pas
non plus capable d'écouter à la fois la télévision et la personne,
comme peuvent le faire beaucoup de personnes normales. Ce type de
situation peut me mettre en état de confusion mentale très rapidement
et effrayer un peu mon interlocuteur par ma supplique soudaine de
couper la télévision. Pendant longtemps j'ai eu un cuisant problème :
des amis me demandaient souvent de passer chez eux pour dépanner leur
ordinateur ou un autre appareil. Pendant que je m'attelais à la tâche,
ils s'asseyaient à côté de moi et me racontaient leurs petits malheurs.
Cela m'a fait bâcler beaucoup de réparations et pouvait me mettre dans
un état de souffrance. Je ne pouvais ni ne pas réparer l'appareil, ni
refuser de les écouter... À présent je m'emploie à leur expliquer de la
façon la plus technique possible que je ferai une chose *après*
l'autre. Ils le prennent parfois très mal et je dois faire usage
d'autorité pour le leur imposer.
Un Asperger a en particulier des difficultés à percevoir le langage du
corps d'un interlocuteur. Supposons que je démarre un flot
d'explications pour répondre à une question. Pour
une personne normale, il serait évident que mon interlocuteur voudrait
que j'arrête de débiter des renseignements à la chaîne. La personne
normale ne sait même pas
pourquoi elle sent cela. Son cerveau décode inconsciemment les
mouvements du corps de la victime, qui traduisent l'ennui ou la gêne.
Pour moi, même si je remarque consciemment les mimiques du visage et du
corps de l'interlocuteur, elles me paraîtront étranges, sans
signification. Il m'est souvent arrivé de me dire, plusieurs heures ou
plusieurs jours après : "mais... il aurait voulu que je m'arrête de
parler..." Je m'entraîne à améliorer cela, à arrêter de parler dès que
j'observe les signes d'ennui. Mais ce n'est pas
naturel.
Un phénomène amusant de la part des Asperger est la tendance à "écrire
aux autorités". Pour signaler une anomalie, un souci de sécurité
publique... Combien de lettres de suggestion n'ai-je pas envoyées à la
bibliothèque locale... Cela me vaut parfois de petits ennuis, comme le
jour où ma lettre pour signaler un problème de sécurité sur un chantier
public a été transmise à l'entrepreneur des travaux, avec mon adresse.
Je l'ai
eu devant ma porte, à me menacer de me faire un procès... Une partie
des lettres que j'ai envoyées étaient creuses. Quand j'ai appris que
c'est un symptômes possible de l'Asperger... je me suis senti un peu
bête. Je continue à envoyer des lettres mais j'essaye d'en assurer la
qualité et la pertinence.
Les "neurones miroirs", découverts récemment, sont une possibilité pour
expliquer l'autisme. Que sont les neurones miroir ? On savait déjà que
quand une personne pense faire un geste -mais ne le fait pas- les
régions du cerveau qui servent à coordonner le geste entrent en
activité. Elles "calculent" ou "simulent" le geste, même si le geste
n'est pas destiné à être mis à exécution. Il se trouve que ces régions
du cerveau entrent également en activité *si la personne voit une autre
personne faire le geste*. Ce serait le rôle des neurones miroirs.
Pourquoi cette activité ? Parce que cela permet de comprendre
*pourquoi* l'autre personne fait le geste. En somme, le cerveau délègue
une partie du travail pour la compréhension d'un geste, aux régions du
cerveau dont le rôle est de coordonner ce type de geste. C'est ce qui
permettrait au cerveau de comprendre rapidement et sans efforts la
majorité des gestes qu'il observe, faits par d'autres personnes. Les
neurones miroirs interviennent aussi pour imiter les gestes d'une autre
personnes. Ils interviendraient également dans des situations plus
complexes, comme la constitution de l'identité. Un autiste aurait un
dysfonctionnement des neurones miroir...
Les avantages des
inconvénients
Dans le film "Rain Man", le don pour les détails du héros autiste est
mis à profit par son frère pour mémoriser des jeux de cartes et gagner
au casino. Dans le même esprit, mon souci des détails peut faire de moi
un excellent professeur. Si vous demandez à un homme de métier
neurotypique de vous expliquer comment fonctionne son outil de travail,
il ne comprendra peut-être même pas votre question. Pour lui, il suffit
"de le faire fonctionner". Il n'a plus conscience du grand nombre de
détails qu'il faut maîtriser. Si vous essayez de faire fonctionner
l'outil, l'homme de métier sera très surpris de vos difficultés et
prendra peut-être la peine de vous expliquer chaque chose sur laquelle
vous butez. Si vous avez affaire à moi, vous aurez dès le départ des
explications claires et complètes sur tout. Je vous mettrai en garde
contre les pièges et les soucis de sécurité... Vous deviendrez aussi
savant que moi. On peut reconnaître un Asperger à cela : si vous lui
posez une question, il vous fera un exposé complet, d'une traite, en
souhaitant ne pas être interrompu. Il ne vous récite pas un article
d'encyclopédie comme le font certains neurotypiques pseudo-instruits.
L'Asperger comprend tout ce qu'il vous dit. Vous souhaitez savoir,
alors il vous fait cadeau de ce qu'il y a à savoir...
C'est
une aptitude merveilleuse d'un cerveau neurotypique que de
pouvoir se faire un concept de toute situation ; de dégager la
cohérence la plus adéquate de tout événement. Vous voyez une table
verte sur laquelle se trouvent des feuilles et des stylos, en une
fraction de seconde vous pensez que c'est un bureau et vous avez bien
raison. Dans toutes les circonstances de la vie les choses vous
apparaissent ainsi, simplement et naturellement. Un Asperger,
serait plutôt comme un machiniste du théâtre, qui vit dans les câble et
les poulies des soubassements, qui assiste au maquillage des acteurs
et à la pose des décors... mais qui ne comprend pas pourquoi le mari
tue l'amant au second acte. Enfin si, il peut le comprendre, mais de
façon technicienne, en lisant un livre de criminologie psychiatrique.
Ce handicap peut aussi être un avantage. L'aptitude des neurotypiques a
ses limites. En particulier, les neurotypiques ont une fâcheuse
tendance à utiliser les stéréotypes qu'on leur a appris. L'intelligence
d'un neurotypique se résume souvent à trouver rapidement dans quelle
petite boîte il faut ranger une chose. Il y a la petite boîte "gentil"
et la petite boîte "méchant", la petite boîte "utile" et la petite
boîte "je ne le connais pas", la petite boîte "c'est un bureau" et la
petite boîte "c'est une table de cuisine". Les neurotypiques ont une
fâcheuse tendance à fonctionner comme les administrations. Par exemple,
dès que j'ai eu 21 ans j'ai pris un registre de commerce pour
travailler comme informaticien. L'intitulé de mon registre de commerce
a été "atelier de mécanographie", parce que la petite boîte
"informaticien" n'existait pas dans l'administration... N'importe quoi.
Un "intellectuel" neurotypique est une personne qui lit des livres pour
apprendre de nouvelles petites boîtes. Un chef de secte est un personne
qui invente des petites boîtes pour ses adeptes. Si les petites boîtes
sont adaptées aux émotions naturelles des adeptes, elles auront
beaucoup de succès même si elles sont idiotes. Le travail d'un
dictateur consiste à imposer à la population les boîtes qui lui sont
utiles. Le drame de l'occident est le nombre restreint de ses petites
boîtes. Dimitri et moi discutons souvent des problèmes de société.
D'une certaine façon, les entreprises, les administrations, les
académies et les familles, nous apparaissent comme autant de petites
sectes. Nous passons notre temps à décoder leurs rouages. Parfois, les
"boîtes" de ces petites sectes sont bien pensées et productives. On dit
du patron de l'Aéropostale qu'il avait réussi à imposer la mystique du
courrier ; "le courrier avant tout !" Trop souvent, les petites boîtes
sont autant de superstitions ou ne servent qu'à exploiter et contrôler,
au désavantage du plus grand nombre.
La nutrition
Le contenu de ce texte : "Body acidity"
a permis de relativiser en partie ce qui suit.
Blé et lait
Ma première rencontre avec le syndrome d'Asperger avait été purement
comportementale. Je lisais des descriptions de l'attitude des Aspergers
; leur problèmes sociaux, leurs tics... Tout y était. Je me sentais
Asperger, comme un bantou se sent africain en entendant le tam tam. La
confrontation est devenue physique lorsque j'ai lu dans un article
médical que les autistes ont un problème de digestion. Dans les
intestins d'une personne normale, les protéines sont décomposées en
acides aminés avant d'être absorbées dans le sang. Chez un autiste, des
protéines passent directement dans le sang, sans être digérées. Deux
protéines en particulier posent problème : le gluten (blé) et la
caséine (lait). Une fois qu'elles sont passées dans le sang, ces
protéines se fixent dans le cerveau, sur les mêmes sites récepteurs que
les dérivés de l'opium. J'apprenais ainsi que j'avais sans doute passé
38 ans shooté au blé et au lait... J'arrêtai donc immédiatement
d'absorber quoi que ce soit qui puisse contenir du blé ou du lait. Il
s'ensuivit une crise de manque horrible, qui dura deux semaines. Le lit
et les draps inondés de sueur, des crampes musculaires, des angoisses
horribles avec la conviction d'être foutu... Cela s'est terminé par une
dépression nerveuse bien marquée. J'ai
essayé tout ce que le bon sens et la grande surface du coin
proposaient. Des concentrés de vitamine ont été la première chose à
avoir de l'effet. Le ginseng a finalement apporté un soulagement
extraordinaire. C'est comme si ma dépression se dissolvait dans le
ginseng, en l'espace de quelques minutes. Enfin, le millepertuis est
devenu une béquille indispensable (j'ai arrêté d'en consommer quand je
me suis rendu compte que cela rend impuissant).
Arrêter d'absorber du gluten et de la caséine a eu des effets marqués
sur de nombreuses choses :
Mes yeux étaient très sensibles aux ultra-violets. Par plein
Soleil
je n'avais pas de problèmes. Mais dès qu'apparaissait une couche
nuageuse, les UV me donnaient des maux de tête qui dégénéraient en une
forte nausée. Même si je me mettais à l'abri, la migraine et l'envie de
vomir pouvaient durer des heures. Il peut sembler étonnant que je
n'avais pas de problèmes par plein Soleil mais bien par temps nuageux.
La raison en est je crois que les nuages bloquent une partie importante
de la lumière visible mais laissent passer les UV. Dès lors les
pupilles se dilatent, laissant passer d'avantage d'UV que par beau
temps. Je devais toujours avoir sur moi des appliques solaires. Je les
plaçais sur mes lunettes dès que le ciel se couvrait un peu. En cas
d'oubli, la facture était salée. Depuis que ne mange plus de gluten ni
de caséine... je n'ai plus de problème avec les UV ! Il m'arrive
de chausser mes appliques, par confort, mais je n'ai plus jamais eu de
mal de tête ni de nausée.
J'avais toujours eu de gros problèmes de sudation. Dès que je
faisais
des effort physiques, ou simplement en fin de journée, je me couvrais
d'une couche de graisse jaune et gluante. L'odeur était pas mal
non plus. Quand je prenais ma douche, malgré le shampoing mes cheveux
semblaient comme gonflés d'argile. J'étais obligé de me couper les
cheveux très courts sinon des mycoses irritantes se développaient. En
été la chaleur était un torture, je me tondais les poils du corps pour
survivre. Depuis que je ne consomme plus de dérivés du blé ni du lait...
J'avais de gros problèmes de distraction. Cartes de banque
oubliées
dans des automates, objets perdus... Le pire étaient les distractions
quand je rédigeais des codes sources de programmes informatiques. Il
est normal de faire des erreurs mais j'en faisais presque une par
ligne. Je passais ensuite beaucoup de temps à déboguer. C'est une des
choses qui m'a le plus surpris quand j'ai arrêté de consommer du blé :
mes codes sources étaient bons dès le départ ! Quelques coquilles, sans
plus...
Des douleurs dentaires abominables. Je me suis blessé l'estomac à
coup d'antidouleurs. Si je mange un dérivé du blé, les névralgies ne
sont pas automatiques mais probables. La douleur dentaire semble causée
par la perméabilité de la dentine. Chez une personne normale ce ne
serait que peu ou pas sensible. Chez moi, le système nerveux en faisait
une douleur épouvantable. Cela ressemble à ce qui subit un héroïnomane
en manque... Depuis que j'évite blé et lait, je suis devenu une sorte
de personne normale... (Un dentiste m'a prescrit un gel fluoré qui a
contribué à résorber le problème.) Chez Dimitri ce problème était plus
grave : il se soldait par des douleurs musculaires généralisées,
très handicapantes et des migraines abominables qui peuvent le mettre
en arrêt maladie pour une semaine. Un ami Asperger d'une amie a décrit
des symptômes
identiques. Ces douleurs peuvent durer plusieurs jours après un repas
qui ne contenait qu'une petite quantité de blé ou de lait.
Je ne supportais pas la fumée de mauvais tabac. Je ne l'aime
toujours pas mais elle ne me donne plus de maux de têtes. Je peux même
fumer un mauvais cigare sans avoir de problèmes. (Avec le vrai tabac et
les vrais cigares je n'ai jamais eu de problèmes...) Le fait s'est
encore accentué après les cures de détoxication et de détoxination et
la prise en charge de l'acidité de mon duodénum. Je suis étonné à
présent de voir des amis devenir rouges et mal à l'aise dans des
restaurants bondés de monde et de vapeurs de cuisson, alors que je me
sens frais comme une rose. Avant, c'était moi qui flanchait le premier.
Après mes deux semaines de sevrage j'ai fait des essais de consommation
de pain. Cela fonctionne tout à fait comme ce que j'imagine d'une prise
d'opiacé : chaleur, bien-être, détente, rêveries... Avant, je croyais
que c'étaient les suites normales "d'un bon repas". Le riz n'a
absolument pas ces effets-là... Plusieurs amis se sont étonnés que
j'arrête de consommer du blé "alors qu'il me fait l'effet de la
morphine". Demandez-vous pourquoi les médecins et les infirmiers ne
consomment pas de la morphine alors qu'ils en ont sous la main...
Primo, les effets secondaires sont peu ragoûtants. Un peu toutes les
fonctions de l'organisme sont détraquées, de façons diversement
douloureuses et humiliantes (cfr. plus haut). Secundo, je ne cherche
pas mon petit bonheur tout chaud, je cherche d'abord à travailler. Je
me suis toujours senti humilié de ne pas arriver à travailler, parfois
plusieurs jours de suite. J'ai des choses à faire, des services à
rendre... Avoir compris que le blé et le lait étaient une des
principales choses qui m'en empêchaient, est une des plus belles choses
qui me soient arrivée. Bien sûr au début j'ai ressenti des pulsions
d'addiction. "Allez, un bon gros pain et au dodo, hmmm..." Je n'ai
simplement pas un mental de toxicomane. En quelques mois j'ai développé
un rejet du pain et des pâtes, j'ai l'impression que cela a mauvais
goût.
Tout ce qui contribue à détruire les protéines pour les scinder en
acides aminés semble utile : cuisson, fermentation... Dimitri cuit les
viandes jusqu'à cinq heures d'affilée. Il me fait remarquer qu'il ne
fait que rejoindre les modes de cuisson pratiqués par nos ancêtres. Du
poulet cuit pendant seulement une heure peut lui causer des problèmes.
Un des palliatifs utilisés pour les autistes est un apport nutritionnel
d'enzymes de digestion.
Plusieurs céréales font partie de la famille du blé, contiennent du
gluten et sont donc je suppose à éviter : blé, orge, épeautre, avoine...
Dimitri est dinamisé par le quiñoa mais le milet l'assome. Allez savoir
pourquoi... Et il aime beaucoup l'huile d'argan ajoutée au quiñoa.
Certains aliments, comme les haricots, me font un effet semblable à
celui du lait. Je suppose qu'ils contiennent des protéines proches de
la caséine. Par contre Dimitri peut manger du fromage de chèvre ou de
brebis sans dommages. Tout ce qui est fait avec du lait de vache
déclenche des problèmes. L'impact le moins grave est causé par les
vieux fromages très faits. Dimitri a découvert une chose qui m'étonne
mais qui a résisté à l'expérience jusqu'à présent : la viande d'animaux
nourris au lait de vache nous cause le même dommage que le lait
lui-même. Il paraît que beaucoup d'industriels finissent le bétail au
lait. Cela fait gonfler la viande avant l'abattage. Les poulets ne sont
pas nourris au lait, ce qui expliquerait pourquoi cette viande-là ne
nous cause aucun dommage même peu cuite. Dimitri n'a pas de problèmes
avec la viande de boeufs et de cochons de ferme. Le fermier lui assure
ne pas
utiliser de lait...
Irritants et
détraquements intestinaux
Je ne suis pas allergique au gluten du blé ni à la caséine du lait. Mon
médecin m'a fait passer un test d'allergie au gluten, qui s'est révélé
négatif. Par contre je crois volontiers que le système nerveux qui
contrôle la digestion, subit les effets opiacés autant que mon cerveau.
Si mon cerveau n'est plus capable d'organiser des choses simples, comme
mettre de l'ordre sur un table, il me paraît probable que le système
digestif bâcle son travail lui aussi. Cela expliquerait les résultats
de digestion abominables qui suivent la consommation de dérivés du blé
ou du lait.
La qualité de la digestion est importante chez tout le monde mais chez
moi elle est vitale. Si j'ai été incapable de travailler, je sais que
je dois m'attendre à une mauvaise surprise pour le résultat de la
digestion.
En règle générale je dois éviter tout ce qui est irritant pour les
intestins : arachides, jus d'orange, produits torréfiés (café,
chocolat), sources importantes de tanins (noix ou thé en grandes
quantités)... Ces produits n'ont pas le moindre effet opiacé mais ils
causent un rejet par les intestins et le repas est "perdu", avec tous
les nutriments et vitamines qu'il contenait. Si je fais plusieurs repas
irritants de suite, je deviens un triste zombie. A l'occasion, je fais
un
petit repas qui est un concentré de produits irritants : chocolat,
café... J'ai besoin de ce que ces produits contiennent, alors
autant les grouper en un seul repas "catastrophique", que je fais le
moins souvent possible.
J'ai appris à me méfier des glucides (sucres, riz, pommes de terre...).
Ils ne sont ni
"opiacés" ni irritants mais ils alimentent "les mauvaises bactéries"
lors de la digestion. Mon premier réflexe a été de me rapprocher du
régime Atkins (viandes et graisses ou huiles). Il est
d'ailleurs conseillé aux autistes par ses tenants... L'association de
glucides et de viande, en particulier, est très dommageable. Je suppose
que la fermentation des glucides dans les intestins amène la production
de toxines dérivées des protéines de la viande. Cela cause
des faiblesses, des problèmes immunitaires comme des angines...
Les antioxydants sont très importants. Tout le monde sait de nos jours
qu'il faut manger des fruits et des légumes mais chez moi la facture
est virtuellement immédiate en cas d'oubli. Fatigue, problèmes
immunitaires...
Le vinaigre est un produit miracle. J'en bois deux cuillères à soupe
après le début de chaque repas, éventuellement diluées dans un peu
d'eau. Si le repas était particulièrement gras et que j'ai un peu
d'écoeurement, je prends une troisième cuillèrée de vinaigre pour faire
passer. L'effet du vinaigre est de rendre toutes les digestions
"propres". Il semble résoudre les problèmes de fermentation
intestinale. En
particulier, le vinaigre réduit considérablement les conséquences
néfastes de l'absorption d'un café en fin de repas. Je ne prends pas du
vinaigre à tous les repas. J'ai appris à sentir quand la
prise de vinaigre serait salutaire. Parfois j'en sens le besoin après
le repas.
Dimitri a trouvé une valeur sûre : la farine de noix de coco bio.
Ajoutée à certains repas elle facilite grandement le transit
intestinal et contient beaucoup de nutriments essentiels. Une cuillère
à soupe fait l'affaire.
Coca Cola light
J'ai été dépendant de deux produits : le millepertuis et le Coca Cola
light. Sans
coca, je ne pouvais en général pas travailler plus d'une heure par
jour.
Si le travail avait été difficile ou si j'avais essayé de forcer, je
passais le
reste de la journée comme assommé, incapable de structurer mes pensées.
C'est comme si j'avais reçu un coup sur la tête mais sans la douleur du
coup. Grâce à la caféine du coca je pouvais travailler souvent bien
plus
qu'une heure. Et quand je ne suis plus en état de travailler, je ne
suis pas pour autant assommé, je reste capable d'organiser des choses
simples, comme une personne normale. (Un peu de vin rouge sans
sulphites le soir, l'orotate de manganèse toute la journée et la
centella asiatica le matin à jeun, peuvent aussi aider.)
L'usage du coca est délicat. C'est une drogue... Il vaut mieux que je
n'en boive pas à jeun. Je dois éviter d'en boire trop. L'idéal est d'en
consommer de petites doses pendant les heures qui suivent les repas.
Tant que la digestion est en cours, c'est bon... On dirait que le cola
permet de "rentabiliser" la digestion ; l'afflux de nutriments dans le
sang et dans le cerveau. En particulier, l'association d'une bonne
quantité de viande bien cuite et de caféine donne de très bons
résultats. Tout particulièrement avec la
viande il faut peu de coca.
Il y a un piège. Si une digestion se passe mal, je deviens patraque. Le
réflexe est alors de boire un supplément de coca pour compenser. Cela
fausse tout... J'aurai les effets secondaires du coca sans les
avantages. Il vaut mieux éviter le cola ou n'en boire que très peu. Par
contre si la digestion est bonne, j'aurai les effets positifs du coca
et les effets secondaires seront peu sensibles...
La caféine est un véritable contrepoison lors de l'absorption
malencontreuse de blé ou de lait. Il faut en prendre peu mais cela
soulage énormément les conséquences. Dans les cas graves, le
millepertuis aide bien. Il ne faut pas en prendre une forte dose d'un
coup, plutôt doser au fil des heures.
Toutes les sources de caféine agissent positivement mais le Coca Cola
light était ma préférée. Pourquoi "light" ? Parce que boire du sucre
diminue tout de suite mes facultés. Il est aussi possible que la
phénylalanine présente dans les boissons light joue un rôle. C'est un
précurseur de la dopamine ; un neurotransmetteur important qui semble
me faire défaut... Mais je n'ai pas eu l'impression que les sources de
caféine sans phénylalanine faisaient moins d'effet. Pourquoi "Coca
Cola",
au risque de faire la propagande de ce fleuron de l'Amérique
conservatrice ? Parce que j'ai essayé tous les colas à ma portée et si
j'en bois une bouteille par jour ils me rendent malade. Ils contiennent
des choses pas chrétiennes ni musulmanes. Le Coca Cola non plus n'est
pas parfait de ce point de vue mais sa supériorité est manifeste. Pour
être exact, mon préféré est le Coca Cola "Zero".
En toute généralité, j'ai l'impression de vivre constamment sous
neuroleptiques. Tout ce qui est le contraire d'un neuroleptique est
donc le bienvenu. Je retrouve cela fréquemment dans mes lectures sur le
syndrome d'Asperger. Le rôle d'un neuroleptique est d'inhiber ou de
réguler l'action de la dopamine.
Le café semble poser un problème : il me faut 48 heures pour "me
remettre" d'une tasse de café, même faiblement corsée. Donc je n'en
prends que rarement.
Après avoir consommé de Coca Cola pendant plusieurs mois je suis arrivé
à la conclusion qu'il vallait mieux m'en passer. Je n'en bois qu'en cas
d'absorption involontaire de blé ou de lait.
Fibres solubles
Une expérience s'est avérée une réussite : prendre avec la majorité des
repas une bonne quantité de fibres solubles. En l'occurence une à deux
cuillères à soupe de granulés Spagulax, vendus 12 € pour 700 grammes.
Il est impératif de boire une bonne quantité de liquide avec. Cela
stabilise la digestion et l'améliore significativement.
Mon ami Dimitri et moi avons expérimenté pendant plusieurs années. Nous
avons sans cesse amélioré notre nutrition. Nous avons appris au fil des
essais ce qu'il nous était interdit de manger, pour en suite apprendre
comment pouvoir manger tout ce qui nous était interdit... Le régime
actuel est à peu près ceci (ces dosages sont pour une personne de 100kg
habituée à les prendre... Le dixième, le quart ou la moitié seront
souvent suffisants pour une personne normale):
Le matin, je verse dans un filtre à café du café moulu pour six
personnes. Je fais passer juste assez d'eau bouillante dessus pour
remplir une demie tasse. Dans une casserole qui vient d'être tirée du
feu, je fais tirer longuement deux sachets de tisane de menthe, deux
sachets de thé vert au ginko biloba et un sachet de verveine. Cela
donne une demie tasse de
liquide brun-vert foncé, que je verse dans la tasse de café. J'ajoute
deux ou trois cuillères à soupe énormes d'ovomaltine standard. (Si le
matin je prends un seul de ces ingrédients, je n'aurai pas les
bénéfices que donne l'ensemble et il y aura des contrecoups
désagréables.) (La genèse de ce jus infernal est décrite à la fin du
texte.)
Plusieurs heures après cela et significativement avant le repas
suivant, je bois 1 à 2 grammes de citrate de potassium additionné de
10% d'un sel de magnésium, dans un ou deux verres d'eau.
Le repas de midi n'est pas obligatoire. Cela peut être une salade
améliorée. Si je mange quoi que ce soit qui est dérivé du blé ou du
lait (pain, pâtes, fromage...), je dois impérativement prendre 2 à 4
grammes d'acide citrique dissous dans un verre d'eau. Il semblerait que
l'acide fait coaguler les protéines et favorise leur digestion, ce qui
évite les effets opioïdes les plus graves. Je prendrai 1 à 2 grammes de
bicarbonate de soude deux heures après le repas à l'acide citrique.
Citrate de potassium, magnésium...
Le repas du soir sera en général très commun, souvent assez
volumineux. De préférence pris en début de soirée. S'il contient des
dérivés du blé ou du lait alors l'acide citrique, puis le bicarbonate
de soude, sont de rigueur... J'ai essayé de faire des repas du soir
"malsains" comme vider un pot de chocolat à tartiner sur une grand
baguette de pain. Si les règles générales sont suivies, cela ne posera
pas de problème particulier. Mais, manifestement, il vaut mieux manger
des choses "saines", en partie Bio de préférence...
En fin de soirée, Dimitri affectionne un peu de carbonate de
calcium additionné d'acide citrique. Un demi millilitre de chaque, dans
un grand verre d'eau.
L'utilité des produits chimiques susmentionnés et expliquée plus en
détail dans ces textes :
Certains suppléments nutritionnels peuvent avoir un effet
important sur le système nerveux de personnes atteintes d'autisme. En
raison des risques j'ai placé les données dans le chapitre sur la médicalisation. Tout ce qui est
proposé dans la littérature n'a pas eu d'effet intéressant mais
certains suppléments me sont à présent indispensables.
J'avais manifestement des problèmes avec les ustensiles de cuisine en
métal, y compris les couverts. Ils donnent un goût métallique à la
nourriture et cela peut me rendre légèrement malade. Je n'utilise plus
que des casseroles avec un recouvrement non-métallique et des couverts
en plastique polycarbonate. Dimitri continue à utiliser des couverts en
métal mais ce sont des couverts de grande qualité qui lui viennent de
sa famille. Il semble qu'ils ne libèrent pas d'ions désagréables.
Les problèmes
neurologiques et l'isolement
Je ne pouvais en général pas travailler plus d'une heure par jour.
Exceptionnellement il m'arrive de pouvoir travailler huit heure sur une
journée... Bien sûr grâce à ce que j'ai expérimenté récemment (blé,
lait, viande, cola light, bouchons dans les oreilles...), j'ai
sensiblement amélioré les choses. Le fait demeure que je suis fortement
limité et surtout que je ne contrôle pas vraiment ce qui se passe. Je
ne peux pas m'organiser par exemple pour être sûr de travailler trois
heures le lendemain. C'est un obstacle majeur pour trouver un travail
"normal". Je suis obligé de travailler comme un artiste dans sa tour
d'ivoire. Je dois attendre d'être capable de travailler. J'accumule
pendant des semaines des idées de textes à écrire ou d'expérience à
faire. Je voudrais écrire ces textes ou faire ces expériences mais je
ne peux pas. La machine ne fonctionne pas... Quand soudain cela devient
possible, je le sens comme une vague qui monte. Alors je réunis le
matériel nécessaire, je m'organise pour en profiter au mieux. C'est la
raison pour laquelle plusieurs textes de mon site ont la même date de
sortie. C'est également la raison pour laquelle certains longs textes
sont mal écrits : je suis obligé de tout faire en un jour. Toujours
pour ces raisons, beaucoup de textes sont un patchwork de retouches
faites au fil du temps, ad nauseam.
Si je force, même pour un travail simple, je deviens rapidement comme
assommé. Seule une bonne nuite de sommeil pourra "me recharger les
batteries". La façon la plus efficace pour finir gravement assommé
consiste à avoir une conversation complexe prolongée avec un
neurotypique. J'arrive en général relativement bien à comprendre ce que
veut un neurotypique, à suivre le dialogue. Mais -sans que j'en aie
conscience- cela demande un énorme effort de décodage à mon cerveau. Un
effort qui semble ne pas être naturel, mais que je serai d'autant plus
enclin à fournir et à prolonger que je veux rendre service à la
personne. Je finirai la journée avec un enclume à la place de la tête.
Ce n'est pas douloureux, mais c'est très perceptible et je ferai les
pires erreurs ou distractions. Par contre si je parle avec Dimitri, je
peux rester des heures au téléphone sans la moindre conséquence. Parler
avec
lui ne demande pas d'efforts anormaux à mon cerveau... Pourtant, les
choses dont nous parlons ont un niveau technique que peu de
neurotypiques arriveraient à suivre...
On peut devenir angoissé ou violent quand on ne comprend pas une
situation. De telles réactions peuvent donc malheureusement être le lot
des autistes. Dans mon cas, en particulier si j'ai "les neurones à
zéro" en fin de journée, je peux ressentir de vives angoisses tout en
étant rationnellement objectivement persuadé qu'il n'y a aucune raison
d'angoisser. Supposons que le lendemain j'ai un rendez-vous. Tout est
prêt pour ce rendez-vous, tous les documents nécessaires sont dans ma
mallette... Je le sais parfaitement, pourtant je pourrai être vrillé
d'angoisses. C'est la peur d'arriver en caleçon à l'école, mais
éveillé et avec un pantalon sur les jambes. On dirait qu'une partie de
mon cerveau n'est plus capable de comprendre qu'il n'y a pas de raison
d'angoisser. Depuis que j'ai compris l'absurdité de la situation et le
fait que ces angoisses sont vaines, je prends un anxyolitique quand
cela arrive (le millepertuis, en vente libre mais consultez votre
médecin ; il y a des contre-indications et des effets secondaires,
entre autres cela rend impuissant). Souvent, l'idéal est de prendre du
millepertuis le soir, pour
passer une bonne nuit.
Certains bruits me sont insupportables. Je peux parfaitement travailler
avec un marteau piqueur à vingt mètres ou dans un café bruyant. Par
contre je
suis nerveusement incapable de tenir le coup si par exemple j'entends
des coups sourds fréquents et imprédictibles. Cela "casse" mes
pensées. Je finis involontairement avec les muscles tendus et un état
nerveux impossible. Beaucoup plus étrangement, je me suis rendu compte
que le simple bruit d'un ventilateur de salon m'empêchait de
travailler. J'avais moi-même bricolé ce ventilateur pour qu'il fasse un
bruit faible, doux et agréable... Je l'aurais mis en route rien que
pour l'entendre. Il m'a fallu plusieurs mois et le hasard pour me
rendre compte qu'il m'empêchait de me concentrer. Le couper suffisait
pour pouvoir travailler quelques minutes après. Des voix sourdes venant
du voisinage peuvent également poser un gros problème. Entendre à
l'occasion un bruit extérieur n'est pas un problème mais si par exemple
un voisin parle longuement au téléphone, chaque fois qu'il commence une
phrase mon cerveau s'arrête de travailler pour essayer de comprendre ce
qu'il dit. C'est un réflexe incontrôlable. Mon cerveau semble incapable
de classer la voix du voisin dans les choses auxquelles il ne faut pas
prêter attention. J'essaye sans arrêt de revenir à mon travail ou à mon
repos et je finis dans un état nerveux de crampes et de détresse.
Curieusement de tels bruits traversent même les bouchons dans les
oreilles. Pire : je peux tomber dans un sale état nerveux *avant* de me
rendre compte consciemment du fait que le voisin parle depuis un
certain temps et que c'est la raison de mon malaise. La meilleure
parade que j'ai trouvée est de diffuser un bruit de fond de basse
fréquence. Dimitri m'a donné une veille enceinte Hi-Fi. J'ai "sculpté"
un bruit de fond raisonnablement agréable qui masque le mieux possible
les bruits extérieurs. Passer ce bruit de fond à faible volume en
permanence, de façon préventive, est souverain. Ne me demandez pas
pourquoi le bruit du ventilateur m'empêche de travailler alors que le
bruit de fond diffusé par l'enceinte est presque un médicament...
J'ai la chance d'avoir une bonne culture scientifique, un minimum
d'honnêteté intellectuelle et de toujours avoir cherché à manger
sainement. Cela m'a permis de comprendre rapidement ce qu'est le
syndrome d'Asperger et d'essayer de nombreuses choses pour trouver mon
chemin vers un mieux-être. En gros, la moitié des Aspergers que je
connais (ou dont j'ai des échos) suivent la même démarche. Pour l'autre
moitié... ils sont enfermés dans des superstitions et semblent avoir le
cerveau fortement bloqué. Ils sont incapables de dialoguer sur le
problème, deviennent facilement désagréables, refusent même de simples
changements alimentaires... C'est une pitié. Ils sont une caricature
des maux de l'humanité.
La dissonance
cognitive
Quelle rationalité puis-je trouver à mon syndrome ? Est-ce un simple
accident, une erreur, ou s'inscrit-il dans des mécanismes plus globaux
qui auraient leur raison d'être ? En d'autres termes : est-ce que cela
sert à quelque chose ou c'est vraiment juste pour m'embêter ? Comment
rentabiliser la chose malgré tout ?
L'intelligence humaine est infiniment supérieure à ce qui est
strictement nécessaire à un individu pour survivre dans la savane.
J'adhère à l'idée qu'elle a atteint ce niveau parce que l'homme vit en
société. L'aspect abominable de la question est que l'homme est une
jungle pour l'homme, bien plus redoutable que la vraie jungle. L'homme
n'est plus en concurrence avec les autres prédateurs, il est en
concurrence avec lui-même. Pour gravir les échelons d'une société
humaine, il faut toujours plus de subtilité. C'est la survie du plus
manipulateur. La pression évolutionniste vient de l'intérieur de la
société humaine, elle ne vient plus de la Nature. Il n'y aura sans
doute plus de limites aux progrès de l'intelligence, parce qu'on
trouvera toujours moins intelligent que soi à écraser. Quelle
connerie...
L'aspect merveilleux de la question est qu'une grande société humaine
est capable de rentabiliser le génie de ses membres. Elle forme un
ensemble complexe, capable de survivre aux pièges les plus
inimaginables, qu'ils soient posés par la Nature ou par d'autres
sociétés humaines. Une société qui contient des personnes intelligentes
survivra mieux. Cela qui favorise l'augmentation de l'intelligence.
Nous sommes un groupe animal qui a évolué à marche forcée. Cette
intelligence qui nous caractérise est un avantage à ce point énorme que
nous avons pu nous permettre toute une série de handicaps : les maux de
dos, le cancer... Ces déchets de l'évolution sont le prix de notre
intelligence. Ils se résorberont sans doute au fil du temps. Le plus
probable est que nous résoudrons ces inconvénients par génie génétique.
C'est un autre débat... Pour l'heure, à quoi je sers ? Une possibilité
est que le gènes que j'ai reçus permettent à d'autres d'être plus
intelligents. Ou de mieux digérer les cacahuètes... Ces gènes seraient
utiles à l'espèce humaine. J'en aurais reçu une mauvaise
combinaison, qui vire alors au handicap...
Si le syndrome d'Asperger a une utilité quelconque, c'est forcément
dans un cadre communautaire. Un Asperger a moins de chance du survivre
dans la savane qu'un individu normal. Par contre un village qui
contient un Asperger a plus de chances de survivre à des catastrophes,
parce que l'Asperger peut trouver des solutions inattendues...
J'ai expliqué à une amie que je ne me considérais pas exactement comme
un handicapé mais comme une personne dont l'intelligence est
perpendiculaire à celle d'un être humain normal. Par contre j'ai été
assez déçu du comportement de certains Asperger, qui refusent
toute médicalisation ou régime voire qui revendiquent leur différence
comme un sorte d'avantage qui les place au-dessus ou en dehors de
l'humanité. Je ne suis pas moi-même mon régime de façon
draconienne et je suis bien content de savoir faire des choses parfois
exceptionnelles mais cela reste dans un cadre compatible avec "mon
humanité et ma vie dans l'humanité". Il manque à ces Asperger-là une
sorte de dignité et de respect d'autrui... Ce problème n'est hélas en
rien propre à l'Asperger. C'est une dérive que l'on rencontre partout :
le complexe de supériorité lié à une certitude d'infériorité.
Le travail
Je le martèle avec insistance et détermination : je suis un travailleur
compulsif. C'est assez curieux : je ne sais rien faire d'autre que
travailler. Je n'ai pas de télévision, pas de vie sociale... Je
travaille, c'est tout. Ou je peste parce que je n'arrive pas à
travailler, auquel cas j'essayerai les choses les plus aberrantes dans
l'espoir que cela remette la machine en route. Je me souviens encore du
moment, je devais avoir huit ans, quand j'ai décidé d'engranger le
maximum possible de connaissances et de résoudre le maximum possible de
problèmes, dans le but d'être utile aux autres. Je suis arrivé à un
certain résultat si j'en juge par le courrier des lecteurs de mon site.
On me remercie, on me dit que je dois être un travailleur acharné...
Curieusement, je reçois un retour diamétralement opposé de la société.
On m'a condamné pour fainéantise, je me suis fais
jeter de toutes les entreprises pour lesquelles j'ai travaillé... Je
suis chômeur, à un montant inférieur au minimum légal. Je viens même de
devoir renoncer à ma connexion Internet, je dois à présent me
débrouiller entre des cybercafés bon-marchés et des postes d'accès
publics.
Il est évident que mes problèmes sociaux ont été un handicap dans le
monde du travail. Il n'est facile pour aucun chef d'entreprise de
traiter avec un autiste, même léger et même s'il est de bonne volonté.
Mais je suis à présent convaincu que le noeud du problème se trouve
dans la société. Elle a oublié ce qu'est le travail. Elle s'est
simplifié les choses en mettant l'intelligence de côté. Mes amis qui ne
sont pas autistes ont eux aussi de sérieux problèmes dans le monde du
"travail", malgré leurs souvent excellentes compétences. Je ne suis
qu'un révélateur d'un problème endémique.
Je me suis fais jeter de toutes les entreprises pour lesquelles j'ai
travaillé, malgré des prestations parfois extraordinaires. Je n'ai eu
ces
emplois que par les recommandations d'amis. Le schéma général est qu'on
me fait venir parce qu'une équipe d'ingénieurs et de techniciens n'a
pas réussi à résoudre un problème après deux ans de travail. Au début,
je m'entends toujours fort bien avec le directeur de l'entreprise. Il
me demande rapidement si je suis docteur ou professeur d'université...
Si par exemple il me raconte un problème que l'entreprise à rencontré,
j'adore inventer une solution en quelques fractions de secondes. Cela
ne fonctionne bien évidemment pas à chaque fois, loin de là, mais
j'adore voir mon interlocuteur être saisi et me répondre : "euh, et
bien, oui, c'est ce que nous avons finalement fait. Mais il nous a
fallu six mois pour trouver cette solution. Vous aviez déjà rencontré
ce problème ?" Je lui réponds que non, ce qui est la stricte vérité.
Dès que le contrat est passé, je rentre chez moi pour travailler.
J'avais très peu de moyens. J'ai ainsi conçu plusieurs circuits
électroniques sans même avoir un oscilloscope pour les essayer. Tout
était fait par calculs et par simulations numériques et en utilisant
des techniques de fabrication de prototypes très fiables que j'avais
mises au point. Un mois plus tard je reviens dans l'entreprise, avec le
prototype sous le bras. Il est quatre fois plus petit que prévu, il
consomme dix fois moins de courant, etc, etc... On le branche... et il
fonctionne du premier coup. Je remet bien sûr des plans complets et
détaillés. Je demande un prix plancher, en gros le salaire d'un cadre
pour un mois de travail.
Je croyais qu'en procédant ainsi je serais vite "adopté". Et bien
non... Un peu plus tard je me fais invectiver d'une façon ou d'une
autre par le directeur, pour des motifs idiots. Et dehors... J'ai
longtemps cherché pour essayer de comprendre ma déveine. Avais-je
déstabilisé la structure hiérarchique de l'entreprise ? J'ai pu
constater qu'après mon passage des techniciens se moquaient des
ingénieurs. A raison selon moi mais je n'avais pas intentionnellement
voulu la chose. Une autre explication serait le syndrome de
sorcellerie. Dans les tribus sauvages, les sorciers sont mal vus. Si un
sorcier a toujours rendu service aux autres, il sera toléré à la
lisière du village. Est considéré comme sorcier toute personne faisant
des choses incompréhensibles pour les autres. Un chasseur doué, par
exemple ; qui ramène plus de gibier que les autres, sera considéré
comme déjà un peu sorcier. En cas de problèmes et d'angoisses dans le
village, il se pourrait bien qu'on s'en prenne à lui et qu'on le batte,
le chasse ou le tue. Il va de soi que si un sorcier inconnu se présente
dans un village, il sera immédiatement chassé quelles que soient ses
éventuelles bonnes intentions. J'ai un peu l'impression que c'est ce
qui m'est arrivé dans ces entreprises : la peur viscérale et ancestrale
du sorcier. Au début ils croyaient que j'étais un consultant comme un
autre, qui allait les baratiner, leur pomper beaucoup d'argent et
peut-être tout de même apporter quelques solutions. Ils s'est passé le
contraire : aucun baratin, demande d'argent très faible et des
résultats à priori impossibles. Les patrons de ces entreprises ne
savent pas pourquoi ils m'ont chassé. Ils se sont certainement inventé
des raisons mais ils n'ont pas l'éducation nécessaire pour comprendre
et gérer ces mécanisme ataviques.
Une des raisons pour lesquelles j'ai créé mon site internet est que je
voulais me faire remarquer d'autres chefs d'entreprise, de chasseurs de
tête... Sans résultat. J'ai même envoyé à la NASA un logiciel qui
corrigeait des images d'une sonde spatiale mieux que leur propres
logiciels. Sans résultat. Je ne dis pas tout à fait la vérité : peu
après le début de la présence en ligne de mon site, une personne m'a
contacté et a même insisté pour me voir. Je n'ai pas voulu, entre
autres parce que je n'avais même pas les moyens pour m'acheter des
vêtements corrects pour me présenter. J'ai aussi été invité à donner
une conférence. Mais j'aurais bien été incapable d'avancer l'argent
pour le voyage. Le simple fait de devoir organiser un voyage me pose un
gros problème. Je suis autiste... fus-ce légèrement. Le fait demeure
que les retours de mon site se résument à des mails de particuliers et
de collégiens, pour me complimenter ou pour poser des questions.
J'ai été particulièrement déçu par le FOREM. Cet organisme belge est
censé aider les chômeurs "à trouver leur voie". J'ai eu beau étaler le
contenu de mon site internet et expliquer ce que j'avais fait pour des
entreprises... Lors de la première rencontre je me suis vu menacer de
perdre mon chômage si je ne prenais pas rendez-vous dans une
associations qui s'occupe de personnes ayant des problèmes sociaux.
C'est dingue : je travaille comme un âne, je suis capable de comprendre
la structure d'un Trou Noir ou de concevoir un système informatique
complet à partir de zéro... tout ce que la Wallonie trouve à mettre en
face de moi est un fonctionnaire qui a les yeux qui brillent de
bonheur parce qu'il croit pouvoir me terroriser. Lors de la deuxième
rencontre, on m'a simplement dit que la seule solution était que je me
trouve une pension de handicapé ou un équivalent quelconque. Avec ce
que je suis capable de faire, je peux peut-être contribuer à créer des
emplois pour des centaines ou des centaines de milliers de personnes.
Tout ce que le FOREM trouve à faire est de me recommander d'aller
m'installer dans un coin avec une pension de handicapé... Le dialogue
est impossible : d'un côté une personne surcompétente qui ne peut pas
s'empêcher de travailler, de l'autre des fonctionnaires qui viennent
tirer leurs heures parce qu'ils touchent plus qu'au chômage... On
voudrait pouvoir se dire qu'il faut les comprendre, que mon cas est
trop fou pour qu'ils le comprennent... Je ne crois pas : j'ai observé
les autres chômeurs qui ont affaire au FOREM, qui repartent de leur
entretien avec une mine d'enterrement. J'ai écouté les histoires autour
de moi. Cette amie qui a un diplôme de philosophie et que le FOREM a
forcée à aller suivre des cours d'alphabétisation... On dirait qu'on
veut mettre les chômeurs au travail en leur imposant plus de violences
et d'humiliations qu'ils n'en subissent dans les mauvaises entreprises.
Ne comprend-t-on pas que ces entreprises-là *nuisent* à l'économie et à
la compétitivité du pays ? Au mieux cela enrichit quelques maffieux
légaux, qui s'achèteront des montres en or et des politiciens et qui
investiront le reste dans la destruction de la biosphère. Confier la
question du chômage à ces fonctionnaires est une erreur stratégique.
Quand un médecin a un rhume ou une jambe dans le plâtre, il est
toujours capable de vous soigner, parce que la santé est dans sa tête.
Les fonctionnaires du FOREM n'ont pas le travail dans la tête, pas
d'avantage que leurs commanditaires. (J'y suis retourné, par
journalisme d'investigation. Cette fois-là, surprise : je suis tombé
sur une personne raisonnablement compétente. Somme toute c'est comme
dans toutes les administrations : moitié de personnes qui tentent de
faire leur travail et moitié de crabes qui détruisent. On en vient à se
dire que supprimer ce type d'administration aurait un impact neutre sur
l'économie du pays. Quoi qu'il en soit, si la personne à laquelle vous
avez affaire au Forem vous faut hurler... demandez une autre personne.)
Les études
Mes études primaires et secondaires, jusqu'à l'âge de 17 ans, se sont
déroulées suivant le schéma Asperger standard : en constante baisse de
régime. Résultats brillants à l'école primaire et sortie du secondaire
sur un brancard. J'avais été placé en première primaire dès l'âge de
cinq ans parce que j'étais doué. Un peu plus tard, un instituteur a
laborieusement expliqué qu'il faudrait peut-être
m'envoyer dans une école pour enfants mentalement retardés. On me fit
passer des tests chez un psychologue, qui expliqua ceci : je n'étais
pas retardé mental mais extrêmement intelligent. Etant extrêmement
intelligent (si si), je comprenais tout de suite ce que l'instituteur
expliquait. Mais il devait répéter pour les autres... donc je
m'ennuyais et je m'endormais, ce qui pouvait donner l'impression que je
ne suivais pas... Cet instituteur était expérimenté et très dévoué mais
mon cas était à ce point particulier qu'il a glissé dessus comme sur
une peau de banane. Je me suis toujours demandé si cela avait été une
bonne chose de me mettre à l'école un an en avance. Certes en matière
d'intelligence pure j'ai toujours été en avance sur les autres élèves.
En milieu de secondaire je passais mes récrés à discuter informatique
avec les surdoués de dernière année. Et encore, ils n'arrivaient pas
toujours à suivre. Mais émotionnellement j'étais fortement en retard,
incapable de m'intégrer... De ce point de vue là il aurait fallu me
mettre un ou deux ans en retard. Allez savoir quel aurait été le
meilleur calcul, si même un calcul était possible dans
l'enseignement tel qu'il est. J'arrive à la conclusion qu'il n'est même
pas adapté aux enfants de la classe sociale qu'il est conçu pour
favoriser.
Les choses ont résolument pris le chemin du pédalage dans la guimauve
quand je suis arrivé à l'université, en Ingénieur Civil. Ma matière
fétiche était la Physique. Quand un ami ne comprenait pas quelque
chose, il pouvait venir me trouver. Je lui répondais sans même ouvrir
le cours. Bon, si je réponds du tac au tac quand on me pose les
questions les plus difficiles, je dois forcément réussir l'examen...
C'est logique. En plus j'avais autre chose à faire que d'étudier ce
cours. A
l'époque j'essayais de comprendre la Mécanique Quantique. Alors la bête
physique de première année, pfff... A l'examen, j'ai été sprotché comme
une mouche. Simplement parce que je n'arrivais pas à résoudre une
longue liste d'exercices en deux heures. Inventer de nouvelles méthodes
pour résoudre ces exercices, ça j'aurais su faire. A condition de me
laisser un mois. Mais pas résoudre ce paquet d'exercices en deux
heures... C'est un peu comme si vous imposez à un stratège militaire de
se battre contre dix hommes à la fois. Et bien le stratège il finit en
chich kebab. Ensuite vous nommez les dix hommes à la tête de l'armée et
vous perdez la guerre... Ce qui est idiot aussi est qu'à l'époque je
dessinais déjà des schémas électroniques d'une grande complexité. J'ai
même inventé un convertisseur analogique-digital beaucoup plus rapide
que tout ce qui se faisait. Et il tenait dans le creux de la main.
J'avais en gros le niveau d'un bon ingénieur. Pas le niveau des plus
brillants. Mais certainement un meilleur niveau que la production
standard de l'université. On pouvait me donner mon diplôme tout de
suite, sans me faire perdre mon temps. Ben non...
Une fois de plus, la question est : peut-on juger de la qualité d'une
université sur base du fait qu'un Asperger caractériel ne s'y plaît pas
? Dimitri aussi en a été éjecté, à propos. Demandons à mes amis
qui ne sont pas Asperger... Ils sont maintenant chefs d'entreprises,
chercheurs, responsables de services... La différence entre eux et moi
est que je reste poli. Eux, ils
utilisent des mots comme "médiocrité" et "minables". Ils me racontent
comment la majorité des étudiants ne comprend rigoureusement rien aux
cours, jusqu'à poser les questions les plus ahurissantes. Toujours
selon eux, sur cinq années d'études ils ont vu un seul professeur qui
soit un vrai professeur et deux ou trois autres "qui n'étaient pas
inintéressants". Après avoir présenté son Travail de Fin d'Etudes, un
de mes amis a lu le papier signé par le personnel universitaire
présent. D'après les commentaires qu'ils avaient écrits, la majorité
d'entre eux n'avaient rien compris à la nature du travail. Il n'avait
pourtant rien de compliqué.
A mon sens, en première approximation l'enseignement universitaire
belge est un deal entre des fonctionnaires et des bourgeois : "vous
nous laissez nos petits postes universitaires et nous on embête pas vos
gamins qui veulent des diplômes (pour avoir des emplois bien payés,
pour se payer les voitures et les nanas dont ils n'arrêtent pas de
parler entre eux)." C'est réglo... Et on organise tout bien pour que ça
ait l'air très sérieux, très international. Suivant les universités et
les facultés, le niveau du deal sera plus ou moins grave. A certains
endroits c'en est une caricature, à d'autres les étudiants sont malgré
tout capables de faire des raisonnements. Un "bon" étudiant
est une personne qui travaille continuellement et qui présente ses
examens comme à l'abattage. Il n'en retient rien, il n'a même souvent
rien appris du tout, mais il est approuvé. "L'élite" des étudiants sont
des personnes qui ont de la logique et une excellente mémoire. Ils
s'adonnent aux cours corps et âme. Ils en développent une maestra,
ils jonglent avec la matière et s'attirent les plus grands éloges. Ce
qui ne veut pas dire qu'ils comprennent la matière... Vous pouvez être
capable de ranger des pots de peinture dans un ordre impeccable, vous
ne serez pas pour autant capable de peindre un portrait. On
les présente aux visiteurs de marque et on fait des projets pour les
garder au sein de l'université. Et puis il y a des personnes comme moi
et mes amis, qui comprenons réellement la Physique, les
Mathématiques... qui voulons en faire un usage concret... qui tenons à
prendre le temps de bien comprendre chaque cours... qui voulons
faire de nouvelles découvertes... Au début je croyais que nous étions
une cible ; des hommes à abattre. Je crois plutôt qu'il faut appliquer
l'adage "ne cherche pas de la malice là où la bêtise suffit à expliquer
les choses". Le personnel universitaire ne comprend simplement pas ce
que nous faisons. Parfois cela leur fait peur, bien sûr. Alors ils
peuvent avoir des réactions violentes. Comme cet ami qui a amené au
cours d'Algorithmique un logiciel qu'il avait écrit et qui faisait
quelque chose que le professeur avait prétendu impossible. A l'examen
le professeur l'a injurié, humilié... J'avais fait le même coup au labo
de Physique ; faire quelque chose dont l'assistant venait de dire haut
et fort que c'était impossible. Il avait même ajouté la phrase "si vous
obtenez cela, vous sortez d'ici en courant et vous allez déposer un
brevet." Il n'a pas eu plus de dix minutes à
attendre pour que je lève le doigt et le fasse venir. Mais lui, c'était
quelqu'un de capable, une de ces personnes sur lesquelles l'université
se repose quand il y a de vrais problèmes. Il a compris le
fonctionnement de mon dispositif. Et il n'a rien dit aux
autres, comme cela je n'ai pas eu d'ennuis. Mais, en général, quand
nous sommes
busés aux examens, c'est simplement "parce que nous ne faisons pas
comme il faut". Ce que j'ai vu de "moins pire" dans les universités
belges sont des étudiants qui certes n'ont pas le moindre souvenir de
90% de leurs cours, qui ne se souviennent pas de l'intitulé de ces
cours et qui ne sont pas capables du moindre raisonnement censé avoir
été appris dans ces cours, mais qui ont l'intention de travailler plus
tard et qui finissent par développer une affinité avec un ou deux
professeurs intéressants. Ils s'investissent dans la matière de ces
professeurs, ils sont fiers de citer les réalisations de ces
professeurs... Ce sont toujours des professeurs qui ont eu une carrière
dans le privé, qui ont voyagé...
Tout ceci pour prétendre que si un Asperger ne réussit pas ses études
ou ne
trouve pas du travail, ce n'est pas forcément parce qu'il est fainéant,
ni parce qu'il est bête, ni même parce qu'il ne comprend pas le
système. Ce serait plutôt le contraire. Notez également que si je
considère objectivement avoir un compte à régler avec l'université, ce
n'est pas vis à vis de moi-même. Mon principal moteur est la violence
que mes amis ont subie. J'ai un suicidé dans la liste, j'en ai vu un
sortir avec une dépression nerveuse et mettre plusieurs années à se
remettre, j'en ai un autre qui n'ose pas faire de publication alors
qu'il fait des découvertes très intéressantes... Tout cela parce qu'ils
ne servaient pas directement les intérêts du personnel universitaire.
Enfin, je ne supporte pas les conséquences pour la société. La marée
d'incompétents produite par les universités dégénère en une fractale de
tas de poussières qu'on n'arrive plus à caser sous les coins de tapis.
Les administrations
En théorie un autiste devrait bien s'entendre avec les administrations.
Comme les ordinateurs, elles sont censées suivre des procédures et des
règles bien établies. Les autistes "s'entendent" souvent très bien avec
les ordinateurs. Ils sont tellement plus rationnels que les humains...
On utilise spécifiquement des cours d'informatique pour les autistes
parce que c'est une activité intellectuelle qui leur convient.
Quand j'ai affaire à une administration "sérieuse" je n'ai jamais de
problèmes. Je réunis bien tous les documents qu'on me demande, je
comprend les conditions et les procédures, je suis à l'heure aux
rendez-vous... Le problème en Belgique est que la majorité des
administrations sont un f... où règne l'arbitraire et l'incompétence,
parfois la franche mauvaise volonté voire l'intention de nuire. La
magie des "bourgeois" est qu'ils arrivent à survivre et même à
fructifier dans cette jungle. Ils font le travail des fonctionnaires à
leur place, ils se renseignent entre eux... Certains suivent des cours
de gestion ou de droit pour apprendre à mieux traire le système...
Si vous êtes un électrons
libre, l'administration se hérisse de règlements contraire à vos
projets. Si vous êtes l'ami de untel ou si vous criez assez
fort, les piquants se replient dans l'autre sens et on n'arrête plus de
vous trouver des avantages et des possibilités merveilleuses. Il m'est
arrivé plusieurs fois de
me faire refouler par une administration, puis d'apprendre par un
fonctionnaire d'une autre administration que j'avais parfaitement droit
à ce que je demandais.
Quand je suis arrivé en Belgique, j'ai été surpris de voir le nombre de
clochards et de déshérités. Conformément à l'endoctrinement que j'avais
reçu, je croyais que ces personnes ne *veulent* pas respecter le
système, donc qu'il est normal qu'elles soient dans ces situations.
Elles aiment ça, manifestement : sentir mauvais et traîner sur un
trottoir... Elle font ça juste pour embêter les bourgeois... J'ai
lentement fini par comprendre. Bien que je sois intelligent, de bonne
volonté et que je n'ai commis aucun délit, je me suis vu explicitement
menacé de finir à la rue, de perdre tout moyen de survie... J'ai dû
prendre un avocat, menacer... Des amis m'ont aidé. Je suis juste assez
bourgeois pour
survivre aux administrations (touchons du bois). Mais je ne vois pas
comment une personne plus faible que moi pourrait résister à la
déclivité.
Le pire problème que j'ai rencontré est avec les "lois sociales", quand
j'avais un registre de commerce. Comme mes revenus étaient inférieurs
au minimum,
j'étais censé ne pas payer de charges sociales. Dès que j'ai reçu les
demandes de payement, j'ai répondu que mes revenus me dispensaient de
payer... Pendant six ans j'ai reçu des demandes de payement et j'ai
chaque fois répondu que mes revenus étaient inférieurs. J'ai envoyé des
copies de mon facturier, etc... J'ai été condamné deux fois par un
tribunal, pour un total de 15.000 €. On me demandait en charges
sociales
un montant supérieur à mes revenus ! Ma logique autiste ne comprenait
pas : j'étais parfaitement dans les critères, j'envoyais tous les
renseignements possibles à mes tortionnaires... et j'étais condamné
comme un malfaiteur. Ce n'est qu'au bout des six ans que j'ai fini par
recevoir une lettre m'expliquant que j'aurais dû demander un formulaire
bien précis et l'envoyer à une administration bien précise. Ah bon...
J'étais dégoûté. En plus j'avais les ongles qui poussaient en gondolant
à cause de la malnutrition. J'ai jeté l'éponge et j'ai demandé le
chômage. L'ONEM m'a d'abord refusé, il a fallu qu'un assistant social
du CPAS leur téléphone pour mettre les points sur les i...
Le moteur le plus important des fonctionnaires semble être le besoin
d'en faire le moins possible. Réfléchir le moins possible, aider le
moins possible... juste rester dans son bureau à papoter. Ils sont
tellement fatigués... Au minimum il
ne vous renseigneront pas, au pire ils vous menaceront ou vous
humilieront pour que vous quittiez les lieux ou leurs dossiers. Le
deuxième moteur semble être les quotas. On leur donne des instructions
pour diminuer tel ou tel avantage ou pour maximiser telle ou telle
rentrée. Ils appliqueront ces instructions de la façon la plus primaire
possible.
Ces problèmes se posent aussi dans les entreprises, qui ne sont jamais
que des administrations privées. On croit qu'un chef d'entreprise ne
veut que des employés dynamiques et que la concurrence l'oblige à être
sérieux. C'est souvent faux. Les entreprises sont gérées par "des
grandes familles". La symbiose humaine entre les administrations, les
entreprises, les partis politiques, les média et les groupes
d'influence divers est énorme. Le piège dans lequel les belges
tombent continûment est qu'on leur promet de nouvelles lois et
règlements pour améliorer la situation. Ces nouveaux règlements ne sont
que des piquants supplémentaires, qui seront mis à profit par les
"malins". Il faut au contraire drastiquement diminuer et rationaliser
les règlements. Il faut légaliser le simple fait de vivre, de
travailler, de gérer une famille... Plus important encore, il faut
expliquer point par point ces dérives aux enfants dans les écoles. Il
faut éviter qu'ils ne commence à comprendre la catastrophe générale
que quand il est trop tard, quand ils sont déjà englués dans le
système. Quand nous aurons des individus libres, nous aurons une
société qui fonctionne.
Je comprend à présent parfaitement pourquoi des associations de défense
de droits de l'homme sont présentes en Belgique et pourquoi elles ne
s'occupent pas que d'affaires à l'étranger. De mon côté je rentabilise
ce que j'ai appris en donnant des conseils. Je ne connais pourtant pas
encore grand chose de l'édifice. J'ai rencontré de vieux
directeurs d'école qui en sont toujours à passer des heures à essayer
de comprendre les règlements. Les plus difficiles à aider sont
les personnes qui tremblent à l'idée de ne pas respecter les
règlements, qui se rendent aux argumentations du premier fonctionnaire
venu. C'est une situation de lise de la société. Vous êtes à la
merci du bon vouloir des chefs de bandes armées rencontrés au détour
des routes.
J'avais été étonné d'entendre des chefs d'entreprises se plaindre du
fait qu'ils passent plus de temps à faire des paperasseries pour les
administrations qu'à gérer leurs entreprises. Cela m'avait paru
étrange. A l'époque j'étais étudiant. On ne me demandait pas plus de
quelques papiers administratifs par an... A présent je comprend mieux.
Depuis un an presque toutes mes journées sont colonisées par les
administrations. Souvent cela ne prend qu'une heure ou deux,
régulièrement une demi journée. Des documents à réunir, des démarches à
faire, des contrôles à domicile... Je travaille à tiers temps pour les
administrations ! Sans être payé pour cela. Je ne suis pourtant qu'un
infime chômeur... On dirait que la société belge n'est plus
qu'une masse destinée à justifier les salaires des fonctionnaires,
qu'on n'existe plus que pour être administré, qu'on est prié de
n'avoir
rien d'autre à faire de ses journées. Sachant que je ne peux souvent
travailler qu'une à quelques heures par jour, l'impôt prélevé par les
adminisitrations est catastrophique pour mes travaux scientifiques. Il
y a des prisonniers politiques qui disposent de plus d'heures de
travail que moi. Pour en revenir à l'époque où j'étais étudiant : je me
rends à présent compte du fait que les papiers demandés par
l'administration étaient les interrogations et les examens que je
passais. En réalité, les administrations prenaient déjà à cette époque
tout mon temps, du moins elles essayaient. La grande majorité de ces
interrogations et examens n'apportent rigoureusement rien aux
étudiants. Ce sont des matières creuses, comme la majorité
des démarches administratives auxquelles on m'astreint au jour le jour.
On dit qu'un des principes de la civilisation est qu'on calme les
instincts meurtriers des individus. On m'a décrit des tribus primitives
bien moins meurtrières que certaines "civilisations" mais passons. Ce
qu'on peut dire est que dans une civilisation on canalise massivement
les instincts primaires des individus. On tente de les mettre à profit
pour l'édifice. Par exemple, on conditionnera la montée viscérale d'un
individu dans les hiérarchies à sa capacité à améliorer le sort de
tous. Donnant-donnant. La démocratie est censée être un puissant levier
en ce sens. La liberté des marchés est censée garantir que la lutte
entre les entreprises se fait à l'avantage des clients, donc du
peuple... Ces systèmes fonctionnent mais ils ont leurs limites ; leurs
effets pervers. Seule l'éducation des masses permet de dépasser ces
limites. En Belgique, par exemple, la lutte pour monter dans les
hiérarchies a dégénéré en une bouillie d'entraide entre prédateurs. La
Belgique entière n'est plus qu'un gigantesque réseau de relations, du
gardien de nuit au Premier Ministre. Le réseau supplante tout. Les
entreprises, les administrations, les académie... ne sont plus que des
terrains de jeux dont on ne comprend plus vraiment les raisons d'être
originelles. Tout est devenu virtuel, déphasé ou complètement détaché
du réel. Le jeu vidéo ne se rend pas compte du fait que la prise
de courant peut être tirée ou qu'un gros "Game Over" en rouge pourrait
soudain s'afficher.
Les femmes
"Si une femme vous dit oui, cela veut dire non. Si elle vous dit
peut-être, cela veut dire oui." Le problème quand on est autiste est
qu'on prend les choses à la lettre. Quand une femme me dit qu'elle ne
veut pas que je la touche, je ne la touche pas. Si une femme me demande
asile pour la nuit, asile = sécurité = pas toucher. J'ai fait perdre
beaucoup de temps à beaucoup de femmes... Cela peut sembler cocasse
mais c'est dramatique. Même en ayant parfaitement compris ces choses je
n'ai pas avancé d'un pouce. Je ne conçois pas de tendresse physique
sans
qu'il y ait une complicité, une tendresse émotionnelle. L'effet que le
comportement des femmes a sur moi, est la sensation qu'elles placent
leurs lubies avant mes émotions. Elles renoncent par avance à toute
complicité, simplement à voir qui je suis. Chose amusante, c'est
traditionnellement ce que les femmes reprochent aux hommes. On m'a
souvent dit que ce jeu est une sorte de danse rituelle, qui peut
déboucher ensuite sur de l'amour. Et bien... j'ai de grosses
difficultés à danser. En matière amoureuse, tout est dans les non-dits,
les atmosphères, le langage du corps... tout ce qu'un Asperger ne sait
pas faire. Je peux avoir une femme désireuse devant moi et
simplement ne me rendre compte de rien. Ce n'est qu'en réfléchissant
plusieurs heures après, de façon technicienne, que j'aboutis à la
conclusion honteuse qu'elle aurait bien voulu que je la prenne dans mes
bras. J'enregistre les événements, presque comme une caméra. J'ai de
bonnes capacités d'analyse à posteriori. Mais aucune spontanéité... Une
amie m'a même demandé si un Asperger avait des sentiments, s'il
souffrait en perdant une personne qu'il aime... Au début, quand je ne
comprenais rien du tout, j'ai envoyé des kilos de lettres de reproche à
des femmes. Elles n'ont rien compris de ce qui leur arrivait. C'était
une forme de violence de ma part, parce que je ne comprenais rien non
plus. C'était aussi une tentative maladroite de dialogue, qui n'a
jamais été comprise.
Un "plan femme" m'est arrivé plusieurs fois : la dame se sent séduite
par moi, elle apprécie les éloges que l'on fait à mon sujet ou elle me
confond avec un professeur qu'elle a apprécié à l'école... Elle me
demande alors pourquoi je ne me trouve pas un travail bien payé. Avec
mes capacités... L'une d'entre elle m'a même expliqué, sans aucune
malice, qu'elle emménagerait avec moi si je trouvais le moyen de
disposer d'un appartement ou d'une maison. Je suis incapable de remplir
ces obligations qui me sont proposées... Certaines se vexent, d'autre
se fâchent ou se lamentent. Invariablement elles changent de crémerie.
Plusieurs m'ont dit, courroucée, que pour les câlins je pouvais me
brosser. Câlins que je n'ai jamais reçus d'aucune... mais si j'avais
rempli le contrat j'aurais eu droit au minimum syndical, au moins un
temps.
En matière de tendresse physique je me contente de celle des petits
animaux : chats, souris, chihuahuas... Ils me le rendent bien. Les
problèmes relationnels sont un classique chez les Asperger. Nombre
"restent chez leur mère." Ce n'est pas une règle. Il y en a aussi qui
fondent une famille ou tout au moins qui ont une vie sentimentale. Ils
semblent souvent être d'éternels incompris. Ils font peur... Ils sont
déstabilisants pour une femme. Avec un homme normal, les
choses sont plus simples... Pour ma part j'ai renoncé à faire des
avances aux femmes. Si j'en fais, je les perds rapidement. Si je ne
fais rien, je me fais traiter de sous-homme ou d'homosexuel, mais au
moins je peux les voir et m'occuper d'elles plus longtemps.
On m'a toujours mis en garde contre les psychiatres, les psychologues,
les neurologues, les neuropsychiatres et les neuropsychologues. Ils
vous font payer des séances interminables, ils vous prescrivent des
médicaments qui rendent bête... Une personne bien élevée n'a pas besoin
de psychiatre, dit-on. Historiquement, ce que certains psychiatres ont
fait
tient du crime contre l'humanité. Il y en a sans doute toujours en
liberté. Mais quand j'ai compris que j'avais un problème neurologique
sérieux et que j'ai décidé de demander l'aide d'une équipe médicale
spécialisée dans l'autisme, je n'ai rencontré que des braves personnes.
Les gens qui se méfient des psys feraient bien d'en voir un... Grâce à
eux j'ai appris des choses auxquelles je ne m'attendais pas du
tout. Par exemple le fait que je ne peux pas traiter deux sources
d'informations semblables à la fois. On pourrait croire qu'on peut se
rendre compte de ce genre de choses par soi-même... et bien non. Cela
me permet maintenant de beaucoup mieux gérer certains problèmes.
Une partie des recommandations que j'ai reçues "sont toutes bêtes",
comme de travailler avec
des bouchons dans les oreilles. Mais il m'aurait peut-être fallu
plusieurs années pour y penser par moi-même.
Deux choses sont importantes en matière d'autisme et d'Asperger :
Il faut faire un dépistage précoce. Plus tôt se fait la prise en
charge médicale, mieux les problèmes pourront être gérés. Chez un
enfant autiste, le problème peut être diagnostiqué dès la petite
enfance. Le cas d'un Asperger est plus difficile à percer. Les
problèmes lourds ne commenceront souvent qu'au début de l'âge adulte...
Il faut faire comprendre la situation à l'entourage de la
personne,
leur expliquer comment un autiste fonctionne. On peut faire beaucoup de
choses pour améliorer la situation mais on ne peut pas forcément
résoudre ou
guérir l'autisme en lui-même. Donc l'entourage doit pouvoir s'adapter.
Errare humanum est, les équipes médicales font parfois des erreurs :
Certains Asperger ont
d'abord été diagnostiqués comme schizophrènes. Un Asperger
ne peut certes pas se construire la même
représentation du monde qu'une personne normale mais sa représentation
tente d'adhérer à la réalité et le dialogue est possible. (J'ai aussi
entendu parler de personnes ayant manifestement des symptômes Asperger
et que l'on classe ensuite ailleurs. S'il s'agit d'un diagnostic plus
pointu, c'est une excellente chose...)
Il faut éviter que l'Asperger devienne un fourre-tout socialement
correct pour
adolescents à problèmes. Beaucoup de jeunes gens intelligents ont juste
besoin qu'on leur apprenne à étudier. Jusqu'à un âge de 14 à 16 ans ils
ont réussi leur examens "par dessus la jambe", "en regardant
distraitement le tableau noir", parce qu'ils ont une bonne mémoire et
qu'ils sont malins. Vers la fin des études secondaires et certainement
dans les études supérieures, ce mode d'étude "animal" n'est plus
suffisant. Il faut apprendre à s'organiser ; à travailler et développer
les informations. Il faut apprendre à faire des raisonnement structurés
suivant des modes de pensée qui ne sont pas instinctifs. Il faut aussi
apprendre à faire la courbette devant des autorités
intellectuellement très peu compétentes, qui ne vous apprennent rien
voire vous empêchent d'apprendre, mais c'est un autre sujet...
Certains refusent presque de faire un
diagnostic, sous prétexte qu'il ne faut pas coller d'étiquettes aux
gens. Intention louable mais il faut savoir appeler un chat un chat. On
a besoin de savoir, comme on a besoin de savoir comment s'est passé un
accident. C'est nécessaire pour comprendre, pour pouvoir
s'organiser, éventuellement pour pouvoir remettre en question,
et simplement pour pouvoir faire le deuil de certaines choses.
Il faut savoir sortir de sa petite boîte mais pour cela il faut
commencer par en avoir une.
Certaines équipes partent du principe qu'on diagnostique
l'Asperger en relevant des traits autistiques. L'Asperger ayant un
rapport avec l'autisme, cela peut parraître sensé. Malheureusement on
pousse parfois le raisonnement trop loin :
Une différence entre un autiste et un Asperger est qu'un
autiste tendra à présenter des difficultés d'élocution tandis qu'un
Asperger parle plutôt bien (jugez-en d'après le contenu du présent
texte). Donc on peut utiliser la capacité
d'élocution comme indication pour déterminer si une personne est
autiste ou Asperger. Malheureusement, dans une équipe médicale farfelue
on
considérera que si une personne parle bien, elle n'est donc pas
autiste, donc elle n'est pas Asperger. C'est une erreur plate puisque
si la personne parle bien cela indique qu'elle est probablement
Asperger...
Les tests de
fonctionnement de la mémoire permettent de révéler des
traits autistiques. Mais beaucoup de personnes atteintes d'Asperger ne
présentent peu ou pas de particularités au niveau de la mémoire. Le
syndrome d'Asperger est comportamental.
Il est malheureux de voir une personne qui est une carricature de
comportement Asperger se voir refuser le diagnostic. Les psychologues
et les psychiatres de l'équipe attestent que la personne a bien un mode
de vie et de raisonnement nettement Asperger, ce qui devrait emporter
le dossier. Le diagnostic est pourtant refusé parce que la personne a
des résultats normaux ou presque aux tests de mémoire...
Les suppléments nutritionnels
Voici l'adresse d'une page qui propose des suppléments nutritionnels
et des médications adaptés aux cas d'autisme : www.autismcoach.com/Supplements.htm
. Il y a trois classes de produits :
Des enzymes pour mieux digérer les repas.
Des produits destinés à évacuer les métaux lourds du cerveau.
Cela ne peut être fait que sous contrôle médical étroit.
Des suppléments nutritionnels destinés à palier certains
fonctionnement déficients des neurones. Vitamines, acides aminés,
oligo-éléments...
Après avoir essayé quelques suppléments nutritionnels je suis convaincu
de leur utilité. Certains prétendent que par ces médications et
suppléments des cas d'autismes pourraient être fortement soulagés voire
guéris, à condition d'être pris dès la petite enfance ; afin que le
cerveau puisse se développer de façon plus normale au fil de l'enfance
et de l'adolescence. J'ai peu de preuves de la chose mais d'un point
de vue théorique ce n'est pas insensé. Mais
attention :
Un cas d'autisme n'est pas l'autre. Inutile de faire
prendre à une personne un supplément qui n'a rien à voir avec son
problème particulier d'autisme. Inversement, ce qui n'a pas fonctionné
pour l'un fonctionnera peut-être pour l'autre.
La page www.preventingharm.org/execsum.html
donne une liste de produits suspectés de causer des formes d'autisme.
Certains sont présents dans cette liste et dans les suppléments
nutritionnels proposés dans la page liée ci-dessus. Cela n'a rien
d'anormal. Un produit peut détraquer le
cerveau d'un foetus s'il est absorbé par la mère à fortes doses, et
être utile à un enfant ou un adulte autiste s'il est pris à des
doses normales. Cela indique clairement
qu'une prise en charge médicale est nécessaire. Il ne faut pas jouer
avec ces produits. Un dosage doit être réalisé par un médecin ou un
spécialiste, adapté à chaque cas. Il faut faire des expérimentations et
des observations, des prises de sang et des analyses...
Une constante dans ces approches nutritionnelles est la gestion de
l'énergie par les cellules du cerveau. Les neurones seraient dans
l'incapacité d'utiliser correctement les sources d'énergie disponibles
dans le sang. Cette déficience aurait empêché mon cerveau de se
développer et de se "redéfinir" correctement à l'adolescence. Chez
Dimitri, les différentes parties de son cerveau seraient mal
interconnectées pour les mêmes raisons, ce qui amène des confusions de
perception et expliquerait les douleurs aigües qu'il peut ressentir.
Une autre constante est l'amélioration du fonctionnement du système
immunitaire.
J'ai pu faire une cure de détoxification ciblée sur les métaux lourds.
Le résultat est impressionnant. Mon cerveau a redécouvert en quelques
jours de nombreux modes de fonctionnement. Le gain en tonus et en
capacité de travail est sensible. Les effets secondaires ont été assez
légers en comparaison : acné et perte d'envie de manger de la viande.
En l'état je ne peux pas prétendre que ces progrès sont bien dûs à
l'élimination des métaux lourds. Peut-être la détoxification a-t-elle
eu des effets physiologiques tout autres... Le fait demeure que le
résultat est (d)étonnant. Deux remarques :
L'idée suivant laquelle l'autisme ou l'Asperger sont causés ou
aggravés par des métaux lourds me semble à présent encore plus
vraissemblable. Donc également l'idée suivant laquelle une
détoxification régulière du cerveau des enfants menacés d'autisme ou
d'Asperger pourrait leur permettre un développement plus proche de
celui d'un enfant normal (quid du degré d'intoxication de la mère
pendant la grossesse et la transmission à l'enfant...) Une amie m'a
raconté le cas d'un enfant
Asperger de dix ans qui a été placé sous neuroleptiques. Je peux me
tromper complètement mais j'ai eu mal en pensant à cet enfant. Il a
certainement des troubles de la personnalité à cause de ses problèmes
neurologiques, raison pour laquelle on a réduit en bloc l'activité de
son cerveau. On a ajouté le neuroleptique aux métaux lourds, pour faire
un mélange compact...
Beaucoup de conseils diététiques contenus dans ce texte sont
également intéressants pour des personnes qui n'ont aucun problème de
la sphère autistique. Ils ne relèvent presque que de l'hygiène
alimentaire. Je crois que beaucoup de problèmes psychologiques et
physiologiques, de natures très diverses, seraient évités ou diminués
en prenant plus au sérieux la question des polluants industriels
minéraux et organiques.
Manganèse
L'orotate de manganèse nous a apporté un mieux considérable. C'est une
poudre blanche en vente en pharmacie. Cela revient un peu cher si le
pharmacien n'en a pas de stock et vous oblige à en acheter un pot de 10
grammes. Compter 20 à 30 €. Mais avec un pot vous en avez pour des
années... Ne vous servez pas dans le pot ! Le manganèse est dangereux à
fortes doses. Vous devez en parler à votre médecin et vous faire faire
une prescription. Une bonne base de départ consiste à faire préparer
des gélules par votre pharmacien, contenant chacune 2 mg d'orotate de
manganèse dihydrate (deux milligrammes). Comptez 16 € pour la
fabrication de 60 gélules. Prenez-en une à chaque repas, soit trois par
jour. (Ceci est la dose pour un adulte de poids moyen. Certaines
personnes préfèrent 1mg.) Trois telles
gélules représentent une dose de manganèse d'un peu plus de 1 mg. C'est
moins que la dose journalière recommandée, qui est de 2,5 à 5 mg. Et
beaucoup moins que la dose maximum, qui est de 10 mg. En principe, de
la nourriture saine ou certains comprimés multivitamines contiennent
bien plus que 1 mg de manganèse. Je ne sais pas pourquoi l'orotate de
manganèse nous fait un effet énorme alors que les autres sources de
manganèse semblent neutres... Nous parlons plus facilement en public,
nous pouvons manger beaucoup plus librement, Dimitri n'a plus de
douleurs musculaires, nous sommes beaucoup moins vite fatigués, etc,
etc...
Deux mises en garde :
Le manganèse en excès toxique est l'un des déclencheurs supposés
de l'autisme. Si vous avez un enfant autiste ou Asperger, il y a une
possibilité qu'il soit déjà en surexposition au manganèse. Ceci est une
raison impérative pour faire l'expérience sous contrôle médical.
J'ai proposé à d'autres amis d'essayer l'orotate de manganèse.
Ils avaient des problèmes graves comme nous, mais pas du tout liés à
l'autisme. Cela leur a apporté un mieux significatif, voire est devenu
la solution à leur problème. Je ne peux donc pas prétendre que
l'orotate de manganèse est une solution spécifique à l'autisme ou au
syndrome d'Asperger. On dirait qu'en toute généralité l'orotate permet
au manganèse d'agir plus efficacement, ce qui permet aux cellules du
corps de mieux disposer de l'énergie véhiculée par le sang et donc leur
permet de mieux gérer les problèmes... quels qu'ils soient.
Le manganèse est un coenzyme et fait partie de certains enzymes
essentiels. Encore une fois, c'est une question d'enzymes. Mais je n'ai
aucune idée de la distance physiologique entre le manganèse et les
enzymes malformés qui seraient le pivot de l'autisme.
À présent je ne prends presque plus jamais d'orotate de manganèse. On
dirait que son "travail" est terminé. Peut-être mon alimentation
actuelle rend-elle l'ajout de manganèse inutile... Mais j'en ai
toujours un pot sous la main et j'aurais une angoisse à en être privé.
Centella asiatica
La centella asiatica, ou brahmi, ou gotu kola, ou herbe du tigre donne
de très bons résultats. Je dois cette information à une chercheuse
française. J'en prenais 100 mg d'extrait sec le matin à jeun avec de
l'eau ou un peu de coca light. Il semble que cela favorise la
circulation sanguine, donc l'apport de nutriments au cerveau. Si j'en
prends en même temps qu'un repas cela défavorise la digestion. Il faut
que ce soit de l'extrait sec très sec. Dès qu'il commence à prendre
l'eau, il devient inopérant. L'extrait sec de centella asiatica est
extrêment hygroscopique. De même, la teinture mère de centella
asiatica, qui contient une part d'eau, est presque inefficace. Je n'ai
plus réussi à m'en procurer et j'ai donc arrêté d'en prendre. Je le
regrette un peu mais cette perte n'est pas très grave.
Vitamine B1
La vitamine B1 est très utile. Je me suis intéressé à elle quand j'ai
appris qu'elle permettait au foie de digérer l'alcool, les sulfites et
d'autres toxiques. Depuis que j'en prends un comprimé matin et soir la
qualité de ma digestion a fortement augmenté. Mon tonus aussi... Plus
tard j'ai appris qu'elle a été explicitement recommandée pour les
autistes. Je prends des comprimés de 300 mg, ce qui est beaucoup trop.
En principe cela ne présente pas de danger mais je vais essayer de
trouver des comprimés de 50 mg.
Une autre vitamine, la B6, est également recommandée pour les autistes.
Toutefois, après essai, cela m'a paru un piège : la B6 assoupit. On en
recommande de fortes doses, associées à du magnésium, aux enfants
hyperactifs. Ce mélange a un effet calmant, qui permet une scolarité
plus stable par exemple. Dans mon cas cet effet calmant est négatif...
quoique de petites doses de B6 sont peut-être utiles le soir...
Faites attention avec les vitamines B : on dit qu'on peut en prendre
des doses massives sans danger mais c'est faux. On peut certes en
prendre cent fois la dose recommandée sans risques notables. Mais à
partir de mille fois la dose, des effets secondaires graves peuvent se
manifester, voire il peut y avoir destruction de l'organisme (foie,
système nerveux...). Ces ordres de grandeur varient d'une vitamine B à
l'autre...
Le jus de radis noir
Malgré tous mes progrès je n'ai pas été capable de travailler pendant
deux semaines. Je me sentais bien, je pouvais répondre à mes mails ou
lire des textes pendant plusieurs heures par jour... mais j'étais
incapable d'écrire des logiciels. J'avais une conscience très claire du
principe et du mode d'action du logiciel *mais* je ne pouvais pas
l'écrire. Un jour j'ai forcé sur les dopants jusqu'à en avoir les mains
qui tremblaient un peu. J'étais en pleine forme, j'avais le sentiment
de pouvoir bucheronner une forêt à moi tout seul... mais toujours
incapable d'écrire une seule ligne de logiciel. Comme si j'étais devenu
bête. Vers 14 heures mon instinct m'a fait sentir que je devrais
prendre du radis noir pour me nettoyer le foie et le reste. A 15 heures
j'en ai pris 3 ampoules. Je suis devenu relativement fatigué pendant
deux heures. En approchant les 17 heures mon esprit a commencé à
s'allumer. A 17 heures presque pile j'ai entrepris d'écrire le
logiciel, comme si de rien n'était, avec naturel... J'ai pu écrire des
logiciels pendant les jours suivants. Dimitri a pris du radis noir
aussi, avec le même résultat. Il en est enchanté. Je crois qu'il nous
faudrait un dépuratif encore plus puissant que le radis noir...
L'élimination des métaux lourds semble conseillée dans notre cas, je ne
sais pas si le radis noir est assez efficace pour s'attaquer à cela...
L'hypocondrie
J'ai commencé à comprendre que j'étais Asperger en
lisant des textes sur Internet. Une amie m'avait posé des questions
parce qu'elle avait des problèmes avec son petit ami. Elle supposait
que c'était lié au fait qu'il est surdoué. J'ai fait une recherche sur
Internet. Je suis tombé par hasard sur un site pour surdoués qui
contenait une page sur le syndrome d'Asperger. Dès les premières lignes
j'ai fait un "uh ooh" embarrassé.
C'était il y a un an.
Tout le monde se sera senti un peu Asperger en lisant ce texte ou se
sera demandé si son conjoint n'est pas un peu autiste, tout comme on se
demande si on n'est pas un peu parano en lisant une description de la
paranoïa. Il n'y a que les paranoïaques qui ne se posent pas ces
questions... Mais on n'est pas bègue ou aphasique parce qu'on ne trouve
pas
ses mots à l'occasion. Ce qui ne fonctionne pas dans mon cerveau est
susceptible de poser des problèmes à tout le monde. Tout le monde n'est
pas Asperger pour autant. On est "neurotypique" quand on a en gros un
peu tout qui fonctionne plus ou moins bien.
Inversement, les similitudes entre mes problèmes et ceux d'autres
personnes sont parfois utiles. Il m'arrive de donner des trucs à des
personnes qui sont "un peu autistes" ou d'expliquer le comportement "un
peu autiste"d'un conjoint à sa moitié. De même, les problèmes
d'alimentation que je rencontre sont proches de ceux de beaucoup
d'autres personnes. Les solutions trouvées peuvent donc donner des
idées, pour des cas qui n'ont strictement aucun rapport avec l'autisme.
Si vous soupçonnez que vous-mêmes ou un de vos proches avez un problème
d'Asperger, le mieux à faire est de consulter une équipe médicale
spécialisée. Au minimum, tapez "Asperger" dans un moteur de recherche
et essayez de recueillir un maximum de sources. En Europe le syndrome
d'Asperger est encore peu connu, même si l'autisme en toute généralité
a fait de grands progrès.
Le gaz sarin 16
juillet 2007
Le mode d'action du gaz sarin est le suivant. Les neurones (du cerveau
et du système nerveux) utilisent des "neurotransmetteurs" pour se
transmettre des informations. Un des neurotransmetteurs les plus
utilisés est la molécule d'acétylcholine. Une particularité de
l'acétylcholine est qu'il n'est pas "recapturé". Cela veut dire que
quand un neurone a envoyé des acétylcholines vers un autre neurone, ces
molécules d'acétylcholine ne sont ensuite pas récupérées par le neurone
émetteur. Ces acétylcholines "utilisés" pourraient donc s'accumuler et
devenir un problème... si l'enzyme d'acétylcholinestérase n'était pas
là. Son rôle est de découper les molécules d'acétylcholine en acide
acétique (vinaigre) et en choline. La propriété chimique de la molécule
de gaz sarin est qu'elle peut se coller à une molécule
d'acétylcholinestérase, de façon définitive. Cela empêche
l'acétylcholinestérase de continuer à jouer son rôle. Les molécules
d'acétylcholine vont alors s'accumuler, tout saturer et empoisonner.
Les communications nerveuses deviennent de plus en plus difficile... le
soldat ayant respiré ce gaz de combat arrive de plus en plus
difficilement à faire fonctionner ses muscles respiratoires. Il meurt
étouffé. L'organisme contient relativement peu de molécules
d'acétylcholinestérase, parce qu'une seule molécule peut décomposer un
très grand nombre d'acétylcholines. Il faut donc très peu de gaz sarin
pour tuer une personne.
Il y a 15 ans j'avais consommé un "smart drink" (un nootropique) qui
était un mélange de vitamines, de minéraux, d'acides aminés et entre
autres de choline. Cela m'avait fait beaucoup d'effet, me permettant
entre autres de lire des pages en petits caractères pendant des heures
avec beaucoup d'attention. Je décide donc de demander à ma pharmacienne
de la choline, qu'elle me donne sous forme de citrate de choline. Au
début j'en prend des doses "raisonnables", ce qui ne me fait aucun
effet particulier. Je décide donc d'en prendre une dose un peu
exagérée. Surprise : il y a bien un effet mais pas du tout celui
escompté. Je me retrouve comme enfermé dans ma tête, un peu hébété.
C'est prodigieusement intéressant, parce que c'est un peu "mon état
naturel", celui dont je me plains en tant qu'Asperger. Si je trouve
le moyen de déclencher mon problème, cela me met sur la voie pour le
résoudre...
La littérature scientifique confirme qu'une surdose d'acétylcholine
peut amener dans un état d'hébétude. Une amie me donne un renseignement
important : si elle prend même le double de la quantité de citrate de
choline que j'ai prise, cela ne lui fait aucun effet sensible. J'ai
donc bien un problème avec l'acétylcholine, sans doute avec
l'acétylcholinestérase. Je fais un deuxième test : je mange une
quantité importante mais raisonnable de chocolat. Il contient de la
lécithine de soya, qui est un précurseur de la choline et donc de
l'acétylcholine. Un gros avantage de la lécithine est que l'organisme
contrôle mieux sa transformation en acétylcholine. J'attends que l'état
dans lequel me met le chocolat se stabilise. Un état qui n'a rien de
spécial, vaguement douillet tout au plus. Je prends alors une grosse
lampée de vinaigre, donc d'acide acétique (l'autre moitié de la
molécule d'acétylcholine). Et hop... enfermement des pensées. CQFD.
Disons qu'on n'est sûr de rien mais on a une piste.
La question est : faut-il réduire la synthèse d'acétylcholine ou
faut-il augmenter la synthèse d'acétylcholinestérase ? Je peux
facilement sélectionner des aliments très pauvres en précuseurs de
choline... le problème est que l'acétylcholine est un neurotransmetteur
essentiel au fonctionnement de l'intelligence.
En temps normal je ne peux pas travailler plus d'une heure par jour. Ce
n'est même souvent pas vraiment travailler, juste être un peu attentif.
Ce n'est que très rarement, au hasard, de l'ordre d'une fois par mois,
que je sens monter en moi la possibilité de travailler sérieusement
pendant plusieurs heures. Alors j'en profite pour faire certains
travaux, souvent pour calculer et écrire en vitesse les idées que j'ai
eues au fil des jours du mois écoulé. Fort de mes découvertes supposées
sur l'acétylcholine, je me demande si je ne peux pas trouver quelque
chose qui me permettrait de créer cet état de capacité de travail
artificiellement. Je ne trouve rien de façon logique mais mon intuition
y pallie : elle me fait sentir qu'il me faut un mélange de gâteau au
chocolat, d'aspirine, de fibres solubles et d'orotate de manganèse.
Aussitôt fut fait...
Le résultat du mélange gâteau au chocolat, aspirine, fibres solubles et
orotate de manganèse, pris tôt matin, fut à la hauteur des espoirs.
J'ai pu me mettre au travail, en continu de 9h du matin à 17h de
l'après-midi. Je n'osai pas arrêter de peur de perdre quelque chose.
Mais... les effets secondaires sont assez durs : mal de tête, légère
nausée, douleurs musculaires... Au début je croyais que c'était la
conséquence du mélange douteux du matin, peut-être un peu écoeurant. Il
y avait aussi quelque chose de paradoxal : j'avais mangé du gluten, qui
a un effet morphinique sur moi, de l'aspirine qui est un antidouleur,
de l'orotate de manganèse qui semble être un puissant antimigraineux,
du chocolat qui est un euphorisant et un relaxant... Absorber tout cela
et finir avec un mal de tête, des nausées et des douleurs musculaires,
il faut être taré. Il y a quelque chose de pas logique dans l'équation.
Une solide indication est venue le jour suivant, quand j'ai arrêté de
travailler en cours de journée. Les douleurs ont disparues en une
vingtaine de minutes... Plus rien ! Je me suis remis au travail... le
mal de tête a été le premier à se manifester, très rapidement. La
douleur est donc causée par le travail... Du travail purement
intellectuel. En réfléchissant je me suis souvenu avoir lu une
description de la mort d'un soldat ayant été touché par un gaz de
combat. Le début de son agonie ressemblait assez bien à mes douleurs.
J'en déduis donc l'hypothèse suivante : la raison pour laquelle je suis
très rapidement bloqué dans mon travail chaque jour est que mon cerveau
sature en acétylcholines utilisées. Il se met alors graduellement en
"protection" et empêche la poursuite de toute activité cérébrale. Si
j'essaye de forcer, je finis rapidement comme assommé. L'effet du
mélange détonnant de chocolat, gluten et manganèse, est de calmer le
réflexe de protection. Et peut-être de stimuler le nettoyage des
acétylcholines. Ce qui me permet de continuer a travailler... Mais les
conséquences de l'empoisonnement à l'acétylcholine sont à ce point
graves que malgré la présence d'antidouleurs je souffre notablement. Il
faut donc que j'améliore la formule, probablement en ciblant
l'acétylcholinestérase.
J'aimerais bien que les personnes devant juger des cas de harcellement
au travail lisent ma comparaison entre un travail intellectuel forcé et
les effets d'un gaz de combat.
Au fil du temps et des découvertes j'ai amélioré le brouet noir. Cela
ne me détraque plus la digestion et ne cause plus de mal de
tête. Voici la liste d'ingrédients actuelle. Ces proportions sont
pour un individu de plus de 100 kg accoutumé au café. N'essayez pas
cela chez vous :
Un paquet de 300 grammes de gaufres molles.
Mettre du café moulu pour six personnes dans un filtre et verser
de l'eau bouillante pour une seule tasse.