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L'allocation universelle






Le principe de l'allocation universelle est de donner une certaine somme d'argent mensuelle à chaque habitant du pays. Il n'est donc plus nécessaire de payer des allocations de chômage ou des aides sociales. En contrepartie, chacun paye le même impôt sur les revenus que les riches. L'allocation universelle se veut donc un système très simple : la même somme mensuelle pour tout le monde, le même impôt sur les revenus pour tout le monde. Cela donne le même résultat global mais il y a de grandes différences pour la vue de chacun : plus besoin de formalités, de conditions et de lourdes administrations pour le chômage et pour les aides sociales. Chaque individu peut entreprendre un travail à tout moment, sans avoir peur de perdre quelque chose et en sachant à l'avance quel impôt il devra payer.

L'allocation universelle prend le pays au mot : "puisque vous prétendez que la survie de chaque individu sera assurée d'une façon ou d'une autre, pourquoi ne pas aller à l'essentiel et assurer cette survie par un moyen unique et automatique."


Toutes les sociétés humaines incluent peu ou prou des mécanismes qui permettent à leurs membres de survivre :

Tous ces systèmes peuvent avoir des effets pervers :

Je ne prétends pas que l'allocation universelle n'aurait pas des effets pervers. Ils existent forcément et devront être pris en compte. Mon propos est plutôt que le système actuel de chômage et d'aides sociales est perverti et qu'il faut le remplacer par autre chose. En particulier, je pense que le système belge est d'une complexité extrême et que cela étrangle le pays. L'allocation universelle est une solution parce qu'elle est beaucoup plus simple.

Le système actuel de chômage et d'allocation sociales a de nombreux effets pervers :
Cela se décline de nombreuses façons :
La "protection sociale" est simplement utilisée par certains pour casser les individus. Si vous avez une situation pauvre mais vivable, des fonctionnaires peuvent débarquer et tout détruire en invoquant les mesures et règlements sociaux en vigueur. Comme en Union Soviétique, vous serez ensuite parqués dans une situation invivable pour y mourir lentement.


Ce système présente une schizophrénie fondamentale. Je m'explique :

Prenez le système boursier. Il est sacré ; la divinité occulte à laquelle nous sacrifions nos enfants. Il a tout les droits. Par exemple, le système de vente en pyramide est interdit dans nos pays mais il est accepté sans sourciller quand il s'agit des jeux financiers. En particulier, on vous explique qu'il est utile qu'une entreprise puisse être lâchée par ses actionnaires, parce qu'il faut que les entreprises obsolètes meurent pour laisser la place à de nouvelles. Je ne suis pas opposé à ce principe en lui-même... mais je constate qu'on laisse faire cela de façon anarchique. Cela permet à des requins de prendre pas à pas le contrôle de tout le système, simplement en jouant sur les réflexes de peur de petits actionnaires qui se croient malins.

Mais... on refuse, en faisant d'abomination de grands moulinets des bras devant le visage, que des ouvriers et des employés puissent agir sur leur entreprise en pouvant la quitter en toute liberté. Cela me semble pourtant la moindre des choses : que des personnes qui sont dans l'entreprise, donc bien mieux renseignées que d'obscurs actionnaires, aient ce moyen élémentaire d'assumer leurs responsabilités d'être humain.

La même chose se retrouve dans l'enseignement, où il est interdit aux élèves et aux étudiants de boycotter les professeurs qui feraient preuve de nullité. Vous *devez* passer les examens de tous les professeurs et obtenir des notes. On en arrive actuellement au stade où un professeur peut se contenter de lire un catalogue de machines industrielles au cours. J'ai vu des questions d'examens qui non seulement n'avaient aucun rapport avec le contenu du cours mais de surcroit concernaient des appareils qu'on a cessé de fabriquer avant la naissance de l'étudiant. Des examens contiennent des questions dont même un professionnel du secteur ne pourrait pas connaitre la réponse. On ne peut la connaitre que si on est dans les petits papiers des personnes adéquates. C'en est au point qu'on ne se fatigue parfois même plus à faire en sorte que la question soit lisible sur les feuilles d'examen ! Si on vous a dit la réponse, vous n'avez pas besoin de savoir lire l'entièreté de la question... Dans beaucoup de cas les examens font un peu plus semblant de se dérouler de façon normale mais cela ne vole pas beaucoup plus haut pour autant.

On essaye de vous faire accepter l'idée que si vous êtes soumis au bon vouloir de personnes puissantes, ces personnes étant incompétentes ou malhonnêtes par ailleurs, cela va bien aller pour vous. Si vous contestez le dogme, on vous explique que si on ne procède pas ainsi tout le pays va sombrer... Plus le pays va mal à cause des bourdes et des malhonnêtetés des requins, plus on culpabilise et fait payer le peuple et plus on confie de pouvoirs aux requins. À tel point que des requins finissent par vous expliquer bon enfant qu'un pays agréable est un pays dont la population est écrasée de misère. Les patrons capables sont perçus comme des traitres. Ils empêchent que l'on se serve comme on l'entend. Plus subtilement, on accepte certains garde-fous, comme par exemple les lois, parce que sinon le Monopoly s'effondrerait tout de suite. Cela devient un jeu de naviguer entre les écueils que le système s'invente pour tenter de survivre.

Quand je discute avec des intégristes musulmans, je leur demande pourquoi il faudrait à ce point embrigader les gens. La réponse est immédiate : les gens sont faibles et perdus, les mettre au pas est une nécessité. En réalité les interprétations du Coran disent exactement le contraire, à savoir que l'homme a été conçu par Dieu pour être responsable... Mais voilà qu'un pays dit moderne comme la Belgique se structure sur la même notion : l'irresponsabilité punitive des petites gens, au profit de gourous des petites et des grandes finances, qui devraient jouir de tous les droits.

D'un côté, la Belgique se vante d'avoir un système d'enseignement ambitieux, qui devrait former des adultes responsables. D'un autre côté, elle se présente comme un terrain de jeu pour les requins petits et grands, auxquels on fourni en bétail une population craintive et incapable de revendiquer des droits élémentaires. Le système actuel de "protection" sociale fait partie du mécanisme. Il faudrait le remplacer par un système qui se repose sur la dignité et la prise de responsabilité de chacun.



Eric Brasseur  -  21 janvier 2011